INDISCRÉTION — INDIVISIBILITÉ
l'intérêt personnel, sont également compromis par l’indiscrétion, défaut toujours dangereux , et qui dénote un esprit faible. Ovide menace de la colère des dieux celui qui parle indiserètement ; Horace recommande de le fuir; Voltaire dit :
.…. De vos secrets soyez toujours le maître ; Qui dit celui d'autrui doit passer pour un traître,
Bien que le caractère de l’indiscret soit peu dramatique, il a fourni à Destouches le sujet d’une comédie qui n’est pas sans mérite.
On comprend aussi par indiscrétion le peu de tact et de mesure de certaines personnes, qui ne savent point mettre de bornes à l’aisance et à la familiarité dans leurs relations sociales. L’indiscret abuse de la politesse, de la bonté, de de l'amitié qu’on lui témoigne : il se présente à toute heure chez les gens qu’il connaît, donne des rendez-vous dans leur maison, s’y invite à diner, emprunte des chevaux, des loges, de l’argent ; il demande aux femmes d’où vient leur migraine et aux enfants pourquoi ils ont pleuré; interroge un ambassadeur sur les dépêches qu’il a reçues de sa cour, et rappelle à un député le vote qui lui a valu l'emploi de son fils. S'aperçoit-il qu’on le redoute, il en dit tout haut la raison , et s’accuse d’avoir deviné le premier le mariage que le fils a manqué, ou la cause du refroidissement (qui n'existe plus ) entre quelques parents , ou l’origine d’un procès scandaleux , qui désole la famille. Il y a une teinte de fatuité et d’impertinence dans l’indiscrétion qui la rend souvent haïssable à légal de la méchanceté, dont elle produit quelquefois les effets. Aussi un bon cœur suffit-il pour en corriger la jeunesse : ce défaut ne peut devenir une habitude que parmi les gens qui manquent d'esprit, ou dont la première éducation a été très-négligée. La réserve est la qualité opposée à l’indiscrétion : on parvient à l’acquérir en crai gnant d’embarrasser, de gêner, d’ennuyer les autres, et surtout en évitant de se mêler de leurs affaires, et en ne les obligeant pas à prendre part à celles qui ne leur sont point personnelles. C*° pe Braptr.
INDISPOSITION. Dans le langage médical, indisposition est synonyme de maladie légère et de peu de durée ; souventmême l’indisposition n’est pas une maladie, ce nest qu’un trouble passager de l’état de santé, et ceux même qui en sont atteints peuvent à peine le définir. La santé parfaite est un état de l’économie extrêmement rare, ou plutôt le jeu des organes chez l’homme est si compliqué, fant de causes internes et externes peuvent en déranger l’action, qu’il est plus vrai de dire que la santé parfaite n’existe pas plus pour l’homme que le parfait bonheur. La santé n’est qu’un état relatif pour chaque individu; ce qui constitue la santé chez les uns serait chez les autres un état d’indisposition; au contraire, un homme se trouvera malade dans les mêmes circonstances où un autre se Jugerait bien portant. Le sexe, l'éducation, la fortune, ont la plus grande influence sur cette appréciation différente de l’état de santé. H suffit, pour s'en convaincre, de comparer le nombre des indispositions d’une femme élevée dans l’opulence avec celles d’un homme grossier et adonné à de rudes travaux. On sait que Marie de Médicis se trouvait très-incommodée par les plis que formaient sous elle ses draps de batiste. La sensibilité nerveuse portée à l'excès est la cause la plus active des indispositions : l'extrême susceptibilité qui en résulte agit de deux manières : elle rend d’abord l'économie bien plus sensible à toutes les causes de trouble qui l’environnent ; et s’il survient réellement quelque trouble, elle ne fait que l’accroître et l’exagérer. Ainsi, tout ce qui augmente la sensibilité nerveuse est une cause indirecte d’indisposition : la faiblesse, le tempérament lymphatique ou nerveux, la vie sédentaire , les travaux de l'esprit, etc.
