‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 333 sur 522 · IRIS — IRLANDE · texte numérisé non relu

IRIS — IRLANDE

L'iris tigrée porte une fleur plus grande que celles des autres espèces, une fleur brune, panachée de veinules d’un pourpre violet : dans l'éris rayée, la fleur jaune est également striée de pourpre et de brun; et dans l’iris frangée, la fleur, d’un bleu pâle, est parsemée de taches jaunâtres.

L'iris des marais (iris pseudo-acorus, L.) est vulgairement connue sous le nom d’iris jaune, flambe d’eau, glayeul des marais, etc.

L'iris Jfétide (iris fœtidissima, L.), que l'on nomme aussi glayeul puant, v’affecte cependant désagréablement l'odorat que lorsqu'on passe ses feuilles entre les doigts. Les fleurs sont petites, d’une teinte rougeûtre sale. Cette espèce est essez eommune en France, dans les lieux couverts et frais. BeLriELD-LEFÈVRE.

IRIS (Pierre à’), variété de quartz hyalin, dont les crisfaux reflètent les couleurs de l’arc-en-ciel.

IRIS ( Vert d’), belle couleur verte, dont les peintres font usage, surtout pour la miniature. On la prépare avec des fleurs d’iris germanique macérées et mêlées à de la chaux.

IRKOUTSR , l’un des deux gouvernements de la Suibérie orientale, confine à l’ouest au gouvernement de Jeniséisk, à l’est à la grande province de Jakoutsk, qu'il comprenait autrefois dans sacirconscription, et au sud à la | Chine. Divisé en cinq cercles, Zrhoutsk, Kirensk, Nischné-Oudinsk et Werchné-Oudinsk, et Nertschinsk, il compte 319,936 habitants (1858) sur une superficie de 703,285 kilomètres carrés.

IRKOUTSK , son chef-lieu, au confluent de l’Irkout et de l’Angara, non loin du lac Baïkal, après Tobolsk la ville Ja plus importante de toute la Sibérie et siége d’un archevêché, compte 22,823 habitants (1861), parmi lesquels existe une commune allemande avec son église propre, Cette population fait un commerce important, surtout en provenances de la Chine. On trouve aussi à Irkoutsk un séminaire théologique, un gymnase, où l’on enseigne le chinoiïs et le japonais, un séminaire pour les jeunes Tongonses et Bourêtes, une école de navigation et une école militaire, plusieurs collections scientifiques, un théâtre, une grande fabrique impériale de draps et des distilleries considérables. On peut encore citer Nertschinsk, Selengisk, avec 1,000 habitants, sur les bords de la Selenga, le marché principal qu'on rencontre enire Irkoutsk, et Kiachta, qui appartient au même cercle et est situé sur la frontière de la Chine; Werchné-Oudinsk, ville d'étape, avec 4,000 ha: bitants; et Bargousinsk, autre ville d'étape, au voisinage de laquelle sont situées des sources thermales très-renommées pour la guérison des rhumatismes et du scorbut.

IRLANDAIS-UNIS (Affaire des ). Voyez IRLANDE et FITZ-GÉRALD.

IRLANDE , Ireland, appelée Érin par les Jres ou habitants aborigènes, la seconde des deux grandes îles brifanniques, et royaume uni à la Grande-Bretagne, Elle est baignée à l’est par la mer d'Irlande, des autres côtés par Vocéan Atlantique, et séparée de la Grande-Bretagne par le canal Saint-Georges. Sa superficie est de 1,088 myriamètres carrés. La côte, à l’est, va en s’inclinant en pentes douces, tandis qu’à l’ouest et au sud elle est profondément et abraptement échancrée par des baies et des promontoires. Une partie de la côte septentrionale est entourée d'énormes roches basaltiques , qui à la Chaussée des Géants et au cap Pleaskin font saillie dans là mer, où elles forment comme une espèce de colonnade fantastique. Sur toutes ces côtes, où l'on remarque d’ailleurs l’absence d'iles un peu considérables, on trouve des ports aussi commodes que nombreux; car on n’en comple pas moins de soixante dans un circuit de cent soixante milles géographiques. Les plus en renom sous Ballina, Baltimore, Belfast, Coleraine, Cork, Drogheda, Dublin, Dundalk, Galway, Limerick, Londonderry, Newry, Ross, Sligo, Tralee, Westport, Waterford et, Wexford. |

La surface du sol de l’Irlande présente une agréable suc- |

cession de plaines et de collines, qui rarement se tranforment en crêtes de montagnes. La plaine la plus vaste s’étend par le centre de l'ile d’une mer à l’autre. La partie la plus montueuse de l'Irlande est sa moitié occidentale; mais là même les montagnes forment plutôt des groupes isolés que des chaînes. Les montagnes les plus élevées, mais ne dépassant pourtant pas mille mètres, sont, dans la presqu’ile que forme le Connaught, le Nephin et le Crough-Patrick ; au nord-ouest le mont Longfield; et au sud-ouest, le Mangerton, le Mac-Gillicuddy et le Sleevcbogher.

Le fleuve le plus considérable de Irlande est le Shannon, qui en traverse une grande partie dans la direction du nord à l’ouest. Il n’est accessible que jusqu'à Limerick pour des bâtiments employés au long cours ; mais à partir de là jusqu’au lac d’Allen d'importants travaux ont permis aux bateaux à vapeur de le remonter sur une étendue de 29 myriamètres. Parmi les autres cours d’eau, mentionnons encore le Bandon, la Lee, le Blackwater, la Sure, la Liffy, la Boyne et le Bann. En fait de lacs, on remarque surtout le Lough-Erne, au nord-ouest de l’île, consistant en deux bassins, et d’une longueur d'environ 35 kilomètres ; le Lough- Neagh , au nord-est; enfin le Zough-Corrib, les trois lacs de Killarney, si célèbres par les ravissants environs, et le lac

| Mucross, au sud. En fait de lacs d’eau salée, véritables bras

de mer, il faut citer le Zough-Conn, ou baie de Strangford, à l’est, le Lough-Foyle et le Lough-Swilly au noïd. Le plus important canal qu’on ait encore creusé en Irlande est celui quirelie Dublin au Shannon. Le sol de l'ile est au (otal fertile, notamment au centre et au sud. Les vastes marécages (bogs) qui en diminuent la fertilité en sont un des caractères par-

| ticuliers. Jlsne sont point plats et unis comme en Angle-

terre, mais forment parfois comme des soulèvements du sol, etse divisent en marais à herbages, dans une partie desquels les troupeaux vont paître en été, en marais fangeux et inaccessibles, en lacs couverts de jones et de roseaux (hassochiy bogs), et en tourbières. Il ne subsiste que quelques débris des immenses forêts dont le pays était autrefois couvert, parce que depuis la conquête de Pile par les Anglais, elles ont été ou défrichées ou dévastées. Grâce à la prédominance des vents d’ouest et de sud-ouest, Le climat est très-tempéré, et’ l'humidité de l'atmosphère contribue à la fertilité d’un sol, qui n’a que peu de profondeur et repose sur un fond de rochers, Les saisons y sont plus irrégulières qu’en Angleterre; mais la température y est plus douce et plus élevée en moyenne pour lannée. La pluie est surtout fréquente en hiver : la neige et la gelée y sont rarement durables. Le climat, les régions montagneuses et les marais favorisent le développement de plusieurs plantes particulières au sol. On trouve en Irlande presque tous les animaux qui vivent dans la Grande-Bretagne. Jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, les grenouilles et les pies y furent inconnues, et aujourd’hui encore on n’y rencontreæ#i taupes, ni crapauds, ni aucune espèce de vipères. Les bêtes fauves y deviennent de plus en plus rares, Les fleuves et les lacs sonf très-poissonneux, et les bancs de Carlingford fournissent des huîtres excellentes.

Outre le granit, qui forme la base des montagnes de Pile, différentes espèces de pierre calcaire sont communes, Sur plusieurs points il existe du marbre; le plus beau provient de Kilkenny. Le basalte, dont la couche s’étend depuis lembouchure de Carrickfergus jusqu’au Lough-Foyle, et dans Fintérieur des terres jusqu'aux bords du Zough-Neagh, doit être compté, à cause de la régularité et de la variété de formes qu'il affecte, parmi les phénomènes géologiques les plus intéressants. On rencontre aussi sur plusieurs points des améthystes, du jaspe, et autres pierres précieuses. Un torrent du comté de Wicklow roule de l'or natif. Jadis on trouvait fréquemment de l’argent dans les mines de plomb du nord, de louest et du sud; mais l'exploitation de ces richesses fut abandonnée au dix-septième siècle; et de nos jours on n’exploite plus que deux mines de plomb. Le cuivre n'est pas rare; le fer est commun, mais ilne-resteplus qu'ux

petit nombre des mines de fer qui existaient aux seizième et dix-septième siécles, On trouve des mines de houille dans diverses parties de Pile : la plus productive et la meilleure est celle de Castle-Coomer, dans le comté de Leinster ; mais elles ne suffisent pas aux besoins de la consommation, et elles ont d’ailleurs l'inconvénient d’être trop éloignées des divers ports de mer.

