INSTALLATION — INSTINCT
staltum mitto, placer quelqu'un sur le siége qu’il doit occuper ), action de mettre quelqu'un solennellement en possession d’une place, d’un emploi, d’une dignité, comme un président de tribunal ou de cour, un curé, etc.
En marine, l'installation d’un navire s'entend du parfait arrangement de tout ce dont il est muni pour naviguer ; c’est en quelque sorte son économie intérieure. On dit qu’un navire est bien ou mal installé selon que son gréement, ses emménagements , ses appareils sont plus ou moins commodément disposés pour un service actif et pour l’ordre et la bonne tenue. L'installation diffère suivant le service des vaisseaux , suivant les pays qu'ils doivent fréquenter, etc.
INSTANCE. On nomme ainsi l’action intentée devant un tribunal civil. La demande introductive d'instance est celle qui saisit le juge d’une cause. Une instance peut être déclarée périmée si le demandeur reste trois années entières sans faire aucun acte de procédure. L’instance est prescrite au bout de trente ans. Mais tant que la péremption n’en aura pas été demandée ou tant que la prescription n'aura pas été acquise, le demandeur pourra toujours raviver son action en assignantson adversaire en reprise d'instance.
Le mot instance se prend aussi pour désigner la juridiction : être en première instance, c’est plaider devant le tribunal du premier degré. Nous appelons même les tribunaux civils qui ont la compétence générale {ribunaux de première instance, bien qu'ils prononcent souvent par appel sur les décisions d’une autre juridiction, la justice de paix. On ne dit pas seconde instance, mais appel.
Instance, en termes de scolastique, signifie un nouvel argument qui a pour objet de détruire la réponse faite aux premiers (voyez INDUCTION ).
IN STATU QUO. Voyez STATU quo.
INSTINCT. Dans l'instinct consiste la première conséquence vitale de l’organisation et, pour ainsi dire, l’essence de l’individualité animale ou végétale. Ce n’est pas seulement une faculté, une force, c’est une nécessité qui résulte de tel ou tel mode d’agrégation des molécules élémentaires dont se doit composer une créature pour cesser d’être réputée brute. Dès que l’organisation se manifeste, l'instinct en émane indispensablement et proportionnellement à mesure qu’elle se complique; toute stimulation intérieure en devient alors une conséquence. Il se modifie selon cette forme essentielle qui constitue l'être, et détermine celui-ci vers les fins qui lui sont convenables ; forme sur laquelle, depuis Aristote, l’aveugle métaphysique a tant glosé, mais-que Cuvier, parce qu'il était naturaliste, a si bien caractérisée en disant : « La forme du corps vivant lui est plus essentielle que la matière. » En effet, cette forme détermine premièrement les phénomènes instinctifs, et par suite les phénomènes intellectuels, qu’il faut se garder de confondre,
On à beaucoup raisonné, ou plutôt déraisonné, sur l’instinct, que les philosophes de l’ancienne Encylopédie regardaient uniquement comme « le principe qui dirige les bêtes dans leurs actions ». Le Dictionnaire de l’'Acadénie le définit ainsi : « Sentiment, mouvement intérieur, qui est naturel aux animaux, et qui les fait agir sans le secours de la réflexion; la nature a donné à tous les animaux l’ins-
tinct de leur propre conservation ». Au mot sentiment près, |
en comprenant l’homme au nombre des animaux , cette dé-
finition est assez bonne, ou du moins préférable à tout ce | qu'a imaginé l’École de Condillac, entre autres, quand |
elle a prétendu n’y voir « qu'un commencement de connaissance, ousimplement l'habitude, privée de réflexion ». Buffon surtout en faisait l’attribut de l’animalité, en nous
réservant exclusivement l'intelligence; mais l’intelligence |
est-elle autre chose qu’un développement de l'instinct? Des- Cartes avait été encore plus loin : il voulait bien avoir une âme, encore qu’on l’ait soupçonné de matérialisme, mais il voulait que les animaux fussent de simples machines, nonseulement dépourvues d’instinet, mais encore desensibilité !.…, Il eût volontiers soutenu que les chiens disséqués vivants par ces physiologistes qui expérimentent sur leurs viscères
ne le sentent pas et poussent des gémissements comme l'orgue de l’église Saint-Roch joue des airs sacrés ou profanes !.. Ce sont de telles absurdités que sur l'autorité du maître , et suivant l’école à laquelle ils appartiennent, de vraves disciples admirent comme de sublimes découvertes, et qu’ils appellent tout au moins « les rêves encore sublimes
| du génie » quand, la déraison en devenant par trop évi-
dente, il devient nécessaire d'employer certaines précautions oratoires pour la colorer. L'instinct est aux êtres organisés comme le; son ou la pesanteur est aux corps bruts. En effet, il ne se peut faire que tel ou tel arrangement de molécules métalliques, par exemple, ne produise tel ou tel bruit par la percussion, ou qu’un poids ne fasse pencher le bassin d’une balance, s’il vient à s’y trouver en opposition avec quelque autre plus léger. De même , il ne se peut faire qu’un être organisé n’appète aux choses dont sa conservation dépend, et n’évite, autant qu’il lui est possible, ce qui lui pourrait nuire.
