‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 302 sur 522 · INTÉRÊT · texte numérisé non relu

INTÉRÊT

deur d'âme, selon la dignité de notre être. Dans celte source pure, nous puisons tous les éléments d’élévation, de génie

et de sublimité qui portent aux actions les plus ravissantes |

de l’héroïsme. Ainsi, en toutes les classes d’êtres, la mère se sacrifie pour sa progéniture, l'individu se doit à l’État, par une subordination patriotique, comme une nation se subordonne au genre humain, et celui-ci au suprême arbitre de toutes choses. De là résulte le concert universel de la justice, de l'équité régulatrice du monde, tandis que le vice difforme et destructif ne serait que la ruine et l’anéantissement de toute société et du genre humain , si le principe d’égois me individuel était la règle générale. A J.-J. Virey. | INTERET ( Littérature), affection de l’âme qui lui est

chère, et qui l’attache à son objet. Dans un récit, dans une.

peinture, dans une scène, dans un ouvrage d’esprit en général, c’est l'attrait de l'émotion qu’il nous cause ou le plaisir que nous éprouvons à en être émus de curiosité, d’inquiétude, de crainte, de pitié, d’admiration, etc.

On distingue l'intérêt de l’art et celui de la chose.

L'art nous attache, ou par le plaisir de nous trouver nous-mêmes assez éclairés, assez sensibles, pour en saisir les finesses, pour en admirer les beautés, ou par le plaisir de voir dans nos semblables ces talents, cette âme, ce génie, ce don de plaire, d'émouvoir, d’instruire, de persuader, etc. Ce plaisir augmente à mesure que l’art présente plus de difficultés et suppose plus de talents; mais il s’affaiblirait bientôt s’il n'était pas soutenu par l'intérêt de la chose; et tout seul, ilest trop léger pour valoir la peine qu’il donne. Le poëte aura donc soin de choisir des objets qui par leur agrément ou leur utilité soient dignes d’exercer son génie; sans quoi l'abus du talent changerait en un froid dédain ce premier mouvement de surprise et d’admiration que la difficulté vaincue aurait causé.

L'intérêt de la chose n’est pas moins relatif à l’amour de nous-même que l'intérêt de l’art. Soit que la poésie, par exemple, prenne pour objets des êtres comme nous, doués d'intelligence et de sentiment, ou des êtres sans vie et sans âme, c’est toujours par une relation qui nous est personnelle que ce sentiment nous saisit. Il est seulement plus ou moins vif, selon que le rapport qu’il suppose de l’objet à nous est plus ou moins direct et sensible.

he ne MARMONTEL.

INTERET, loyer d’un capital prété, ou bien, en d’autres termes plus exacts, achat des services productifs que peut rendre un capital. Le capitaliste qui reçoit un intérêt cède ses droits au profit que son capital peut faire; il renonce aux services productifs que son capital peut rendre pendant tout le temps où il est prêté. L’entrepreneur qui emprunte gagne ou perd sur l'intérêt payé, selon qu'il tire du capital des profits supérieurs ou inférieurs à cet intérêt. L'intérêt d’un capital prêté peut, presque toujours, se décomposer en deux parts, l’une qui représente et qui paye le service que peut rendre le capital, comme ins{rument de production : c’est l'intérêt proprement dit; autre, qui représente le risque que le prêteur

court de ne pas rentrer dans son capital : c’est une espèce

de prime d'assurance. La rareté des Capitaux disponibles , l'abondance des emplois lucratifs et sûrs, tendent à faire hausser le taux de l’intérêt proprement dit. Les circonstances confraires tendent à le baisser. J.-B. Say.

