‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 367 sur 522 · JACQUERIE — JACQUES · texte numérisé non relu

JACQUERIE — JACQUES

et de la tyrannie des seigneurs féodaux. L'autorité royale était alors sans force, et tout noble possédant un château fort s’érigeait en souverain absolu à l’égard de ses vassaux, et faisait peser la plus cruelle oppression sur les serfs de ses domaines. La captivité du roi Jean, laissant le sceptre aux mains de son fils, trop jeune alors pour le porter, brisa le dernier frein qui arrêtait encore les excès de la noblesse. Ce fut surtout dans la province de l'Ile-de-France que les gentilshommes accablaient les paysans de toutes sortes d’avanies, d'exactions, d'insultes et de traitements barbares, tantôt enlevant les grains et le bétail de ces malheureux , à qui ils avaient donné par dérision le sobriquet de Jacques Bonhomme; tantôt caressant impudemment devant eux leurs femmes et leurs filles; tantôt même torlurant et brûlant des infortunés avec un fer rouge, pour leur extorquer de l'argent. A la fin, Jacques Bonhomme, las de tant d’injures et de cruautés, se ressouvint qu’il appartenait à la famille d'Adam tout aussi bien que ses oppresseurs, et il prit une bien terrible revanche des maux qu’il avait soufferts si patiemment jusque là.

Laissons Froissart, contemporain des événements, nous retracer, malgré sa partialité évidente pour la noblesse, le tableau sanglant du soulèvement général qui éclata le 21 mai {358 parmi les paysans de l'Ile-de-France. « Advint, dit-il, une grande merveilleuse tribulation en plusieurs parties du royaume de France , si comme en Beauvoisis, en Brie et sur la rivière de Marne, en Valois, en Lannois, en la terre de Coucy et entour Soissons. Car aucunes gens des villes champêtres, sans chef, s’assemblèrent en Beauvoisis, et ne furent mis (pas) cent hommes les premiers ; et dirent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, honnissoient et trahissoient le royaume, et que ce seroit grand bien qui tous les détruiroit. Et chacun d’eux dit : « Il dit voir (vrai), il dit voir; honni soit celui par qui ii demeurera que tous les gentilshommes ne soient détruits ! » Lors se assemblèrent et s’en allèrent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeuroiït. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier,

la dame et les enfants, petits et grands, et ardirent (brû- |

lèrent) la maison. Secondement, ils s’en allèrent en un autre fort châtel , et firent pis assez, car ils prirent le che-

valier et le lièrent à une estache ( pieu) bien et fort, et vio- | lèrent sa femme et sa fille les plusieurs, voyant le chevalier; |

puis tuèrent la dame, qui était enceinte et grosse d'enfant, et sa fille, et tous les enfants, et puis ledit chevalier à grand martyre, et ardirent et abattirent le châtel. Ainsi firent-ils

en plusieurs châteaux et bonnes maisons. Et multiplièrent |

tant que ils furent bien 6,000, et partout là où ils venoient, leur nombre croissoit, car chacun de leur semblance les suivoit. Si que chacun chevalier, dames et écuyers, leurs femmes et leurs enfants, les fuyoient ; et emportoient les dames et les damoiselles leurs enfants dix ou vingt lieues Join, où ils se pouvoient garantir ; et laissoient leurs maisons toutes vagues et leur avoir dedans; et ces méchants gens ; assemblés sans chef et sans armures, roboient (volaient) et ardoient (brülaient) tout, et tuoient, et efforçoient, et violoient toutes dames et pucelles, sans merci, ainsi comme chiens enragés. et cil (celui) qui plus en faisoit étoit le plus prisé et le plus grand maître entre eux. Je n’oserois écrire ni raconter les horribles faits et inconvenables que ils faisoient aux dames. Mais entre autres dégerdonnances et vilains faits, ils tuèrent un chevalier et bou:ent en une broche, et le tournèrent au feu, et le rôlirent devant la dame et ses enfants. Après ce que dix ou douze eurent la dame efforcée et violée , ils les en voulurent faire manger et par force; et puis les tuèrent et firent mourir de male-mort.

« Et avoient fait un roi entre eux, quiétoit, si comme on disoit adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l’élurent le pieur (pire) des mauvais; et ce roi on appeloit Jacques Bonhomme.(Les Grandes Chroniques de France le nomment Guillaume Callet ou Caillet). Ces méchants gens

ardirent au pays de Beauvoisis et environ Corbie et Amiens, et Montdidier, plus de soixante bonnes maisons et de forts chasteaux.. Tout en telle manière si faites gens faisoient au pays de Brie et de Pertois..., et se maintenoient entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et entre Soissons et Hen (Ham) en Vermandois, et par toute la terre de Coucy. Là étoient les grands violeurs et malfaiteurs ; et exillièrent (ravagèrent), qui entre la terre de Coucy, qui entre le comté de Valois, qui en l'évêché de Laon, de Soissons et de Noyon, plus de cent châteaux et bonnes maisons de chevaliers et écuyers; et tuoient et roboient (volaient) quanque (tout ce que) ils trouvoient. »