L’Irlande est divisée en quatre provinces : 1° ULSTER, au nord, sudiviséeen neuf comtés : 1° Armagh, Down, Antrim, Londonderry, Donnegal, Tyrone, Fermanagh, Cavan et Monaghan ; 2° Leisrer, à l’est, sudivisée en douze com- Lés : Louth, Meath, Dublin, Kildare, Wicklow, Wexford, Kilkenny, Carlow, Queen's County, King's County, Westmeath et Longford; 3° Connaucur, à l’est, la plus petite de toutes, ne comprenant que cinq comtés : Galway, Mayo, Sligo, Leitrim et Roscommon ; 4° MUNSTER, au sud, et la plus grande, quoiqu’on n’y compte que six comtés :.Cork, Kerry, Clare, Limerick, Tipperary et Waterford. Les villes les plus importantes, après la capitale, Dublin, sont Cork, Limerick, Belfast, Sligo, Gallway, Waterford et Kilkenny. Presque toutes les villes considérables sont en communication avec la mer. La province de Leinster est, relativement à sa superficie, celle qui compte le plus grand nombre de paroisses et aussi la plus forte population; ce qui tient à ce que la première elle fut occupée par les Anglais. Le droit de possession de presque toutes les propriétés foncières de l'Irlande repose sur des donations, ocfroyées pour la plupart gratuitement à la suite de confiscations sous Henri VIII, Elisabeth, Cromwell et Guillaume III ; et il n’y a guère que le Connaught où l’on trouve encore quelques familles dont les propriétés ont pour base d’antiques droits patrimoniaux. La propriété foncière est organisée en Irlande autrement qu’en Angleterre , et il ne s’y rattache point de droits féodaux. Les propriétaires ne tirent souvent de leurs terres qu’un cens médiocre, parce que l'usage était autrefois de les affermer à de très-longs termes, et même à perpétuité ou à 999 ans. Il existe peu de petits propriétaires, et le nombre des francs-tenanciers (freeholders) ne dépasse guère le chiffre de cinquante mille, dont vingt mille ont un revenu de 10 liv. st., dix mille un revenu du double, et environ vingt mille un revenu de 50 liv. st. Ils possèdent tous ensemble au plus un million et demi d’arpents de terre. Le surplus du sol, estimé à environ vingt millions d’arpents, est entre les mains du clergé et de grands propriétaires, dont plusieurs possèdent jusqu’à cinquante mille arpents. Il existe en Irlande une classe d'individus , qu’on ne rencontre pas ailleurs, et qui a exercé la plus fâcheuse influence sur l’agriculture; nous voulons parler de ces middlemen, espèce de locataires principaux, qui afferment ex gros et louent en détail à des sous-locataires, lesquels parfois trouvent le moyen de sous-louer encore leur lot de terre en détail; de telle sorte qu'entre le propriétaire du sol et celui qui le cultive réellement se trouvent souvent trois ou quatre intermédiaires et quelquefois même davantage. Celui qui cultive un champ est responsable non-seulement du cens qu’il doit payer à son bailleur direct, mais doit encore se substituer aux obligations prises par chaque sous-locataire à l'égard du locataire principal ou par celui-ci à l'égard du propriétaire. Les sous-locataires n’ont d’ailleurs aucune garantie contre le propriétaire, qui ne les connaît point; et lorsque le locataire principal est changé, ils sont aussitôt congédiés. Ce système naquit de la pauvreté des fermiers irlandais, et doit contribuer nécessairement à accroître encore la misère dans le pays. Toutefois, dans l’intervalle compris entre 1840 et 1847 on a vu le nombre des petites locatures diminuer considérablement, en même temps que s’augmentait celui des grandes fermes, dans le Connaught notamment. Ce, qu’on appelle Je paysan irlandais n'est à bien dire qu’un journalier travaillant pour d’autres et recevant à peu près pour tout salaire de son travail la jouissance d'une hutle en terre ou en torchis avec un lopin de (erre

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de 3 à 4 perches, dans lequel il sème des pommes de terre. Pour payer le loyer de sa hutte et de son lopin de terre, il est obligé de donner 100 et même quelquefois 150 journées de son travail et plus. L'industrie agricole, qui se divise en trois classes, la culture du sol, le travail du laïtage et l'élève du bétail, n’est pas aussi perfectionnéa qu’en Angleterre et en Écosse; pourtant l’agriculture s’est un peu relevée dans ces derniers temps, et l'on exporte maintenant plus de blé qu’autrefois. Ce qui entrave les progrès de l’agriculture, c’est, indépendamment de la trop grande division du sol, ke système de l'exploitation en commun en usage dans les villages de l’ouest; c’est le trop grand nombre de petits fermiers qui existent dans la province d’Ulster, où ils se partagent entre la culture de leurs Champs et les travaux de l’industrie manufacturière ; enfin, c’est l'étendue beaucoup trop considérable de la partie du sol réservée aux pâturages et pacages sur d’autres points de l’île. Une antre plaie de l’agriculture en Irlande, ce sont les immenses propriétés qui s’y trouvent agglomérées entre un petit nombre de mains; propriétés grevées pour la plupart de dettes énormes. Mais depuis 1849 il a été institué une commission royale, chargée de faire vendre au plus offant et dernier enchérisseur, et au profit des possesseurs actuels, les domaines placés dans de telles conditions, sans avoir égard aux réclamations et oppositions des collatéraux. En 1850 s’est formée en outre une association de fermiers (The tenant-right league ) ayant pour but d’obtenir l’intervention législative pour contraindre les propriétaires à affermer leurs terres à des taux raisonnables.

Les progrès pratiques et scientifiques que l’agriculture a faits en Angleterre et en Écosse n’ont pas jusqu'à ce jour profité à l'Irlande , parce que les hommes actifs et industrieux n’ont pu songer à employer leurs capitaux dans un pays dont la situation morale continue toujours à n’offrir aucune garantie de sécurité pour la vie et la propriété. Il est juste dereconnaître, cependant, qu’on a déjà beaucoup fait; mais il reste encore beaucoup à faire pour porter remède à un pareil état de choses. Dans les comtés de Tipperary, du Roi et de la Reine, de Wexford, de Wicklow, de Kilkenny, de Kildare, de Meath et de Louth,, l’agriculture a fait plus de progrès que dans les autres , grâce à l’introduction de la méthode alterne. Parmi les céréales, la plus cultivée est l’avoine; le froment re l’est encore que peu; et d’ailleurs il est moins beau que celui d’Angleterre. La pomme de terre, largement cultivée, vient bien partout, est d'excellente qualité et forme avec le pain d’ayoine et de seigle la principale nourriture du peuple, On cultive aussi le lin presque partout, mais le chanvre en petite quantité. L'usage des prairies artificielles y est encore fort peu répandu. La production du beurre a pour centres diverses contrées des provinces de Leinster, de Connaught et de Munster; et au sud elle a pour base , d’après le système anglais, une redevance fixe pour chaque vache et pour le terrain qui lui est assigné. Les meilleurs beurres s’expédient en Angleterre. L'élève du bétail n’est pas, comme en Angleterrre, l’une des branches principales de l'industrie agricole; et de grands districts n’y sont pas non plus affectés tout entiers, comme en Écosse. On engraisse principalement dans quelques parties des provinces de Leinster et de Munster. La race bovine primitive d'Irlande a presque entièrement disparu; et celle qu'on y voit maintenant y a été introduite d'Angleterre. On s'occupe spécialement de l'élève des moutons dans quelques districts des provinces de Connaught et de Munster. Le mouton indigène, dont la toison est soyeuse, n'est plus très-nombreux ; et de son croisement avec la race anglaise est provenue une race métisse, dont la laine est plus longue et plus fournie, Les chevaux irlandais sont forts et sûrs. On trouve beaucoup de chèvres dans la région des montagnes. L'élève des pores est plus particulièrement entre les mains des eultivateurs qui se livrent à la production du beurre; et ils les engraissent généralement avec des pommes de ferre. La

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pêche, quoique les côtes de l'Irlande abonaens en poissons de tous les genres, est bien moins produétive qu’en Écosse. On compte cependant en Irlande près de 20,000 bacaux pêcheurs. L’apiciculture est singulièrement déchue de nos jours.

La filature du lin, la principale industrie manufacturière de l'Irlande, fut fondée dans le dix-septième siècle par le comte de Strafford, quiintroduisit la graine de lin de la Hollande, et fit venir des Pays-Baset de France des fileurs et des tisserands. Le commerce des toiles de lin, fondé vers l'an 1670, devint au commencement du dix-huitième siècle l’objet de la protection du parlement. La fabrication des batistes date de 1737. Jusqu'au commencement du dix-neuvième siècle on fila le lin presque exclusivement à la main, et maintenant même l'usage des machines n’est pas encore général, parce que le bas prix du salaire rend le filage à la main moins cher que ne l’est le travail des machines en Angleterre. C’est surtout dans la province d’Uister et dans quelques districts de celle de Conriaught qu'on se livre à la fabrication de la toile. Les blanchisseries les plus importantes sont situées dans les comtés de Fermanagh et de Sligo. Lisburn, dans l’Ulster , est le centre de la fabrication des toiles damassées.

Les manufactures de coton sont de création toute récente. La première filature hydraulique date de 1784 ; cependant, dès le commencement du dix-neuvième siècle cegenre d'industrie avait pris une extension considérable. Son siége principal est Belfast La fabrique de laine n’a pas la même importance, quoique les entraves mises autrefois à son développement par la jalousie te l'Angleterre aient été abolies depuis l’Union. La distillation des eaux-de-vie s’y fait sur une large échelle ; et la brasserie est une industrie qui tend à se généraliser de plus en plus. Le commerce à fait d’incontestables progrès dans le dix-neuvième siècle. Grâce à la navigation à vapeur l'Irlande est bien véritablement devenue de nos jours une province d’Angleterre, qui a une importance immense pour son commerce intérieur. En 1816 il n’y existait pas encore un seul bateau à vapeur, tandis qu’en 1849 on y en comptait 111, jaugeant ensemble 236,639 tonneaux. Les principales exportations pour l'Angleterre et l’Écosse consistent en céreales, farines, bestiaux , lard, viande salée et beurre. Ces trois derniers articles sont désignés dans les affaires sous la dénomination générique de Jrish provisions. De 1816 à 1833 l'importation des céréales d'Irlande en Angleterre s’éleva en moyenne à 1,729,890 quarters par an. En 1818 ele fut de 1,326,916 quarters de froment, et 1,496,814 quarters de farine de froment. Les importations de la Grande-Bretagne consistent surtout en fer, articles de grosse quincaillerie, houille, denrées coloniales, bière et produits manufacturés. L’Irlande fait un commerce considérable avec la France et l'Amérique du Nord, où elle trouve surtout un vaste débouché pour ses toiles. Sans comprendre les bâtiments employés au petit cabotage, elle possédait au 1* janvier 1851 : 2,055 navires à voiles immatriculés, et jaugeant ensemble 333,753 tonneaux, plus 114 bâtiments à vapeur, jaugeant 27,679 tonneaux. Le commerce intérieur de l’île est favorisé, indépendamment de voies de communication fluviales, par un réseau de chemins de fer qui au 1°" janvier 1851 comprenait déjà 82 myriamètres de parcours. Le plus important de ces chemins est le Great Southern and Western Railway.

