IRRÉSOLUTION — IRRIGATION
défaut. Mals c’est en général au manque de principe que l'irrésolution en matières graves peut être attribuée, L’irrésolu est alternativement brave et lâche, fidèle et perfide, probe et fripon; il met en regard le vice et la vertu, et trouve que l’on peut excuser l’un et blâmer l'autre; s’il juge sainement un jour, plus communément encore il est paradoxal et sophiste. Les passions ne mettent pas plus l'homme au pouvoir d'autrui que l’irrésolution.
Oui ne peut se résoudre aux conseils s’abandonne,
a dit Voltaire. Le commerce des gens irrésolus est ennuyeux, et ils attirent sur eux à peu près autant de maux que les étourdis et les obstinés. Les anciens, les Spartiates surtout punissaient sévèrement l'irrésolution. Destouches a fait une comédie de l’Arrésolu, caractère peu dramatique : à l'irrésolution qui le jette successivement dans diverses professions, le héros joint l’irrésolution qui l'empêche de choi sir pour femme Julie ou Célimène : décidé enfin à s'unir à la première, il s’écrie :
J'aurais mieux fait, je crois, d’épouser Célimène, Ce vers, le dernier de la pièce, est resté proverbe.
C*° DE Brant.
IRRIGATION, action d’arroser les terres. Il ya plusieurs moyens pour arriver à ce résultat : le plus simple et le plus efficace consiste, lorsque les circonstances le permettent, à diriger des courants naturels d’eau sur le sol qu’on veutarroser. Si, par exemple, on veut humecter les flancs d’une colline le long de laquelle coule un ruisseau, on détourne celui-là de son lit, et on ïe fait couler dans un canal horizontal, qui serpente sur le flanc de la colline. Pour que ce moyen soit praticable, il est nécessaire que le ruisseau ait beaucoup de pente. Dans les pays de montagnes, on forme dans des creux , que l’on ceint en partie de digues, des réservoirs, dans lesquels se rendent les eaux qui tombent sur les hauteurs environnantes; et lorsque les temps de sécheresse sont arrivés, on lâche et l’on dirige sur les prairies, etc., les eaux de ces réservoirs. Quand on n’a pas à sa disposition des eaux courantes que l’on puisse diriger à volonté, on a recours à des moyens mécaniques, qui, faisant jouer des seaux, des pompes, etc., élèvent les eaux à ia hauteur désirée. Les plus économiques de ces machines sont celles que les eaux elles-mêmes meltent en mouvement. Il y en a de sisimples qu’elles se composent d’une seule roue, portant une suite de vases à sa circonférence : telle est la roue dite chinoise. Si le courant d’eau n’a pas assez de force pour faire jouer les machines, le vent peut y suppleer avec succès; mais alors les appareils deviennent plus compliqués et plus coûteux; et comme les machines à vent chôment une partie de l’année, on est obligé de cumuler leurs produits dans un reservoir, si l’on veut avoir des caux disponibles à volonté. Quand les moteurs naturels manquent, on a recours à la force des animaux : c’est ainsi que des jardiniers tirent des eaux de leurs puits à l’aide d’un manége qu'un cheval fait tourner; d’autres font monter et descendre des seaux au moyen de cordes, de poulies, ou bien ils font jouer des pompes à force de bras. Les Égyptiens, les Chinois, ont des moyens d’arrosement fort simples : quelquefois c’est une sorte de poche fixée au milieu d’une corde que deux hommes tiennent par les bouts ; munis de cet appareil, ils se placent sur le bord du canal du réservoir, plongent la poche dans l’eau , et vont la vider en faisant un demi-tour dans un réservoir creusé au-dessus d'eux. Un système d'irrigation bien entendu est un témoignase de l'intelligence des habitants d’un pays, et du zèle qu’ils apportent à la culture de leurs terres.
TEYSSÈDRE
L'eau combinée avec la chaleur est le principe de la végétation, et l'indifférence avec laquelle on laisse se perdre ce précieux élément dans les pays chauds et sur des sols secs et sablonneux est vraiment inconcevable, Chaque goutte de pluie renferme un germe de végétation, et chaque cours d’eau cifre.à tous ses riverains des moyens de fertilisation.
Il n’est terre si aride et si sèche que l’on ne puisse féconder, si l’on a des eaux à sa disposition, soit en les faisant dériver d’un fleuve ou d’une rivière, comme on en use pour le PO et pour la Durance; soit en les faisant descendre des lacs et des glaciers des hautes montagnes, comme on le pratique avec une intelligence remarquable dans les Alpes ; soit en creusant des puits que l’on vide par des moyens hydrauliques ; soit en recueillant les eaux pluviales dans des citernes ou bassins, et en les dirigeant sur les terres qua l’on veut abreuver. Si ces eaux sont froides, on les retient dans des réservoirs où elles s’échauffent; si elles renferment des principes salins ou ferrugineux, on les purifie en les faisant filtrer à travers des fascines; si elles charrient des sables et des graviers, on retient ces eaux par des barrages, jusqu’à ce qu'elles aient déposé les parties solides qu’elles entraînent avec elles.