Les capitaux, fixes ou circulant sous forme de numéraire ou sous toute autre forme, ne sont en réalité que des instruments de travail. Tous les fruits du travail se divisent, après le fravail accompli, en trois portions : l’une qui reste, sous le nom de salaire, entre les mains des ouvriers qui ont exécuté le travail; la seconde revenant, sous le nom de profit, aux chefs de ce travail, à ceux qui l'ont préparé, conduit et dirigé; la troisième, enfin, passe, À fitre de loyer, dans la bourse des propriétaires fonciers ou des capitalistes qui, restés de leur personne parfaitement étransers à l’œuvre ‘accomplie, avaient abandonné femporaire-

ment et moyennant prix convenu l’usage des instruments nécessaires à son exécution, et qui se trouvaient leur propriété. Ce loyer, que l’on nomme fer mage quand l’instrument de travail cédé est une terre , plus spécialement Loyer si cet instrument est une maison, prend le nom d'intérét quand il représente le prix de jouissance d’une semme d'argent. L'intérêt est donc le prix que l’on paye au propriétaire d’une somme d’argent, pour en avoir {emporairement la disposition et la jouissance. Le faux de cet

| intérêt se compose naturellement de deux éléments, l’un qui

représente le loyer, c’est-à-dire le prix de la jouissance de la somme prêtée; l’autre, qui constitue une sorte de prime d'assurance, dont le prélèvement doit couvrir le propriétaire du capital prêté des risques auxquels expose toujours la location d’un capital mobilier et circulant, habituellement consommé tout de suite par celui qui l’emprunte. Cette observation explique et justifie la différence qui se fait constamment remarquer entre le taux des fermages et le taux de l'intérêt : ce dernier est toujours le plus élevé, parce que l'emprunt dont il est le prix expose les capitaux prêtés à des risques infiniment plus nombreux et plus grands que ceux qui menacent les capitaux fonciers,

L'intérêt de l’argent étant le prix que paye le travailleur à l’homme de loisir pour avoir la disposition de l'instrument de travail que possède celui-ci, la baisse de cet intérêt est en général favorable aux travailleurs, et par conséquent à la société tout entière, dont les intérêts sont toujours d’accord avec ceux du travail et contraires à ceux de l’oisiveté. Plus l'intérêt de l’argent et le taux des fermages seront bas, plus il deviendra facile au travailleur de se procurer les instruments sans lesquels son talent, son génie, son courage, sa force, languissent inféconds ; moins considérable sera le tribut prélevé par l’homme de loisir sur le produit du travail, plus grande sera la portion de ce produit applicable soit à la rétribution des travailleurs, soit au perfectionnement du travail. Le bas prix auquel les travailleurs de tout ordre peuvent se procurer les capitaux nécessaires amène par la diminution des prix de revient la diminution des prix de vente; celle-ci à son tour produit une consommation plus forte et plus étendue, et répand jusque dans les extrémités du corps social l’aisance et la prospérité. En effet, cet universel élan de l’industrie dont profitent et les manufactures, et le commerce, et l’agriculture, ne cause de tort qu’à la classe fort peu nombreuse des non travailleurs, propriétaires fonciers ou capitalistes, s’ils ne prennent point le parti de conduire en personne la culture de leurs champs ou d'employer eux-mêmes à quelque entreprise d'industrie les capitaux pécuniaires qu'ils possèdent; s'ils veulent, comme par le passé, se borner à les louer, leur revenu, et par suite leur aisance, diminue et décroit peu à peu. La ferre qui leur donnait 1,200 francs de fermage n’en donne plus que 1,000, et l'industriel qui leur payait 6 pour 100 de leur argent ne veut ylns leur en donner que 5 ou 4, parce que le plus grand nombre des capitalistes les offrent à ce taux. La baisse de l'intérêt est un fait tellement favorable, qu’il faut y voir en général le signe le plus infaillible d’une grande prospérité sociale. Cette baisse pourrait bien, il est vrai, provenir d’une autre cause, comme l’a fait remarquer un économiste moderne : la suspension des affaires et l’inaction des travailleurs pourraient faire tomber le taux de l'intérêt, parce que les capitalistes, n’en trouvant pas l'emploi, seraient les premiers à provoquer cette baisse; mais il faut convenir que si ce phénomène n’est pas impossible, il est bien rare : en pareil cas, les capitalistes sont plus empressés à retirer leur argent des a faires qu’à l’y faire entrer; ils aiment mieux vivre quelque temps sur leur capital et laisser passer la crise que üe courir pour un modique revenu la chance d’une perte {otale.

