INTERPRÉTATION — INTERROGATOIRE
Les peuples de l'antiquité, les Égyptiens surtout, avaient fait une grande science de l'interprétation des songes ; on sait qu’elle fut l'origine de la fortune de Joseph. On interprétait encore les oracles, rendus la plupart du temps sous une forme obscure : c'était l'office des prêtres, des devins et des augures..
INTERPRÈTE. Au propre c'est un truchement, un
homme qui sert à traduire la parole, un discours d’unelangue | dans une autre. Le gouvernement français entretient un cer- |
tain nombre d’interprètes pour les langues orientales (voyez DROGMAN, ÉCOLE DES JEUNES De LANGUE). Des interprètes organisés militairement sont en outre attachés à notre armée d'Afrique.
En matière criminelle, dans le cas où l'accusé ou quelqu'un des témoins ne parlerait pas la même langue, il est nommé par le président un interprète, âgé de vingt-et-un ans au moins; il doit, à peine de nullité, prêter serment de traduire fidèlement les discours à transmettre entre ceux qui parlent des langages différents. Il est sujet à récusation, et ne peut être pris ni parmi les témoins , ni parmi les juges, ni parmi les jurés. Si l'accusé est sourd-muet et qu’il ne
sache pas écrire, il lui est aussi donné un interprète choisi | parmi les personnes qui ont le plus d'habitude de converser |
ayec lui.
Pour les actes de commerce il y a des courtiers interprètes qui font le courtage des affrétements, qui seuls ont
le droit detraduire, en cas de contestations portées devant |
les tribunaux, les déclarations , chartes-parties, connaissements, contrats, et tous actes de commerce dont la traduction serait nécessaire, et de servir de truchements à tous étrangers, maîtres de navire, marchands, équipages de vaisseau, et autres personnes de mer.
INTERPRETES (Les LXX). Voyez SEPTANTE.
INTERRÈGNE , temps pendant lequel un royaume se trouve sans roi, un empire sans chef. Les interrègnes sont fréquents dans les monarchies électives ; mais ils sont rares dans les monarchies héréditaires. L'histoire de France ne compte que trois interrègnes, deux sous la première race ; 1° après la mort de Childéric; 2° après celle de Thierryÿ Il; un seul sous la troisième race, après la mort de Louis le Hutin, et pendant la grossesse de la reine Clémence, sa veuve. Philippe, frère du roi défunt, prit les rênes du gouvernement en qualité de régent : il fut le premier revêtu de ce titre. Avant lui, ceux à qui le gouvernement de L'État était confié pendant la minorité de l'héritier présomptif de la couronne, ou en l’absence.du roi, élaient qualifiés de tuteurs, défenseurs et gardes du royaume. Les interrègnes ont.été la cause principale de l’affranchissement de l’autorité impériale en Allemagne. Les Romains appelaient aussi interrègne l’intervalle qui s’écoulait entre l’époque où finissaient les fonctions des consuls et celle où leurs successeurs étaient élus. La France depuis 1792, époque de la dévhéance de Louis XVI, jusqu’en 1814, n’avait pas manqué de gouvernements, qui après de longues guerres avaient été reconnus par des traités solennels de toutes les puissances ; et néanmoins, Louis XVII, en remontant sur le trône de ses aïeux, data les premiers actes de son autorité royale de la dix-neuvième année de son règne, en appliquant même aux longues années qu’il avait passées hors du territoire français l’ancien principe de successibilité au trône. Il ya de fait, interrègne à chaque vacance du trône pontifical ; et ils furent surtout fréquents au moyen âge, lorsque l’on compfait souvent plusieurs papes à la fois qui s’excommuniaient réciproquement. Souvent aussi la vacance du saint-siéce se prolongeait pendant deux ans. Dans tous les cas de vacance par suite dela mort du pape régnant, les fonctions papales sont dévolues par interim au doyen du sacré collége. DurEy (de l'Yonne),
