INQUISITION
comme en Allemagne, comme en France, pour punir l’hérétique et le relaps ; là bien rarement des victimes ont été trainées dans ses cachots et condamnées à y finir misérablement leurs jours : des conseils, des remontrances, des expiations publiques ou privées, ont plus souvent ramené le coupable dans le giron de l’Église.
De toutes les inquisitions, la plus sanglante, la plus odieuse, a été celle d’Espagne. Son règne dévastateur y peut être divisé en deux périodes, celle de l’inquisition ancienne, introduite en Catalogne en 1232, et propagée ensuite dans toute la péninsule ibérique, et celle de l'inquisition moderne d’Espagne, ou saint-office, établie en 1481, sous le le règne de Ferdinand et d’Isabelle. D’après les règles de linquisition ancienne, les hérétiques impénitents étaient livrés à la justice séculière et punis du dernier supplice; les réconciliés devaient, après avoir fait abjuration publique au milieu de l’église, observer les pénitences dont voici la formule : « Le jour de la Toussaint, les fêtes de Noël, de l'Épiphanie et de la Chandeleur, ainsi que tous les dimanches de Carême, le réconcilié se rendra à la cathédrale pour assister à la procession, en chemise, pieds nus et les bras en croix ; il y sera fouetté par l’évêque ou par le curé, excepté le dimanche des Rameaux , où il sera réconcilié. Le mercredi des cendres, il se rendra aussi à la cathédrale de la même manière, et il y sera chassé de l’église pour tout le temps du carême, pendant lequel il sera obligé de se tenir à la porte et d’assister de la aux offices divins; il occupera la même place le jeudi saint, jour où il sera réconcilié de nouveau. Tous les dimanches de Carême, il entrera à l’église pour être réconcilié, et reprendra aussitôt sa place à la porte. Il portera toujours sur la poitrine deux croix d’une couleur différente de celle de lhabit. » Cette pénitence devait durer trois ans pour les fauteurs d’hérésie, légèrement suspects, cinq ans pour ceux qui étaient fortement suspects, sept ans pour ceux qui étaient violemment suspects, et dix ans pour les réconciliés. Quant aux hérétiques obstinés et impénitents, ils étaient livrés aux flammes, ainsi que les relaps : la seule grâce qu’on faisait à ces derniers, s’ils manifestaient la résolution de revenir à la foi, consistait à les faire étrangler par le bourreau avant que le feu füt mis au bûcher. L’inquisition alla jusqu’à condamner des morts, parce qu’ils étaient hérétiques non réconciliés : ainsi, les ossements d’Arnauld, comte de Forcalquier et d’Urgel, et ceux d’un grand nombre de seigneurs et d'hérétiques, furent exhumés pour être livrés aux flammes. Outre ces peines corporelles, l’inquisition infligeait des amendes pécuniaires et prononçait aussi la confiscation des biens.
Tout était soumis à cette terrible juridiction : absents et présents, morts et vivants, sujets et souverains, riches et pauvres ; etles catégories de ceux qui pouvaient être soupçonnés d’hérésie étaient nombreuses. La moindre dénonciation pouvait attirer sur eux l'attention du saint-office; et du moment qu’une instruction préparatoire les avait convaincus du crime ou seulement du soupçon d’hérésie, l’arrêt de prise de corps était lancé. Dès cet instant il n’y avait plus ni privilége ni asile pour l'accusé, quel que fût son rang : On l’arrêtait au milieu de sa famille, de ses amis, sans que personne osât opposer la moindre résistance. Aussitôt qu’il se trouvait entre les mains des inquisiteurs, il n’était plus permis à qui que ce fût de communiquer avec lui : il se voyait soudain abandonné de tout le monde et privé de toute espèce de consolation. Ses biens étaient inventoriés et saisis, Les prisonniers dont l’hérésie n'était pas constante étaient acquittés et absous ad cautelam, c'est-adire comme ayant été suspectés d’hérésie; mais si des charges graves s’élevaient contre eux, ils demeuraient plusieur * années dans les cachots, et finissaient par être appliqués à la question : cette épreuve suffisait à rassurer la conscience des juges. Les condamnés au dernier supplice avaient le
plus douce, plus paternelle, que dans cette Italie, qui lui a ; droit d’en appeler au pape. L'exil, la déportation, l'infadonné naissance. Là bien rarement le bûcher s’est élevé, *; mie, la perte des emplois, honneurs et dignités, étaient en-