‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 268 sur 522 · INQUISITION · texte numérisé non relu

INQUISITION

core au nombre des peines infligées par linquisition espagnole. Chaque ville, chaque province, avait ses inquisiteurs, qui parcouraient la contrée, escortés d’un grand nombre d’alguazils, et recevaient les dénonciations, de quelque part qu’elles vinssent. Pendant deux siècles, ils poursuivirent avec tant d’archarnement l’extermination des hérétiques, qu’ils manquèrent de victimes vers le milieu du quinzième siècle.

C’est à cette époque que l’inquisition régularisée (inquisition moderne ) fut introduite en Espagne, après avoir subi une réforme, au moyen de statuts et de règlements. Du règne de Ferdinand et d’Isabelle date pour cette institution une ère plus affreuse encore. Les juifs convertis au christianisme, ou qui feignaient une conversion sincère, s’élevaient alors dans la péninsule hispanique à près d’un million; leur apostasie ne tardait pas à se découvrir au milieu de la contrainte dans laquelle ils vivaient, et ce fut contre eux que Sixte-Quint et Ferdinand établirent la nouvelle inquisition, qui surpassa la première en barbarie. Un grand-inquisiteur général et le conseil de la supréme furent institués par une bulle de Sixte-Quint, et commencèrent cette extermination juridique qui coûta à l'Espagne plus de 5,000,000 de citoyens, proscrits de son territoire par l'influence du redoutable saint-office, ou livrés aux flammes de l’auto-da-fé. Quaranfe-cinq inquisiteurs-généraux, en tête desquels nous placerons l’odieux Torquemada, amenèrent ce résultat désastreux.

Parlerons-nous maintenant des tortures auxquelles étaient livrés les malheureux suspectés d’hérésie? Représenteronsnous leurs demeures méphitiques ? Peindrons-nous les odieux traitements auxquels ils étaient en butte de la part de leurs geôliers ? Nous renvoyons pour tous ces détails à l’ouvrage publié par Llorente sur l’inquisition d’Espagne, et à celui qu'a publié Léonard Gallois, dans lequel nous avons jilialement puisé les principaux documents de cet article. Nous ne pouvons cependant, malgré les sentiments pénibles qu’inspirent ces tristes souvenirs, passer sous silence les moyens par lesquels les inquisiteurs espéraient arriver à la connaissance de la vérité. La question était appliquée devant les juges par les bourreaux , dans un appareil propre à inspirer la terreur aux patients que l’on martyrisait; elle se donnait de trois manières, par la corde, par l’eau et par le feu.

Dans le premier cas, on liait derrière le dos les mains du patient, au moyen d’une corde passée dans une poulie attachée à la voûte, et les bourreaux, après l’avoir élevé aussi haut que possible, et tenu ainsi suspendu pendant quelque temps, lâchaïent la corde de manière à ce qu’il tombât à un demi-pied de terre : ces terribles secousses disloquaient les jointures; la corde entrait souvent dans les chairs jusqu'aux nerfs, et elles étaient renouvelées sans cesse pendant une heure, jusqu’à ce que le médecin de Vinquisition déclarât qu'il y avait danger à continuer.

La seconde application de la question se faisait au moyen de Veau : Les bourreaux étendaient la victime sur une espèce de chevalet de bois, en forme de gouttière, propre à recevoir le corps d’un homme, sans autre fond qu’un bâton qui le traversait, et sur lequel le corps, tombant en arrière, se courbait par l'effet du mécanisme du chevalet, et prenait une position telle que les pieds se trouvaient plus hauts que Ja tête. Il résultait de cette situation que la respiration devepait très-pénible, et que le patient éprouvait les douleurs les plus vives dans tous les membres par l'effet de la pression des cordes, dont les tours pénétraient dans les chairs et faisaient jaillir le sang avant même qu’on eût employé le garrot. C’est dans cette cruelle position que les bourreaux introduisaient au fond de la gorge de la victime un linge fin mouillé, dont une partie lui couvrait les narines ; on lui versait ensuite de l’eau dans la bouche et dans le nez, et on la laissait filtrer avec tant de lenteur, qu'il ne fallait pas moms d'une heure pour qu'il en eût avalé un litre, quoiqu'elle descendit sans interruption. Ainsi , le patient ne trouvait aucun intervalle pour respirer; à chaque instant ;

