‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 364 sur 522 · JACOTOT — JACQUELINE · texte numérisé non relu

JACOTOT — JACQUELINE

la répétition continuelle des mêmes faits pour les graver dans la mémoire d’une manière ineffaçable, et pour qu’ils soient toujours prêts à se présenter au besoin; il faut aussi exercer continuellement le jugement, pour comparer les faits entre eux, les analyser et les synthétiser successivement. C’est dans ces deux opérations qu'est tout le secret de la méthode. D’où lui vient le nom d’émancipation intellectuelle, que lui donnent ses partisans? De ce que par elle on cesse d’être assujetti au joug funeste des explications et au préjugé décourageant de l'inégalité des intelligences. Ce principe de l'égalité des intelligences fut surtout le point de mire

des attaques deses adversaires ; le duc de Lévis combaftait ce |

principe comme de nature à inspirer de l’orgueil aux enfants, et s’évertuait à demander aux défenseurs de la méthode s’ils comptaient bientôt faire de leurs élèves autant de génies du premier ordre. « Bien loin, répondait M. Deshouillères, de se croire les égaux des grands hommes, nos élèves apprennent, au contraire, par leurs propres efforts à mesurer toute la distance qui les sépare des génies supérieurs. Pourquoi donc nous demander ironiquement où sont les grands hommes produits par l’enseignement universel? Où sont nos Rousseau et nos Racine de dix ans, nos Bossuet et nos

de parcourir en trois ans le cercle des études où l’on roulait à si grands frais pendant dix ans, est-ce donc là prétendre en faire de grands hommes? et ne sommes-nous pas les plus empressés à reconnaître qu’un grand homme mest produit que par un heureux ensemble de circonstances, et surtout par un long courage? »

CHAMPAGNAGC,

Jacotot est mort le 30 juillet 1840, à Paris, où il était venu se fixer en 1838, après être resté plusieurs années à Valenciennes. Il laissait deux fils. I] a publié sous le titre général d'Enseignement universel les traités suivants : Zangue maternelle ( Louvain, 1822 ); Langue étrangère (1823); Musique, Dessin, et Peinture (1824); Mathématiques (1827); Droit et Philosophie panécastiques (Paris, 1837); Lettre du fondateur de l'Enseignement universel au général Lafayette (Louvain, {829). On a publié pour et contre la méthode Jacotot une foule de brochures.

à tisser qui porte son nom, naquit à Lyon, le 7 juillet 1752. Son père était ouvrier en étoffes brochées ; sa mère, liseuse de dessins, aidait son mari, et peut-être lui-même fut-il employé quelquefois dans son enfance à éirer Les Lacs. Sans doute en présence de ce travail, aussi abrutissant que pénible, il rêvait déjà la suppression de ces deux auxiliaires de l’ouvrier principal; et la mécanique, pour laquelle il montra de bonne heure un goût très-prononcé, devait un jour lui donner le moyen d'opérer cette suppression. Cependant les premières années de sa jeunesse se passèrent dans l'atelier d’un relieur, puis il entra chez un habile fondeur de sa ville natale. En 1793 il était occupé à l’exploitation d’une carrière à plâtre dans le Bugey, lorsque l’insurrection de Lyon le rappela dans cette ville, où il combattit les soldats de la Convention. Après la chute de cette malheureuse cité, il dut son salut à son fils, âgé de quinze ans, qui, s'étant fait délivrer deux feuilles de route de soldat, lemmena avec lui pour rejoindre le régiment de Rhône et Loire. Le jeune homme périt victime de son dévouement et de son courage. Blessé mortellement dans un combat, il expira dans les bras de son père. Jacquard quitta alors le service, et revint à Lyon, où il retrouva sa femme, qu'il avait pu prévenir de sa fuite, occupée dans un grenier à tresser de la paille pour des chapeaux ; il fut réduit lui-mème à partager ce misérable travail pour vivre. Enfin, de meilleurs jours allaient luire. Jacquard reprit les perfectionnements d'un nouveau métier à tisser qu'il avait imaginé dès 1790, et il put en présenter un modèle à l'exposition de 1801. Le jury lui décerna une médaille de bronze, comme « inventeur d’un mécanisme qui supprime dans la fabrication des étoffes brochées Pouvrier appelé tireur de Lacs. » Le 23 décembre

de la même année, Jacquard obtint un brevet d'invention pour cette machine, qui devait rester longtemps encore sans être appréciée à sa juste valeur.