En 1695, d’après le premier recensement un peu exact qui ait été fait, l'Irlande comptait 1,634,162 habitants : chiffre qui en 1731 était déjà porté à 2,010,22{. En 1821, époque où commencèrent les premiers recensements officiels, la population était de 6,810,827 habitants, et en 1831: de 7,765,518 (augmentation de plus de 14 pour 100 en dix années). Elle était en 1841 de 8,175,124 habitants (augmentation de 54 pour 100 en dix ans). Mais en 1851 ce chiffre était redescendu à 6,515,794 h. La diminution avait donc été en dix ans de 1,659,230 hab., soit de 20 p. 100. Dans le Connaught, la diminution avait même été de 98 p.100, et de 30 p. 100 dans le comté de Roscommon, {an-

dis qu’elle n’avait été que de 16 pour 100 dans l’Ulster. Un résultat de cette nature s'explique par l'extrême misère à laquelle ce pays est en proie et par le mouvement de plus en plus prononcé d'émigration en Angleterre et surtout aux États-Unis. |

La plus grande partie de cette population est pauvre ; et les ouvriers employés dans les manufactures de toile de l'Ulster sont seuls dans une situation un peu meilleure. Les journaliers et même les pelits fermiers croupissent dans l'ignorance et la misère; le commun des paysans habitent de misérables cabanes en terre, souvent sans fenétres ni cheminée, et cultivent dans leur petit champ des pommes de terre, de l’avoine et du lin. On a cherché à diminuer la misère par le Poor law extension act du 8 juin 1847, et dans la même année au moyen d’un secours de 10,000,000 liv, st. voté par le parlement. En 1849 on comptait 131 dépôts de mendicité de district, Maïs au milieu même de cette oppression et de cette misère apparaît toujours le caractère par lequel l’Irlandais se distingue de l'Anglais : on est frappé de sa vivacité d'esprit, de sa plus grande facilité d'intelligence, de sa propension plus marquée pour la vie sociale. En revanche , il a moins de fermété dans l'esprit, et est moins capable de se dominer.

Sous le rapport ecclésiastique, le pays est divisé en quatre provinces : Armagh, Dublin, Cashel et Tuam, gouvernées chacune par un archevêque de l'Église anglicane ; et le nombre des évêques suffragants s'élève à dix-huit. Ces archevêchés et évêchés sont dotés de plus d’un million d’arpents de terre; et on évalue la totalité des revenus de l'Église épiscopale à plus d’un million et demi sterl. Cette Église, qui compte tout au plus cinq cent mille fidèles, est desservie par un clergé dont le personnel atteint le chiffre de 1706 individus.

Les catholiques forment au moins les trois quarts de la population totale. Dans les parties nord et nord-est de l’Ulster les presbytériens sont plus nombreux que les adhérents de l'Église anglicane. Les dimes que doivent acquitter les dissidents sont à leurs yeux ce qu’il y a de plus inique et de plus vexatoire dans les revenus assignés au clergé épiscopal. En effet, les catholiques et les presbytériens ont non-seulement à subvenir aux besoins de leur propre clergé, mais encore à rétribuer les titulaires des paroisses épiscopales dans la circonscription desquelles ils se trouvent placés. L'Église catholique est gouvernée par un archevêque et plusieurs évêques. Le nombre des prêtres catholiques s'élève à deux mille, celui des ministres presbytériens à deux cent quarante, chiffres auxquels il faut ajouter encore cent quarante-cinq prêtres de diverses autres confessions. Il n’y a pas encore assez d’établissements pour l'instruction du peuple, parce que la discorde et la jalousie qui existent entre les catholiques et les protestants ont été toujours jusqu'à présent un obstacle absolu à tout essai d'amélioration. L’Irlande possède à Dublin une université dotée de riches ressources, et à Maynooth un grand séminaire catholique, entretenu aux frais de l’État.

A la tête du pouvoir exécutif est placé un gouverneur (lord lieutenant), qui réside à Dublin et dont le premier secrétaire dirige les affaires administratives. Il est subordonné au ministère britannique, auquel est égalementadjoint un chancelier pour l'Irlande. Depuis l'Union, l'Irlande est représentée dans le parlement anglais par vingt-huit pairs et quatre évêques, membres de la chambre hautes et aux termes du bill de réforme de 1832, par 105 membres de la chambre des communes élus par les villes et les comtés. Dans les trente-deux comtés 60,607 électeurs nomment soixante-quatre députés, et dans trente-quatre villes et bourgs 11,545 électeurs en nomment quarante-et-un.

Histoire.

Les premiers habitants connus de l'Irlande furent les Galls (voyez Certes), qui à l’époque des conquêtes. des Romains en Gaule et en Bretagne vinrent s’y refugier et y

conservèrent leur nationalité dans toute sa pureté. Les Galls donnèrent à l’île le nom d’£rin, c'est-à-dire Île occidentale, dont les Grecs firent Zerne et les Romains Hibernia. Dans la longue période où la Bretagne fut une province romaine, les renseignements historiques sur l'Irlande nous manquent tout à fait. Les nombreux chroniqueurs irlandais , qui d’ailleurs n’ont pas écrit avant le dixième siècle, ont rempli cette antique époque des fables les plus romanesques. Jusqu'au neuvième siècle, la communauté d’urigine fit donner aux Irlandais le nom de Scots ; et dans les premiess temps du moyen âge, les écrivains orientaux désignent encore leur île sous le nom de Grande-Écosse (Scotia Major). Les anciens Irlandais vivaient par tribus, sous l’autorité de chefs héréditaires, possédaient le sol en commun et se livraient presque exclusivement à l'élève du bétail. Vers l’an 430, le missionnaire Patrick, Écossais de naissance, vint leur prêcher l'Évangile el en même temps leur apporta l'écriture et quelqaes éléments de connaissances scientifiques. La profonde tranquillité dont il fut donné à l’Irlande de jouir pendant que l’Europe méridionale était dévastée par les hordes germaniques, y favorisa le développement d’un savant corps monastique. Dès le sixième siècle ce pays devint le foyer des sciences dans l'Occident ; des écoles annexées à ses monastères sortirent des missionnaires qui allèrent porter sur le continent les lumières du christianisme, ft dont on y retrouve encore les traces dans les couvents zits écossais. Cétte civilisation monastique, qui sans doute eut peu d’action sur les peuples, s’éteignit lorsqu’au neuvième siècle les Normands, dans leurs courses sur mer, visitèrent aussi l'Irlande, En 835, des pirates danois conquirent lile tout entière, et y détruisirent églises et monastères. Les Danois, nommés par les indigènes hommes de l’est, furent, il est vrai, expulsés d'Irlande l’année suivante ; mais en 849 ces étrangers, qu’un chef indigène avait appelés à son secours dans une guerre privée, revinrent plus nombreux que jamais. Ils s’établirent alors sur la côte orientale, et y fondèrent, en 851, une ville, qui devint plus tard Dublin, Vers 853, un conquérant norvégien, nommé Olav, qui aborda en Irlande, s’imposa comme roi suprême à tous les Normands établis dans l’île, et contraignit les indigènes à lui payer tribut; Waterford et Limerick furent fondées par ses frères, Sitric et Ivor. Ce ne fut qu’au commencement du douzième siècle que les Danois d'Irlande secouèrent le joug des Norvégiens, Lorsque, à partir du milieu du dixième siècle, les ommes de l’est eurent aussi embrassé le christianisme, le grand concile tenn en 1152 à Drogheda soumit toute l’Église d'Irlande au siége pontifical ; et parmi les quatre archevèchés, celui d’Armagh, fondé par saint Patrick, fut élevé au rang de siége primatial.

Vers ce même temps, les Normands d'Angleterre com mencèrent aussi à tourner leurs regards vers l'Irlande, A cette époque, l’île, sauf les côtes habitées par les hommes de l'Est, était divisée en quatre royaumes : Leinster, Munster, Ulster et Connaugt, subdivisés à leur tour en fiefs héréditaires, subordonnés les uns aux autres et gouvernés par des chieflains dépendants. Un roi suprême exerçait sur le tout une autorité féodale limitée. De fréquentes guerres intestines et dirigées souvent aussi contre les Aommes de l'Est, que lon continuait à considérer comme des ennemis , retenaient les indigènes dans une profonde barbarie et les affaiblissaient contre les envahisseurs étrangers. Dermod, prince de Leïnster, ayant enlevé la femme d'O’Rourke, chieftain du pays de Meath, fut, par suîte de l'intervention du roi suprême, Roderich O’Connor, dans ce démélé, expulsé de ses possessions, et en 1167 s’en alla chercher aide et protection en Angleterre. Le roi Henri JI, qui, d'intelligence avec le pape Adrien IV, avait projeté depuis longtemps la conquête de l'Irlande, ne put pas profiter pour le moment de cette occasions mais il autorisa ses vassaux anglais à prendre la défense de Dermod, En conséquence, en 1169, les barons anglais Robert ,» Fitz-Stephen et Mauricé Fitz- Gérald débarquèrent en Irlande avec un petit corps

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de troupes, et rétablirent Dermod en possession de ses domaines dans le pays de Meath. Après avoir cédé à ses alliés la ville de Wexford, Dermod espéra alors soumettre toute l'île, et, dans ce but, fit encore alliance avec le comte Stronghow de Pembroke, qui débarqua à son tour en Irlande en 1170, avec quelques troupes, etenleva aux hommes de l’est Waterford et Dublin. C’est à ce moment que Henri IT, jaloux des succès obtenus par ses barons, débarqua en personne en Irlande ( octobre 1171), avec quatre cents chevaliers et quatre mille hommes de guerre, et occupa tout d’abord Waterford. Comme il appuyait son droit de conquête sur une bulle du pape, le clergé se déclara en sa faveur. Les princes de Leinster et de Munster se soumirent aussi à la suzeraineté anglaise, tandis que Roderich de Connaught, confédéré avec quelques autres chieftains, opposait la plus opiniâtre résistance à la domination étrangère. Henri, après s’être emparé de Dublin ainsi que de toute la côte, y distribua de vastes domaines à ses barons, et y introduisit le droit et l’organisation administrative en usage en Angleterre. Ce territoire conquis fut appelé la Marche (he Pale).

