‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 343 sur 522 · ISLY — ISMAÉLIENS · texte numérisé non relu

ISLY — ISMAÉLIENS

nauté des biens, comme nos socialistes modernes, et, par une conséquence toute naturelle, celle des femmes. 1 exposa la théorie de son système dans un livre intitulé Desnad, que ses partisans ont encore entre leurs mains. Il faut voir les bonnes raisons qu’il y donne de cette double communauté. « Puisque, dit-il, les crimes n’ont généralement lieu qu’à cause des richesses et des femmes, le plus court moyen d’amener la vertu sur la terre, c'est d'avoir les biens et les femmes en commun, pour qu’on en jouisse également, comme on jouit de l’air et de l’eau. Il est souverainement injuste, ajoule-t-il, qu’un homme ait une femme charmante, tandis que son voisin en aura une laide et désagréable ; il faut donc qu’ils en fassent , au moins de temps en temps, un échange fraternel pour rétablir l’égalité naturelle. I1 en est de même des biens et des avantages temporels. Pourquoi les uns posséderaient-ils des richesses, occuperaient-ils un rang élevé, tandis que d’autres seraient dans la misère et l’abjection? Il est donc juste d’effacer la distinction des rangs et de céder ses biens à ses frères pour établir entre tous une juste égalité. »

Quant aux dogmes religieux, M4zdak adoptait ceux des anciens Perses sans accepter les modifications que la réforme de Zoroastre avait introduites, c’est-à-dire un bon et un mauvais principe, la lumière et l’obscurité, Yazdan et Ahriman : le premier, auteur de la vie et de la santé; le second, de la mort et de la maladie. Il croyait à l'éternité de la matière et à la métempsycose comme moyen de punition et de récompense. Par suite, il défendait absolument de tuer les animaux et de manger leur chair. Il voulait qu’on ne se nourrit que de végétaux, d'œufs et de laitage.

L'application du système abominable de Mazdak bouleversa la Perse entière. Enfin, il y eut une révolution réactionpaire, et Cobad, désormais plus sage, se contenta de tolérer Mazdak et ses partisans, mais cessa de professer et d’appliquer ses exécrables principes. Son fils, le grand Khosroëès, surnommé le Juste, n'avait jamais partagé les erreurs de son père. Il ne fut pas plus tôt monté sur le trône qu’il travailla à détruire radicalement la secte de Mazdak. I] le fit saisir , lui fit trancher la tête, et fit pendre, dit-on, en un même jour, cent mille de ses principaux partisans. Il restifua aux légitimes propriétaires les biens dontils s'étaient emparés, et rendit à leurs époux les femmes qu’ils avaient enlevées. Les Persans, qui avaient fui leur pays dégradé par le communisme, revinrent en foule, ét Khosroès répara autant qu'il le put les pertes et les dommages qu’ils avaient éprouvés.

Les mazdakiens ou cobadiens, comme on les appelait aussi, du nom de leur ancien fauteur , ne furent cependant pas entièrement anéantis, car nous les voyons reparaître environ trois siècles plus tard au sein de lislamisme, qu’ils avaient été obligés d'embrasser extérieurement, Cette fois ils adoptèrent de préférence l'appellation d’ismaéliens, ce qui n’empêcha pas qu’on leur donnât les autres noms et plus communément celui d’impies (malahid). Le nom d'ismaéliens leur vient d’Ismael, fils de Jafar Sadic, selon eux le septième et dernier imâm. Ce fut en effet Muhammed, fils d’Ismael, que ces sectaires identifient à son père, et auquel ils attribuent la qualité d’imdm éternel, qui à la fin du huitième siècle rajeunit par les idées musulmanes la secte antique. Les nouveaux mazdakiens ne se contentèrent pas de répandre paisiblement leurs principes; ils prirent les armes, se rendirent bientôt redoutables aux khalifes, et finirent par établir des dynasties en Égypte, dans l’Irak et dans l’Yémen. Leur règne fut court dans ce dernier pays; mais en Afrique leur dynastie, dite Fatimite, fondée au commencement du dixième siècle, dura deux cent soixante-deux ans, et fournit le fameux Hakimbi-Amr-Allah, ce fou méchant qui se fit passer pour dieu, et qui fonda la secte des druses, qui ne se distingue de celle des ismaéliens que par un plus grand degré d’extravagance, ainsi qu’on le voit dans l’£æposé de la religion des Druses de l'illustre S. de Sacy.