Du reste, ce n’est point la théorie seule qui indique l'abaissement du faux de l'intérêt comme un symptôme de prospérité, l’histoire économique de tous les peuples de

VEurope moderne démontre la justesse de ce principe. Ce que nous venons , par hypothèse, d'imaginer sur les effets heureux que produit la baisse de l'intérêt n’est que le récit exact de ce qui se passe en Europe depuis le moyen âge. A mesure que les habitudes et les mœurs guerrières ont reculé devant les mœurs pacifiques et les habitudes laborieuses; à mesure que l'absurde préjugé qui faisait noble la vie oisive s’est affaissé; à mesure que l’industrie a brisé ses chaines, et conquis dans la société la place immense qu’elle y occupe aujourd’hui; à mesure que le crédit s’est perfectionné , et que les conditions dans lesquelles s'exécute le travail se sont assez améliorées pour que les chances de gain contre-balançassent avantageusement les chances de perte et de spoliation, on a vu, parallèlement à ces progrès , l'intérêt de l'argent s’abaisser suivant une loi constante. Dans la baisse constante du taux de l'intérêt, baisse inévitable, parce qu’elle résulte de l’accroissement même de la prospérité sociale, nous voyons l’un des germes les plus efficaces de la régénération sociale, dont tant de symptômes cachés jusque ici commencent à se manifester depuis quelques années.

La conséquence directe de ce qui vient d’être dit, c’est qu’une société bien gouvernée verra non-seulement sans alarme, maïs encore avec satisfaction, la baisse de l'intérêt ; car les sociétés ne doivent point périr, mais elles doivent se régénérer ; et la régénération sociale est désormais au prix de l'émancipation du travail et de l’affranchissement des travailleurs. Non point que nous entendions provoquer par ce conseil des lois sur l'usure : l'argent est une marchandise comme une autre; il est naturel et même nécessaire que, suivant qu’il est offert et demandé, selon qu’on a plus ou moins besoin de ses services , selon le risque plus ou moins grand couru par le prêteur, le prix payé pour sa location s’élève ou s’abaisse. Comme toute denrée, l'argent est soumis à la loi de concurrence, devenne aujourd’hui, sous le rapport industriel, le droit commun de ki plupart des s0ciétés. Cela est si vrai que toutes les lois faites dans le but de fixer à un certain chiffre le taux de l'intérêt sont restées sans action, et que partout et toujours elles ont été publiquement éludées. Charles LEMONNIER.

INTÉRÊT (Règle d’). L'intérêt de l'argent se calcule ordinairement en prenant pour base l'intérêt rapporté par une somme fixe de 100 fr. pendant une période d’une année ; c’est ce qu’on appelle le {aux de l'intérêt : si le faux, par exemple, est3, on dit que le capital est placé à 3 pour cent, ce que l’on écrit ainsi : 3 p. 0/0, ou, plus simplenent, 3 0/0. La règle d'intérêt est fondée sur ce principe que l'intérêt d’un capital est à la fois proportionnel à ce capital, au taux, et enfin au temps, c’est-à-dire à la durée du placement. Ainsi, veut-on calculer ce que rapporteraient 6,480 fr. placés à 4 pour 100 pendant 8 mois, la proportion

100 : 6480 : : 4: x nous donne æ = 259 fr. 20, somme rapportée par 6,480 fr. en une année. Pour résoudre la question, il n’y a plus qu’à multiplier ce résultat par Je rapport de la durée du pla-

get on

cement à l’unité de temps, c’est-à-dire par È ou trouve enfin 172 fr. 80 pour la somme demandée,

En général, soit a le capital, à le taux, £ le rapport de la durée du placement à l’unité de temps; l'intérêt I est donné par la formule

: ait 100” qui s'emploie également dans l'escompte commercial, et dont nous avons à ce sujet indiqué quelques simplifications propres à certains cas particuliers.

Ce que nous venons de dire ne s'applique qu'à l'intérét simple. L'intérét composé est celui qui, au lieu d'être payé chaque année, s'ajoute an capital pour porter intérêt à son Lour, En représentant par r l'intérêt annuel de 1 fr., ce qui revient à poser = 100 », on trouve que le capital

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