Si en général on diffère sur l’idée que l’on doit attacher au mot indisposilion, il est un point cependant sur lequel on est partout d'accord dans le monde, c’est que l’indispo-
sition doit être sans fièvre; dès que la fièvre se déclare, il | (Physique).
n’y à plus seulement indisposition , mais maladie; c’est une opinion vulgaire que si on n’est pas malade de cœur (c’està-dire avec fièvre), on n’est qu’indisposé. Mais les médecins ne peuvent pas admettre cette distinction, qui trop souvent serait fausse; ils sont forcés de reconnaître que l’indisposition et la maladie se confondent entre elles, sans qu'il soit possible de les séparer par une limite bien tranchée. N.-P. ANQUETIN.
INDIVIDU, INDIVIDUEL, INDIVIDUALITÉ (du latin individuum, chose qui ne peut être divisée). D’après son étymologie et le sens particulier qu’il présente, le mot individuel désigne ce qui appartient à un objet d‘une manière indivisible et inséparable, de telle sorte qu’on ne peut l'en détacher sans détruire sa nature en tant qu'être particulier ; et l’on appelle individualilé l'ensemble des caractères par lesquels un objet se distingue des autres objets du même genre. L'individuel est par conséquent un des sujets de l'observation, et ne peut être reconnu que par elle; le général au contraire ne peut se déterminer que par la comparaison et la réflexion. Aussi les arts ne doivent-ils pas seulement idéaliser, mais encore individualiser, parce que leurs productions doivent devenir des sujets d'observation. Ce par quoi l’idée de l’individuel se rapproche de la conception, c'est l’image générale ou le schema de l'imagination, c’està-dire le type de la régularité, d’après lequel se forment les caractères individuels d’une certaine classe de choses. Plus une classe de choses peut recevoir de caractères divers, plus l’individualité sy développe richement; et elle se développe richement partout où la vie intellectuelle est susceptible de se perfectionner par elle-même. En conséquence, on se sert surtout du mot individu pour désigner un être possédant une activité intellectuelle qui lui est propre, qui ne peut être séparée de lui, et qui lui appartient exclusivement; et l’on désigne par le mot individualité l'ensemble des propriétés intellectuelles qui distinguent cet être de tous les êtres de son espèce. Il faut pourtant se garder de confondre l’individualilé avec lecaractère.
Les causes d’une individualité déterminée peuvent être extrêmement diverses, Comme les différences des individualités ; en tous cas, elles ne consistent pas seulement dans les règles de la vie intellectuelle, mais, en grande partie, dans le rapport qu’affectent entre eux l'élément intellectuel et l'élément physique. Au reste, la question du principe de l'individualité (principium individuationis) a, dans un sens beaucoup plus étendu, longtemps occupé la métaphysique, notamment parmi les scolastiques, et a donné lieu à des doctrines très-diverses. Elle est venue de ce que, d’après le système de Platon, les idées générales ont été proclamées l'expression de la véritable nature des choses, et de ce qu'on s’est ensuite trouvé fort embarrassé pour expliquer l’origine des caractères individuels, par lesquels se révèle effectivement toute réalité.
INDIVIDUALITE (Certificat d'). Voyez CERTIFICAT.
INDIVIS. Voyez INDIVISION.
