HESSE-CASSEL
:t de fixer l'esprit. Le pays, au contraire, avait pris au sérieux cette constitution octroyée, si insuffisante qu’elle fût d’ailleurs. Delà tout aussitôt des conflits entrele gouvernement et les états, expression plus fidèle et surtout plus indépendante qu’il nes’y attendait des besoins physiques et moraux des populations. Le mariage morganatique que le prince électoral co-régent ne tarda point à contracter avec la femme d’un lieutenant prussien, appelé Lehmann, après avoir acheté le consentement du mari à un divorce amiablement prononcé , et qu’il créa comtesse de Schaumbourg, indisposa siugulièrement contre lui l'opinion, et ne contribua pas peu à rendre de plus en plus aigres les rapports du gouvernement avec les états, dans le sein desquels il se forma bientôt une opposition des plus nettement tranchées et ayant pour principaux organes les députés Jordan, Pfeiffer, Schombourg et Wiederhold. La fixation du budget, la discussion des dépenses publiques , leur réduction, furent, comme dans tous les pays constitutionnels, le terrain où s'établit tout aussitôt la lutte entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Le ministre Hassenpflug fut formellement mis en accusation, en 1833, pour avoir retardé la convocation de la troisième diète; et devant cet acte de vigueur le pouvoir nhésita point à dissoudre l'assemblée, C'était pour la deuxième fois déjà depuis l'établissement de la constitution, qu’il recourait à ce moyen extrême. La diète suivante mit également le ministre prévaricateur en accusation; mais le tribunal supérieur chargé de le juger rendit une sentence dabsolution. De 1834 à 1847 l’histoire de Hesse-Cassel n’est que la monotone répétition des mêmes événements. D'une part, c’est le pouvoir faisant de l'arbitraire en toute occasion, ne se gênant pas, au besoin, pour violer la constitution, s’obstinant à maintenir à la direction des affaires des ministres souverainement détestés, et dépensant le plus d’argent qu'il lui est possible; de l’autre, c’est l'assemblée des états luttant par l'organe d'une imposante minorité, et parfois d’une majorité décidée, contre les illégalités, les abus de pouvoir et les folles dépenses du gouvernement; et les populations qui assistent à ces incessants tiraillements , qu’on accable d'impôts et qu'on s’efforce de condamner au mutisme, de prendre un intérêt de plus en plus vif à ce jeu des institutions représentatives, où elles s’indignent de voir le pouvoir toujours tricher de la manière la plus audacieuse.
Le 20 novembre 1847, l'électeur Guillaume II mourut à Francfort, où il s'était retiré depuis plusieurs années. Veuf en 1841, il avait tout aussitôt épousé morganatiquement sa concubine , la comtesse de Reichenbach; puis celle-ci étant venue à mourir deux ans après , il avait épousé ( toujours morganatiquement) une certaine demoiselle Caroline de Berlepsch. Le prince électoral, jusques là simple co-régent, devint alors électeur régnant sous le nom de Frédéric-Guiljaume Jer.
La question d’argent était toujours celle sur laquelle les ministres de ce prince ne pouvaient point s’entendre avec les états, qui avaient refusé de voter la grosse liste civile demandée par le nouveau souverain. Une ordonnance de dissolution, rendue le 22 février 1848, fut la réponse du gouvernement à cet acte d'indépendance, qualifié häutement deébellion. Mais à quelques jours de là, à la suite de notre révolution, l'Allemagne était en feu, et l'électorat de Hesse- Cassel subissait des premiers le contre-coup des événements dont Paris avait été le théâtre dans la journée du 24 février. La crainte de voir partout proclamer la république rendit alors les petits despotes allemands aussi souples et malléa-
bles qu’ils s'étaient montrés auparavant rogues et insulents.
