‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 363 sur 522 · JACOBITES — JACOTOT · texte numérisé non relu

JACOBITES — JACOTOT

ce qu’ils pensaient de tout cela. Le professeur avait été explicateur toute sa vie; il croyait par conséquent que les explications, et surtout ses explications, étaient nécessaires : quelle fut sa surprise quand il vit qu’on pouvait s’en passer! Le fait était sous ses yeux ; il ne lui était pas possible de le révoquer en doute, Il prit donc son parti; il se décida à ne rien expliquer pour s’assurer jusqu'où l'élève pourrait aller ainsi sans explications, et il fit continuer de la même manière. Il arriva que bientôt les élèves s’exprimaïent ef écrivaient en français avec toute la correction du texte qu’ils avaient appris ou médité; que les formes du Télémaque se reproduisaient dans leur bouche et sous leur plume avec facilité. I fit faire un grand nombre d'exercices sur tous les paragraphes, toutes les pensées, toutes les expressions de l’auteur. La raison de chaque élève était abandonnée à ses propres forces, et la langue fut connue, parlée et écrite sans le secours des règles et des explications : les règles furent devinées. »

Tei fut le point de départ de la méthode Jacotot. Bientôt et successivement l'expérience le mit à même de proclamer plusieurs maximes, qui sont regardées par ses élèves comme la base de sa doctrine. Les voici: Qui veut peut. — L'âme humaine est capable de s’instruire seule et sans le secours des maîtres explicateurs. — Apprendre ou savoir quelque chose et y rapporter tout le reste. — Tout est dans tout. — Toutes les intelligences sont égales. — On peut enseigner ce qu'on ignore. Quelques-unes de ces formules, exprimées d’une manière trop laconique ou trop générale , ont été regardées comme d’insoutenables paradoxes ; elles ont été l’objet de vives et nombreuses attaques , de sarcasmes plus ou moins piquants. Il faut l’avouer, dire sentencieusement éoutes les intelligences sont égales devait choquer d’abord toutes les notions reçues. Il nous semble néanmoins que cette maxime peut être admise jusqu’à un certain point, si l’on veut bien n’y voir qu'une pensée encourageante, qui donne aux élèves une certaine confiance en eux-mêmes, en leur montrant dans

. tous les hommes d’une organisation régulière une égale ap-

titude à voir, à juger, à comparer, à déduire. Il n’est pas

: aussi facile de rendre raison de l’axiome : Toul est dans tout,

qui paraît signifier que tout se tenant dans le monde, que tout se liant dans la nature, il n’est personne qui ne sache quelque chose, et qui ne puisse en conséquence y rapporter autre chose, et par ce moyen tout apprendre, Quant à cette proposition : On peut enseigner ce qu'on ignore, elle a besoin aussi d’un commentaire pour devenir évidente. Elle signifie seulement que chacun peut, avec de la confiance en lui-même et avec de la volonté, vérifier si un autre sait bien ce qu’il a appris. De nombreux exemples ont prouvé

| tout le parti qu’on pouvait tirer de cette vérité dans l’édu-

cation publique, et surtout dans l'éducation privée. On a vu et l’on voit des mères, initiées à la pensée de l’enseignement universel, enseigner à leurs enfants le latin on d’autres langues totalement ignorées d'elles ; et remarquons que la volonté est le principal instrument mis en jeu pour l’enseignement universel. Sans la volonté, rien de possible ; mais aussi qui veut peul ; il est prouvé par une foule de faits qu’une volonté forte peut opérer des prodiges. Donc, dans l'enseignement universel, la principale mission du maître est de faire naître et d'entretenir constamment cette volonté dans les élèves; car l'attention et le travail sont indispensables pour le succès. Les résultats déjà obtenus, dégagés même de tontes les louanges hyperboliques des enthousiastes de la doctrine, prouvent que cette manière d'enseigner est loin d’être illusoire. Elle offre deux grands avantages, l'économie de temps et l'économie d'argent. Elle a justifié son titre d’enseignement universel, puisqu'elle s’applique à toutes les branches des connaissances hurhaines, à la simple lecture comme à la chimie et à la physique, au dessin comme à la musique, aux langues anciennes et modernes comme aux mathématiques, et toujours de la même manière, Une chose très-importante dans l’enseignement universel est

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