Enfin, en octobre 1175, Roderich, à son tour, consentit à un arrangement, en vertu duquel l'Irlande fut définitivement partagée. Henri garda la partie sud-est; Roderich prit pour lui le nord, mais il se reconnut en même temps vassal de la couronne d’Angleterre pour Connaught, ets’obligea à payer un tribut. Cette transaction décida pour des siècles du sort de l’île. Tout d’abord les barons anglais se mirent de vive force en possession des fiefs et des terres dont ils avaient obtenu l'investiture, et dont ils expulsèrent les chieftains indigènes. Ces violences les rendirent naturellement l’objet des haïnes les plus ardentes. Bientôt d’ailleurs, comme le traité était conçu en termes équivoques, les Anglais çonsidérèrent Pile entière comme leur propriété, et, bien qu’isolément et à l'aventure, ils pénétrèrent toujours plus avant dans l’intérieur. Les guerres avec les indigènes, l'arbitraire, l'ambition et les luttes intestines des barons, de fausses mesures administratives inspirées par l’inquiétude et le soupçon, firent sans interruption de l'Irlande un théâtre de discordes, de désordres et de barbarie. Cependant, à la longue, des rapprochements s’opérèrent entre les indigènes et les étrangers. C’est ainsi que dès le milieu du treizième siècle beaucoup de chieftains irlandais se mirent directement sous l’autorité de la couronne d’Angleterre; par là ils se placèrent dans la même position que les barons, et conservèrent en toute propriété, eux et leurs descendants, les domaines qu’ils avaient possédés antérieurement à titre héréditaire. Cette fusion des vaincus avec les vainqueurs, que les rois favorisèrent de tout leur pouvoir, rencontra la plus opiniâtre résistance parmi les nouveau venus d’Angleterre, qui perdaient à cela des prétextes de pillage et des occasions de conquête.

Lorsque Robert Bruce eut placé sur sa tête la couronne d'Écosse, certains chieftains irlandais implorèrent son assistance. Par suite de cet appel, son frère Édouard débarqua en 1315 en Irlande, à la tête d’une armée, et s’y fit proclamer roi par les mécontents. Mais, après trois années d’une lutte qui causa dans l’île d'épouvantables ravages, il fut vaincu par les Anglais, dont le triomphe fut en même temps celui d’un désordre et d’une anarchie sans bornes. Les moyens de gouvernement auxquels recoururent les dominateurs anglais empêchèrent toute fusion des deux nationalités et perpétuèrent l’état de guerre avec les indigènes. En effet, une loi de l'an 1367 déclara les Irlandais des ennemis publics, avec qui il était interdit de contracter aucune alliance de famille; de même que défense expresse fut faite aux Anglais d'adopter, sous peine de haute trahison, leur langue et leurs mœurs,

Pendant la guerre des deux Roses, les partisans de Ja maison d'York eurent le dessus en Irlande, En conséquence, Henri VII envoya une armée et un nouveau lieutenant en Irlande, pour soumettre les barons de ce pays de

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venus presque indépendants. La constitution politique de Vtle, dans ses rapports de sujétion vis-à-vis de l'Angleterre, reçut, en 1495, par l’ordonnance dite acte de Poyning, du nom du lord lieutenant alors en fonctions, une base nouvelle, demeurée en vigueur jusque dans ces derniers temps. Le parlement irlandais, où ne siégeaient pourtant que les Anglais établis dans l’ile, ne put désormais s’assembler qu'avec l’assentiment du gouverneur ; et avant de discuter les propositions de loi présentées par ses membres, il dut les soumettre à l'examen et à la sanction préalables du gouvernement. Quelque force que prit l’administration en Irlande, à mesure que le pouvoir royal devenait prépondérant en Angleterre, on ne fit rien pour améliorer la position des populations indigènes ; et la tyrannie, ainsi que la dureté avec lesquelles on les traitait les maintinrent dans l’exaspération, la barbarie et une sauvage indépendance.

Au commencement du seizième siècle, et sous l’empire de semblables circonstances, il s’en fallait de beaucoup que la plus grande partie de l’île fût encore réellement soumise aux Anglais, bien que l’on se fût habitué à considérer ce pays tout entier comme une conquête de l'Angleterre. Suivant leur antique organisation, les Irlandais ne reconnaissaient guère alors d'autre autorité que celle de leurs chieftains héréditaires, et par leurs mœurs et leur manière de vivre ils différaient encore assez peu des sauvages. Henri VII s’efforça d'introduire aussi parmi eux les innovations en matière de culte qu'il avait fait triompher en Angleterre; mais les chieflains et même beaucoup de gens qui avaient adopté les mœurs anglaises ne se soumirent que par la force à la volonté royale. L’attachement opiniâtre que les Irlandais témoignèrent à ce moment pour leur antique foi ne provenait pas seulement d’un défaut général d’instruction et de lumières; à leurs yeux le grand tort des innovations religieuses préconisées par la réformation, c'était de leur être présentées par leurs ennemis, les Anglais; et les jésuites, introduits dès 1541 dans l’ile, s’attachèrent particulièrement à y fomenter la haïne contre un roi schismatique. Henri VIII chercha bien à fortifier son autorité en se faisant proclamer, le 23 janvier 1542, roi d'Irlande par les parlements anglais et irlandais; mais il ne fit rien pour améliorer la situation des masses. La réforme, qui sous son règne et sous celui de son fils Édouard VI n'avait jeté que de faibles racines dans les cantons anglais de l'Irlande, en fut donc facilement extirpée sous Marie. Lorsqu'en 1558 Élisabeth monta sur le trône, elle songea d’abord à ménager la foi des Irlandais; mais bientôt, provoquée par l’hostilité du pape et du parti catholique, elle résolut de rétablir la réformation en Irlande et de confisquer les revenus de l'Église catholique pour en doter le nouveau clergé. Dès 1560 on vit éclater, par suite de ces violences, des révoltes continuelles, fomentées par des émigrés anglais, par le pape et par la cour d'Éspagne. Le gouverneur, sir John Perrot, conseilla vainement à la reine d'opérer des réformes radicales et de tout faire pour contribuer au développement industriel de Pirlande ; les seigneurs anglais, qui entouraient Élisabeth, Jugèrent cette politique périlleuse et surtout trop dispendieuse. Les revenus que la couronne tirait de l’Irlande ne s’élevaient guère, en effet, à plus de 6,000 liv. st. ; et la reine était obligée de dépenser annuellement en surplus 20,000 livres pour conserver la suzerainelé, à peu près nominale, de Pile, au moyen d’un corps de troupes faibles et mal payées.

Exelus de toute participation à la vie publique, les Irlandais entraient fréquemment alors au service de l'Espagne ou à celui dela France, et revenaient dans leurs foyers façonnés à la factique militaire. Cet avantage fut mis à profit par un chieflain audacieux et expérimenté, Hug O'Neill, que la reine avait élevé au rang de comte de Tyrone. À l'instigation de l'Espagne, à donna, en 1595, le signal d’un soulèvement ayant pour but de délivrer l’iledu joug anglais, et qui fit de rapides progrès. En mars 1599, la reine envoya enfin en Irlande son favori, le comte d’Essex, à la tête

d’une armée de 22,000 hommes; mais Essex n’arriva qu’à des résultats insignifiants : il conclut un armistice avec Tyrone, et évacua volontairement l’île, où, après son départ, la révolte éclata de plus belle. Lord Mountjoy y fut alors envoyé avec des forces imposantes, et ce nouveau lord lieutenant, qui ne se fit par scrupule de répandre le sang par torrents, eut bientôt achevé la soumission de l’île, Toutefois, quatre mille Espagnols, commandés par Aquila, qui prenait le titre de restaurateur de la foi, étant débarqués à Kinsale, le 23 septembre 1601, et bientôt après une autre armée, sous les ordres d’'Ocampo , ayant envahi le sud de Irlande, la population tout entière courut encore une fois aux armes. Tyrone se réunit à Ocampo; mais, le 24 décembre 1601, tous deux furent baftus devant Kinsale par Mountjoy, qui leur fit éprouver de grandes pertes. Les Espagnols évacuèrent l'Irlande en janvier 1602, et Tyrone dut alors se rendre à discrétion, A la mort d’Élisabeih, toute l'Irlande était soumise à l'Angleterre. Mais pour étouffer Ja révolte il avait fallu exterminer une partie des habitants et prononcer des confiscations en masse; affreuses violences qui sont la cause première du déplorable état de choses dont l'Irlande souffre aujourd’hui, Plus de 600,000 arpens de terre furent enlevés par la couronne aux chieflains irlandais et à leurs familles, et distribués en majeure partie à des colons anglais.

Le roi Jacques J‘* conçut le plan d'améliorer l’état de l'Irlande au moyen de réformes politiques. Avant tout il voulait mettre un terme à l'autorité arbitraire qu’exerçaient les chieftains irlandais, lesquels avec le temps avaient fini par devenir de véritables barons anglais, et de faire des Irlandais des hommes aussi libres que les Anglais et jouissant comme eux de tous les droits attachés au titre de citoyen. Mais pour réaliser ses vues il fit revivre l’odieux système des confiscations. Tout seigneur irlandais fut obligé de produire la charte constatant son droit de propriété sur les terres dont il était en possession : et quand cette charte n’existait pas, ou bien encore si l’on y découyrait le moindre vice de forme, les domaines étaient impitoyablement confisqués au profit dela couronne, La plus grande partie des 800,000 arpents de terre qui échurent de cette manière au roi dans le nord de l’île, au lieu d’être distribués à la classe pauvre, furent vendus à des Écossais ou à des spéculateurs anglais, qui fondèrent la ville de Londonderry. Cette révoltante iniquité fit avorter les mesures, bonnes au fond, prises par Jacques I°* pour civiliser l'Irlande. Il divisa Le pays en circonscriptions ecclésiastiques, abolit les barbares coutumes judiciaires qui y étaient encore en vigueur et leur substitua le droit anglais, en déclarant que tous les habitants de lIrlande étaient désormais citoyens libres. Un parlement national, qui s’assembla pour la première fois en 1615, et auquel assistèrent aussi, par conséquent, des seigneurs irlandais, confirma ces innovations. Toutefois, on ne comptait qu’un très-petit nombre de catholiques parmi les 25 lords qui avec 25 évêques protestants en formèrent la chambre haute; et sur les 226 membres dont se composait la chambre basse, 125 professaient la religion protestante, En outre, par suite de leur refus de prêter le serment de suprématie qui désignait le roi comme chef suprême de l'Église, les catholiques demeurèrent exclus de toutes les fonctions publiques. D'un autre côté, le pape exhorta ceux qui refusaïent ce serment (recusants ) à persévérer, et en face de l’Église protestante, il réussit à reconstituer sur tous les points de YIrlande la hiérarchie catholique. A ce schisme religieux, entretenu avec le plus grand soin par des prêtres élevés à l’étranger, vinrent s'ajouter encore, sous Charles 1°, des troubles civils. Les principes religieux et politiques des puritains faisaient de jour en jour plus de progrès parmi les colons anglais établis en Irlande ; et, comme on sait, les tendances de ce mouvement étaient hostiles à la royauté. Maïs les Irlandais furent surtout révoltés de la conduite du lord lieutenant Strafford, qui en toute occasion cherchait à com-

| primer et à étouffer parmi eux l'esprit de nationalité, et qu?