C’est à chercher ainsi qu’à saisir cette distinction que l'instinct détermine, parce qu’il est en quelque sorte l’âme ou la première faculté dont l'organisme soit le moteur. Il est plutôt un effet qu’un principe , et on le reconnait jusque dans les plantes : c’est par lui qu’une racine perce un mur pour aller pomper de l’autre côté l’humidité nécessaire au développement d’un végétal; que les deux sexes se rapprochent dans la valisnérie, ainsi que deux filaments dans les salmacis; que les rameaux se redressent dans la position verticale quand l'arbre est abattu ; que, dans les serres, toutes les branches, ainsi que les oscillaires des marais, se dirigent vers la lumière; et, selon un plus grand développement d'organisation, c’est toujours par lui que les polypes se recomposent, et sans yeux saisissent la proie qu'ils se doivent assimiler, ou se contractent quand le moindre danger les menace; qu’une larve d’insecte, à laquelle ses père et mère ne furent jamais connus, obéit aux mêmes habitudes spécifiques qu'eux, après avoir comme deviné leurs habitudes ; que l'oiseau fait entendre le cri ou le chant propre à son espèce, l’élevät-on en cage, loin du couple qui le procréa; enfin , que le petit des mammifères saisit de ses lèvres inexpérimentées le mamelon qui le doit nourrir, sans que le mécanisme de la succion ait pu lui étre révélé par une autre impulsion que celle de l'instinct. Ce véritable sens commun organique et primitif détermine, porte, pousse vers l’objet nécessaire la créature qu’avertit un besoin quelconque : il avertit aussi du danger. L’effroi conservateur et les appétits stimulants du courage sont entièrement de son domaine.
L'instinct est si bien un effet indispensable de l’organisation, qu'il se manifeste avant qu'aucun raisonnement ait
| pu avoir lieu chez les êtres où l’état parfait doit déterminer
une certaine élévation d’intelligence. Ainsi, le poulet sait à propos briser la coque de l’œuf qui le tenait emprisonné, et choisir le grain le plus convenable à son estomac; ainsi, la progéniture de la tortue marine , abandonnée dans le sable
| du rivage où le flot n’atteint jamais, choisit l'élément qui | convient à son existence dès que les rayons du soleil l'ont | fait éclore, et, loin de s’égarer $ur la terre, se précipite
dans les flots par la ligne la plus courte ; ainsi, le fœtus de l’homme s’agite dans l’utérus, afin d’y prendre la situation où ses membres, encore flexibles, se sentent le plus à laises Ce sont de tels actes, purement instinctifs, où l'habitude et le sentiment ne sauraient entrer pour la moindre part, qui avaient suggéré à l'antiquité le système des idées innées, système que des modernes ne manquèrent pas de renouveler; et l’on doit remarquer à ce sujet qu’il est pen d’observations justes dans le fond où Pesprit humain, poussé par les contradictions qui l’assiègent , n’ait trouvé quelques sources d'erreur.
