INDUSTRIE
des moyens et des facilités pour féconder leurs talents et développer leurs facultés naturelles. »
Parmi les hommes que la classe ouvrière peut citer avec le plus d’orgueil, nous plaçons J acquart, l’inventeur d’un admirable métier, qui non-seulement épargne le temps et diminue la dépense, mais affranchit l'industrie du travail incommode et funeste des tireurs de lacs. Cet homme de génie, dont la découverte a fait la fortune de tant de fabricants, vécut simple et content de sa mé= diocrité : une pension modique et la croix d'Honneur comblèrent ses'vœux. Après sa mort, Lyon, sa patrie, enrichie par ses bienfaits, a vu s'ouvrir une souscriptiôn pour lui bâtir-un monument bien modeste, et deux ans n’ont pas suffi pour atteindre une somme que le premier jour aurait dû faire dépasser, si l'équité, si la gratitude comp» taient pour quelque chose aux lieux où naquit Jacquart. A lexposition de 1834, nous avons vu pour le perfectionnement le plus remarquable de la charrue, le plus utile des instruments agricoles, la récompense du premier ordre obtenue par un simple garçon de ferme. Le laboureur Grangé s’est contenté d'inventer, laissant à d’autres le soin d'exploiter son invention. Vingt charrues à la Grangé, ce qui signifie pillées de Grangé, figuraient à l'exposition; lui seul n’avait pas envoyé sa charrue Grangé. Mais le jury central a saisi sa découverte à travers les variantes des imitateurs, et l’a récompensé dans œuvre des plagiaires, en lui décernant la médaille d'or, en lui faisant donner la croix de la Légion d'Honneur. Laboureurs français! jusqu’à ce jour on célébrait le soldat qui revenait au milieu de vous reprendre le mancheron de la charrue, en cachant, comme aurait dit l'éloquent général Foy, sa décoration sous sa veste de travail; aujourd’hui c’est la veste de travail elle-même que l’on décore, c’est la charrue qu’on récompense, et la classe agricole tout entière qu'on honore dans la personne de Grangé le Jaboureur !
Nous terminerons cet article par les considérations générales que nous avons présentées, en 1834, à nos auditeurs du Conservatoire des Arts et Métiers, dans le discours déjà cité. « Étendons nes regards sur l’ensemble de notre industrie nationale, de cette mine féconde dont nous venons d'explorer quelques filons. Partout vous trouverez le même spectacle : un petit nombre de familles persévérantes et sages, qui continuent avec fidélité leur profession hérédifaire ; mais l’immense majorité des artisans et des artistes, adoptant des carrières nouvelles, et la plupart sans autres secours que leur travail et le talent que le travail seul peut développer et rendre fertile. J'ai scruté soigneusement l’origine des plus grandes et des plus rapides fortunes conquises par les fabrications ; j'ai constamment trouvé qu’elles sont obtenues par des hommes qui commencçaient sans capital. Si l'observateur social veut se former une juste idée du peuple français, dans l’état où l’a placé l'heureux progrès de nos arts, il doit donc se représenter l’immense majorité des trente-trois millions d'individus qui composent la nation comme débutant sans capital, ou du moins avec un capital très-minime , s’enrichissant par le travail, l'observation et l'expérience; par l’activité, l’ordre et l’économie , chacun s'élevant ainsi suivant ses facultés, son courage et ses vertus, pour former comme une immense pyramide, dont le sommet est atteint dans tous les genres par quelquesuns de ces hommes qui peuplent en foule les degrés intermédiaires, et qui sont partis des degrés les plus inférieurs Ce n’est pas le hasard ni le caprice de la fortune qui disposent ainsi le sort des masses, et qui classifient les individus ; c’est à tout prendre, je le répète, l'amour du travail , et l'intelligence , et la conduite plus ou moins sage et prudente, Nulle part en Europe on ne citerait un peuple où eet admirable mouvement d’ascension entre des citoyens égaux et libres fût aussi favorisé que par nos lois, amies de lu véritable égalité; nul peuple n'a des droits politiques aussi précieux et des honneurs nationaux aussi nombreux,