continuait sous mille prétextes, le système odieux des confiscations. Dans l’exagération de son zèle, ce représentant de l'autorité royale en vint jusqu'à vouloir convertir la province de Connaught tout entière en propriété de la couronne. Les Irlandais résolurent done de mettre à profit les embarras de Charles 1er pour secouer le joug britannique. Une armée nombreuse, concentrée alors en Irlande et destinée à agir contre les Écossais, était presque entièrement composée d’frlandais, Un certain Roger More, issu d’une vieille famille irlandaise, conçut le projet de la soulever et, à l'effet de le réaliser, se mit en rapport avec lord Magnire et avec le chevalier O’Neill, tous deux descendants d’anciennes races de chieftains. La conspiration fit de rapides progrès parmi les chefs de vieilles familles irlandaises, sans que les protestants anglaisen eussent le moindre soupçon. La 23 octobre 1641, O’Neill, prit les armes dans la province d’Ulster, où une partie de la population était depuis longtemps réduite à errer sansasile dans les bois et dans les marécages. Ce que les meneurs avaient en vue, c'était une révolution politique, et non une guerre de religion; mais un clergé fanatiqne poussa le peuple à commettre d’épouvantables massacres, si bien qu’en quelques jours quarante à cinquante mille protestants anglais furent égorgés sur divers points de l’île, et qu’un plus grand nombre encore périrent en cherchant leur salnt dans la fuite. Les Anglais accusèrent leur malheureux roi d’avoir été l’instigateur de cette horrible boucherie, quiexerça uneinfluence réelle sur la marche ultérieure de la révolution a’Angleterre, alors à ses débuts. Charles Ier fut forcé de remettre le soin de châtier les Irlandais rebelles au parlement anglais, dont la première mesure fut de confisquer en Irlande 2,500,000 arpents de terre pour en employer le produit en préparatifs de guerre, Mais l'expédition destinée à venger le sang anglais ainsi répandu n’eut pas lieu, parce qu’alors précisément commença la lutte du parlement contre la puissance royale elle-même.

Le marquis d'Ormond, lord lieutenant d'Irlande pendant la guerre civile, ne négligea rien pour défendre dans ce pays la cause de son maïtre ; et en 1646, après leur avoir garanti l'amnistie complète du passé et la liberté religieuse pour l’avenir, il conclut avec les princivaux chefs des 1rlandais catholiques un traité par lequel ceux-ci s’engagèrent à mettre un corps de 10,000 hommes à la disposition du roi. Le nonce du pape, Rinuccini, apporta des entraves à l'exécution de cette convention; et Ormond, réduit à quitter l'Irlande, dut même livrer les places fortes aux troupes du parlement. Mais quand le nonce eût été expulsé du pays, les négociations furent reprises ; et Ormond put former une armée considérable d’indigènes, avec laquelle il fit éprouver plus d’un échec aux troupes du parlement. Après le supplice de Charles 1er et la proclamation de la république en Angleterre, les Irlandais catholiques, toujours placés sous l’influence toute puissante d'Ormond, se disposèrent à proclamer le prince de Galles roi, sous le nom de Charles II. C’est à ce moment que le parlement nomma Cromweli lord lieutenant d'Irlande; celui-ci y débarqua le 15 août 1649, à la tête d’une armée considérable, dont le fanatisme politique etreligieux décuplait encore les forces. Cromwell, sans perdre de temps, enleva d'assaut les villes de Drogheda et de Wexford, dont il fit massacrer les habitants sans distinction de sexe ni d’âge. Cette atroce exécution, gage de l’impitoyable rigueur avec laquelle il était décidé à procéder à leur égard, inspira aux Irlandais une telle terreur, que pour la plupart ils abandonnèrent volontairement leurs places fortes pour aller se réfugier dans les marais.

En moins de neuf mois, après avoir versé des flots de sang, Cromwell avait soumis presque toute l'ile, lorsqu'il remit le commandement en chef à son gendre Ireton, qui poursuivitimpitoyablement l'exécution d’un plan qui n'allait àrien moins qu’à l’enlièreextermination des catholiques.C’est ainsi qu'il contraignit près de quarante mille Irlandais en état de porter les armes, et qui auraient pu devenir quelque

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jour dangereux pour leurs oppresseurs, à fuir loin de leur pays; et ces émigrés entrèrent alors les uns au service de l'Espagne, les autres à celui de la France. A partir de ce moment une Commission anglaise fut chargée d’administrer les affaires civiles du pays ; et comme, en dépit de l’affreuse persécution dont ils étaient l’objet, les catholiques irlandais persistaient opiniâtrément dansleurs antiques croyances, Cromwell imagina un beau jour de déporter en masse aux iles des Indes occidentales cette nation tout entière, réduite par la terreur à se cacher au fond de ses boiset de ses marais. On comprit toutefois que c’était là un projet impossible à exécuter. Alors le Protecteur ordonna d’expulser tous les Irlandais de leurs terres, de les refouler à l’ouest de l’île, dans l’ancien royaume de Connaught, et de les y renfermer dans des places fortes, sous la surveillance de la population protestante; mais malgré toutes les barbaries auxquelles on eut recours, ce plan ne put encore être exécuté que d’une manière extrêmement incomplète. Néanmoins, les terres arables qui se trouvèrent abandonnées par suite de ces sanvages exécutions furent distribuées à des soldats et à des colons anglais, tandis que des centaines de milliers d’indigènes périssaient de faim et de froid dans leurs marais.

La restauration n’apporta en somme que peu de changements à la malheureuse position des catholiques irlandais. Charles TE fit, il est vrai, cesser la persécution religieuse; mais les protestants gardèrent les propriétés confisquées sur les catholiques et qui leur avaient été données gratuitement. Il n’y eût qu’un nombre extrêmement minime de catholiques irlandais, ceux qui étaient assez riches pour pouvoir entamer de longs et ruineux procès en revendication, qui parvinrent à recouvrer par cette voie leurs propriétés. La réaction catholique dont le règne de Jacques II devint le signai fut saluée d’acclamations de joie en Irlande. Quand ce prince eut perdu sa couronne, il y opéra, au commencement de 1689, une descente avec un corps auxiliaire français de 5,000 hommes. Les catholiques accoururent en foule auprès de lui; bientôt son armée présenta un effectif de 28,000 hommes, et les troupes anglaises perdirent successivement toutes les places fortes, à l’exception de Londonderry et d’Enniskillen. Par suite de cette contre-révolution, environ 2,400 propriétaires protestants se virent forcés d’abandonner leurs terres aux catholiques. Maïs au printemps de 1690 le roi Guillaume III débarqua en Irlande avec un corps d'armée considérable, et remporta sur l’armée catholique deux victoires décisives ; l’une, le 1°° juillet, sur les rives de la Boyne , non loin de Drogheda, et la seconde, le 13 juillet 1691, près d’Angrim. La révolte fut par là comprimée; et l'île se trouva presque entièrement soumise à la nouvelle dynastie. Dès le mois d'août les catholiques durent livrer leur dernière place, Limerick ensuite de quoi intervint avec le général anglais Ginkel un traité en vertu duquel les Irlandais catholiques devaient jouir du libre exercice de leur religion, comme sous Charles II. Plus de 12,000 Irlandais, qui avaient combattu pour la cause de Jacques II, se condamnèrent volontairement à l'exil. Un arrêté du parlement anglais confisqua de nouveau dans Pile un million d’arpente de terre, qui cette fois encore furent distribués à des protestants. En outre, les protestants formèrent dans les villes, pour soutenir l'intérêt dynastique , des sociétés dites orangistes , qui persécutèrent et opprimèrent avec un zèle fanatique la population catholique. Pour comprimer tout essor de l'élément catholique et nàtional , on eut recours à de barbares lois pénales, désignées sous le nom de penal laws. Aux termes de ces lois, les hauts dignitaires ecclésiastiques durent quitter l'ile ; il fut interdit aux membres du bas clergé de sortir de leurs comlés respectifs; l’enseignement catholique fut interdit, ainsi que les signes extérieurs du culte; aucun catholique ne put eau ment remplir des fonctions publiques, acquérir des propriétés foncières, contracter mariage avec une protestante, tester librement, ete, Une disposition particulière enjoignait mème aux catholiques de ne monter que des chevaux d’un va-

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leur de cinq livres; et en cas de contravention , tout protestant avait le droit d'enlever le cheval au propriétaire en Jui payant ladite somme de cinq livres pour toute indemnité.

Bien que ces lois ne fussent pas toujours rigoureusement appliquées par les magistrats protestants, elles n’entretenaient pas moins dans le peuple des haines violentes contre la nation anglaise, qui les lui avait imposées, et elles le poussèrent souvent à des tentatives désespérées. La crainte que de son côté l'Irlande inspirait au gouvernement anglais le détermina à chercher les moyens de tarir les sources de la richesse nationale de ce pays, où la fabricatiou des étoffes delaine commençait à prendre d'importants développements. Tous les produits naturels et industriels de l'Irlande furent donc frappés de droits de sortie si exorbitants, qu'ils équivalaient à une prohibition.

