INDUSTRIE — INDUSTRIE DES ANIMAUX
aussi généreux, aussi sublimes que ceux du peuple français. Qu'on ne veuille donc en aucun point de l'échelle sociale scinder en deux la nation pour placer les uns dans le privilége, les autres dans l’exclusion : tous sont aptes à tout par le fait, et les plus hauts honneurs sont acquis par les plus illustres sortis des rangs de la foule : maréchaux, anciens soldats; grands commerçants, anciens commis; et grands fabricants, anciens ouvriers. Voilà pourquoi l’état social que nos pères ont conquis, et que nous avons complété, mérite notre amour et nos efforts pour le transmettre à nos fils dans sa gloire et sa pureté. »
Une coñséquence encore des exemples remarquables que j'ai présentés : « Comparez le sort de cent jeunes gens qui se font ouvriers dans un atelier, ou commis dans un comptoir, avec cent fils d'ouvriers qu’on parvient, à force de sacrifices et de secours étrangers, à pousser dans un collége pour exploiter du grec et vivre de latin. Au sortir de leurs fastueuses études, rhétoriciens, logiciens, métaphysiciens, qu'ont-ils appris d’immédiatement applicable? Rien, qu’à rougir de prime-abord de leur père et de leur mère. A l'exception d’un petit nombre, que leur génie tire de la foule, et quipartout auraient saisi la place inarquée par leur vocation, quel est le sort des autres? C’est de vivre en mendiants de places et de faveurs. Dix fois plus nombreuse que les emplois auxquels elle aspire, la grande majorité d’entre eux reste dans la détresse ; elle n’éprouve d'autre passion que celle de haïr et de punir un ordre social qui n'a produit que son malheur, en facilitant ces vaines connaissances qui font abhorrer tout travail manuel et productif. Les autres, au contraire, s’ilssont honnêtes, actifs et persévérants , trouvent tous du travail; ils yoient leur main-d'œuvre mieux payée à mesure qu’ils deviennent producteurs plus habiles. S'ils restent dans les grands ateliers, ils deviennent chefs d'ouvrages, contremaitres, et souvent associés de leur maître ; s'ils préfèrent l'indépendance, ils commencent par acquérir des outils, des instruments, au moyen de leurs premières épargnes, et bientôt ils marchent d'eux-mêmes avec un succès qui dépend d’eux seuls. Si nous parlons de l'honneur, je demande à ces êtres faméliques, qui mendient au sortir de leurs stériles études, quel parallèle on oserait établir entre eux ef le garçon de ferme Grangé, récompensé par les distinctions du premier ordre au grand jury national, et par le prix de l'Académie des Sciences, et par les honneurs des États étrangers, et par la croix d'Honneur? Quel parallèle entre eux et le légionnaire Cavé, qui place sa branche d'industrie au premier rang en Europe? entre eux et l’ancien ouvrier Jacquart, légionnaire aussi, bienfaiteur d’une ville de 300,000 Ames, qui lui décerne un monument et des éloges funèbres, pour l'exemple et l’émulation de tout un peuple industrieux?
« Ah! Je voudrais que tous les pères de nos modestes ixmilles pussent prendre connaissance des faits nombreux que Je viens de présenter, afin qu'ils se pénétrassent de l'avenir Si divers qu’ils préparent à leurs enfants, suivant qu'ils les font élèves de l’orgueil ou de lutilité. J'aime à penser que les entrailles paternelles ne balanceraient pas dans le choix que dicterait leur affection. Aujourd’hui les Jeunes gens peuvent en toute confiance entrer dans les professions industrielles : si quelques-uns possèdent cette âme forte qui produit les volontés percévérantes, qui lonne le co: rage dans les revers et la retenue dans les succès, j'ose leur prédire qu'eux aussi marqueront leur place dans les prochains concours del’industrienationale.»
Bon Charles Dupin, de Académie des Sciences.
Les recensenients de 1851 et de 1866 indiquaient en France une population industrielle et commerciale de 9,283,895 individus pour le premier, et 13,770,000 pour le second, soit 25,94 et 36,05 de la population totale, Le résultat le plus saillant de la comparaison entre ces deux recensements, c’est que le nombre des Français voués à l’industrie s’est accru de 32 pour 100, tandis que la po-
pulation agricole a diminué de {4 pour 100, On établit ainsi qu'il suit les forces de l’industrie manufacturière du pays entier : établissements industriels, 156,000, mouvement des affaires, 12 milliards ; force employée par les moteurs, 672,000 chevaux-vapeur.