DICT. DE LA CONVERS. — T. XI

il faisait un effort pour avaler, espérant donner passage à un peu d'air; mais on conçoit combien le linge mouillé et l'eau devaient opposer de résistance à cette fonction, la plus importante de la vie. Il arrivait souvent que lorsque la question était finie, on retirait du fond de la gorge le linge tout imbibé du sang des vaisseaux que se rompaient par les grands efforts du torturé. Il faut ajouter qu’à chaque instant, un bras nerveux tournait le fatal billot, et que les cordes dont les bras et les jambes étaient entourés entraient jusqu'aux 08.

Pour appliquer la question au moyen du feu, les bourreaux commençaient par attacher les mains et ies jambes du patient, de manière qu’il ne pût pas changer de posifion : ils lui frotiaient alors les pieds avec de l'huile, du lard et autrès matières pénétrantes , et les lui plaçaient devant un feu ardent, jusqu’à ce que la chair fût tellement crevassée, que les nerfs et les os parussent de toutes parts. Est-il étonnant après cela qu’on ait vu nombre de prisonniers dont la conscience était pure, s’accuser néanmoins de quelque délit, afin de ne pas être plus longtemps torturés et de ne pas mourir dans leur prison ?

Telle fut l’inquisition en Espagne jusqu’à ce que Napoléon 1°" l’eut supprimée, par un décret du 4 décembre 1808. Rétablie au retour de Ferdinand VII, elle ne put être abolie définitivement par les cortès qu’en 1820.

En Portugal, l’inquisition fut instituée en 1557, à la suite d’une longue résistance. Après avoir arraché sa patrie à la domination de l'Espagne, Jean de Bragance essaya en vain de la détruire. Tout ce qu’il put lui enlever, ce fut le droit de confiscation, et encore fut-il excommunié pour ce fait, après sa mort. Les Portugais introduisirent l’inquisition dans les Indes, comme les Espagnols l’avaient introduite en Amérique. Goa lui dut une atroce renommée. Enfin, Jean VI supprima le saint-office en Portugal, au Brésil et dans les Indes. Par son ordre les registres du terrible tribunal de Goa furent brûlés publiquement.

Venise aussi, et nousl’avons déjà dit, ew dans le principe son inquisition ecclésiastique; mais son caractère ne tarda pas à dégénérer complétement, sans que la terreur qu’elle inspirait diminuât en rien. L’inquisition y devint tout à fait politique, inquisition d’État. Trois membres du pouvoir étaient revêtus de cette effroyable juridiction, sous le titre d’inquisiteurs : on en choiïsissait deux dans le sein du Conseil des Dix, et le troisième, parmi les sénateurs assesseurs du doge. Le pouvoir de ces trois inquisifeurs était aussi illimité et aussi absolu que la défiance et la terreur par laquelle se maintenait le gouvernement oligarchique de cette république. Ils avaient droit de vie et de mort sur tous les citoyens, nobles ou plébéiens, et le sort qu’ils firent subir à Marino Faliero témoigne assez que le doge lui-même devait se courber devant leur toute-puissance. Malheur au Vénitien assez audacieux pour murmurer contre l'oppression sous laquelle il gémissait! malheur à l'étranger assez imprudent pour fronder ou blâmer le gouvernement de la république ! L’inquisition avait des sbires et des espions partout; pour elle les murs avaient des yeux et des oreilles, tout lui était rapporté. La mort seule vengeait l’injure faite au pouvoir, et les cadavres trouvés dans les canaux , Ou suspendus aux potences mortuaires annonçaient en même temps au peuple l’offense et le châtiment, terribles épouvantails qui comprimaient la plainte et la commisération ; car la pitié même était criminelle aux yeux des inquisiteurs. Si parfois ils accordaient la vie à celui qui leur avait été dénoncé, une prison plus cruelle que la mort l’attendait : les puits (pozzi), dont l'humidité méphitique glaçait lentement les membres du malheureux qui y était jeté et le faisait périr de consomption; les plombs ( piombi), non moins redoutables, sur lesquels un soleil dévorant dardait, chaque jour, sa chaleur corrosive, fournaises dont l'atmosphère embrasée faisait naître une fièvre délirante, ébranlait les facultés intellectuelles, et réduisait à l’idiotie celui qu’elle ne tuait pas. Cette terrible inguisition dont

les sentences étaient sans appel, a cessé d'exister, avec la forme aristocratico-républicaine du gouvernement vénitien, dans les dernières années du dix-huitième siècle.

