‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 274 sur 522 · INSECTES · texte numérisé non relu

INSECTES

des types organiques, cette membrane est localisée dans un seul point du corps, où elle s'étale en branchies, ou se replie en cellules pulmonaires; et c’est dans son passage à travers cette membrane que le sang subit, sous l'influence de l'atmosphère, la double transformation qui doit le rendre propre à la nutrition de tous les organes. Mais chez les insectes, où le système vasculaire n'existe qu’à l'état rudimentaire , et où il n’existe pas de circulation sanguine , les organes ne peuvent être mis en contact médiat avec Pair atmosphérique, au moyen d’un liquide qui circule sans cessé des organes à la membrane respiratoire, et de la membrane respiratoire aux organes : il devenait donc nécessaire de créer un système qui mit l'organisme tout entier, et dans tous ses détails, en contact direct avec l'atmosphère; et ce système, c’est le système trachéen. Le système trachéen figure exactement un arbre dont le tronc s'insère directement à la périphérie du corps, dont les rameaux se dichotomisent à l'infini, en pénétrant dans l’intérieur des organes, et dont les extrémités terminales forment à tous les appareils organiques des réseaux vasculaires d’une merveilleuse délicatesse : l'air atmosphérique pénètre dans cet arbre vasculaire par des orifices elliptiques toujours béants, que lon remarque dans l’enveloppe externe des insectes, et que l'on a nommés s/igmates ; il circule dans les nombreuses ramifications qui naissent des grands troncs aérifères, et il pénètre enfin dans l'appareil réticulaire, qui parcourt le tissu de chaque organe : c’est dans cette division dernière que s'opère le double mouvement de transformation qui constitue la respiration ; de telle sorte qu’il est exact de dire que chez linsecte chaque cellule organique est un appareil respiratoire.

Le système alimentaire renferme deux ordres d'organes : le canal intestinal, que traverse le bol alimentaire, et qui y puise les éléments assimilables ; et les appareils glandulaires, qui versent dans ce canal les produits de leur sécrétion. Quant à la disposition de ces différents organes, il est presque impossible d'établir des lois générales, tant là diversité est grande de famille à famille, de genre à genre, d'espèce à espèce : disons toutefois que, chez les insectes le canal alimentaire est toujours un tube ouvert à ses deux extrémités, et que sa longueur ou, plus exactement encore, l'étendue de sa surface absorbante est généralement en rapport avec la nature des aliments qu'il est destiné à transformer : ainsi, les insectes qui vivent de matières animales ont en général le canal intestinal court, et s'étendant, presque sans inflexion, de la bouche à Panus ; tandis que chez les insectes phytophages le canal alimentaire se replie en nombreuses circonvolutions et offre des dilatations et des étranglements de formes extrêmement variées.

Quant aux appareils glandulaires, la difficulté de poser des règles générales devient plus grande encore par l’impossibilité dans laquelle on a été jusque ici de déterminer d’une manière rigoureuse les analogues de ces appareils chez les types supérieurs : ainsi, les enfomologistes ont admis des organes salivaires, des organes biliaires , des organes uripaires, et quelquefois même des organes sécréteurs du fluide pancréatique et du suc gastrique; mais les organes salivaires des uns ont été pour les autres des organes biliaires, les canaux hépatiques des vaisseaux urinifères , etc,

Un vaisseau allongé , fusiforme, apparemment clos à ses deux extrémités, et renfermant un liquide incolore, occupe la région dorsale des insectes, et s'étend presque dans toute la longueur de leur corps : ce vaisseau est divisé par des cloisons transversales nombreuses , et donne des pulsations manifestes, fréquentes, irrégulières : Malpighi, Swammerdam et l’admirable P. Lyonnet, ont déclaré ce vaisseau clos à ses deux extrémités, et l'ont envisagé comme une série de cœurs placés bout à bout. Comparetti, au contraire, y a vu l’origine d’un système vasculaire complet, qu’il a minutieusement décrit; mais M. Marcel de Serres a démontré que les vaisseaux sanguins de Comparetti élaien

ou des trachées ou des vaisseaux biliaires; Cuvier, Michel, Hérold, M. Straus-Durcheim, diffèrent tous dans la valeur fonctionnelle ou physiologique qu’ils assignent à cet organe.

