‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 298 sur 522 · INTEMPÉRANCE — INTENDANT · texte numérisé non relu

INTEMPÉRANCE — INTENDANT

votre vie par l’apoplexie, la paralysie, ou l'empoisonnent par mille autres maux. L’intempérance, enfin, a servi de texte à des déclamations tellement répétées et usées qu’elles sont aujourd'hui ridicules comme des rabâchages. A quoi servirait d’ailleurs d’essayer de les renouveler avec toutes les ressources de la rhétorique? Jusqu’à ce jour elles ont été si stériles, qu’on rougit aujourd’hui moins que jamais de l'épithète de gourmand. Les boutiques de comestibles, vrais guet-apens , qui s'ouvrent de toutes parts, témoignent de lexceltence du métier par le temps qui court; et voyez encore si le public à l'aspect des amorces étalées devant lui ne reste pas dans l'admiration, au lieu de témoigner une indignation vertueuse. S’est-il élevé dans Paris, celte Babylone de la gastronomie, une seule société de tempéran ce? La pauvreté même, pour qui la sobriété semblerait être un privilége forcé, n’exelut point l’intempérance, surtout celle de l’eau-de-vie, ou plutôt de l’eau-de-feu, comme les sauvages l’appellent plus sensément que nous. Les hôpitaux sont toujours remplis de malades qui témoignent de la justesse de notre remarque. D° CHARBONNIER.

INTENDANCE, magistrature administrative, judiciaire et financière, dont les attributions comprenaient sous l'ancien régime la justice, la police et les finances dans chaque généralité, Chaque intendance était désignée par le nom de la ville qui était le siége de celte administration. On appelait aussi int{endance l'hôtel qu'habitait le titulaire et où étaient établis les bureaux. Les princes avaient aussi pour la gestion supérieure de leur maison, de leurs revenus, une inéendance, qu'on a encore appelée chancellerie. Les grands seigneurs, les prélats du premier ordre, les riches financiers, les grands propriétaires imitaient les princes sur ce point. Durey (de l'Yonne).

Sous Louis-Philippe il y avait une infendance de la liste civile. Il y a eu aussi des intendances sanilaires, chargées de veiller aux mesures de salubrité dans certains ports. Celle de Marseille fut brisée en 1850, pour s'être opposée aux mesures que prenait le ministre contre les quarantaineset les lazarets.

INTENDANCE MILITAIRE. Les intendants sont sortis des débris du commissariat et de l'inspection aux revues; leur naissance a achevé de tuer leurs parents; mais de même que le phénix renait plus jeune et plus vigoureux de ses cendres, ils sont arrivés au monde mieux conformés, plus puissants, mieux dotés ; leur habitation a été meilleure : ce sont eux qui l’ont construite; leurs fonctions ont été plus prépondérantes : ce sont eux qui en ont tracé les règles ; le ministère de la guerre est devenu leur quartier général : ils en ont fait leur métropole ; l’administration est devenue une alchimie, dont ils peuvent seuls manier les alambics.

La hante capacité des personnages qui dès l’origine ont fait partie du corps de l’intendance explique, et la confiance qu'ils ont acquise et le rôle élevé qu'ils ont joué. Sous Louis XIV et Louis XV, un commissaire des guerres avait rang de capitaine de cavalerie, et il n’est pas démontré qu’en devenant ordonnateur il arrivât à une assimiliation plus avantageuse. Le membre de l’intendance qui devient intendant marche au contraire de pair avec le général de brigade, et la pension ce retraite à laquelle il a droit de prétendre à un âge encore peu avancé est égale à celle «d’un général de division, L'institution de l’intendance, créée en vertu d’une simple ordonnance , et sans que les branches de la législature eussent été consultées, excita d’abord plus d’une rivalité : la polémique qui suivit fut même plus d’une fois désobligeante et injuste; mais l'habijeté et le mérite des membres de l’intendance triomphèrent des oppositions. Tout ce qu’il y à d’ouvrages savants, étendus, classiques, sur l'administration des armées, n’a vu le jour que depuis que des intendants ont pris la plume, Les services qu'ils ont rendusau département de la guerre, bien qu’en y exagérant quelquefois les écritures, ont disposé des vublicistes à se demander s’il ne conviendrait pas également

