INVALIDES
lans et des gouverneurs, mais ne touchaient pas une solde royale.
Les quinze-vingts revenus de la Palestine, les maladreries, les sanitas, créés par Louis IX, furent un essai d'hôtels d’invalides. Son prédécesseur Philippe-Auguste avait projeté de fonder un asile central pour les vieux guerriers ; mais il prétendit les soustraire à la juridiction que les Svèques exerçaient sur les moines lais; le pape Innocent IE se réfusa à y donner les mains, et sa résistance aux désirs Ju monarque fil avorter les bonnes intentions de Philippe. Henri LV ayant à récompenser de vieux ofliciers, la plupart protestants, leur ouvrit un refuge rue Saint-Marcel. Ils passèrent ensuite dela rue del'Oursine à Bicétre; mais Louis XIIL ne permit d'y admettre que des catholiques, ce qui futuneentrave de plus à une institution permanente, et qui d’ailleurs n'était pas ouverte aux simples soldats. Enfin, Louis XIV fonda en 1654 et ouvrit en 1670 le magnifique palais des Invalides, qui eut le privilége de n'être pas soumis aux visites du grand-aumônier. On se demande qui l'emporta dans Vesprit du monarque, ou de sa philanthropie ou de son amour pour la bâtisse, quand il se décida à cette prodigieuse dépense : il choisit le point du royaume où celte fondation était le plus mal placée; mais si l’on doute des motifs, 11 faut du moins honorer les effets, et à la fin de son règne dix mille invalides de tous rangs animaient ce somptueux édifice. Le grands abus s’introduisirent : sous le règne de Louis XV il y avait dans l’hôtel quantité d’invalides de faveur. C’étaient d'anciens laquais ou coureurs de grands seigneurs que le crédit de leurs maîtres faisait admettre aux invalides, quoiqu’ils n’eussent jamais porté les armes. Saint-Germain, devenu ministre de la guerre, ne marqua pas de travailler à la répression d'aussi criantes illégalités ; mais dans cette entreprise tout ce qu’il essaya fut loin d’atteindre aux économies dont il sentait le besoin.
En 1759 l'hôtel jouissait d’un revenu qui se montait à 1,700,000 fr.; mais successivement ce reveuu alla décroissant. En 1790 le trésor public eut à subvenir à l’extinction du genre derentrées qu’on appelait la prestation des oblaës : c'était une summe dont le clergé s'était chargé d’effectuer le payement, depuis que les abbayes et les monastères de fondation royale s'étaient rachetés, moyennant finances annuelles, de l'obligation de nourrir et d’entretenir les frères oblats. En 1792 les invalides propres encore à rendre quelques services militaires commencèrent à être détachés de l'hôtel, sous le nom de compagnies de vétérans. En cette même année un état-major immensément émolumenté, et qui occupait le quart de l'hôtel, cessa d’en absorber en grande partie les fonds. L'établissement restait encore propriétaire de revenus assis sur des constructions importantes ; il jouissait d’immunités, il possédait des rentes : toutes ces ressources Jui échappèrent en l’an 11 de la république , et ce fut aux finances de l’État à subvenir à ses dépenses, qu'un budget commença à régulariser en l'an vr. Au commencement du Consulat, une succursale était établie à Versailles ; deux autres le furent bientôt à Avignon et à Louvain; car le total des invalides montait à cette époque à près de 15,000; on en comptait 26,000 en 1813. Deux ans auparavant, Napoléon avait fait revivre l’ancien faste d’un état-major surabondant, et il avait réglé suivant de nouveaux principes les dotations, administration, la police de ce gouvernement de mortes-payes. En outre desinécures militaires sans nombre, il s’y voyait des nuées d'employés civils, et un maréchal de France y jouissait d’une brillante retraite. Sous la Restauration, un ministre alla jusqu’à instituer une dispendieuse musique d'harmonie, afin de rendre plus pompeuses les cérémonies du culte.
