‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 301 sur 522 · INTERDIT — INTERET · texte numérisé non relu

INTERDIT — INTERET

particulière, sans lui ôter les autres. Si le cas était plus grave, on le privait de toute fonction.

INTERET, au moral, est cet amour de nous-même qui nous porte à rechercher tout ce qui nous convient, de quelque manière que ce soit, tout ce qui nous paraît propre à assurer Ou augmenter notre bien-être, On a dit dans c: sens, depuis bien des siècles, que l’inférét gouverne les hommes, et cette maxime n’est pas encore devenue mensongère : l’in{érét est en effet un puissant mobile, et, depuis le plus pauvre jusqu’au plus riche, tout le monde en subit l'empire. L'intérét s'empare de nous au sortir de l'enfance, grandit avec nos passions, et finit par étouffer dans certaines âmes Loute idée de justice, d'équité, de bienveillance, de générosité, qui lui serait contraire. Des hommes l’intérét est passé dans les nations, et l’on a dit : l’inférét public, l'intérêt général, grands mots par lesquels on désigne les besoins publics, et dont trop souvent d’habiles charlatans abusent dans leur intérét personnel. C’est dans ce sens que l’on dit : Bien entendre ses intéréés ; avoir un grand in{érét à une chose; embrasser les intéréts de quelqu'un; concilier, blesser les intéréts ; l'intérét est la pierre de touche de l'amitié, etc., etc.

Dans une signification prise en moins mauvaise part, intérét signifie l'affection, la bienveillance, les sentiments d’attachement qu’on a pour une personne, la part que l'on prend à ce qui lui arrive de fâcheux ou d’agréable : c’est ainsi que souvent certaines personnes inspirent de l’intérét dès la première vue, et que l’on dit de quelqu'un qu’il est digne de cet intérêt, et qu’on prend in{érét à sa situation.

Dans le langage littéraire, on entend par intérêt ce qui dans un ouvrage est propre à atlacher, à charmer, à toucher l’âme : les romans et les pièces de théâtre doivent toujours être pleins d'intérêt , sous peine d'être froids et inanimés.

[ On sait qu’il est une philosophie développée par Locke et par ses successeurs, surtout Helvétius, Cabanis, Volney, soutenant, d’après Hobbes, que les bases de la morale ne pouvaient être autres que celles de l'intérêt privé, ou une réaction de l’amour de soi-même et de l’amour-propre , enfin, d’un intérêt quelconque. Déjà La Rochefoucauld, dans ses Marimes, avait cru découvrir que nos vertus et nos plus belles qualités appartiennent à la vanité, à l'amour de soi ou à des motifs intéressés. Mais, sans nous croire meilleurs que nous ne le sommes en effet, il est impossible de confondre les notions du juste et de l'injuste lors même qu'aucune loi n’existerait. Avant qu’il existât un cercle, tous les rayons partant du centre devaient être égaux, dit Montesquieu , et avant que les lois fussent écrites, leurs bases se trouvaient nécessairement dans les rapports naturels et réciproques des hommes entre eux, comme l'avait démontré Cudworth ( De Æternis jusli et Honesti Notionibus, cap. nu). Ces rapports étant donnés par notre organisation, il s'établit des règles d'équilibre indispensables pour état social, comme celle-ci : Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse! Par là chaque nature est fixée, coordonnée dans ses limites et sa carrière. Le bien et le mal ont leurs relations définies ; par toute la terre les fondements moraux du juste et de l’injuste ne sont plus le résultat de coutumes arbitraires , mais dérivent de la constitution même des êtres, selon leur nature et leurs réciprocités d'action.

Par là sont réfutées les opinions de Jérémie Bentham, soutenant qu’il n’y a point de lois naturelles, et celles de l’immoral Mandeville, qui prétend démontrer les avantages du vice et des crimes dans la politique et la philosophie, etc. Au contraire, lord Shaftesbury, avecAddison, Pope, Adam Smith, Hutche son et toute l’école écossaise ont prouvé que dans nous il existe un principe de sympathie, de pitié, de bonté naturelle au cœur humain, ou plutôt un sentiment divin de conscience, qui nous transporte à des actes de vertu exempte de tout intérêt privé, et capable, au contraire, de s'immoler par simple générosité, par gran»

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