ISMAËL ENS — ISMAIL

La dynastie que fonda en Irak Haçan, fils de Sabbah (le Vieux de la montagne), en qualité de député de l’imâm, vers la fin du onzième siècle, dura cent soixante-dix ans. Les sectateurs de ce dernier imposteur poussèrent jusqu’au cynisme le plus révoltant la pratique de leurs détestables maximes. Heureusement le conquérant mogol foulakou détruisit la puissance politique des ismaéliens et les réduisit au rôle de sectaires religieux. En cette dernière qualité ils sont loin d’être anéantis, et on en compte encore un bon nombre en Syrie, en Perse et dans l'Inde.

Quoïque la secte des Ismaéliens soit en réalité la même que celle de Mazdak, et qu’elle professe les mêmes opiions fondamentales socialistes et religieuses, elle diffère néanmoins en apparence de l’ancienne secte, parce que la secte nouvelle s’est manifestée dans l’islamisme et en porte le cachet. Il en résulte un symbole contradictoire dont voici les principaux points.

Les ismaéliens disent d’abord qu'ils ne confessent nine nient l'existence de Dieu. Toutefois, ils admettent généralement les deux principes de Mazdak. Il y en a cependant parmi eux qui admettent dans la divinité un précédent et un suivant; un fécondant et un fécondé; un premier être et un autreëtre quiest son ordre ou sa parole. D'une part, ils disent qu’il ne peut y avoir aucun rapport entre Dieu et l’homme; et d'autre part, ils admettent généralement, du moins à l’extérieur, le système de l’infusoin successive de la Divinité dans la personne d’Ali, auquel ils attribuent la formation du monde, des imâms, ses successeurs, et même d’autres chefs de leur secte.

Ils divisent la suite des siècles du monde actuel en sept périodes, car les ismaéliens affectionnent lenombre sept, Chaque période a son prophète ou orateur, et à sa suite il a sept vicaires, dont un principal. Ce sont Adam et Seth, Noé et Sem, Abraham et Ismael, Moïse et Aaron, Jésus le Messie et Simon Pierre, Mahomet et Ali, Ismael et son fils Muhammed, qui selon eux est encore vivant. Ces vicaires ou imâms ont chacun à leur tour douze ministres, chargés de prècher la religion dans les différents pays. Chacun de ces prophètes a établi selon les ismaéliens une religion nouvelle, dont la dernière est la plus parfaite. C’est l’imâm qui est le maître du monde extérieur; cest de lui seul qu’on peut obtenir la connaissance de Dieu.

Les ismaéliens rejettent la tradition, et quant au Coran, que les musulmans considèrent comme la parole de Dieu, ils nient sa divinité; ils allégorisent ses dogmes, et enseignent que ses prescriptions ne sont pas obligatoires pour ceux qui en connaissent Je sens mysfique. Ainsi, ils n’ont nj temple , ni culte public; cependant, ils observent hypocritement les pratiques extérieures du culte musulman quand ils le croient utile à leur intérêt. Ils sont circoncis et portent des noms musulmans. Mais on leur enseigne que l'ablution, c’est la reconnaissance de l’imâm, la prière, sa parole; le jeûne , le secret à garder sur les doctrines de la secte envers les profanes; l'aumône légale, le soin de

soi et de sa famille; le pèlerinage à La Mecque, la visite à |

Vimâm et l’obéissance qu’on lui doit; en un mot, ce qui est défendu, c’est ce qui déplaît; ce qui est ordonné, ce qui plaît : ainsi plus de vertu, plus de vice.

Les ismaéliens disent que l’extérieur est le reflet de l’intérieur, qu’à chaque chose extérieure répond une chose intérieure; qu’en conséquence on ne doit rien prendre littéralement, mais chercher toujours le sens mystique de toute chose. Ils anéantissent ainsi toute révélation, et rejettent la création; et quant à l’existence de l'univers, ils pensent qu’il y a eu plusieurs séries de créatures humaines avant la race d’Adama, et qu'après le monde actuel il y aura un monde nouveau. La science des nombres et des lettres occupe une grande place dans leur système; et ils font observer les nombres qui sont dévolus aux divers objets de la nature et qu'ils appliquent à leur religion.