On procède à la distribution des eaux sur les terres par la submersion, par linfiltration ou par l'irrigation. Le premier mode convient aux terres arides et brûlantes qu’il s’agit de rendre arables. Le second est applicable aux récoltes qui veulent de la fraicheur et non de l'humidité, et une ceinture de fossés toujours pleins d’eau remplit cet objet. Le troisième moyen, qui convient surtout aux prairies naturelles et permanentes, nécessite des frais considérables de premier établissement; mais une fois que cette dépense est faite, il n’exige plus que de l’attention et quelques frais d'entretien. La première dépense consiste en un canal de dérivation, ou un simple fossé de prise d’eau, en grandes rigoles d’introduction, en fossés de vidange. Pour le service de toutes ces eaux et leur distribution, il est nécessaire de construire des vannes, des portes, des écluses, des bondes , qui fassent monter les eaux assez haut pour abreuver les parties les plus élevées de la prairie, si elle n’est pas parfaitement nivelée. On doit toujours bâtir les écluses dans de justes proportions avec le volume et la force des eaux. Les vannes à potrelles, inventées en Hollande, ont été introduites en Saintonge. Elles consistent en potrelles mobiles, que Pon applique dans des coulisses pratiquées dans la culée de la berge, qui doit, dans ce cas, être faite en maçonnerie. Comme ces pièces de, bois sont toujours pourvues d’un anneau, onles retire à volonté avec de grands crochets, et on les place partout où il en est besoin.
Pour prévenir l'invasion des eaux qui descendent avec impétuosilé et ravinent le terrain, on fait des plantations d'arbres, que l’on coupe quand ils ont pris de l’accroissement, à quelques pieds au-dessus de terre, et dont on laisse sur la place même les branchages, qui amortissent le cours des eaux, tandis que les arbres, par l’entrelacement de leurs racines, rendent le terrain plus solide et fortifient la digue. Il y à une circonstance fort embarrassante ; c’est celle où il se trouve dans les prés, et en dedans de la digue, des eaux stagnantes qu’il faudrait vider en dehors, et qu’on ne peut faire écouler, parce que la digue qui vous préserve des eaux extérieures s’y oppose. Pour remédier à cet inconvé nient, les Hôllandais ont imaginé de placer dans la maçonnerie de la digue des portes à clapet, qui se ferment naturellement par la force des eaux qui coulent en dehors, et qui lorsque ces eaux sont basses s'ouvrent et facilitent ainsi la vidange des eaux intérieures. L'entretien et le jeu mobile de ces clapets, qui s'ouvrent et se ferment pour les eaux du dedans et celles du dehors, suivant que les unes et les autres sont plus ou moins hautes ou basses, exigent une inspection et des soins journaliers.
L'irrigation produit la destruction des taupes, des hannetons, et principalement des bruyères qui s'emparent des prairies sèches et montueuses. Il y a mieux encore : on détruit par l’eau courante, sagement ménagée, lesinconvénients des eaux stagnantes, qui produisent des nymphæs, des roseaux, des carex, des iris, etc. Après avoir fauché ces mauvaises plantes, si vous faites passer un cours d’eau vive, il s’insinue dans leurs tiges durant l'hiver, et la glace qui sy forme fait éclater leur épiderme et les fait périr. Une
couche d’eau est une espèce de serre chaude, qui pour produire un effet favorable doit avoir trois pouces de hauteur dans le midi, tandis qu’un pouce suffit à la végétation dans le nord de l’Europe. Il faut se préserver des eaux tourbeuses , séléniteuses, ou chargées de parties minérales ou granitiques, ainsi que des eaux de neige ou de fontaine, qui ne sont pas suffisamment aérées. Les meilleures eaux sont celles qui, après un long cours, ont perdu leur crudité, et se sont chargées, dans leur traversée, de sédiments d’argile, d'humus et de terreau, 11 y a alors un grand avantage à les faire séjourner dans les prés et dans les terres; et c'est ce qu’on appelle en Angleterre warper (voyez PRal- RIES ). C'° Français (de Nantes).
L'origine desirrigations remonte aux temps les plus reculés. L'Orient, la Chine, l'Égypte, l'Inde, en présentent des exemples nombreux. En France même on trouve les témoignages les plus concluants en faveur de cette précieuse méthode. Dès le siècle dernier, le voyageur Arthur Young constatait que dans la vallée de Pia, près de Perpignan, les terres non arrosées se vendaient 1,252 fr. l’hectare, tandis que celles qui étaient irriguées valaient 2,086 fr. A Campan elles se vendaient le double. Dans les environs d'Orange, M. de Gasparin estime que sur 258 hectares irrigués incomplétement, et qui rapportent néanmoins 124 fr. l’hectare, on pourrait amener ce produit à 250 fr. Il y a même des terres d’un prix de ferme de 136 fr. qui se louent 223 fr. quand elles sont arrosées. Lors de la présentation aux chambres de la loi sur les irrigations, le ministre disait que des terres couvertes de galets s'étaient vendues 4,000 fr. l’hectare étant arrosées par la Grau, Dans les Vosges, des terres irriguées ont acquis 5,000 fr. de valeur. A Autun, après six ans, certaines terres ont monté de 900 fr. à 5,000 fr. A Vaison et à Malaucène, des friches se sont élevées de 500 à 5,000 fr., et d’autres mauvaises terres, primitivement sans valeur, ont été vendues de 12 à 1,400 fr. l’hectare. A Cavaillon, l’eau de la Durance a en certains lieux décuplé la valeur du sol : des garrigues qui valaient à peine 500 fr. l’hectare en valent 5,000 aujourd’hui. C’est par milliers qu’on pourrait citer de pareils faits. 11 y a des exemples de récoltes triplées, quadruplées et même décuplées. On a été jusqu’à constater qu’à Sorgue des landes avaient centuplé de prix.