que les bureaux de affaires étrangères fussent dirigés par des consuls et des vice-consuls, ceux de l'intérieur par des préfets et des sous-préfets, ceux de la marine par des préfets maritimes et des commissaires de marine. Le maréchal Soult, interrogé à la tribune touchant les bons services qu’on pourrait obtenir encore d'officiers en retraite, proclama en principe que son intention était de tirer un utile parti de vieux guerriers, et quantité de membres de l'intendance continuèrent en effetleurs services au delà de leur retraite, Gal Banni,

On entend par inl{endance militaire le corps des intendants, sous-intendants, adjoints et commis, délégués par le ministère de la guerre, pour tout ce qui est du ressort de l'administration des armées. Ce personnel contrôle, vérilie, arrête et vise les comptes produits par les chefs de troupe et les officiers comptables des divers services administratifs, ordonnance les mandats de payement, veille à ce que l’armée reçoive exactement toutes les prestations en deniers ef en nature auxquelles elle a droit, règle les services des subsistances, des fourrages, du chauffage, de l'habillement, de l'équipement, de l'armement, du campement, des transports et convois, des lits militaires, etc.; assiste, enfin, aux marchés et adjudications, dont il prépare les bases. Les hôpitaux militaires sont également sous sa direct'on immédiats. L'intendance pourvoit, en temps de paix ou de guerre, à tous les besoins de l’armée, Sa création remonte au ministère du maréchal Gouvion Saint-Cyr, qui, par ordonnance du 29 juillet 1817, la substitua au corps, peu homogène, des inspecteurs et sous-inspecteurs aux revues, commissaires et adjoints aux commissaires de guerre, héritage de l'empire. Réorganisée par ordonnances des 10 juin 1835, 27 août 1840, et décret du 29 décembre 1851, elle se compose de 28 intendants militaires ; 50 sous-intendants de 1"° classe, 90 de 2e; 52 adjoints de 1°°,26 de 2e, total 246 fonctionnaires.

Les adjoints de 2° classe sont pris parmi les capitaines de toutes armes ; les emplois supérieurs sont donnés, dans des proportions déterminées par les règlements, à l’ancienneté et au choix , aux membres de l’intendance et à des officiers supérieurs en activité. Les places d’intendant ne sont dévolues, au choix de l’empereur, qu'à des sous-intendants de première classe, ayant au moins trois ans de service dans ce grade.

Avant 1838 il n’y avait point de commis spécialement attachés au service des bureaux de l’intendance ; et à chaque changement de résidence, à chaque départ pour l'armée, ce n’était pas chose facile que d'organiser les bureaux. Une ordonnance du 28 février 1838 créa un corps de com mis entretenus. Une autre, du 13 sept. 1840, les divisa en trois classes, ouvertes aux sous-officiers de l’armée.

Parmi les causes de nos désastres militaires dans la guerre de 1870, l’une des plus graves a été l'insuffisance du corps de l’intendance; sa mauv aise organisation a frappé les yeux de t ut le monde et soulevé de toutes parts de légitimes critiques. La plus importante réforme à introduire daus notre système militaire, ef celle sans laquelle les tentatives d'amélioration demeur-raient siériles , c’est la réforme de l'administration elle -m@ine,

INTENDANT, délégué du roi, sous l’ancien régime, pour l'administration de l’intendance. Les premiers intendants de provinces furent établis par Henri II, en 1551, sous le titre de commissaires départis : leurs fonctions étaient spéciales et temporaires, comme celles des anciens missi dominici. Une ordonnance de Louis XIII, de 1635, agrandit leurs attributions, et leur conféraletitre d’infendant du militaire, justice, police et finances. Le parlement, les assemblees d'états provinciaux, s’élevèrent souvent contre les intendants, dont les prétentions portaient évidemment atteinte aux droits des cours souveraines et à l'autorité des états. Leurs plaintes, renouvelées avec plus d'énergie et une imposante unanimité pendant la minorité de Louis XIV, en 1648, réclamaient Ja suppression irrévocable des inten-