Les principes que nous veno ns d’exposer sont dévelop pés peu à peu à l’adepte, et ils constituent neuf différents

degrés d'initiation, car ce nest que pas à pas qu'il est amené à admettre le pur matérialisme, qui est en définitive l'essence des doctrines rationalistes d: la secte.

| GARCIN DE TASSY.

ISMAËLITES. La Genèse fait mention d'une tribu de ce nom, à l’occasion de la vente de Joseph par ses frères. L’Ancien Testament confond d’autres fois les Ismaéliles et les Madianites, et les Arabes en général sont désignés sous ce nom, qui n’apparlenait sans doute pas exclusivement aux descendants d'Ismael, fils d'Agar et d'Abraham, puisqu’au temps de Jacob les Ismaélites semblent être une peuplade ou tribu nombreuse.

ISMAIL, la plus importante des places fortes de la Bessarabie, en même temps port et station de la flottille du Danube, située sur la rive gauche du bras de ce fleuve appelé Kilia, était importante avant 1790, époque où Souvaroff, à la suite d’un affreux bombardement, l'enleva aux Tures, et comptait alors au delà de 30,000 hébitants. Restée pendant longtemps un amas de ruines , elle ne se releva que lorsque la paix, conclue en 1812, à Bucharesf, l’eut cédée à la Russie, En 1838 on y compteit déja 21,900 habitants , douze églises, deux écoles et sv1ze fabriques : aussi sa population est-elle revenue aujourd'hui au chiffre de 40,000 habitants, car là comme à Odessa le commerce a singulièrement favorisé l’accroissement de la population. C’est avec Constantinople surtout que s? fait le commerce d’Ismail. Le traité de Paris du 30 mars 1856 a rendu cette ville à la Turquie.

ISMAIL , khédive d’ Égypte, fils d'Ibrahim-Pacha, est né au Caire le 26 novembre 1816. Élevé en France avec son frère Ahmed, il revint en 1849 dans son pays, entra dans l'opposition qui s'était formée contre le gouvernement d’Abbas, et fut un des membies les plus actifs du parti organisé par les princes de la famille de Mérémet- Ali. À la suite d’un voyage à Constantinople il reçut du sultan le titre de pacha. Sous le gouvernement de Saïd il remplit des fonctions importantes. Après avoir été chargé

: de missions particulières en France et en Italie, il fut admis dans le conseil d’État, et en 1861 adminis{ra l'Égypte en l'absence du souverain et conduisit un corps expéditionnaire dans le Soudan. A la mort de Saïd (18 janvier 1863), Ismaïl succéda à son oncle sans opposition et annonça l’intention de suivre la même politique, L'extension qu’il donna à la culture du coton pendant la guerre civile des États-Unis fournit à son gouvernement des ressources considérables. Après quelques démêlés avec la compagnie du canal de Suez, qui se terminèrent d’un côté par une indemnité de 84 millions et de l’autre par la renonciation au travail forcé des fellahs ainsi qu’à la concess'on de vastes terrains , le pacha protégea cette entreprise par tous les moyens en son pouvoir. Lorsque le moment de l’inaugurer approcha il se transporta dans la plupart des capitales de l'Europe, afin d’inviter en personne les souverains aux fêtes qui se préparaient. Ceite démarche tut même la source de complications fâcheuses avec la Porte, qui voyait avec peine un vassal exercer tous les droits de la suzeraineté.

La plus forte concession que les princes de sa maïisom eussent jamais obtenue du sultan a été réservée à Ismaïl : ce fut de changer la transmission du pouvoir et de l’opérer en ligne directe, contrairement à la loi d’hérédité musu]mane (mai 1866). L'année suivante, il reçut le droit de décréter, sans en référer à la Porte, tous les règlements relatifs à l’administration de l'Égypte, à la douane, à Ja poste, au commerce, etc. (8 juin 1867); en même temps il échangeaïit le titre de vali (vice-roi) contre celui de khédive, auquel on attache une signification religieuse plus haute. Ces concessions , il les paya par le secours qu’il prêta pour écraser l'insurrection de Candie et en portant au double le tribut annuel au sultan (il est de 17 ,625,000 fr.). Une autre réforme rolitique, dont on à fait beaucoup de bruit, est la convocation au Caire d’une sorte de parlement

égyptien (novembre 1866), qui s’est occupé de l’impôt, de la réforme judiciaire, de questions agricoles, cte.; mais le gouvernement n’en est pas moins resté despotique dans Je fond, et la civilisation occidentale a à peine effleuré la surface du pays.