Enfin, les insectes nous offrent à un haut degré de développement une disposition organique qui paraît remplacer chez eux les épiploons des animaux supérieurs; e’est un tissu cellulaire, qui remplit tous les interstices que laissent entre eux les différents appareils que nous venons de décrire , et qui lui-même est formé de petites vésicules celluleuses pleines d’un fluide graisseux. Ce fluide s’amasse surtout dans les cellules pendant la belle saison, et se résorbe lentement lorsque le froid de l'hiver condamne les insectes à l’inanition : aussi les insectes sont-ils beaucoup plus maigres au commencement du printemps qu’à la fin de l'automne.

Ainsi, en dépouillant successivement, et par couche, un insecte, nous trouvons : 1° une couche externe ou périphérique, dure, cornée , inflexible , si ce n’est dans les articulations , et à laquelle s’attachent tous les organes de la locomotion ; 2° une couche musculaire, d’une complexité effrayante, et dont les muscles innombrables, s’insérant à la couche tégumentaire par les deux extrémités, produisent par. leurs contractions, diversifiées à l'infini, tous les mouvemments dont cette couche tégumentaire est susceptible; 3° un axe nerveux, régnant dans toute la longueur de la ligne ventrale médiane ; 4° un tuyau vasculaire régnant dans toute la longueur de la ligne dorsale médiane; 5° un système trachéen disposé symétriquement des deux côtés; 6° enfin, un canal alimentaire s'étendant de l’extrémité antérieure à l'extrémité postérieure, et formant réellement l'axe central de l’individu. |

Il nous resterait à nous occuper maintenant des appareils destinés à la reproduction de l’espèce : mais ici les détails sontsi infinis dans leurs variétés, la description anatomique devient tellement nécessaire et tellement minutieuse, que nous sommes forcé, quoiqu'à regret, de renvoyer nos lecteurs aux travaux spéciaux, et surtout aux belles recherches d'Audouin.

Nous avons essayé dans cet article de donner un apercu rapide de l'anatomie générale des insectes : c’est dans nos articles spéciaux qu'il faut chercher quelques détails sur leur histoire naturelle. Seulement, et parlant par métaphore, nous dirons ici que parmi les insectes il en est qui vont à la guerre armés de piques, de lances, de hallebardes , de flèches, de dards, d'instruments à détonnation, de mortiers à bombes; qu’il en est qui arrivent à la défense avec des boucliers, des cottes de mailles, des plastrons, des baudriers, des cuissards, des casques, des visières ; que jamais paladin en Terre Sainte, jamais chevalier de Chariemagne, ne se mit en campagne plus invulnérable dans sa cotte de maiïllés de Milan que ne l’est dans son armure diaprée un scarabée ou un coléoplère; que jamaïs arsenal industriel ne mit à la disposition d'ouvriers plus infatigables une collection plus variée de tenailles, de gouges, de ciseaux, de tarières, de vrilles, de scies, de limes, de faucilles, de truelles, de bêches, de pioches, de balais, de brosses, de crochets, de varlopes, pour scier, pour faucher, pour limer, pour tenailler, pour broyer, pour plâtrer, pour forer sans paix et sans relàche. Nous dirons encore que parmi les insectes, les hyménoptères surtout, il en est qui, ayant reçu l'instinct de l’association, vivent en république ou en monarchie absolue, se bâtissent des métropoles, entretiennent une police, ont avec les insectes voisins des traités de paix et de guerre, entretiennent des esclaves, font la traite, constituent des oligarchies dans lesquelles le petit nombre de privilégiés ex ploite jusqu’à la mort le prolétaire, consomme beaucoup, ne, produit rien, et n’a d’autres fonctions en ce bas monde que de briller en cour, et de former à la sultane un sérail d’adorateurs , à la sultane qui, étant chargée de procréer tout un peuple, est en réalité, bien légitimement, la mère de ses sujets (Français d Nantes). Nous dirons, enfin, que dans leur fécondité les insectes dépassent} toutes les puissances