INDUSTRIE (Exposition des produits de l’). Voyez EXPOSITION DES PRODUITS DE L'INDUSTRIE.
INDUSTRIE (Chevalier d’). Voyez Cnevarren.
INDUSTRIE DES ANIMAUX. Les animaux sontils réellement capables de quelque industrie? Oui, répondra le vulgaire; car il est des ouvrages faits par des animaux que l’homme le plus intelligent, le plus adroit, ne parviendrait jamais à contrefaire, Quel est le chimiste qui oserait se flatter de fabriquer un gâteau de miel, eut-il à sa disposition toutes les fleurs d’une province? Mais l’observateur philosophe répondra : Les facultés industrielles dont on fait honneur à certains animaux ne sont qu'apparentes : c’est-à-dire que l'oiseau qui construit un nid, le castor une cabane, l’araisgnée une loile, font ces divers ouvrages par instinct et avec le même degré d'intelligence qu'ils emploient pour marcher, voler, guelter une proie.
Sous le rapport de leur plus ou moins grande aptitude à exécuter certains ouvrages, on peut classer les animaux dans l’ordre que voici, en commençant par les plus maladroits, qui sont les poissons, les animaux domestiques, tels que le bœuf, le cheval, le mouton, la poule. Ces ctres en effet ne savent pas se construire un abri, encore moins amasser des provisions pour les temps rigoureux de l'hiver. Parmi les quadrupèdes qui vivent à l’état sauvage, il en est fort peu qui donnent des preuves de quelque adresse pour se construire des retraites qui les mettent à couvert contre les intempéries des saisons ou les attaques dedeurs ennemis. Lerenard, le lapin, le castor surtout, font exception. L’éléphant, l’urus,lelion, letigre, le loup, vivent à l'aventure et en plein air, été comme hiver. Comme industriels, les oiseaux se montrent de beaucoup supérieurs aux quadrupèdes. La plupart d’entre eux excellent dans la construction de leurs nids; l’'hirondelle, par exemple. En général ce sont les plus faibles qui sont les plus adroits. Le condor, l'aigle, le vautour, le corbeau, déposent leurs œufs, élèvent leurs petits dans des nids formés de branchages assemblés sans art.
Les insectes, après l’homme, sont, du moins en apparence, les plus intelligents des êtres organisés. Quoi de plus merveilleux que les produits des travaux de l'abeille? La géométrie la plus savante semble avoir présidé à la construction et à la disposition des alvéoles destinés à recevoir le sirop ou nectar que les travailleuses vont cueillir sur les fleurs. Les guëpes sont presque aussi habiles que les abeilles; mais comme leurs produits ne sont d'aucune utilité pour l’homme, elles ne sauraient inspirer le même intérêt. Les fourmis ont de tout temps, chez les anciens surtout, été l’objet d’une sorte de vénération, moins pour leur industrie, il est vrai, qui, bien que grande, n'est pas à comparer avec celle de beaucoup d'autres insectes, mais’ plutôt à cause de leur prétendue économie, et surtout de l'instinct de prévoyance qui les porte à former les magasins d’où elles tirent de quoi vivre pendant l'hiver. Les naluralistes de nos jours ont beaucoup rabattu de ce merveilleux. Les araignées, bien moins vantées que les fourmis, sont tout aussi économes et de beaucoup plus industrielles ; leurs toiles, la manière dont elles sont filées, tissées, tendues, l'usage auquel lPinsecte les destine, font l'admiration du naturaliste observateur.
De toutes les industries des animaux, sans en excepter celle de l'abeille, il n’en est pas de plus riche et de plus utile à l’homme que celle du bombix, vulgairement ver à soie. Les tissus faits de la substance que file cet insecte merveilleux se vendaicnt autrefois à Rome au poids de Por; aujourd’hui la soie forme une partie considérable de la richesse agricole et industrielle de la France.
