‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 289 sur 522 · INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION PUBLIQUE

ou les modifier, elles n'ont pu les supplanter. Elles ne les supplanteront jamais. Leur mission n’est pas si haute, et au même degré qu’elles auront la prétention de régner, la religion et la politique auront celle de les contenir.

Il est indispensable que dans un État bien organisé, et dans une situation normale de la société, les quatre éléments, religieux, politique, moral et philosophique, soient en jeu, en action libre et en influence réelle, et il est difficile d’assurer à chacun de ces éléments, sinon la place qu’il réclame, du moins celle qui lui convient. Il est pourtant certain que dans leur équilibre est le secret du plus haut degré de gloire, de prospérité et de puissance d'un peuple. Toute prépondérance de l’un de ces éléments sur les autres est une usurpation,

toute usurpation a pour effetunesouffrance qui y correspond, |

et toute souflrance réclame une réaction. Or, les usurpations et les réactions colorent, altèrent, affaiblissent toujours les études publiques. La science demande par conséquent un culte pur, dont elle soit elle-même l’objet premier. Pour qu’ellesoit forte, grande et utile, il faut la laisser libre. De sa nature, ellen’a ni nos'intérêts ni nos passions ; mais elle se laisse facilement asservir et corrompre. Elle se fait sophiste, adulatrice, couftisane, fanatique dès qu’on la subjugue ou Penivre. Elle s’altère toutes les fois qu'on l’abaisse à des services qui ne sont pas dans sa mission naturelle, Sa mission naturelle est d'aller de fait en fait, d'idée en idée, de découverte en découverte, de progrès en progrès jusqu’à la connaissance absolue, sans égard pour les préventions des partis ou les opinions du jour. Son affaire est d’être savante, Cependant à cette hauteur abstraite, elle ne saurait remplir toute sa mission. L'État a besoin d’elle pour ses nécessités, et tout en la laissant libre dans ses investigations idéales, il a droit de lui demander des services réels ; il a même droit d’exiger qu’elle se fasse populaire, mais il ne doit jamais oublier ce qu’elle est de sa nature. De sa nature, elle est la plus haute affaire de l'intelligence et l'affaire des intelligences les plus élevées, des existences les plus libres, les moins as- Sujetties aux nécessités ef aux travaux vulgaires, aux minimes intérêts de la vie animale. Elle ne peut done jamais être l'affaire de tout le monde. Vouloir élever pour elle toute la jeunesse, ce serait vouloir une absurdité, la ruine d’un pays. Et non-seulement l’État ne peut jamais concevoir une pareille chimère , il est obligé de s'opposer à tout ce qui tendrait à en approcher ; car il est chargé de maintenir léquilibre entre les professions qui fondent la prospérité publique. 11 doit, pour maintenir cet équilibre, procurer : à chacun ce qui lui est nécessaire , faire instruire gratuitement, dans ce qu'il est indispensable qu’ils sachent, ceux qui sont incapables de le payer. Mais là s'arrêtent toutes ses obligations, non à l’égard de lui-même et à l'égard de la science, mais à l'égard du peuple. A l'égard de la science et de lui-même, u doit faire quelque chose de plus, récompenser dans leurs enfants ceux dont il n’a pu payer suffisamment les services, et élever pour la science ceux que la nature a faits pour elle, mc Ÿ5 que la fortune a pu négliger.

On le voit, l'instruction publique est chargée de résoudre les questions les plus élevées et les plus délicates. La liberté de l’enseignement était inscrite en principe dans la charte

de 1830, et appliquée à l'instruction primaire dans la loi de | école de commerce, une école d'agriculture et une école d’ad-

1833; elle a été successivement appliquée aux autres degrés de l'instruction publique. Elle à surtout inspiré la loi du 15

mars 1850, votée par Assemblée Jégislative, mais que des |

décrets et la loi du 14 juin 1854 ont un peu modifiée.