de l’hyperbole, toute les ressources de la métaphore. Dans l'espace de quelques heures, les dermestes , les staphyles, les slphes et les nécrophores ont déblayé des monceaux de cadavres; dans l’espace de quelques jours, les feuilles d'une forêt tombent sous la faux des chenilles; dans l’esvace de quelques semaines, un couple de charançons engendrent une famille assez nombreuse pour changer en un tas le poussière les céréales de toute une ville; enfin, des peuplades entières sont contraintes d’émigrer sous l'invasion d’un troupeau de termites, et les Pharaons d'Égypte, dans toute leur puissance, se courbèrent devant ces nuées de sauterelles que la Providence leur envoyait sur les ailes des vents.

Nous indiquerons en terminant quelques-unes des sources où nos lecteurs pourront puiser sur ce sujet immense les renseignements les plus authentiques : pour l'anatomie , les travaux de Malpighi, de Swammerdani, de Pierre Lyonnet, d’Audonin, de MM. Straus-Durcheim et Léon Dufour , mais surtout l’Anatomie de La chenille du bois de saule, de Lyonnet, œuvre vraiment unique dans la science ; pour l’'histoire naturelle, les travaux de Réaumur, de Rédi, de De Géer, de Charles Bonnet, de Spallanzani ; pour les classifications, les travaux de Fabricius, de Blainville, de Latreille et de M. Dnméril. BELFIELD-LEFÈVRE.

Les classifications les plus récentes divisent les insectes en broyeurs ou mandibulés, et en suceurs ou haustellés. Les insectes broyeurs forment les ordres des coléoptères, des orthoptères, des névroptères, des hyménoptères, et des strepsiptères. Les insectes suceurs sont les Zépidoptères, les hémiptères, les diptères, les aptères et les aphaniptères. Quelques auteurs ont formé d’autres ordres par le dénombrement des précédents ; les principaux sont ceux des Aomoptères et des homaloptéres, retirés l’un des hémiptères, l’autre des diptères.

INSECTES FOSSILES. Les vestiges d’animaux articulés, et en particulier d'insectes proprement dits, sont assez rares dans les couches du globe. Le terrain de sédiment inférieur est le plus ancien jusqu’à présent de ceux qui ont offert des enfomolithes. Est-ce à leur apparition plus tardive que celle d’autres classes d’invertébrés, est-ce à la fragilité de leur structure qu’il faut attribuer ce fait? IL est à remarquer que presque tous ces débris fossiles appartiennent à des genres qui existent encore de nos jours. Il est bon de savoir, d’ailleurs, que des insectes prétendus fossiles ne sont autre chose que des empreintes produites dans le copal par des animaux de cette classe, qui paraissent avoir été englobés dans cette substance, dit M. Edwards, pendant qu’elle était encore sur l'arbre , à l’état demi-liquide. Le même naturaliste a observé dans les terrains d’eau douce, de seconde formation , des corps tubuleux formés par l’assemblage de différents corps (notamment de petites coquilles ), et qui paraissent avoir appartenu à des larves aquatiques. analogues à celle des friganes par exemple, . D" SAUCEROTTE.

INSECTIVORES (du latin tnsectum, insecte, et vorare, dévorer). On qualifie d’insectivores toutes les espèces animales qui se nourrissent presque exrlusivement d'insectes, à quelque famille naturelle, à queïque genre qu'ils appartiennent. Le mot entomophage, synonyme d’insectivore, mais dérivé du grec, est plus souvent employé en parlant des hommes et des peuples, A cette définition générale il faut ajouter : 1° que parmi les mammifères carnassiers, Cuvier a établi une famille des insectivores, ellemême subdivisée en deux petites tribus : cette famille renferme les genres hérisson, musaraigne,desman, scalope,chrysochlore,tenrec,taupe,etc., animaux qui tous mènent une vie nocturneet souterraine, qui se nourrissent principalement d'insectes et d’annélides, et qui ont, comme les cheiroptères, des mâchelières hérissées de pointes coniques; 2° que Temminck, dans son Ornithologie, a établi parmi les oiseaux un ordre des insectivores, ordre

Page 1