INTUSSUSCEPTION — INVALIDES
danger n’a été à redouter, l’homme créant les inutilités avec une facilité merveilleuse, et celles-ci semblant se reproduire d’elles-mêmes, comme pour lui complaire, dès qu'il manifeste quelque penchant en lenr faveur. Les inutilités, confondues avec le superflu, n’ont de détracteurs que parmi quelques philosophes, jaloux de leur indépendance physique au moral, et uniquement soucieux d’un bonheur qui ne provient que d'eux-mêmes : cetle sorte de gens, toujours en minorité, n’exercent aucune inflnence, et les inutilités excitent plutôt leur pitié que leur colère, bien qu’à les en croire l’homme leur doive plus de maux que de biens. Les inutilités, de quelque nom qu’on les décore, quelle que soit la place qu’on leur assigne, demeureront en possession du rang qu’elles ont occupé jusque ici, et continueront à prévaloir sur la nécessité, reine que son absolutisme a trop légitimée pour que l’homme se soumette par choix à sa puissance. C“° DE Brani.
INVAGINATION (du latin invaginare, rengaîner, mettre dans la gaîne), introduction d’une portion d’intestin dans celle qui la précède ou la suit.
INVALIDES. Les temps qui suivront les nôtres conserveront-ils, étendront-ils le système qui consiste à vouer à une nulité absolue, à une oisiveté écrasante, des hommes nés en général au sein des classes laborieuses, et dont la: vie a été un cercle de travaux pénibles et de fatigues inouïes ? La question sans doute ne saurait s'appliquer à cette respectable portion de mutilés, de trembleurs, de frères lais. ou convers,que le fer de l'ennemi et les suites de longues guerres ont réduits à n'être plus que l'ombre d'eux-mêmes, à ne plus vivre, pour ainsi dire, que de leurs glorieux souvenirs : à ceux-là, un asile conventuel où ils soient dégagés de tous soins, doit être assuré. Mais cette quantité de militaires, non moins estimables, mais plus heureux, dont les blessures se sont cicatrisées, dont la complexion robuste a amené une vieillesse florissante, peut-elle être condamnée à une vie monacale ? peut-elle entendre la patrie lui dire : « Végète inactive, le pays n'attend plus rien de toi, et il consent à dépenser une fois plus pour te laisser oisive que tu ne lui coûterais, convenablement récompensée et utile encore. » Ces remarques concernent les établissements français des invalides de terre; quant aux invalides de la marine, ils n’ont pas encore d'hôtel comparable à celui de Chelsea en Angleterre. Cependant, un immense édifice, construit près de Toulon, sous le règne de Louis XVII, paraissait leur être destiné.
La France est le pays qui le premier a senti qu'une dette sacrée était contractée par le gouvernement en les guerriers qui lui consacrent leur existence et combattent pour sa gloire ou son salut. On nous parle, il est vrai, de ces vieux soldats d’Athènes que Pisistrate faisait nourrir aux frais du trésor, on nous parle de ces colonies romaines, de ces dotations terriennes qui assurajent l’avenir des vétérans des légions ; mais ces récompenses n’émanaient pas de lois stables : elles étaient accordées par les faveurs de la puissance, par le bon plaisir des généraux. Les bénéfices, les fiefs des premières races furent des rémunérations militaires, mais au profit des chefs; quant aux subalternes, des emplois de domesticité étaient accordés à quelques-uns ; mais la plus grande partie n'avait de ressources que dans une vie d'aventures, c’est-à-dire de brigandage, Le moyen âge vit ensuite s'établir, depuis Charlemagne, les oblats, moines laïques, qui passaient du métier des armes à celui de sonneurs de cloches, de chantres, de balayeurs d'église, mais ces places, peu nombreuses, étaient une rare faveur. La mendicité pourvoyait aux besoins des invalides que le: sort abandonnait à eux-mêmes, et il n’y a pas un siècle qu'en un royaume voisin une médaille accordée aux militaires devenus inhabiles aux armes les autorisait à demander leur pain à la charité publique. Au système des oblats succéda celui desmortes-payes, espèce de vétérans, auxquels était laissée en temps de paix la garde de nombreux châteaux, Ils étaient comme les gardes du corps des castel-