On conçoit qu’au temps où le terrain des invalides était hors de Paris, et environné d’un sol livré à la culture, on \ vit rassemblé des militaires qui pouvaient s’vlivrer à quelques travaux champêtres et y vivre dispensés des frais d’entrée et d'octroi; on conçoit que l'administration, monacalement conduite, ayant bénéficié par le hasard de l’accroisse-
ment du prix des terrains, ayant fhésaurisé, ayant couvert de constructions un sol qui lui assurait un revenu important, on ait conservé leur destination à des bâtiments aussi immensément disproportionnés par leur étendue au nombre de ceux qui y trouvent asile; mais on ne conçoit pas qu'il faille un telétat-major à un pareil établissement ; on ne conçoit pas que depuis cette ceinture d’octrois dont le reculement des barrières a enveloppé l'hôtel on s’obstine à nourrir de vieux et braves guerriers une fois plus dispendieusement que si on les tenait en des pays d’une vie bien moins chère , et dans des contrées peu peuplées, que leur présence enrichirait, et dont le sol pourrait être fécondé par les bras d’une grande partie d’entre eux. G*l Banni.
INVALIDES (Hôtel des). L'hôtel des Invalides de Paris est situé à l’extrémité occidentale du faubourg Saint- Germain, vis-à-vis des Champs-Élysées, avec lesquels il communique par le Pont des Invalides. 11 fut fondé par Louis XIV. Sa construction, commencée le 30 novembre 1671, par Libéral Bruant, fut continuée par Mansard, qui est l’auteur du dôme.
Ce dôme, vu de l'extérieur, est d’une aisance si extraordinaire dans ses dimensions générales, si juste dans la combinaison de ses lignes, et d’une légèreté si admirable dans son exécution, qu’on le regarde, non-seulement comme une des plus belles conceptions d’architecture qui soient en Europe, mais encore comme le plus étonnant chef-d'œuvre de pondération : on dirait qu'il est descendu du ciel pour se poser sur le portail de l'édifice.
Une vaste esplanade, plantée d’arbres et s'étendant jusqu'à la Seine au milieu de laquelle on avait placé, sous Napoléon 1°, le Lion de Saint-Marc, une superbe grille, une cour entourée de fossés avec des pièces de canon de différents calibres, donnent à l’Hôtel des Invalides le caractère d’une place de guerre.
La porte principale de la façade du nord est décorée des figures colossales de Mars et de Minerve, et dans l’archivolte se voit la statue équestre de Louis XIV. Toute cette sculpture est de Coustou le jeune. La cour est carrée; elle est entourée d’un double rang de portiques en arcades. Au rez-dechaussée sont de grands réfectoires, décorés de peintures représentant les conquêtes de Louis le Grand par Parocel. Dans les étages supérieurs sont les appartements. La Bibliothèque, fondée en 1800 par Bonaparte, occupe l'aile du milieu : elle contient environ 30,000 volumes. L’aile droite et l’aile gauche sont réservées au grand état-major de l’hôtel. La salle du conseil contient les portraits de tous les maréchaux de France. Les célèbres plans des villes fortes sont placés dans les combles.
Au fond de la cour se trouve l’entrée de l’église, surmontée d’une statue en pied et en marbre de Napoléon. Elle est d’une architecture fort simple. Le pavé, entièrement en marbre, est incrusté à la manière des ouvrages en marbrerie de Florence. Sous le premier empire, elle était pour ainsi dire encombrée de drapeaux des ennemis qu'après chaque campagne on appendait à ses voûtes. Avec les Bourbons, l'étranger vint en reprendre une partie. Depuis lors l'expédition d’Espagne, celle de Morée et celle d'Algérie ont contribué à recouvrir un peu la nudité de ces murs consacrés à la gloire. Les peintures de la coupole représentent la gloire des bienheureux par Charles de La Fosse. Les Évangélistes figurent dans les pendentifs, et les douze Apôtres qui se trouvent autour de la lanterne sont peints par Jouvenet. Le dôme, séparé de l’église, semble en former une seconde. C’est sur un des piliers ornés de bas-reliefs , figurant des sujets de la vie de saint Louis, que Napoléon fit placer le tombeau de Turenne. Autour du plan circulaire du dôme sont six chapelles, richement ornées de peintures et de sculptures. Quatre de ces chapelles sont dédiées aux Pères de l'Église latine; chacune d’elles est surmontée d’un petit dôme peint à fresque par les plus habiles peintres de l’Académie royale. Les chapelles Saint-Jérôme et Saint-Augustin sont l'ouvrage de Michel Corneille, celle de Saint -