De tous les animaux, l'homme est le seul véritablement
digne de la qualification d’industriel ; lui seul agit avec préméditation et discernement. Les autres animaux font toujours bien ou mal de la même manière et comme des machines aveugles. L'homme au contraire, change et modifie, invente sans cesse. TEYSSÈDRE.
INDUSTRIEL, INDUSTRIEUX. L'Académie définit industriel ce qui provient de l’industrie, ce qui appartient à Pindustrie, etsubstantivement une personne qui se livre à l’industrie. {ndustrieux est, selon le même corps savant, cequia del’indastrie, de l'adresse. Ce serait donc à tort que J.-B. Say aurait appeléindustrieux celui qui travaille à la production des valeurs , c’est-à-dire à la création des richesses. C'était industriel qu'il devait dire. L’industrieux est considéré par lui comme un des moyens de production, indépendamment des capitaux et des instruments naturels qui sont ses outils. « L'industrieux, dit-il, qui s'applique à la connaissance des lois de la nature est le savant. Celui qui s'occupe de leur application aux besoins de l’homme est un agriculteur, un manufacturier ou un négociant. L’industrieux qui travaille manuellement, guidé par les lumières et le jugement des autres, est un ouvrier. »
INDUSTRIELS (Arts). Voyez Arts Er MÉTIERS.
INDUVIE. Voyez Cauice.
INEDIT. Ce mot, qui ne se trouve pas dans les premières éditions du Dictionnaire de l’Académie, ni dans celui de Trévoux, signifie un ouvrage qui n’a pas été imprimé, publié, édité, pour me servir d’une autre expression de création récente. Quelle bonne fortune pour les éditeurs d'œuvres complètes quand ils peuvent y ajouter quelques pièces inédiles. Malheureusement les amateurs ont été trop souvent pris au leurre de ce titre séduisant. Cinq ou six faussaires nous ont donné des Jables inédiles de La Fontaine ; mais personne n’y a été trompé, et, comme disait le fabuliste,
Un petit bout d’oreille, échappé par malheur, À découvert et la fourbe et l’erreur.
A cet égard on peut dire, en retournant un vers connu : Même quand l'oiseau vole on sent qu'il a des pieds,
Ces spéculations de librairie qui consistent à publier, pour un vil lucre, comme inédiles les œuvres supposées d’un auteur ont toujours été réprouvées par la morale; néanmoins, dans le siècle dernier, combien de libraires de Bruxelles ou de Neufchâtel ont dû leur fortune à de pareilles spéculations ! Les prétendus testaments de Richelieu, de Louvois, de Colbert, d’Alberoni et de vingt autres bommes d'État ; les prétendues Œuvres nouvelles de Saint- Evremond, commandées par des libraires, qui disaient à leurs stipendiés : Failes-nous du Saint-Evremond; vingt ouvrages attribués à Voltaire, de son vivant comme après sa mort, prouvent combien est inépuisable cette veine de profits illicites à faire sur le public, toujours si facile à tromper. Quelquefois cette espèce de dol littéraire a eu lieu dans un intérêt de propagande, Ainsi, Voltaire a publié quelques pamphlets irréligieux comme œuvres inédites de Saint-Évremond ou de Dumarsais, On doit savoir gré à certains éditeurs qui nous donnent des mémoires ou des lettres véritablement inédites, lorsque ce sont des lettres de M'° de Sévigné, ou des mémoires de Brienne, ou de Tallement des Réaux. Quant à ceux qui, comme Musset-Pahay, ont grossi de deux volumes d'Œuvres inédiles assez insignifiantes les œuvres, déjà si volumineuses, de J.-J, Rousseau, où exhumé, comme nous ne savons plus quel autre éditeur, le Parrain magnifique de Gresset, on avouera qu’ils ont assez mal servi la gioire de ces écrivains. Ce zèle
réimprimer des écrits inédits tend à surcharger la littérature d’un inutile bagage toutes les fois qu'il n'est pas guidé vers un but d'utilité spéciale : ainsi, l'on ne niera pas que les membres opulents des diverses sociétés de bibliophiles, qui publient chaque année, à peu d'exemplaires, de rares volumes de pièces inédites, souvent curieuses, n'aient vas rendu de réels services à la littérature,