Dans les pays avancés, l'instruction publique forme maintenant une des principales branches de l'administration, et la France a incontestablement la gloire d’offrir Porganisation la plus complète et la plus régulière de ce service. En Angleterre, les ‘divers degrés de l’enseignement manquent d'harmonie et de coordination. L'Allemagne , malgré lexcellence de quelques-unes de ses écoles et de ses méthodes, est encore privée de plusieurs de nos plus fortes institutions, surtout de celles qui sont affectées chez nous aux études élevées et aux sciences spéciales. L’organisation des

études n’est complète qu'en France. A peine ébauchée, sur le rapport de Talleyrand, par la révolution de 1789, puissamment organisée sur les types de l’ancienne univer= sité, par le génie qui créa l'empire, et qui la confia à Fontanes, essentiellement modifiée , d’après les idées de Cuvier, de Royer-Collard, de l’évêque d'Hermopolis et de M. de Vatimesnil sous la Restauration , savamment perfectionnée, depuis 1830, par M. Guizot, aidé d'anciens collègues, cette organisation a un code spécial, qui se compose de décrets, de lois, d'ordonnances, de règlements et de décisions ministérielles.

L'instruction publique se distingue en France en trois grandes branches , l’enseignement , l'inspection , V'administralion.

L’enseignemen t a trois degrés : il est primaire, secondaire, ou supérieur. L'enseignement primairesedivise luimême en deux degrés : ilest élémentaire, où supérieur, Élémentaire, il embrasse ce qu’il est nécessaire de savoir dans toutes les classes de la société, la lecture, l'écriture, le calcul, la morale religieuse. Les mêmes choses sont enseignées aux filles qu'aux garçons. Supérieur, l’enseignement primaire comprend les connaissances nécessaires au bourgeois , à l’artisan et à l’ouvrier qui se livre à l’industrie et à la culture moyenne, c’est-à-dire toutes les notions usuelles sur les sciences mathématiques et physiques. A peine apprécié par l'opinion, cet enseignement supérieur, si nécessaire, nest pas encore organisé pour les jeunes filles. Mais déjà, pour assurer l'introduction générale de Vun et l’autre degré de l’enseignement élémentaire, pour former les maitres qui doivent donner les leçons, de nombreuses écolesnormales sont établies, soit par département, soit par académie, ef dans chacune de ces écoles on enseigne à la fois les connaissances qu'il s’agit de propager et les méthodes qu’il convient de suivre. L’enséignement secondaire se distingue également en deux degrés, donf l'un procure l’instruction générale, celle qui est nécessaire pour toutes les professions lettrées, l’autre l'instruction spéciale de chacune de ces carrières. Les lycées et colléges communaux, les uns entretenus par l'État, les autres par les communes ; les institutions et les pensions, les unes autorisées à donner une partie de l’enseignement, les autres simplement chargées de préparer et de répéter les cours des colléges, sont des établissements consacrés à l'instruction générale, aux études de littérature ancienne et moderne, d’histoire, d'histoire naturelle, de mathématiques , de physique, de chimie, de philosophie. Les écoles forestière, milifaire, de marine, donnent et complètent l'instruction spéciale. Une instruction analogue à celle qui procure des maîtres à l'instruction primaire, une école normale, distinguée en deux sections, celle des lettres et celle des sciences, est ouverte à Paris sous la surveillance directe de la haute administration , et procure des professeurs à l'instruction secondaire. A ce degré d'instruction manquent encore quelques institutions et quelques écoles spéciales, une école normale pour les personnes chargées de l’enseignement dans les institutions et dans les pensions de jeunes

filles, une école publique des manufactures et des arts, une

| ministration; mais ces établissements doivent être ajournés

jusqu’à ce que le temps ait fait mieux voir dans quel degré il est convenable que l’État y intervienne. L'enseignement supérieur se partage également entre deux sortes d’institutions. Ce sont les facultés des lettres, des sciences , de droit et de théologie, dont les cours sont obligatoires pour ceux qui aspirent aux grades académiques; puis les établissements spéciaux, tels que le CollégedeFrance, Ja Bibliothèque nationale et le Muséum d'Iistoire naturelle dont les leçons ne sont obligatoires pour personne, L'École Polytechnique est une institution spéciaie pour les hautes études que demandent les diverses branches du service public.