Les concessions ne leur coûtaient que la peine de les signer ; et c'était merveille de voir comment la lumière démocratique illummait tout à coup leur intelligence. Frédéric-Guillaume Ier abolissait donc dès le 6 mars la censure sur les journaux et écrits périodiques; cinq jours après il acceptait un ministère libéral. La diète, dissoute le 22 février, reprenait ses travaux dès le 13 mars, Son personnel s'était accru des divers députés à l’admission desquels le pouvoir
s'était précédemment opposé; et les soutiens de l’ordre de choses qui venait de s’écrouler s'étaient fait justice en s’abstenant d'y paraître. Cette assemblée vota tout aussitôt une série de lois organiques répondant aux exigences de la situation. Cette fois ce n’était plus avec l’assemblée des états, mais avec l'électeur lui-même que le ministère avait à lutter ; car, revenu de sa première frayeur, ce prince s’avisait maintenant de marchander ses concessions. L'année 1848 et la suivante s’écoulèrent d’ailleurs aussi paisiblement que cela était possible au milieu de la surexcitation générale causée dans les esprits par les progrès de la révolution en Allemagne et par les efforts qu’elle tentait pour reconstituer l’unité nationale sous un pouvoir central. L'année 1850, on se le rappelle, donna partout le signal à une réaction provoquée par les fautes et les excès des hommes qui s'étaient faits les représentants par excellence de la liberté et du progrès. Aussi le 22 février l'électeur ne craignait pas de renvoyer le ministère libéral qu'il n’avait supporté jusque alors qu'avec impatience, et de composer un nouveau cabinet, présidé par Hassenpflug, une des âmes damnées de la réaction.
Hassenpflug s’efforça d’abord de donner le change à la diète au moyen d’un programme des plus modérés; mais l’assemblée ne se laissa pas prendre à ces beaux semblants, et y répondit à l'unanimité par un vote de défiance, suivi tout aussitôt d’une ordonnance de prorogation. Quand elle fut appelée à reprendre ses travaux, la lufte recommençca de plus belle entre elle et le ministère réactionnaire, et tout naturellement sur les questions d'argent. La diète persistant dans ses refus de voter les crédits demandés, le ministère Hassenpflug eut recours à une dissolution. Mais cette mesure n’eut d’antre résultat que d'amener (22 août 1850) dans 14 nouvelle assemblée une majorité démocratique et bien autrement hostile que la dernière diète. A son tour, cette nouvelle assemblée était dissoute dès le 7 septembre suivant. Le ministère déclara cinq jours plus tard le pays tout entier en état de siége, en investissant le chef suprême de l’armée, le général Baüer , de l’autorité la plus illimitée. On voulait évidemment faire de la répression, au besoin de la répression sanglante; et en dépit de ces provocations les populations restèrent calmes et paisibles. Mais il suffisait de la moindre étincelle pour produire un embrasement général, tant la situation était tendue. Dans ces circonstances, le comité permanent de la diète Hança un acte d’accusation de haute trahison contre les ministres pour avoir violé la constitution. Le 13 septembre la ville de Cassel apprit, à sa grande surprise, que dans la nuit l’électeur et son conseiller Hassenpflug avaient pris la fuite pour aller se réfugier à Hanovre. De sa retraite, l'électeur et son ministre favori continuèrent à vouloir imposer leur volonté au pays; le général de Ha ynau, depuis longtemps à la retraite, fut remis en activité et chargé, en remplacement du général Baüer, qui avait donné sa démission, d'exécuter les mesures de rigueur à l’aide desquelles ils comptaient rétablir l’ancien ordre de choses. Mais Haynau rencontra la même résistance passive et légale que son prédécesseur. Le comité permanent des états décida que le général serait traduit devant les tribunaux sous l'accusation de haute trahisun. En vain celui-ci essaya d’exciter le corps des officiers à lui prêter main-forte; liés par leur serment à la constitution, les officiers en masse donnèrent leur démission. Toat annonçait un conflit imminent.
Et de fait, l'intervention étrangère était dès lors chose résolue et l'électorat de Hesse-Cassel était le pays où devait se décider la question allemande. Les appels adressés par Hassenpflug à la Confédération germanique, reconstituée comme ci-devant, avaient été entendus. Le 1° novembre 1850 un corps austro-bavarois, commandé par le prince de la Tour et Taxis franchit la frontière de l’Électorat, et occupa Hanau, en même temps qu’un corps prussien pénétrait par le nord et occupait Cassel et Fulda. L'armée hessoise fut alors licenciée et désarmée, en même temps que la