à Napoléon GarzLors.

INSALUBRITE, INSALUBRE, Lorsqu'une odeur désagréable, émanée de quelques matières organiques en décomposition, vient affecter nos organes, nous sommes naturellement portés à lui attribuer une action plus ou moins délétère ; cependant, elle est souvent incapable de produire des effets fâcheux sur notre économie, tandis que des miasmes inodores ou d’une odeur à peine sensible produisent quelquefois des effets funestes sur des populations entières. Ainsi, l'odeur fétide que développe la putréfaction des’ animaux à peu d’action sur l’économie animale, quand elle peut se répandre librement dans l'air, et même dans des lieux peu spacieux et mal aérés, tandis que les miasmes qui s’exhalent des plantes ou des vases des étangs, dont l’odeur est souvent à peine sensible, vont porter leur action dans tous les lieux où l'influence des vents les dispersent. Nous pourrions ajouter un grand nombre d’exemples à ceux que nous venons de citer; mais ils ne feraient que confirmer le fait que nous avons signalé.

Malgré les nombreux travaux qui ont été faits pour déterminer la cause de linsalubrité que présentent certaines localités ou diverses actions connues, on est encore dans l'ignorance la plus complète à ce sujet : ainsi, on a recueilli V’air des marais, l’eau que cet air transporte avec lui : on n’a pu y reconnaître aucun principe particulier qui permit d'expliquer leurs funestes effets ; on est donc forcé de se borner jusque ici à signaler le fait sans pouvoir en donner aucune explication.

Un grand nombre d'opérations des arts sont regardées comme insalubres et nuisibles aux individus qui les pratiquent; cependant, notre siècle a eu beaucoup d’améliorations sous ce rapport, grâce aux progrès de la chimie et à l'initiative d’un certain nombre d'hommes, à la tête desquels nous devons placer Montyon.

Les établissements où s’exercent les industries que nous venons de signaler, pouvant nuire par les émanations dont ils sont le siége, sont soumis à certaines conditions et rangés dans la seconde catégorie des établissements dangereux, insalubres ou incommodes,

Certains logements, soit par les émanations qui s’y dégagent, soit par le manque d’air ou de lumière, sont réputés insalubres, Cependant la cupidité de quelques propriétaires ne reculait pas devant les conséquences que pouvait avoir sur la santé de leurs locataires l'habitation de bouges tels que les caves de Lille, signalées par Blanqui aîné. D’un autre côté, la misère contraignaïit souvent de pauvres ouvriers à habiter d’affreux cloaques, où ils achevaient la ruine de leur santé. La loi du 22 avril 1850 s’est efforcée de remédier à ces monstrueux abus. Elle donne aux conseils municipaux le droit de nommer des commissions spéciales chargées de rechercher et d'indiquer les mesures indispensables pour l'assainissement des logements ou dépendances insalubres, mis en location ou occupés par d’au-

tres que le propriétaire, l’usufruitier ou l'usager. L'autorité .

municipale peut alors enjoindre au propriétaire d’avoir à exécuter les travaux nécessaires ou lui interdire provisoirement la location du logement à titre d'habitation, sauf appel au conseil de‘préfecture et dans le cas d’interdiction absolue recours au conseil d'État. Toute contravention de la part du propriétaire aux prescriptions de l’autorité est punie d’une amende, Enfin, lorsque l’insalubrité est le résultat de causes extérieures et permanentes, ou lorsque ces causes ne peuvent être détruites que par des travaux d'ensemble, la commune peut acquérir -par la voie de l'expropriation pour cause d'utilité publique la totalité des propriétés comprises dans le périmètre des travaux à exécuter. INSCRIP'FION (du latio inscriptio , fait de in, sur, et scribere, écrire; en grec, éxuypayh). Ce mot s'applique généralement à tout ce qu’on écrit sur la partie extérieure

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