On ne doit donc pas s'étonner de voir les sociétés et les comices agricoles recommander les irrigations et les encourager par des exemples, par des publications et par des récompenses. Il faut d’abord appeler l'attention sur leffet des matières fertilisantes que charrient les eaux, souvent dans des proportions telles que les terrains qui les reçoivent en dépôt en sont modifiés ; car le limonage non-seulement augmente la couche végétale du sol; mais il contribue encore à l’amender, à rendre utiles les parties restées neutres jusque alors faute de décomposants convenables. Quand on le peut, c’est l’époque des pluies abondantes qu'il faut préférer, parce que les eaux sont alors plus chargées. L’automne, le printemps et même l'hiver, on peutavantageusement irriguer en se guidant d’après les circonstances. Mais dans l'été il faut éviter surtout les inondations, qui retardent la végétation et envasent les fourrages. C’est dans ce cas que les canaux de dérivation sont utilement employés.
Au printemps et à l'automne, des masses d’eau chargées d'engrais s'échappant des villages ou des champs récemment cultivés, se perdent pourtant dans des fossés, au détriment de la santé publique, souvent sans que personne songe à s’en emparer au profit de l’agriculture ; l'emploi de ces eaux ne serait cependant, dans la plupart, des cas, ni difficile ni dispendieux. Un simple canal de dérivation avec quelques petites rigoles creusées dans les prés suffiraient ordinairement pour y amener l’engrais, qui assurerait une récolte abondante et épargnerait le fumier, Une ressource non moins précieuse serait encore les fontaines et les ruisseaux, dont les eaux, au lien de féconder les terrains qu'elles traversent, les délériorent en les rendant marécageux, Afin d'utiliser ces eaux, en général d’un faible volume, on n'aurait
IRRIGATION — IRRIT
qu’à les retenir et à les rassembler, Les réservoirs doivent être parfaitement imperméables, et le fond doit être au moins de niveau avec le sol de la prairie arrosée. Il est plus sage d'y accumuler une quantité d’eau suffisante pour arroser en une fois la prairie, sans quoi l’eau se perdrait.
Qu'on se procure l'eau par des barrages ou par l’utilisation des crues, ou par tout autre procédé, il faut éviter le ravinage et les érosions que causent des pentes trop rapides. On y parvient en abaïissant en minces talus le sol gazonné qui est au-dessous du niveau moyen des eaux. Quand l'irrigation a lieu par infiltration, il faut s'attacher surtout à ne pas laisser séjourner les eaux. Le drainage vient ici, en certains cas, offrir une précieuse ressource. Dans les Vosges, les surfaces planes sont aussi bien irriguées que les autres. On fait alors arriver l’eau par des abreuvoirs creusés sur la crête, de planches bombées, de quatre mètres de largeur environ. De là elle se déverse à droite et à gauche, et s'échappe par des égouttoirs formés au fond de l’entre-deux de celles-ci. Cette méthode a été récemment mise en pratique dans les landes de Bordeaux, à la satisfaction des propriétaires. Dans le département de l'Yonne, pour arroser les prairies, on fait usage de siphons qui s’amorcent d’euxmêmes au moyen d’un vase dans lequel plonge la branche extérieure et que le trop-plein du réservoir remplit.
Dans le but d’étendre la pratique des irrigations, le législateur a fait sortir cette matière du droit commun. Aux termes des lois des 29 avril 1845 et 15 juillet 1847, tout propriétaire qui voudra se servir pour l'irrigation de ses propriétés des eaux dont il a le droit de disposer, peut en obtenir le passage sur les fonds intermédiaires, à charge d’indemnité. Il peut également, aux mêmes conditions, obtenir la faculté d'appuyer sur la propriété du riverain opposé les ouvrages d'art nécessaires à sa prise d’eau, mais le riverain peut toujours demander l’usage commun du barrage en contribuant pour moitié aux frais d’élablissement et d’entretien. Les propriétaires des fonds inférieurs sont tenus de recevoir les eaux s’écoulant des terrains ainsi arrosés, sauf indemnité également. La même faculté de passage sur les fonds intermédiaires peut être accordée au propriétaire d’un terrain submergé, à l'effet de procurer aux eaux nuisibles leur écoulement. Sont exemptés de ces servitudes les maisons, cours, jardins, parcs et enclos attenant aux habitations,