ISNARD (Maximin), né à Grasse (Var), le 16 février 1751, était par conséquent âgé de trente ans lorsque son département le députa à l’Assemblée législative. 11 était le second fils d’un riche négociant, jouissait d’une honnête fortune , et avait reçu une bonne éducation, qui développa en lui, sous la double influence du beau ciel du midi et de l’amour de la liberté, cette éloquence vigoureuse et brillante qu’il ne tarda pas à signaler à la tribune de l’Assemblée législative, et peu après à celle de la Convention nationale. Ses principes étaient ceux de la Gironde. Il ne fit qu’exprimer les sentiments de l’immense majorité de la nation, quand, le 14 novembre 1791, il réclama des mesures propres à réprimer les menées du clérgé et les écrits des prêtres, abusant de leur influence pour calomnier la révolution , détruire la liberté , ressusciter les abus et préparer la guerre civile. Il ne fut pas moins énergique ensuite contre les émigrés. Ce n’était pas seulement l’indignation qui électrisait son âme , il trouvait de touchantes expressions pour inviter à la concorde ses collègues divisés. La Gironde, ayant échoué dans ses tentatives pour sauver à la fois la liberté, le roi et la constitution de 1791, fut entraînée vers la république , seule institution qui pût alors sauver la France. Isnard avait trop brillamment justifié son premier mandat pour n'être pas élu, en septembre 1792, à la Convention nationale. Là il montra le même talent; mais ses adversaires ne furent pas les mêmes : comme ses amis de la Gironde, il éprouva une amère et profonde douleur à l'aspect du triomphe des plus dangereux ennemis de la liberté : la démagogie et l’anarchie. Proscrit par les meneurs de la commune de Paris, il ne lui resta plus qu’à partager les! luttes et les périls des Girondins : il ne cessa pas d’être digne d’eux et de lui-même. Mis hors la loi, il fut plus heureux que ses amis, échappa au fer de Robespierre, et reparut après le 9 thermidor, mais découragé, quoique fidèle à ses anciens principes, cherchant en vain dans la Convention mu- {ilée les grands orateurs que la hache avait frappés, effrayé surtout de l’état où se trouvait la France. Il brilla peu au Conseil des Cinq Cents. Son cœur généreux était brisé, cette brillante voix avait pâli, et, quelques années après, l'attentat du 18 brumaire acheva de contrister son âme découragée. Retiré dans sa ville nafale, il y mourait, en 1830.

, Louis Du Bois.

ISOBAROMETRIQUES (Lignes), du grec {ooc, égal, et 6xpéuerpoy, baromètre, On appelle ainsi des lignes que l’on se représente comme passant par des lieux géographiques où les modifications barométriques annuelles et moyennes sont égales (voyez BAROMÈTRE ).

ISOCELE, et mieux ISOSCÈLE (de {oos, égal, et oxéoc, jambe ). Un triangle est dit isocèle , quand il a deux de ses côtés égaux entre eux. On démontre très-facilement que les angles opposés à ses côtés égaux sont aussi égaux.

ISOCHIMENE (de {ooç, égal, et yewv, hiver). Voyez ISOTHERMES.

ISOCHROME , ISOCHROMIE ( du grec o0ç, égal , et xeGux, couleur ). Zsochrome se dit de plusieurs objets qui sont également colorés. Isochromie est quelquefois employé comme synonyme de lLithochromie.

ISOCHRONE ( de {ooç, égal, et yp6vos, temps ). Tout mouvement qui se fait en des temps égaux est dit isochrone. Les oscillations du pendule sont parfaitement isochrones lorsque, par une disposition fort ingénieuse, on lui fait décnreun arc de cycloïde. Néanmoins, dans la pratique, on se contente de suspendre le pendule tout simplement ; de façon que sa lentille décrit des ares de cercle; car on a fait l'observation qu'un arc de cercle qui est fortcourt

ISMAIL — ISOCRATE

ne diffère pas sensiblement d’une portion de cycloïde. Un pendule emploie toujours le même temps pour décrire des arcs plus ou moins grands, pourvu que sa longueur ne varie pas : si l’arc est petit, le mouvement est plus lent; il devient accéléré à proportion que l’arc augmente.