Ce sont les animaux communément regardés comme les moins parfaits qui nous offrent l'apparence des effets les plus extraordinaires de l'instinct ; non que cet instinct soit chez eux absolument le seul mobile de pratiques singu-
lières, car, étant toujours en raison de la complication des organes, il ne peut être que borné, mais parce que ces bornes mêmes, limitant l'exercice de l'instinct à des actes que nulle cause d’aberration ne saurait troubler, ces actes paraissent toujours identiques et inaltérables. En considéranñt, par exemple, la nombreuse classe des insectes, où chaque nouveau-né, n'ayant reçu d’enseignement que de ces incitations résultant de la contexture qui luiest propre, pratique néanmoins l'industrie de ses devanciers, avee lesquels il ne fut jamais en rapport, on dirait de petites machines montées à telle ou telle fin déterminée, comme une montre, qui, n'étant composée que pour marquer les heures, ne pourrait indiquer les minutes, les secondes , les jours de la semaine et les phases de la lune, les rouages nécessaires pour de tels résultats ne lui ayant pas été donnés.
A mesure que l'être organisé s’élève en complications et que le nombre des sens s’accroît en lui, les effets consfants et saillants qui résultent de la combinaison de peu d’organes se fondent, pour aïnsi dire, en s’amalgamant dans de nouvelles facultés, et l'instinct, comme fécondé par un surcroît de perceptions, devient agent dans le jugement même qui résulte de la comparaison des objets perçus ; il s'élève insensiblement par les opérations de la mémoire pour devenir l'intelligence, laquelle n’est pas lattribut de l’homme seul, puisqu'il est tant d'hommes à qui la nature Ja refusa, et qu’on en voit des marques évidentes dans toutes les créatures en proportion du développement des sens dont elles furent dotées et du mode d’exercice qu’elles en peuvent faire. L'instinct doit donc varier de nature et d’étendue selon les changements qui surviennent dans l’état physique de chaque être : ainsi, l’instinct de la chenille ne saurait être celui du papillon, ni l'instinct du tétard celui de la grenouille, ni l'instinct du fœtus humain, cherchant ses aises dans le sein de sa mère, celui de l’homme, lorsque le développement finit par donner tant d’empire à son intelligence, qu'à peine linstinct conserve quelque influence dans ses décisions. Mais toutes les créatures où se groupent des organes différents, si leurs métamorphoses n’y ajoufent pas des sens nouveaux, peuvent avoir, selon les divers états par où elles passeront, un seul mode d’intelligence, au moyen duquel, comme le Tyrésias de la mythologie, qui fut alternativement homme et femme, le papillon se rappellera en voltigeant qu’il rampa, et le batracien quadrupède qu'il fut poisson, tandis que l’homme ne conservera aucune mémoire de ce qu'il était avant que ses poumons s’ouvrissent aux impressions de air et ses yeux à la lumière. De là ces modifications de l'instinct par l’intelligence, selon les soustractions ou les additions qu’introduit la nature dans l’économie organique : et l'instinct, cause déterminante interne de l’intelligenee, est si bien la première source de celle-ci, qu'on lanéantit en modifiant l'instinct. Les belles expériences physiologiques de MM. Magendie et Flourens l'ont assez prouvé : ces savants nous ont montré tel effet produit par tel organe agissant hors d’équilibre, ou s’exerçant seul d’une façon excessive après J'ablation de l'organe qui devait agir en contre-poids, et la vie diminuant ou changeant de mode sous leur scalpel investigateur, ces
Il paraît que de la combinaison des facultés instinctives et des perceptions qui viennent par les sens ( combinaison qu'opère l'introduction d’un système nerveux dans les machines vivantes ) naissent, à leur tour, les facultés intellectuelles; et dès qu’on certain équilibre vient à s'établir entre l'intelleet et l'instinct, chez la créature convenablement organisée, brille enfin la raison, cette raison, terreur des fourbes, force des sages, régulatrice irrésistible, qui ne saurait tromper ; le plus éminent, mais le plus rare des attributs de l’animalité portée au plus hant terme de combinaisons organiques ; admirable résultat de la généralisation des idées dans une machine où les moindres parties doivent ” @tré en harmonie pour la produire saine et complète ; trop