La paix d'Amiens avait rouvert les communications avec l'Angleterre. Jacquard apprend qu’un prix est proposé dans ce pays pour la fabrication au métier des filets de pêche. Il se met à la recherche, et trouve la solution du problème; mais il ne parle de sa découverte qu'à quelques amis. Cependant le préfet en est instruit, et prévient les autorités supérieures. Aussitôt Jacquard est appelé à Paris, et Carnot lui demande s’il n’a pas prétendu faire l’impossible : un nœud avec un fil tendu ? Jacquard répond avec simplicité

| qu'il espère y arriver, et après avoir démontré son moyen

devant une réunion de savants, il est attaché au Conservatoire des Arts et Métiers. En 1804 Jacquard retourna à

| Lyon, où il dirigea d’abord des ateliers; et enfin, au bout de

deux ans, il fut assez heureux pour monter un métier de sa façon. Un décret impérial lui assura alors une pension de

| 8,000 fr., sous la condition de s'occuper du perfectionne- | ment de son métier, de chercher à le faire adopter par les , manufacturiers de Lyon, et de diriger les travaux de fa-

| brique des établissements communaux. Le métier Jacquard Fénelon de quinze ? Quoi donc! offrir aux eleves 1e moyen |

se faisait connaître peu à peu par les soins de quelques ma nufacturiers; mais soit imperfection dans les détails de sa construction, soit routine de la part des ouvriers, une cer-

| faine opposition se manifesta contre son introduétion dans

les ateliers. Bientôt même, quand on s’aperçut que le mécanisme supprimait les auxiliaires que l’ancien métier exigeait, l’animosité contre son auteur fut au comble. Jacquard

. futtraduit devant le conseil des prud'hommes par ceux qui

mavaient pas su mettre en œuvre sa machine. Insulté,

poursuivi, il eut plusieurs fois à essuyer les outrages de la brutalité : il fallut même un jour l’arracher des mains de furieux prêts à le jeter dans le Rhône.

Ces violences ne le découragèrent point. Les offres brillantes de l'étranger ne purent le séduire ; il ne songea même pas à porter dans une autre ville de France une industrie qui pouvait ruiner sa ville natale. Pour toute récompense,

il demanda au gouvernement qu’il lui fût accordé une

! prime de 50 fr. sur chaque métier de son invention. En 1809 JACQUARD ( Josepa-Marie ), inventeur du métier |

son métier commençait à se répandre, en 1812 il était généralement adopté, et à l'exposition de 1819 Jacquard recevait la médaille d’or et la croix d'Honneur. « Les machines qu’on employait autrefois, disait le rapporteur du jury central, étaient compliquées, chargées de cordages et de pédales, plusieurs individus étaient nécessaires pour les mettre en mouvement, ils appartenaient au sexe le plus faible et souvent à l’âge le plus tendre : ces ouvrières, qu’on désignait sous le nom de fireuses de lacs, étaient obligées de conserver pendant des journées entières des attitudes forcées, qui déformaient leurs membres et abrégeaient leur vie. A cet appareil imparfait et compliqué M, Jacquard a substitué une machine simple, au moyen de laquelle on exécute les tissus façonnés sans avoir besoin du ministère des {ireuses de lacs, et avec autant de facilité que si l’ouvrier fabriquait une toile unie. On doit ainsi à cet artiste ingenieux d’avoir, en perfectionnant les moyens d’exécution, affranchi la population ouvrière d’un travail dont jes suites étaient si déplorables. » Avec sa modeste pension, Jacquard se trouvait heureux. Il s’éteignit doucement, le 7 août 1834, à Oullins, près de Lyon, où il s'était retiré. Sa statue en bronze, due au ciseau de M. Foyatier, décore la place Sathonay à Lyon. Elle a été inaugurée le 16 août 1840. L. Louver.

JACQUELINE, fille et héritière de Guillaume VI, comte de Hollande, de Zélande et de Hainaut, était née en 1400. Après la mort de son père, arrivée en 1419, et déjà veuve du dauphin de France, elle entra en possession de sa souveraineté, et épousa Jean JV, duc de Brabant, de la maison de Bourgogne. Jamais union ne fut plus mal assortie. Jean était indolent, énervé, sans ressort; Jacqueline, impétucuse, hardie, excessivement portée à, l’a-

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