Dès 1695 le parlement irlandais avait réclamé le rappel de l'acte de Poyning, et par conséquent son indépendance législative. Ses vœux furent repoussés en 1719, sous George I°", par le parlement anglais, qui, au contraire, renouvela expressément l'acte dont on demandait l'abolition; et en 1727 il retira même aux catholiques le droit de concourir à l’élection des membres du parlement. Les Irlandais gémirent alors pendant plus de trente ans sous la plus dure oppression. Lors du soulèvement des jacobites écossais, en 1745, le gouvernement anglais avait été assez politique pour montrer des dispositions plus conciliantes à l’égart de l'Irlande; mais après la bataille de Culloden il était revenu bien vite à son ancien système de rigueur. L’oppression exercée par les grands propriétaires fonciers et par les curés protestants provoqua successivement à partir de ce moment, parmi les Irlandais catholiques, la création des associations politiques connues sous le nom de defenders, et qui jouent un rôle si important daus l’histoire moderne de l'Irlande. Vers 1760 parurent les whiteboys (les garçons blancs), ainsi appelés à cause des chemises qu’ils portaient par-dessus leurs vêtements. C’étaient des journaliers, des ouvriers sans pain, des fermiers congédiés, qui se rassemblaient la nuit pour châtier et même pour égorger des propriétaires, des curés, des agents de police, des magistrats, qui se montraient plus particulièrement impitoyables à l'égard des catholiques ; et d’ordinaire, ces sanglantes exécutions une fois accomplies, il était impossible de retrouver les traces des coupables, car dans la crainte de s’exposer aux redoutables effets de leur vengeance, aucun Irlandais n’eût osé déposer en justice contre les whiteboys. Vinrent ensuite, en 1763, les earts of ouh, c’est-à-dire les cœurs de chêne, dont lesoulèvement eut lieu à propos des corvées oppressives établies pour la construction des routes. En somme, ces recours à la force brutale ne changèrent rien à la situation du pays. Ce fut seulement à l’époque de la guefre entreprise pour la défense de leur indépendance par les colonies anglaises de PAmérique septentrionale, que le peuple Irlandais profita des embarras du gouvernement anglais pour lui arracher quelques concessions. Les lois pénales jusque alors en vigueur contre les catholiques furent donc un peu adoucies en 1778, de lassentiment du parlement anglais, qui les autorisa en outre à contracter des baux de 999 ans. La France ayant alors fait mine de vouloir tenter un débarquement en Irlande, les frlandais, sous prétexte de défendre leur pays, que le gouvernement anglais s’était vu contraint de dégarnir presque entièrement de troupes, organisèrent en 1779 des corps de volontaires (Zrish voluntaries), qui au bout de deux ans présentaient un effectif de 40,000 hommes. La nation sentit dès lors sa force. Ces volontaires présentèrent des pétitions les armes à la main ; et le gouvernement en fut d'autant plus effrayé, qu’à ce moment les protestants irlandais eux-mêmes se Joignirent aux catholiques pour réclamer une large réforme politique, On demandait la complète liberté du commerce de l'Irlande, l’abrogation des penal Laws, mais surtout l'indépendance du parlement irlandais et la réforme des monstrueux abus

DICT, DE LA CONVERS, — T, XI

AT3 de la loi électorale, Pour prévenir un soulèvement universel, : le parlement anglais se vit donc forcé, en 1782, de supprimer l'acte de Poyning et de consentir à l'indépendance législative du parlement irlandais, En même temps les lois pénales portées contre les catholiques furent sinon abrogées, du moins considérablement mitigées. C’est ainsi qu’ils furent désormais autorisés à acquérir des propriétés foncières , à établir des écoles et à accomplir plus librement les cérémonies de leur culte. De toutes les mesures tyranniques dont se plaignaient avec tant de raison les Irlandais, la plus oppressive était peut-être l'obligation qu’on leur avait imposée de payer la dîime aux ministres protestants, alors qu'ils avaient à subvenir en outre à l'entretien de leurs propres églises. La dureté impitoyable avec laquelle beaucoup de ministres exigeaient des pauvres fermiers le payement des dimes donna naissance, en 1786, à une société secrète dont les membres prirent le nom de rightboys, c’est-à-dire gars du droit, et se chargèrent de faire expier plus particulièrement aux ministres protestants la tyrannie sous laquelle gémissaient leurs concitoyens. Les riyhtboys faisaient prendre au peuple l'engagement sous serment de ne pas acquitter de dîmes, ou de ne les payer que d’après un faux fixé, et ils punissaient ceux des contribuables qui manquaient à leur parole. A partir de ce moment les luttes provoquées par la question des revenus de l'Église protestante prirent parfois le caractère d’une guerre sociale.

Lorsque la révolution française éclata, on comprend qu’elle dut provoquer les sympathies les plus vives en Irlande, dont la population s’abandonna aussitôt aux plus vastes espérances. Du sein des volontaires, qui pourtant s'étaient dissous depuis plusieurs années, se forma, en 1791, à Dublin, l’association des Irlandais-Unis ( United Irishmen), à laquelle s’affilièrent même un grand nombre de protestants. Cette association avait pour but ostensible de propager et de discuter les principes et les faits de la révolution française; mais en secret elle préparait une révolution qui devait transformer l'Irlande en république indépendante. Des relations secrètes s’établirent bientôt entre elle et la Convention nationale; on arma de nouveau les volontaires, et il fut convenu qu’à l’arrivée d’une armée française éclaterait en Irlande un soulèvement général.

En dehors de ces menées occultes de quelques conspirateurs, les catholiques irlandais, profitant des embarras du gouvernement anglais, réclamaient en 1792, dans une grande assemblée tenue à Dublin, leur complète assimilation aux protestants pour l'exercice des droits politiques et civils ; et le parlement s’efforça alors de conjurer l’orage en supprimant les entraves imposées au commerce et à l’industrie de l'Irlande et, à peu de chose près, les lois si justement odieuses dites penal laws. Les catholiques obtinrent le droit de plaider devant les tribunaux, et purent désormais contracter mariage avec des protestants. En 1793 on abolit les peines qu’ils encouraient en ne fréquentant pas le dimanche les églises protestantes; on leur accorda aussi le droit de prendre part aux élections pour le parlement, sans pourtant être eux-mêmes éligibles, et celui d'arriver aux emplois inférieurs. D’autres réclamations étant restées sans résultat, lAssocialion des D'landais- Unis n’en laissa percer que plus hardiment ses desseins révolutionnaires, et le gouvernement anglais résolut enfin de conjurer ce péril par l'emploi de la force. L’Aabeas corpus, introduit en Irlande depuis 1782, fut révoqué; de fortes garnisons furent mises dans les villes ; l'Association des Zrlandais-Unis fut dissoute et désarmée. Mais, comptant bien sur l’assistance de la France, les conjurés ne perdirent pas courage pour cela ; et en décembre 1796 parut sur la côte d'Irlande une flotte française portant 25,000 hommes de troupes de débarquement, sous les ordres de Hoche; cependant, par suite d'accidents de mer et surtout de l’impéritie de l'amiral , cette flotte dut s'éloigner sans avoir rien tenté.

Le gouvernement angiais adop{a alors à l’égard de l’Irlande des mesures plus rigoureuses que jamais, et déclara

l'ile tout entière en état de siége ; mesure bien faite pour achever d’exaspérer Ja population. En 1797 l'Association des Jrlandais-Unis se réorganisa secrètement, et en se donnant cette fois une organisation militaire très-habile. A sa tête était placé un directoire composé de cinq membres, dont les noms n'étaient connus que des délégués des cinq commissions provinciales. Déjà l'Association comptait plus de 500,000 conjurés, lorsqu’en janvier 1798 le gouvernement reçut d'un parjure les révélations les plus complètes. Malgré cette trahison et l'arrestation de plusieurs chefs, qui en fut la suite, le soulèvement éclata au mois de mai sur plusieurs points du pays à la fois. Les insurgés étaient pour la plupart catholiques : aussi leur premier soin fut-il de se venger des orangistes ; toutefois, des forces militaires imposantes empêchèrent la révolte de prendre plus d'extension. Des colonnes mobiles parcoururent File, et comprimèrent la sédition en répandant le sang à flots. Les commandants de ces détachements arrêtaient les suspects, et les faisaient pendre sans autre formalité. Le nombre des victimes s’éleva à environ trente mille, y compris beaucoup de protestants égorgés par les catholiques. Ces scenes sauvages avaient à peine cessé, qu’au mois d’août 1798 parut sur la côte d'Irlande une autre escadre française, aux ordres de Savary, qui débarqua dans la baïe de Killala un millier d'hommes aux ordres du général Humbert. Une foule de patriotes irlandais vinrent se joindre aux Français; mais les troupes anglaises réussirent à comprimer ce soulèvement, qui pouvait devenir général, et contraignirent les insurgés à mettre bas les armes. Une autre expédition française, qui, en septembre, s’approcha des côtes sous les ordres du général Hadry, avec 3,200 hommes de débarquement et d'immenses approvisionnements de guerre, fut interceptée et capturée presque tout entière par lamiral Warren. Diverses autres tentatives de débarquement faites par les Français jusqu’en novembre échouèrent également.

A la suite de ces désastres éprouvés coup sur coup par le parti national irlandais, le gouvernement anglais résolut enfin d'enlever à l'Irlande sa représentation particulière et de réunir le parlement qui fonctionnait à Dublin avec le parlement d'Angleterre. Une motion faite à cet effet dans le parlement d'Irlande ayant été repoussée avec une vive indignation, le cabinet eut recours aux voies de la corruption. Les bourgs pourris, desquels dépendaient la plupart des siéges du parlement d'Irlande, furent achetés à prix d’or. Le gonvernement les paya chacun plus de vingt mille livres. Grâce à cette opération, l’union législative entre PIrlande et la Grande-Bretagne, dite union finale, fut votée à une grande majorité, le 26 mai 1800.