A l’enseignement de tous les degrés se rattachent de

puissants moyens d'instruction, des cabinets de physique, des laboratoires de chimie, des musées d'histoire naturelle, des bibliothèques, des observatoires, des jardins botaniques, etc.

L'inspection se divise en trois degrés. Elle est primaire ou départementale ; et à ce degré elle embrasse toutes les écoles primaires, élémentaires , supérieures et normales. Elle est secondaire ou académique , et à ce degré elle embrasse tous les colléges communaux, toutes les institutions et les pensions, Elle est supérieure ou générale, et à ce degré elle embrasse tous les établissements d’instruction publique, à l'exception des écoles spéciales.

[L'udministration de l'instruction publique, telle qu’elle a été organisée par les dernières lois de 1850 et 1854, présente les degrés suivants : le ministre, en sa double qualité de secrétaire d’État et de grand-maître de l’université; le conseil supérieur de l’instruction publique, un recteur à la tête de chacune des seize académies. Il s’appuie sur des inspecteurs d’Académie, qui sont ses lientenants dans chacune des subdivisions de son ressort, et sur un conseil académique, où domine l'élément universitaire, Le gouvernement de l'instruction primaire appartient dans chaque département au préfet; mais à côté se place un inspecteur d'académie, qui intervient d’une manière suivie dans toutes les affaires de cet enseignement, et qui est le défenseur né d’un nombreux personnel d’instituteurs choisis et surveillés par ses soins, en même temps qu'il est le gardien vigilant des méthodes d’enseignement, dont il répond devant le recteur. Un conseil départemental, qui ne dépend en aucune façon du conseil académique, et qui, par sa nature et sa composition, en diffère complétement, connait en premier lieu de toutes les affaires de l’instruction primaire du département, en second lieu des affaires disciplinaires et contentieuses, relatives aux établissements particuliers d'instruction secondaire : à ce double point de vue, ses attributions sont exactement celles du conseil académique institué par la loi de 1850, dans chaque département, L’épiscopat, le clergé, les cultes dissidents, la magistrature, les membres du conseil général y ont le même accès, la même autorité. Le conseil départemental désigne un ou plusieurs délégués, résidant dans chaque canton, pour surveiller les écoles publiques et libres du canton. Le maire, le crré, le pasteur ou le délégué du culte israélite, chacun pour les élèves de leur culte, surveillent la direction morale de l’enseignement primaire; dans les communes de plus de deux mille âmes, un ou plusieurs habitants de la commune sont en outre délégués par le conseil départemental pour le même objet. ] tete

Nous l'avons dit, il n’est pas de pays au monde qui pos-

sède pour l'enseignement public des institutions plus com- ” plètes, plus homogènes que celles de la France, La Grèce n’a jamais eu d'enseignement complet. Plusieurs des chaires les plus importantes qu'a possédées Athènes n’ont été instituées que sous la domination romaine. Rome elle-même n’a jamais eu de véritable instruction publique. Elle a toujours négligé le peuple. L'Égypte grecque a fondé l’école d'Alexandrie ; mais cet établissement offrirait plus de ressemblance avec l'Institut qu'avec l'Université, Les Arabes ont fait plus que les Grecs et les Romains. Leurs écoles ont été les types des universités du moyen âge, institutions trop spéciales, qu’on divisa, il est vrai, en facultés et en colléges, mais auxquelles on négligea de donner ja base qui seule pouvait les consolider, l’école primaire.

Les principaux ouvrages sur l'instruction publique qui aient paru depuis la fin du dernier siècle sont de Talleyrand, Cuvier, de MM. Guizot, Cousin, Rendu, Saint-Marc Girardin, Naville, Thiersch, Schwartz, Niemeyer, etc.

MATTER , ancien inspecteur général des études.

INSTRUCTION PUBLIQUE (Ministère de l) ET DES CULTES. Ce ministère est composé de deux adininistralions : 1° celle de l'instruction publique, 2° celle des culles,

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