Les historiens allemands désignent plus particulièrement par grand intesrègne le temps qui s’écoula entre la mort de l’empereur Conrad IV et l'élection de Rodolphe I (1954- 1273), intervalle pendant lequel l'Empire resta sans chef
proprement dit. Sans doute, après Guillaume de Hollande, qui mourut en 1256, on élut pour rois Alphonse X de Castille et Richard de Cornouailles; mais ni Pun ni l’autre ne réussirent à se faire reconnaître en cette qualité, et Alphonse ne mit même jamais le pied en Allemagne. Naturellement l’anarchie la plus complète régna pendant ce tempslà dans l'Empire, en proie sur tous les points aux guerres privées, et où le brigandage et l’assassinat étaient en quelque sorte devenus choses normales. Aussi cette époque est-elle à bon droit regardée comme l’une des plus calamiteuses de l’histoire d'Allemagne. Il n’y eut que les villes qui surent mettre à profit cet état de confusion générale pour se confédérer et créer ainsi une puissance nouvelle, qui ne devait pas tarder à faire contre-poids à celle de la noblesse,
INTERREX. On appelait ainsi à Rome le magistrat qui à l’origine, lorsque le roi (rex) venait à mourir, était institué pour procéder à l'élection d’un nouveau roi. Le premier interrex, choisi par le sénat dans son sein, ne présidait cependant pas l’élection ; c'était le second, qu’il désignait lui-même ; et un autre, quand l'élection ne se faisait point pendant la durée des pouvoirs de celui-ci. Le temps pendant lequel des interreges étaient en fonctions, chacun pendant cinq jours, s'appelait aussi in{errègne. Sous la république, notamment pendant les deux premiers siècles de son existence, on trouve de ces interreges nommés pour la tenue des élections consulaires, quand les consuls dont les pouvoirs allaient expirer en étaient empêchés. Cette dignité resta toujours un des priviléges du patriciat; et alors mêmeque les plébéiens furent admis à faire partie du sénat, les sénateurs patriciens furent séuls capables d’en être revêtus, de même que seuls ils désignaient le candidat.
INTERROGATION (en latin interrogatio, dérivé de inter, entre, et rogare, demander), question, demande que l’on fait à quelqu'un. En rhétorique, c’est une figure de pensée qui consiste non pas à demander à être instruits de ce que nous ignorons, mais à interroger sans attendre de réponse. Par fois l'interrogation presse, accumule les questions; d’autres fois une seule question jetée à propos et soudainement au milieu d’un discours, fait beaucoup d'effet. Cette figure, très-simple en elle-même, est cependant une des plus promptes, des plus énergiques et des plus dominantes. L'interrogation ne suppose pas toujours dans celui qui l’emploie une émotion violente. On s’en sert aussi dans le cours d’une discussion sérieuse ou d’un simple récit, pour varier et animer les mouvements du style. Quelquefois aussi on s'interroge et l’on fait soi-même la réponse, soit pourexprimer le doute, l’hésitation, soit pour exciter l'attention. et l’intérêt. Aug. Husson.
INTERROGATION (| Point d’). Voyez PoncruATIoN.
INTERROGATOIRE. On appelle ainsi les questions que fait un juge sur des faits civils ou criminels, et les réponses que fait celui qui est interrogé. On donne aussi ce: nom au procès-verbal qui contient ces questions et ces réponses.