Il avait été convenu que l'Irlande serait désormais représentée dans la chambre haute du parlement siégeant à Westminster par 32 lords élus parmi les pairs irlandais, dont quatre évêques, et à la chambre basse par 100 députés des comtés, villes et bourgs; en outre, que les Irlandais Jouiraient des mêmes droits et libertés que les Anglais, et que des relations complétement libres existeraient entre les deux peuples. L’Irlande s’obligeait en retour à supporter pendant les vingt années suivantes deux vingt-cinquièmes de la totalité des charges de l'État. La première session du parlement-uni eut lieu au commencement de 1801. Pour gagner les masses, Pitt avait promis de plus la complète émancipation politique des catholiques ; il avait préparé l'acte qui devait être soumis à cet effet au parlement ; mais il lui fut impossible de décider le bigot Georges LI à faire cette concession. Les catholiques irlandais, justement irrités de ce manque de parole, fondèrent dès 1802, à Dublin, une grande association politique ayant pour but d’obtenir l'émancipation. Dans l’espace de dix ans, cette association devint le foyer de toute vie politique en Irlande, et parvint à exercer un empire absolu sur+les catholiques. La rare activité qu’elle déploya surtout à partir de 1812, lorsqu'il commença à se manifester au sein du parlement quelque sympathie pour l'Irlande, provoqua la résurrection des

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anciennes loges orangistes ; de là bientôt entre catholiques et protestants de sanglants et incessants conflits. En 1825,

| le gouvernement ayant prononcé la dissolution des deux as-

sociations , Orangiste et catholique, O’Conrell sut donner à lassociation catholique une nouvelle forme , grâce à laquelle celle-ci put sans violer la loi continuer son œuvre. Ce ne fut toutefois qu’à la mort de Canning, en 1827, quand Wellington prit en main la direction des affaires, que lirlande, renonçant à l’attitude calme qu’elle avait gardée jusqu’alors, devint le théâtre de la plus violente agitation. L’association fut complétement organisée dans tous les comtés, et s’attacha surtout à influer sur les élections, dont le résultat fut décidé par les petits cultivateurs. Tous les catholiques s’obligèrent à payer une cotisation à l’effet de former un fonds destiné à être employé au mieux des intérêts de la cause commune et notamment à venir en aïde aux fermiers congédiés par les propriétaires protestants. Par contre, d’autres associations protestantes se reconstituèrent sous le nom de clubs de Brunswick; et l’antagonisme des deux partis religieux en présence devint tellement violent, qu’on dut craindre de le voir dégénérer en guerre civile. Dans de telles circonstances le gouvernement anglais eut le bon sens de comprendre qu’il ne lui restait plus d'autre ressource que de prévenir par une large concession les graves dangers que courait la tranquillité publique.

Après avoir ordonné la dissolution des associations, Wellington proposa au parlement un bill dit d’émancipation, qui rendait aux catholiques l'exercice de leurs droits politiques, qui fut adopté malgré l’opposition des ultrà-tories, et sanctionné le 13 avril 1829 par Georges IV. Un nouveau serment de fidélité à la couronne et à la constitution, rédigé dans des termes tels que les catholiques purent le prêter, remplaça l’ancien, et dès lors les catholiques purent siéger au parlement, de même qu'ils devinrent admissibles à toutes les fonctions publiques, sauf celles de lord-chancelier d'Irlande,

Cette mesure réparatrice fut accueillie par les catholiques irlandais avec les démonstrations de la satisfaction la plus vive. Usant tout aussitôt du droit de saisir directernent la législature de la question des remèdes à apporter aux souffrances sans nom de son pays, O’Connell présenta une motion ayant pour but la suppression de la dime que les catholiques étaient tenus de payer aux ministres du culte protestant ; impôt inique et oppressif, dont les catholiques résolurent de refuser désormais le payement.

La résistance devint encore plus générale, lorsqu’à la fin de 1830 le ministère tory suceomba et fut remplacé aux affaires par une administration whig ayant pour chef lord Grey. Le nouveau ministère, qui devait s'attacher à se concilier les masses dans l'intérêt du triomphe de la réforme parlementaire, annonça la présentation prochaine d’un bill relatif au rachat des dimes en Irlande. Ce bill, lord Stanley, secrétaire d'État pour l'Irlande, le présenta effectivement au parlement dans la session de 1832. Les deux chambres l'adoptèrent ; mais on reconnut bientôt que ce n’était encore là qu’un impuissant palliatif. Au lieu de consentir à se racheter de la dîime, les catholiques prirent le parti d’en refuser purement et simplement le payement : et ee refus général, fait avec un admirable accord, causa une telle perturbation dans la situation du clergé protestant, que le parlement se vit obligé de lui faire une avance d’un million sterling. C’est à ce moment qu'O’Connell déclara qu’il consacrerait désormais tous ses efforts à obtenir le rappel de l'union législative entre lirlande et la Grande-Bretagne ; car suivant lui une législature indépendante pouvait seule faire droit aux griefs de l'Irlande. Cette menace, qu’0'Connell lui-même ne croyait sans doute point réalisable, mais dont le but réel était d'entretenir en Irlande cette agitation politique à laquelle le bill d’émancipation était venu mettre fin, produisit en Irlande un effet électrique. D’une extrémité de l'ile à l'autre, la dissolution de l’Union devint le mot de ralliement de la foule ; ex O'Connell fonda alors l'association dite du rappel ( Repeal-Association), devenue bientôt le

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centre d'action de l'opposition. L’irritation des classes populaires devint telle, qu'O’Conneli lui-même eut toutes les peines du monde à empêcher un soulèvement et à maintenir le peuple dans les voies légales. Dans une telle situation, il était naturel que la question d’Irlarde absorbât toutes les autres ; aussi dès la session de 1833, la première qui se tint après la réforme parlementaire, lord Grey, voyant l’ordre publie gravement compromis , n’hésita-t-il pas à soumettre à la sanction du parlement une loi (Zrish coercion bill) qui conférait au lord lieutenant d'Irlande le pouvoir d’interdire, sans autre formalité, toutes les assemblées populaires, et au besoin de proclamer l’état de siége. Une armée de 36,000 hommes, flanquée de 6,000 agents de police armés, fut envoyée en Irlande pour prêter main forte à l'exécution de cette loi; et quelques disctricts furent effectivement déclarés en état de siége. Pour apaiser jusqu’à un certain point l'exaspération générale, le ministère proposa une seconde loi, le bill relatif à l'Église d'Irlande, qui abolissait les impôts ecclésiastiques, diminuait les revenus des prébendes et supprimait les paroisses et évêchés protestants inutiles. Cet acte ayant été adopté au grand mécontentement des protestants zélés, le libéral lord Lyttleton , qui avait remplacé lord Stanley comme secrétaire d’État pour l'Irlande, présenta un nouveau bill des dimes, qui substituait à la dîime une rente foncière due par la propriété territoriale; rente qui n’équivalait d’ailleurs qu'aux trois cinquièmes des anciennes dîimes. En somme, les Irlandais devaient donc être déchargés des deux cinquièmes de cet impôt. La chambre basse adopta le bill de lord Lyttleton ; mais les lords le rejetèrent, parce qu’il contenait une disposition subsidiaire en vertu de laquelle l’excédant obtenu sur le revenu ecclésiastique par suite de l'application du bill de l’Église, devait étreemployé au profit des écoles et des communes en Irlande: Les tories virent là une spoliation commise aux dépens de l’Église protestante et appelèrent cette disposition la clause dappropriation. Au milieu de l'agitation que le rejet du bill des dîmes causa en Irlande, lord Grey donna sa démission, parce que dans le cabinet même de graves dissentiments s'étaient élevés au sujet du coercion bill; et lord Melbourne arriva en juillet 1834 à la tête des affaires. Le coercion-bill fut aussitôt retiré, et la nouvelle administration suivit à l'égard de lIrlande la politique la plus conciliante. O’Connell, avec qui elle entra même en d’étroites relations, n’hésita point à dissoudre l’association du Rappel, en déclarant à ses compatriotes que les intentions des whigs étaient des garanties suffisantes d’un meilleur avenir. Les tories furent tellement irrités de cette alliance du gouvernement avec le parti populaire irlandais, qu’ils recoururent à toutes les ressources les plus souterraines de l’intrigue pour déterminer en noverabre 1834 le crédule Guillaume IV à congédier brusquement son ministère. Le nouveau cabinet tory, présidé par Peel, espéra détourner l’orage menaçant que ce changement d’administration souleva en Irlande, en présentant dans la session de 1835 un bill sur les dimes qui différait peu du précédent. Mais la chambre basse ayant de nouveau adopté, sur la motion de lord J. Russell, la clause qui consacrait l’excédant de revenu de l’Église d'Irlande à des objets d’utilité publique, les tories durent se retirer dès le mois d'avril, et Melbourne reprit la direction des affaires.

. Dans cette lutte opiniâtre, c’étaient les membres irlandais du parlement qui avaient décidé pour la première fois par leur vote une question de cabinet. Les whigs, reconnaissants, nommèrent lord lieutenant d'Irlande, en mai 1835, le comte Mulgrave, connu plus tard sous le nom de marquis de Normanby, noble caractère, en qui les libertés nationales avaient constamment trouvé un défenseur zélé. Pour la Première fois depuis des siècles, l'Irlande entra, sous l’ad- Ministration de ce nouveau lord lieutenant, dans une situation tranquille et normale. Mulgrave n’hésita point à appeler des catholiques aux fonctions les plus importantes, à faire présider une stricte impartialité à la distribution de la juslice à déclarer une guerre impitoyable aux abus adminis-

tratifs, et à tenir en bride l’insotence du parti protestant. Une ordonnance rendue par lui en 1836 supprima même les associations orangistes.

Cependant, les affaires d'Irlande continuèrent à être dans le parlement l’objet de vives discussions, Le gouvernement présenta dans trois sessions consécutives le bill sur les dimes d'Irlande, qui échoua deux fois dans la chambre haute, à cause de ce qu'on appelait la clause d’appropriation. En 1838 , les ministres ayant consenti à abandonner cette clause, le bill fut adopté à peu près dans la forme où il avait élé pour la première fois proposé par Lyttleton. Une tentative faite pour porter remède à l’état de confusion où se trouvait le régime municipal en Irlande échoua contre le mauvais vouloir de la chambre haute. Il en fut de même de toute une série de mesures moins importantes, destinées à détruire quelques-uns des abus existant dans ce pays ; et ce ne fut pas sans peine qu’en 1836 le ministère arracha à la chambre haute un bill qui créait en Irlande des juges de paix et des magistrats de police salariés, amélioration qui mettait enfin un terme au pouvoir arbitraire dont les propriétaires fonciers avaient jusque alors été investis. Malgré le mauvais vouloir évident que luitémoignait la chambre haute, organe des rancunes de l’aristocratie anglaise et du clergé protestant, le peuple irlandais, qui à la suite d’une mauvaise récolte, eut à souffrir d’une affreuse disette, resta tranquille sous l'administration de Mulgrave et sous celle de son successeur , lord Fortescue. Ce fut seulement en mai 1839 , quand la défection des radicaux contraignit les whigs à abandonner momentanément la direction des affaires, que les vieilles haines se ranimèrent, et la fermentation y devint telle, qu’il eût suffi alors d’un simple signe d’0’Connell pour que la guerre civile éclatât partout en Irlande.