Les géomètres ont cherché et trouvé des lignes suivant lesquelles un corps pesant doit s’avancer vers un point donné d'un mouvement constamment uniforme, Leibnitz est le premier qui ait démontré , en 1689, les propriétés de plusieurs de ces lignes, qui ont reçu la qualification d'isochrones. TEYSSÈDRE.

ISOCRATE, un des plus célèbres orateurs de la Grèce, était né à Athènes, la première année de la 86° olympiade (436 ans avant J.-C. ). Son père, Théodore, qui avait une fabrique d’instruments de musique , s'étant enrichi dans ce commerce , ne négligea rien pour l’éducation de son fils. Le talent de la parole était alors le moyen le plus sûr pour arriver aux emplois publics et pour exercer de l'influence sur le gouvernement de l'État. Isocrate eut pour maîtres les rhéteurs les plus célèbres de son temps, Prodicus de Céos, Gorgias de Léontium, Tissias de Syracuse , et Théramène, qui fut ensuite un des trente tyrans. Mais la faiblesse de son organe et une timidité insurmontable ne lui permirent pas de se faire entendre en public. Ne pouvant tirer de ses études oratoires le fruit qu'il s’en était promis, il se mit à composer des discours et des plaidoyers pour ceux qui n'étaient pas capables d’en faire euxmêmes ; puis il ouvrit une école de rhétorique , où il enseigna son art avec le plus brillant succès. Il vit accourir l'élite des jeunes Grecs , attirés par le désir de se distinguer dans la carrière politique. Il compta parmi ses élèves une foule d’orateurs et d'hommes qui s'illustrèrent ensuite par leur éloquence ou par le talent d'écrire, Isée, Hypéride, Timothée, Xénophon, les historiens Théopompe de Chio , Éphore de Cyme. Cicéron a dit que l’école d’Isocrate était une fabrique d’orateurs, et qu'ils en étaient sortis aussi nomhreux que les héros grecs du cheval de Troie. Il amassa ainsi une grande fortune . On lui reprochaïit de faire payer ses leçons un prix considérable. Il reçut de Nicoclès, roi de Chypre, 20 talents ( plus de 100,000 fr.) pour un discours, Malgré ses succès comme professeur d’éloquence, il ne se consola jamais de n'avoir pu déployer à la tribune ses talents d’orateur. II ne montra pas cependant toujours la même timidité ; plus d’nne fois en sa vie il fit preuve d’un noble courage. Le lendemain de la mort de Socrate, qnand les disciples du philosophe, consternés, se cachaient ou prenaient la fuite, il osa se montrer seul en habits de deuil dans Athènes. Il était alors âgé de trentesix ans. Précédemment, dans sa jeunesse, il avait donné un autre exemple de fermeté. Quand son maître, Théramène, un des trente tyrans, proscrit par ses collègues, dont il ne partageait pas les fureurs, se réfugia en pleine assemblée auprès de l’autel des dieux, Isocrate se leva pour prendre sa défense, et il fallut que Théramène lui-même priàt son jeune disciple de lui épargner la douleur de le voir mourir avec lui.

Il resta lié toute sa vie avec Platon, dont il avait été cendisciple, et qui, dans son Phèdre, met ces paroles honorables dans la bouche de Socrate. « Isocrate me paraît avoir trop de talent naturel pour être comparé à Lysias; il a aussi des inclinations plus généreuses, en sorte que je ne m'étonnerais pas, lorsqu'il avancera en âge, si, dans le genre auquel il s'applique maintenant, ceux qui l'ont précédé dans l’art oratoire semblaient des enfants auprès de lui; et si, peu content de ces soins insuffisants pour remplir son âme , quelque inspiration divine le poussait vers de plus grandes choses, car il y a dans cette jeune intelligence quelque chose de naturellement propre à la philosophie. » Après la bataille de Chéronée, qui assura la la domination de Philippe, roi de Macédoine, sur toute la Grèce, Isocrate, ne voulant pas survivre à l'indépendance de sa patrie, se laissa mourir d’inanition, la troisième

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