INSECTES
Le sens du toucher doit singulièrement varier dans les diverses phases de la vie d'un insecte : dans sa vie de larve, les éléments crayeux et cornés se sont à peine déposés dans quelques points de son tégument externe, qui paraît doué d’une sensibilité assez vive, sensibilité qu’augmentent encore les nombreux poils qui y sont insérés ; mais à l’élat d’insecte parfait, le sens du toucher doit être nécessairement obscur, et se trouve probablement limité à quelques parties , les antennes peut-être, ou l'extrémité des pattes. |
Les entomologistes accordent aux insectes le sens du goût, mais ils diffèrent quant à son siége, les uns le localisant dans les palpes, les autres le plaçant à Porigine du pharynx : ils se fondent, pour admettre l’existence d’un sens spécial du goût, sur ce que les insectes choisissent avec un parfait discernement les parties assimilables des plantes, et délaissent celles qui leur seraient nuisibles; mais il est évident que ce fait en lui-même ne prouve exactement rien, car ce choix pourrait être déterminé par le sens de l’odorat seulement. Ce que l’on sait plus positivement, c’est que les insectes ne possèdent ni langue proprement dite, ni palais, ni mamelons papillaires.
L'existence d’un sens de l’odorat paraît mieux démontrée; et si les expériences qu’on cite sont parfaitement exactes, ce sens aurait acquis chez les insectes un développement très-remarquable ; mais le siége de ce sens est aussi incerain que peut l'être celui du sens du goût : ainsi, M. Duméril l’a placé dans les stigmates, se fondant sur ce que ce sens devait être localisé là où l’air apporte les émanations odorantes ; et d’autres entomologistes l’ont placé dans les antennes , qui reçoivent en effet des nerfs volumineux ; tandis que les expériences de M. Hubert tendent à localiser, chez les abeilles du moins, le sens dé l'odorat dans la cavité buccale.
Il faut dire de l’ouïe ce que nous venons de dire de l’odo-raf ; son existence est à peu près certaine, son organe à peu près inconnu; toutefois, la plupart des naturalistes ont placé cet organe à la base des grandes antennes, et M. Straus- Durcheim le localise dans les antennes elles-mêmes.
J1 n’en est pas de même de l'organe et du sens de la vue, car il n’existe pas d'animaux qui offrent un appareil de la vision aussi complexe que celui des insectes. Les yeux des hexapodes sont de deux espèces, simples ou lisses, composés ou chagrinés; les yeux lisses ont éte nommés s/emnates ; ils manquent souvent. Nous ne pouvons insister ici sur la structure, extrêmement compliquée, de ces appareils, qui n’a été parfaitement élucidée que par les travaux de M. Marcel de Serres et de Blainville ; nous nous bornons à dire que les yeux composés forment des réseaux à facettes, quelquefois au nombre de plusieurs mille, qui répètent plusieurs milliers de fois le même objet ; que ces yeux sont en général placés sur les parties latérales de la tête, mais que dans quelques familles œil est placé, comme chez les crustacés, à l’extrémité d’un appendice mobile, que l'insecte porte au-devant de l’objet qu'il veut regarder; et que chez d’autres espèces, qui dardent sur la surface des eaux, les yeux sont disposés à la partie inférieure du corps, de: manière à apercevoir les petits objets qui se meuvent dans l’eau sous-jacente.
Le système respiratoire des insectes s'éloigne étrangement de tout ce que l’on observe dans les antres types du règne animal, et fournit une confirmation bien remarquable de cet axiome fondamental en anatomie fonctionnelle : qu'un but identique peut être atteint par des moyens contradictoires. Le but de la respiration chez tous les êtres organisés paraît être de puiser dans le milieu atmosphérique des éléments incrémentitiels essentiels à la conservation des organes, et de rejeter dans ce même milieu des éléments excrémentitiels devenus inutiles à cette conservation : et ce double
phénomène d'absorption et d’excrétion a toujours lieu à la
surface d'une membrane, en contact, soit immédiat , soit médiat, avec le milieu atmosphérique. Or, dans la plupart