En matière criminelle, l’interrogatoire est un des actes les plus importants de l'instruction. Son but évident est d’obtenir, de la bouche même de celui qu’on accuse, l’aveu du crime qui lui est imputé. Quant à la manière d’y procéder, elle est réglée aujourd'hui par le Code d'instruction criminelle. D’après ce Code, l'accusé doit subir diverses espèces d’interrogatoires, suivant les diverses phases de la procédure: et le degré du crime qu’onlui reproche. D’abord le juge d’instruction doit procéder à l’interrogatoire du prévenu, dès qu’il s’est présenté ou a été amené devant lui, sur-le-champ en cas de mandat de comparution, et dans les vingt-quatre heures en cas de mandat d'amener. Cet interrogatoire n’est soumis à aucune formalité par le Code. Cependant, en se reportant à la législation antérieure, et en considérant le but de linterrogatoire, il est évident que le juge doit être assisté de son greffier, lequel rédige le procès-verbal. Ce procès-verbal doit même étre signé du prévenu. En cas de refus ou d’impossibilité, il doit en être fait mention. Dans
le cas de flagrant délit et de clameur publique, comme il est de l'intérêt de la justice que les actes d'instruction soient faits avec promptitude, le juge peut, sans attendre les réquisilions du procureur impérial, et en lui donnant un simple avis, se rendre sur les lieux et interroger le prévenu s’il est arrêté. D'un autre côté, le procureur impérial et les officiers auxiliaires procèdent à l'information et font subir des interrogatoires. Dans ce cas, et pour assurer plus de garanties à la justice, des formalités plus nombreuses entourent les procès-verbaux. Autant que possible, ils sont rédigés en la présence et revêtus sur chaque feuillet de la signature des commissaires de police de la commune dans laquelle le crime ou le délit a été commis , ou du maire, ou de Padjoint au maire, ou de deux citoyens domiciliés dans la même commune. Les cas de flagrant délit et de clameur publique sont les seuls dans lesquels il est dérogé à la règle générale. Hors ces cas, c’est toujours le juge d'instruction qui interroge, et qui peut même renouveler ses interrogatoires toutes les fois qu’il le croit utile à la découverte de la vérité.
En sortant des mains du juge d'instruction autrement que par une ordonnance de mise en liberté, le prévenu doit encore être interrogé. Mais il y a sur la forme des interrogatoires qu’il doit alors subir une distinction à faire entre le cas où il doit être traduit devant le tribunal correctionnel et celui où il est traduit devant la cour d’assises: au premier cas, le prévenu ne doit être interrogé qu’à l’audience ; au deuxième cas, l’accusé a deux espèces d’interrogatoires à subir. D’abord, il est! interrogé de nouveau par le président ou par un des juges que celui-ci commet à cet effet. Procès-verbal en est dressé par le greffier et signé par l’accusé. Cet interrogatoire a lieu en l'absence du conseil de l'accusé. C’est ce qui résulte des art. 302 et 574, qui portent que le conseil ne pourra communiquer avec l'accusé qu’après son interrogatoire. Ensuite, lorsque les débats sont ouverts, l'accusé est tenu derépondre publiquement à toutes les questions qui lui sont adressées par le président, les juges, le procureur général et les jurés. Alors il est assisté de son conseil, qui peut présenter toutes observations en sa faveur , et même s’opposer à ce que certaines questions lui soient posées.
Telles sont les diverses espèces d’interrogatoires qu’un accusé peut subir avant son jugement. Le but de toutes les questions qui lui sont adressées par ses juges c’est de lui arracher des aveux. On comprend dès lors l’immense portée de ce mode de procéder. Mais on peut se demander si ce mode est conciliable avec les garanties qui doivent toujours entourer un accusé, et s’il est de la loyauté qui doit toujours présider à une action criminelle de forcer un homme par ses réponses, par ses réticences, par ses aveux, à mettre dans les mains de ses adversaires nne arme redoutable. La législation anglaise, en cela peut-être supérieure à la nôtre, ne permet pas que l’on interroge les prévenus ou que l’on se prévale de leurs aveux. Aux débats, le magistrat qui préside ne lui adresse que cette question : Êtes-vous coupable, ou non? et pendant tout le cours de l'examen , s’il présente des observations, c’est de lui-même et sans y être provoqué; encore le président a-t-il soin de l’avertir de ne rien direde contraire à sa défense. Ce système est-il meilleur? Nous ne voulons pas trancher la question; nous croyons seulement que les législateurs français ont été trop préoccupés de l'intérêt de la société.
Nous dirons peu de chose de l’interrogatoire en matière civile : ce mot s'emploie seul pour désigner jies questions qui sont faites par le juge à une personne dont l’interdiction est poursuivie, En tout autre cas, on dit in{errogatoire sur faits et articles ; il est réglé par le titre XV du liv. 11 du Code de Procédure civile, dont l'art, 324 est ainsi conçu : « Les parties peuvent, en toute matière et en tout état de cause, demander de se faire interroger respectivement sur faits et articles pertinents, concernant seulement la matière dont il est question, sans retard de l’ins-