JACQUELINE — JACQUERIE
mour , mélait aux faiblesses de Marie Stuart un peu de la ! son pouvoir à l’établissement de la nouvelle dynastie; à la
virilité de Catherine IL. Irritée de voir ses charmes dédaignés, honteuse de l’incapacité de son époux, qui avait abandonné pour dix ans la Hollande, la Frise et la Zélande à Jean de Bavière, fatiguée de sa tracassière tyrannie, elle s'adresse au peuple, auquel il faut toujours en revenir, et au pape, qui rejette son appel et refuse de rompre ses liens. Rebutée par Martin V, elle a recours à l’anti-pape Benoît XIE, qui lui accorde une dispense pour s'unir à Humfroy, duc de Glocester, frère de Henri V, roi d’Angleterre. Philippe de Bourgogne, surnommé Le Bon, feint d’être gravement offensé d’un événement qui lui permet de hâter la ruine de sa nièce. Il prend si bien ses mesures que Glocester, après s'être montré sur le continent, et y avoir fait quelques bravades, s’enfuit en Angleterre, laissant sa femme au pouvoir du duc de Bourgogne. Elle s’échappe cependant, déguisée en homme, et va confier sa défense aux Hoecks ou Hameçons, un des partis qui agitaient la Hollande (voyez Capizcaups ). Son mariage avec Humfroy ayant été déclaré nul, elle épousa en secret François de Borselen, qui lui avait généreusement offert son appui, et pour lequel elle avait conçu une passion violente. Philippe, qui n'avait rien à redouter de Borselen, apprit cet hymen avec joie, parce qu'il y trouvait un prétexte de dépouiller définitivement Jacqueline. Il fit arrêter son mari, et le menaça du dernier supplice. Jacqueline pour le sauver renonça à des États, qu’elle ne possédait déjà plus, à des titres qui trompaient du moins ses regrets, et ne se réserva que quelques seigneuries, avec la grande-maîtrise des forêts et l’intendance des digues de la Hollande, A ces conditions, Philippe fit grâce à Borselen, le créa comte d’Ostrevant, en Hainaut, et lui donna le collier de la Toison-d’Or (1433). Alors Jacqueline chercha à se consoler en faisant éclater publiquement sa tendresse pour un homme qui, au surplus, n’en était pas indigne; mais elle ne put survivre à la perte de toutes ses grandeurs, et mourut, en 1436, au château de Teilingen, dans le Rhinland, consumée de langueur et désabusée de Pamour, qu’elle avait mal compris. Là, dit une tradition dont A. Loosje, auteur du roman de Frank van Borselen en Jacoba van Beijeren , aurait pu tirer un parti plus heureux , elle s’amusait, après avoir tiré au perroquet, à vider une cruche, et à la lancer par-dessus sa tête dans les étangs du vieux manoir. D’autres ont cru qu’elle s’occupait à fabriquer elle-même les vases qui portent son nom.
Quelques auteurs racontent qu’au dix-huitième siècle on montrait encore l’appartement de dame Jacqueline dans les ruines du château de Teilingen, Plusieurs de ces cruches furent alors retirées des fossés, et l’on assure que l’une d’elles présentait dans un cercle l'inscription suivante, que nous traduisons du hollandais, et qui semble avoir été faite après coup : Sachez que dame Jacqueline, après avoir bu une seule fois dans cette cruche, la jeta pardessus sa têle dans ce fossé, où elle disparut. On ajoute que de pareilles cruches ont été trouvées entre Leyde et La Haye, et dans les fossés du château de Zand, qu’habita cette princesse. En 1827, lors de la démolition de l'aile droite de l'hôtel du gouvernement à Gand, un de ces vases fut découvert dans les décombres et offert à l’université.