INSENSIBILITÉ — INSINUATION
les mouvements vitaux , la respiration et la circulation; de là résultent le croupissement et l’accumulation des humeurs, l'engraissement chez les animaux engourdis, tenus en repos, dans l'obscurité, comme ces oïes empâtées pour donner une foie gras. Ainsi deviennent lourds, presque stupides, les prisonniers dans leurs cachots, les religieux dans leur cellule, malgré de faibles ou mauvaises nourritures. D’ailleurs, la saignée, la débilitation du corps, refroidissent et allanguissent l’activité nerveuse : ainsi, la vie lente et paresseuse émousse la sensibilité. On dit la femme plus sensible que l’homme. Elle a des nerfs plus délicats et plus impressionnables sans doute, mais certainement elle sent avec moins d'intensité et de profondeur que l’homme; elle possède un tempérament plus humide et plus froid en général ; sa complexion molle est souvent blonde, comme chez les enfants mobiles, mais dont les impressions ne sont jamais que fugaces, inconstantes, passagères, ce qui prouve qu’elles restent superficielles ou légères.
La plnpart des accoutumances, usant la sensibilité par la fréquence des impressions, finissent par rendre les sens blasés et indifférents ; le cœur perd même de sa tendresse quand on abuse de ses sentiments les plus délicats; il devient calleux comme la main trop exercée. Toutes les habitudes, surtout celles des voluptés, énervent promptement la sensibilité, car l’être qui a le plus senti devient le moins capable de sentir encore, comme les vieux libertins et les gourmands dégoûtés, inamusables.
Il faut signaler une insensibilité extérieure temporaire, due à l’état de contemplation profonde, à l’extase ou à l’enthousiasme, à une tension convulsive de certaines personnes nerveuses, hystériques, hypochondriaques, oumaniaques, dans leurs paroxysmes. Il semble que toute la sensibilité se réfugie au cerveau chez les contemplatifs, les fakirs de l’Inde, les solitaires de la Thébaïde, etc., les fanatiques religieux et politiques (tels que les convulsionnaires de Saint-Médard, supportant les coups de bûche, les martyrs insensibles, l’assassin de Kleber ), les maniaques soutenant le froid, la faim , les blessures, etc. Chez les hystériques, la sensibilité abandonne de même les organes externes pour prédominer dans l'appareil utérin et ses dépendances, les ovaires, etc. De là vient aussi la merveilleuse ataraxie des extatiques dans leurs visions ascétiques , comme sainte Thérèse, le prêtre Restitutus dont parle saint Augustin, qu’on brülait sans qu’il le sentit; comme les épileptiques dans leurs paroxysmes; les reptiles batraciens, dans l’acte génital, éprouvent la même apathie momentanée.
Un autre genre d'insensibilité fugace, chez les personnes nerveuses, résulte aussi de la mobilité de leur imagination vagabonde, comme jadis chez les possédés du démon, ou comme aujourd’hui chez les somnambules magnétiques. On se crée, soit de prétendues douleurs dans telle partie du corps, soit une insensibilité en quelque région, de manière à pouvoir y enfoncer des épingles sans le sentir.
La trop vive sensibilité n’est pas un si grand bien : perfectionne notre esprit, nos connaissances, elle aiguise le goût dans les beaux-arts ; elle donne cette finesse d’aperçus, cette fleur d'esprit et de délicatesse qui font le charme des sociétés polies; mais elle appelle tous les maux de l’énervation, ces vapeurs, ces niaiseries morbifiques qui pullulent chez ces êtres accablés d’une indolente oisiveté au sein de nos villes opulentes et populeuses. Elle est ainsi la peste des fortes vertus et de la ferme santé. J.-J. VRey.
INSEPARABLES. On a donné ce nom à diverses petites espèces de perroquets appartenant au groupe des perroquets nains (psit{acula), avec des joues empennées, et que se distinguent par leur grande sociabilité, Ils ne peuvent vivre seuls en captivité, et quand l'un vient à mourir son compagnon ne tarde pas à avoir le même sort. C’est surfout au perroquet-passereau (psillacus passerinus), au perroquet-pigeon (psittacus pullarius) et à quelques autres espèces encore, qu’on a donné ce nom d'inséparables ; et on en voit beaucoup dans les volières. Les perroquets nains
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du Brésil volent ensemble par bandes de plusieurs milliers et causent de grands dégâts dans les champs de maïs. Ils se laissent prendre facilement, mais ne vivent pas longtemps en captivité. P
INSERMENTES (Prêtres). Voyez CONSTITUTION CIVILE DU CLERCÉ.
INSERTION. En anatomie, soit animale, soit végétale, ce mot se dit de l’attache d’une partie sur une autre. Relativement aux parties d’une fleur, l'insertion de la corolle, des étamines , des nectaires, etc., est dite épigyne, périgyne ouhypogyne.
INSIGNES (en latin insignia), distinctions honorifiques, signes extérieurs de puissance, de dignité et de distinctions politiques ou sociales. Les insignes des rois chez les Romains étaient la couronne d’or, le siége d'ivoire et les douze licteurs, armés de haches, qui marchaïent devant eux, que les consuls conservèrent sous la république, et qui escortaient aussi, quoiqu’en moindre nombre, quelques autres hauts dignitaires de l’état. Les insignes des anciens empereurs d'Allemagne étaient la couronne d’or, le sceptre doré, la boule impériale dorée, l'épée de Charlemagne, celle de saint Maurice, les éperons dorés, la dalmatique, et quelques autres joyaux, conservés à Vienne, où ils ont été transférés, en 1797, d’Aix-la-Chapelle. Aujourd’hui la couronne et°le sceptre sont les insignes des monarques européens. Le casque et l’écu étaient les insignes de la chevalerie. Les bâtons de maréchaux, le bâton du lord-maire de Londres, et les trois queues de cheval des pachas turcs, sont les insignes de ces différents dignitaires. Les insignes du haut clergé catholique consistent dans le pallium, la mitre, la crosse etl’anneau. La main est l’insigne de la justice, et la hache celle la juridiction suprême. À
On appelle aussi insignes les décorations des différents ordres de chevalerie.
INSINUANT, qui sait entrer dans les esprits, et leur faire agréer ce qu’il propose. L’homme insinuant a une éloquence qui lui est propre. Elle a exactement le caractère que les théologiens attribuent à la grâce, pertingens omnia suaviter et fortiter. C’est l’art de saisir nos faiblesses, d’user de nos intérêts, de nous en créer; il est possédé par les gens de cour et autres malheureux. Accoutumés ou contraints à ramper, ils ont appris à suhir toutes sortes de for mes. Fiet avis et cum volet arbor. Ce sont aussi des serpents ; tantôt ils rampent à replis tortueux et lents, tantôt ils se dressent sur leurs queues, et s’élancent, toujours souples, légers, déliés et doux, même dans leurs mouvements les plus violents. Méfiez-vous de l’homme insinuant ; il frappe doucement sur votre poitrine, et il a l'oreille ouverte pour saisir le son qu'elle rend. Il entrera dans votre maison. en esclave ; mais il ne tardera pas à y commander en'maître, dont vous prendrez sans cesse les volontés pour les vôtres.