ISOCRATE — ISOLOIR
année de la 110° olympiade (338 ans av. J.-C.) : il était alors dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année.
Y1 nous reste vingt-et-un ouvrages sous le nom d’Isocrate. On peut les diviser de la manière suivante: trois dans le genre moral : 1° À Démonicus : c’est un recueil de maximes détachées, que les meilleurs critiques attribuent à un Isocrate d’Apollonie, dont Suidas et Harpocration ont conservé la mémoire, et qui fut disciple et successeur de l’orateur ; 2° À Nicoclès, fils d'Évagoras, prince de Salamine , sur l’art de régner ; 3° Nicoclès : c’est ce prince qui parle et qui expose les devoirs des sujets envers leur souverain. Cinq dans le genre délibératif : 1° le Panégyrique, ou discours prononcé dans une des assemblées solennelles de la Grèce ; c’est le plus achevé des ouvrages d’Isocrate ; on prétend qu'il mit dix ans à le polir et à le retoucher. 11 a pour objet d’unir tous les Grecs contre les Perses et demontrer que parmi les États confédérés la prééminence est due aux Athéniens , de préférence aux Spartiates; 2° À Philippe de Macédoine, pour l’engager à se porter médiateur entre les villes grecques et à fairela guerre aux Perses; 3° Archidamus : sous le nom de ce prince, fils d’Agésilas , et qui fut ensuite roi de Sparte, il engage les Lacédémoniens, après Ja bataille de Mantinée, à ne pas consentir au rétablissement de la ville de Messène, exigé par les Thébains; 4° Aréopagilique, ainsi nommé, parce que l’auteur y vante beaucoup l'influence de l’aréopage : c’est un des meilleurs discours d’Isocrate ; il y propose une réforme de la république mise en péril par l’anarchie et la licence, et conseille aux Athéniens de rétablir la constitution de Solon, modifiée par Clisthène; 5° De la Paix : dans ce discours, composé après le commencement de la guerre Sociale, il engage les Athéniens à faire la paix avec Chio, Rhodes et Byzance, et à renoncer à!la suprématie. Quatre éloges : 1° Oraison funèbre d’Evagoras, roi de Salamine dans l’île de Chypre; 2° Éloge d'Hélène; 3° Éloge de Busiris, déclamation d’un geure très-usité dans les écoles des sophistes ; 4° :Panathénaïque, ainsi nommé, parce que ce discours fut prononcé dans les Panathénées, fête de Minerve à Athènes : c’est l'éloge de la république athénienne, et un des meilleurs morceaux d’Isocrate. Huit discours judiciaires : 1° Plainte des habitants de Platée contre les Thébains, qui, en pleine paix les avaient expulsés de leur patrie ; 2° Sur l'échange defortune; 3° Sur un procès intenté au fils d’Alcibiade, au sujet d’un attelage de chevaux; 4° Contre le banquier Pasion, niant un dépôt à lui confié; 5° Contre Callimaque : 6° Discours prononcé à Égine dans une affaire de succession : 7° Plainte pour violences contre les Lahites ; 8° Pour Nicias contre Euthynoüs, dépositaireinfidèle, qui comptait sur l'impossibilité de prouver le dépôt, faute de témoins. Un discours Contre les Sophistes, qui abusent le public par de fausses promesses ; et dix lettres adressées à Philippe de Macédoine, à Alexandre son fils, aux fils de Jason, tyran de Thessalie ; à Timothée fils de Cléarque et prince d’Héraclée; aux magistrats de Mitylène, à Archidamus, à Denys de Syracuse. Des doutes fondés se sont élevés contre l'authenticité de la dixième, qui n’est qu'une déclamation mise par quelques sophistes sous le nom d’Isocrate.
C’est surtout comme écrivain qu'il est estimé, bien que son goût ne soit pas toujours irréprochable. Comme il avait renoncé aux triomphes de la tribune, et qu’il n’écrivait guère que pour être lu dans le silence du cabinet, il s’attacha principalement à l'élégance du style et à l'harmonie du langage. Les critiques de son temps lui reprochaient de travailler plutôt pour flatter l'oreille que pour toucher le cœur, de trop arrondir ses périodes, et de sacrifier souvent la pensée à j'éclat de l'expression. 11 faut reconnaître néanmoins qu'il traita dans ses ouvrages les points les plus importants de la politique et de la morale, et que s’il n’atteignit pas la perfection de l’éloquence populaire, il conserva du moins la renommée d’un écrivain habile et d’un bon citoyen.