La grande faute, le grand malheur des hommes d'État, aussi bien whigs que tories, qui depuis trente ans ont dirigé les affaires de la Grande-Bretagne, et pour qui l'Irlande n’a pas cessé d’être le plus affreux des cauchemars, c’est de ne pas avoir compris qu’il était impossible de maintenir plus longtemps dans ce pays une organisation de la propriété foncière qui a fini par exhéréder plus des dix-neuf vingtièmes de la population, réduits par la misère ét les vices qu’elle engendre, à une situation à peu près analogue à celle des ilotes chez les Spartiates ; qu’il s'agissait là en réalité bien moins de liberté religieuse ou de droiïts politiques que d’une question sociale. Avec les sommes que l’Angleterre a dépensées depuis un demi-siècle, pour faire chaque année l’aumône aux classes nécessiteuses de l’Iriande et les soustraire ainsi plus ou moins efficacement aux tortures de la faim, un gouvernement sage et habile, s’il n'avait pas cru devoir modifier législativement les bases données à la propriété par la féodalité, eût pu du moins racheter à l'amiable près du quart du sol de l'Irlande, et y eût créé toute une population de petits propriétaires , dont la participation au rendement de l'impôt représenterait aujourd’hui bien au delà de l’intérêt du capital employé à cette transformation pacifique du sol. La régénération morale et politique de l'Irlande était à ce prix; jusqu’a ce jour le gouvernement anglais ne s’est pas sentile cœur de l’entreprendre. Au lieu de se jeter dans cette voie résolument , on le voit, en 1838, présenter à la sanction législative an bill des pauvres pour l'Irlande, dont toute l'économie consistait à cons- {ruire dans les différents comtés des dépots de mendicité, des maisons de travail, pouvant recueillir de 70 à 80,000 individus. Cette mesure, vivement combattue par les chefs du parti irlandais , fut adoptée par le parlement, dévora des sommes immenses, et ne changea rien à la situation La rentrée des tories aux affaires fut en effet tout aussitôt suivie en Irlande de la plus menaçante agitation; et O’Connell de reconstituer alors , peut-être uniquement pour tenir le peuple en haleine, l'association pour le Rappel de l’Union. En 1843 l'ile était véritablement en feu, et chaque jour éclataient de sanglantes collisions entre les catholiques et les protestants.

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A la suite d’une assemblée monstre de repealers ! partisans du rappel) tenue au mois de mai 1843 à Mallow, les conseillers de la couronne crurent devoir venir déclarer solennellement devant le parlement qu’ils étaient fermement résolus à maintenir coûte que coûte l’union législative des deux pays. Le bill qui interdisait le port d’armes en Ir- ,ande fut renouvelé : on y envoya des forces imposantes, et les fonctionnaires publics membres de l’association du Rappel furent destitués. Une autre assemblée monstre de repealers, convoquée en octobre à Clontarf, fut interdite, et se dispersa sans opposer de résistance sérieuse. Mais dans les assemblées hebdomadaires de l'association, O’Connell faisait adopter des résolutions où, tout en recommandant de respecter la tranquillité publique, on déclarait les actes du gouvernement illégaux, en même temps qu’on y prenait Pengagement de persister dans la résistance légale tant que l’Frlande n’aurait pas recouvré sen propre parlement.

En présence de ce défi jeté au pouvoir, les ministres n’hésitèrent point à intenter au célèbre Agitateur et à ses adhérents un procès qui se termina, en mai 1844, par une condamnation à une année de prison contre les inculpés. Un vice de forme fit casser cet arrêt par la chambre haute, et .es condamnés furent remis en liberté.

La question religieuse vint alors compliquer encore la situation : un bill proposé par Robert Peel à l'effet de créer en Irlande trois grands colléges d'enseignement mixte pour toutes les matières profanes fut aussi vivement combattu par les anglicans zélés etintolérants que par les catholiques, dont les évêques protestèrent solennellement coïtre cette mesure et transmirent leur protestation à la cour de Rome. De nouvelles assemblées monstres tenues par les repealers provoquèrent, en 1845, des contre-démonstrations de la part des orangistes ; et les collisions sanglantes recommencèrent de plus belle entre les deux partis. L'année 1846 fut signalée dans la plus grande partie de l’Europe par une mauvaise récolte, etl’Irlandeen souffrit peut-être plus quetoutautre pays, car, par suite de la maladie des pommes de terres, la récolte de ce précieux tubercule, qui constitue à lui seul la nourriture des trois cinquièmes de la population, y manqua complétement. Le gouvernement, pour venir en aide aux populations nécessiteuses, ordonna de grands travaux d'utilité publique, fit dessécher des marais, construire des routes, rendre à la culture d'immenses étendues de terrain jusqu’alors restées incultes, distribuer des vivres au-dessous du prix de revient; mais tous ses efforts, tous ceux que tentèrent de leur côté les classes aisées pour venir en aide aux pauvres, ne furent que de vains palliatifs. Les sacrifices immenses faits à peu près inutilement en 1846, il fallut encore les renouveler en 1847, et cette fois sur une échelle beaucoup plus large. A la fin de juillet 1847, le gouvernement avait dépensé en Irlande, dans l’espacede douze mois, près de 250 millions de francs. Ce fut d’ailleurs un bonheur pour lui, et aussi pour l'Irlande, que la direction supérieure des affaires de ce pays se trouvât entre les mains d’un homme aussi humain, aussi Juste, et aussi conciliant que le comte Bessborough (mort en mai 1847), qui eut un digne successeur en lord Clarendon, dont labienfaisante administration a fait époque en Irlande. C’est au plus fort de cette crise que le célèbre O’Connell mourut, à Gênes (15 mai 1847), en se rendant à Rome, et l’agitation pour le Rappel s’éteignit avec lui.

Aussi bien, O’Connell était depuis longtemps débordé, et son action, jadis si puissante, à peu près annulée par ceile de la jeune Irlande, parti essentiellement révolutionnaire, aux yeux duquel Pagitation Légale n’était qu’une vaine momerie, et qui n’attendait de salut pour le pays que de l’insurrec- Hon. L’abondante récolte de 1847 vint heureusement cicatriser bien des plaies matérielles ; mais alors il y eut recrudescence de la maladie morale, à la suite du caractère de plusen plus envenimé que prit la question religieuse, Le pape se prononça de la manière la plus formelle contre-le projet des colléges mixtes de Robert Peel ; jamais l'antagonisme

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des deux partis religieux ne prit un caractère plus violent. Les collisions sanglantes, les meurtres isolés, provoqués surtout par la question agraire, devinrent à l’ordre du jour; et en présence de cette effroyable anarchie, fomentée par un clergé ultramontain, le gouvernement, ne se sentant pas la force nécessaire pour la faire cesser, vint demander au parlement l’augmentation des moyens énergiques de répression mis déjà à sa disposition, et entre autres la suspensior des luis garantissant la liberté individuelle,

On comprend du reste que la révolution de février 1848, avec les espérances sans limites qu’elle fit naitre et les horizons nouveaux qu’elle découvrit, ne put qu’ajouter encore aux périls de celte situation si tendue. Les chefs de la Jeune Irlande, reniant hautement la politique temporisatrice d’O’Connell, crurent le moment venu d’en appeler à la force. Le parti d'O'Connell perdait chaque jour du terrain ; le ministère présenta au par« lement un bill pour la protection de la couronne. Il prononça ensuite la dissolution d’une espèce de convention nationale composée de 3500 députés et convoquée à Dublin par Smith O’Brien , ainsi que celle d’une garde nationale qui était alors (mai 1848) en voie d'organisation. O'Brien et Meagher furent en outre traduits devant les tribunaux, sous l'accusation d’avoir ex cité le peuple à la révolte; mais le jury ne put rendre son verdict. John Mitchell, rédacteur de l'Irishman, où l’on préchait ouvertement l'insurrection, fut condamné à quatorze années de déportation (26 juin). D'un bout de l'ile à autre, ce n’était plus que clubs d'hommes en armes, tandis que des feuilles démocratiques, telles que {he Irish Felon et the Nation, excitaient les passions extrêmes. Le gouvernement traduisit de nouveau Meagher en justice (18 juillet), et déclara Dublin et les comtés de Cork, de Wa- {erford et de Drogheda en état de siège. Le lord lieutenant donna l’ordre d'arrêter Smith O’Brien, en même temps que la pnblication des feuilles révolutionnaires était interdite. Pendant ce temps O'Brien groupait autour de lui des bandes armées; un engagement sanglant, qui eut lieu le 29 juillet entre les siens et la force armée, engagement auquel on donna par dérision le nom de bataille de Boulagh, mit fin à ces désordres. O'’Brien ful arrêté et traduit en justice avec Meagher et autres. Au mois d'octobre, il fut reudu contre eux une condamnation à la peine de mort, qui fut commuée en déportation.

L'Irlande était revenue à une situation pareille à celle des plus mauvais jours de l’année 1847, et pour comble de calamité le choléra vint alors y effectuer d’effrayants ravages. En quelques semaines plus de 200,000 individus fuirent loin de ce malheureux pays, où d'immenses étendues de sol restèrent abandonnées et sans culture. L’esprit de parti, malgré ces désastres publics, persistant dans la politique de l'agitation, le gouvernement obtint de la législature un bill quiinterdisait en Irlande toutes réunions publiques, aussi bien celles des catholiques que celles des orangistes (mai 1850). L’agitation politique venait-elle à cesser, aussitôt c'était l'agitation religieuse qui la remplaçait; et le clergé catholique, fidèle aux instructions de la cour de Rome, créait au pouvoir de nouveaux embarras par son opposilion à toutes les mesures où la puissance temporelle lui semblait usurper sur les. droits de l’autorité spirituelle. Aussi bien le mouvement de l’émigration causé par la cherté relative des subsislances et par l'impossibilité pour le plus grand nombre de trouver une rétribution suffisante du travail, prenait uve extension de plus en plus rapide. Les recensements constatèrent l'un après l’autre la dépopulation de l'Irlande : en 1851, la diminution était de plus d'un million et demi sur 1841; en 1871 elle fut de 387,148 habitants sur 1861. ;

Quand les évènements politiques de l'Italie menacèrent la souveraineté temporelle du pape, une vive émotion se inanifesta en Irlande, et de nombreux meelings se tinrent

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