dants. La suppression n'eut lieu que pour quelques provinces ; mais ils ne tardèrent pas à être rétablis partout. lis ont été entièrement supprimés en 1790. Il ÿ avait un intendant pour chaque généralité. Chaque intendant avait sous ses ordres, dans les principales villes de sa généralité, des magistrats inférieurs, qu'on appelait subdélégués. Ces derniers présidaient au tirage des milices dans chaque localité; ils étaient chargés, sous leur responsabilité, de l'exécution des ordres qu'ils recevaient de lintendant. Les intendants étaient toujours choisis parmi les maîtres des requêtes. En 1790, lors de leur suppression, leur traitement, y compris les gratifications et les frais de bureaux, s’élevaient pour toutes les généralités de France, à 1,400,000 francs par an. Aucune municipalité ne pouvait intenter aucune action sans y être autorisée par une ordonnance de l’intendant ; etle plus souvent ces actions étaient provoquées par les abus de pouvoir desintendants eux-mêmes, dont la responsabilité devenait tout à fait illusoire.

Les ministres des finances s’appelèrent dans l’origine super-intendants, puis sur-intendants. Il y avait aussi, sous l’ancienne monarchie, des in{endants de marine, d'armée, de finances, etc.

Le gérant des affaires des princes, des seigneurs et même des riches roturiers s’est aussi appelé infendant. Ce titre est devenu plus rare, mais il existe peut-être encore. Les plus modestes bourgeois n'avaient qu’un Lomme d'affaires. Sous la monarchie constitutionnelle, l'administrateur supérieur de la maison du monarque prenait le titre d’intendant. Ses attributions, toutes financières, étaient sous ce rapport les mêmes que celles des anciens ministres de la maison du roi. Ceux-ci avaient en outre le département de la haute police de la capitale et des lettres de cachet. Sous le régime actuel, l'administration de la liste civile appartient au ministre d’État. Durey (de l'Yonne).

INTENDANT MILITAIRE. Voyez INTENDANCE MILITAIRE.

INTENTION (Morale). C'est la fin qu’un homme se propose en agissant. Elle peut être bonne ou mauvaise ; exprimée ou secrète. 11 n’est permis qu’à Dieu de connaître des intentions secrètes. Souvent c’est l'intention qui excuse ou qui aggrave l’action. La loi des hommes, nécessairement imparfaite, néglige souvent l'intention, et présume que celui qui a voulu l’action en a voulu aussi toutes les suites. Nous devons de la reconnaissance à celui qui était bien intentionné, sans égard au succès. Il ne faut pas perdre de vue la fable de l'Ours et de l'Homme qui dort. Un sot de la meilleure intention nous casse la tête pour nous délivrer de l’importunité d’une mouche, 11 y des casuistes qui ont imaginé une cerlaine direction d'intention, à l’aide de laquelle ils peuvent mentir, médire, calomnier, en sûreté de consience. Les logiciens de l’école distinguent une intention objective et une intention formelle. Celle-ci est la connaissance de l'objet, la première est l'objet connu. Lis distribuent lune et l'autre en intention première et en intention seconde. L’intention première est des attributs essentiels, l'intention seconde est des attributs accidentels. Dineror,

L'enfer est pavé de bonnes intentions, dit le proverbe, pour rappeler queles bonnes intentions ne suffisent pas, mais qu'il faut encore avoir la force d'exécuter le bien que nous avons résolu. 11 peut y avoir en effet intention sans action, comme dans certaines circonstances il y a action sans intention. C’est donc à tort, et seulement par politesse, que l'on peut dire que l'intention est réputée pour le fait. Un fait change souvent de caractère suivant l'intention qui l'a produit. Une bonne action fait généralement supposer une intention louable, qaoiqu’elle puisse être le fruit d'un motif indigne. Au contraire, on ne peut guère supposer une intention juste à une action réprouvée par la morale, C’est là ce qui doit faire repousser l’excuse des casuistes qui ne craindraient pas de commettre le mal en se réfugiant dans l'honorabilité du but qu'ils croient poursuivre. L'intention ne saurait dans aucun cas justifier une mauvaise action. La stricte morale défend de

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