INDIVISIBILITE (du latin in, non, et dividere, diviser). Mathématiquement parlant, il n’y a pas de quantité qui ne soit divisible par une autre quantité quelconque. Punité elle-même est divisible, puisqu'il est toujours possible de la convertir en une quantité d'unités toutes égales entre elles et plus petites qu’elle : cela est évident pour, les nombres ; néanmoins, on ditgénéralement qu’un nombre n’est pas divisible par un autre lorsqu'il ne le contient pas un certain nombre de fois sans reste : 16, par exemple. n’est pas divisible par 5, puisqu'on a pour quotient 3 £
En physique, on convient que, métaphysiquement par: lant, la malière est divisible à l'infini, mais tout porte à croire que les éléments des corps ne sauraient être divisés par aucune des causes qui existent dans la nature, par la raison que si les principes des corps étaient divisibles à l'infini, nous verrions tous les jours des composés nouveaux et différents : or, c’est ce qui n'arrive pas, Voyez DivisiBiLiTé TEYSSÈDRE,
PA
INDIVISIBLES (Méthode des). « Quelques années après que Kepler eut donné sa méthode pour déterminer les volumes des conoïdes, dit M. Chasles, une autre théorie célèbre de la même nature , et destinée aussi à évaluer les grandeurs géométriques par leurs éléments, la Géométrie des indivisibles de Cavalleri (publiée en 1635), vint enrichir la science, et marquer l’époque des grands progrès qu’elle a faits dans les temps modernes. Cette méthode, propre principalement à la détermination des aires, des volumes, des centres de gravité des corps, et qui a suppléé avec avantage pendant cinquante ans au calcul intégral, n'était, comme l’a fait voir Cavalleri lui-même, qu’une application heureuse ou plutôt une transformation de la méthode d'exhaustion.» La méthodedesindivisibles consistait à considérer les différentes grandeurs géométriques auxquelles elle s’appliquait, comme étant la somme d’un nombre infini de grandeurs infiniment petites, mais de même nature, c’est-à-dire que le volumedu cône, par exemple, était la limite de la somme d’un infinitéde cylindres 4e hauteur infiniment petite et de bases décroissant suivant une loi qui définissait le cône. « Cavalleri, dit Montucla, imagine le continu comme composé d’un nombre infini de parties qui sont ses derniers éléments, ou les derniers termes de la décomposition qu’on peut en faire, en les sousdivisant continuellement en tranches parallèles entre elles. Ce sont ces derniers éléments qu’il appelle indivisibles, et c’est dans le rapport suivant lequel ils croïissent ou décroissent qu’il cherche la mesure des figures ou leur rapport entre
elles. » Maïs le langage de Cavalleri manque souvent d’exac-
titude. Aussi, mal comprise, sa méthode a été critiquée, comme s’il eût voulu faire d’une surface la somme d’une infinité delignes, et d’un volume la somme d’une infinité de surfaces : c’est du moins ainsi que l’a entendue l'Encyclopédie. Le passage que nous avons cité plus haut rétablit la vérité des faits. Est-il nécessaire d’ajouter que la rigueur de la méthode des indivisibles a été démontrée par Pascal, qui l’appliqua à un grand nombre de questions? E,. MERLIEUX.
INDIVISION, INDIVIS. On appelle indivision l’état des biens indivis, c’est-à-dire possédés en commun par plusieurs personnes. C’est un grand principe de droit que nul ne peut être contraint à rester dans l’indivision, d’où il suit que le partage peut toujours être provoqué, nonobstant prohibitions et conventions contraires.
IN-DIX-HUIT,. Voyez FORMAT.
INDO-CHINE. Voyez INDES ORIENTALES, p. 350.
INDO-GERMANIQUES ( Langues), appelées souvent aussi langues indo-européennes. On désigne aujourd'hui sous ce nom les langues d’un grand nombre de peuples appartenant tous à la race caucasienne, et qui se sont répandus dans une grande partie de l'Asie, dans presque toute l'Europe, et de là dans d’autres parties de la terre, en Amérique notamment ; langues qui, en raison de leur primitive origine commune, offrent entre elles de nombreuses analogies. Dans cet arbre généalogique des langues, on a établi six subdivisions, comprenant chacune les Jangues qui, à l'instar des peuples qui les parlent, ont entre elles des rapports d’affinité plus étroits qu'avec d’autres. Deux de ces subdivisions comprennent le groupe des langues asiatiques ; et les quatre autres le groupe européen des langues indo-germaniques.
Le groupe asiatique ou arique comprend : 1° les langues indiennes, en tête desquelles se trouve placé le sanscrit, comme la plus ancienne non-seulement des langues parlées dans l’Inde, mais encore de toutes les langues de la même famille ; 2° les langues iraniennes, appelées aussi médo-persiques ou ariques, dont la plus ancienne est le zend, qui a des rapports étroits avec le sanscrit, et auxquelles appartiennent, indépendamment de la langue persane actuelle, la langue afghane ou pouschtoue, la langue kourde el la langue ossète (parlée dans les gorges du Caucase), ainsi que la langue arménienne, qui est môlée d'un