Les gentilshommes des pays ainsi mis à feu ef à sang par les Jacques (nom sous lequel on désignait les insurgés, et d’où vint celui de jacquerie) demandèrent lassistance de leurs amis dè Flandre, du Hainaut et du Brabant, et ne tardèrent pas à se venger par de sanglantes représailles. « Si assemblèrent les gentilshommes étrangers et ceux du pays qui les menoient, continue Froissart. Si commencèrent aussi à fuer et à découper ces méchants gens, sans pitié et sans merci, et les pendoient parfois aux arbres où ils les trouvoient. Mêmement, le roi de Navarre (Charles le Mauvais) en mit un jour à fin plus de trois mille, assez près de Clermont en Beauvoisis. Mais ils étoient jà tant multipliés que si ils fussent tous ensemble , ils eussent bien été cent mille hommes. »

Le plus grand massacre des Jacques eut lieu le 9 juin, à Meaux , où plus de 9,000 d’entre eux s'étaient réunis pour exercer leur fureur sur les nobles dames et damoiselles réfugiées dans la ville au nombre de 300 environ. Le comte de Foix et le captal de Buch, accourus , avec 40 lances, au secours de ces pauvres femmes, se ruèrent sur ces vilains, noirs et petits, et très-mal armés, en tuèrent plus de 7,000, chassèrent le reste hors des murs, et rentrèrent dans la ville, qu'ils livrèrent aux flammes, ainsi que la plus grande partie de ses habitants, pour avoir ouvert leurs portes aux révoltés. « Depuis cette déconfiture, qui fut faite à Meaux, dit Froissart, ne se rassemblèrent-ils nulle part; car le jeune sire de Coucy, qui s’appeloit messire Enguerrand, avoit grand’ foison de gentilshommes avec lui, qui les mettoient à fin partout où ils les trouvoient, sans pitié et sans merci. »

Cette insurrection des paysans de l’le de France ne Gura pas plus de six semaines. Dans une lutte engagée entre de pauvres campagnards, à demi nus, sans armes, poussés par un besoin aveugle de vengeance, et des guerriers habitués aux combats, couverts de bonnes armures et agissant de concert, les premiers ne pouvaient manquer de succomber. Paul Tigy.

JACQUES. L’Évangile fait mention de trois personnages de ce nom : Jacques le Majeur, Jacques le Mineur , et Jacques frère germain de Jésus-Christ.

Jacques le Majeur était le fils de Zébédée et de Salomé, frère de l’évangéliste saint Jean, et avant d’avoir été appelé à l’apostolat il exerçait la profession de pêcheur (Matth., XV, 21). Lui et son frère reçurent le surnom de Boanerges { Marc, IN, 17), soit à cause de l’ardeur de leur zèle pour la cause de Jésus, soit pour ce qui est rapporté dans saint Luc (IX, 51-52). Jacques le Majeur, intime ami de Jésus-Christ, fut souvent témoin de ses miracles. Quand Jésus-Christ eut quitté la terre, il habita le plus souvent Jérusalem comme apôtre. Héro de Agrippa lui infligea la mort des martyrs. La tradition veut que ce soit lui qui ait prêché le christianisme en Espagne : aussi est-il regardé comme le patron de ce pays. Sa fête se célèbre le 25 juillet.

Jacques le Mineur était fils d’Alphée ou de Cléophas et de Marie, sœur de la Mère de Jésus-Christ. Il fit aussi partie des ap tres, etcomme chef delacommunauté de Jéruselem jouit d’une grande considération. Dans le synode des apôtres sa voix était prépondérante (Apô6t., XI, 17 ; XV, 21). On dit qu’il ne quitta jamais Jérusalem, Selon l'Épitre

aux Gallates (f, 19), il portait le titre de frère du Seigneur. Mais cette expression ne doit point être prise à la lettre, et seulement dans le sens de « parent du Seigneur ». Saint Marc (XV, 40) l'appelle Le Petit, c'est-à-dire Le jeune, et les écrivains ecclésiastiques le Juste, à cause de sa foi et de son active charité. Suivant Josèphe, il subit la mort des martyrs, lapidé par ordre du grand-prêtre Ananias. L'Église catholique célèbre sa fête le 1°" mai.

Saint Matthieu (XIII, 55) et saint Marc (VI, 3) font mention d’un Jacques frère germain de Jésus, mais que les écrivains ecclésiastiques, en soutenant l’union de la Vierge

Marie avec le Saint-Esprit, ne désignent que comme le.

beau-frère de Jésus. D’après le récit d’Origène, on soutint autrefois, et jusque dans les temps modernes, que ce\Jacques n'avait jamais existé, et n'avait été qu’une seule et même personne que Jacques le Majeur ou que Jacques le Mineur. En tous cas, Jacques ne fut point un des apôtres, et dut par conséquent être un personnage autre que les deux apôtres saints Jacques. Beaucoup de savants (entre autres Grotius, Richard Simon, Herden, de Wette, Credner, etc.) font de lui le chef de la commune chrétienne de Jérusalem, et disent qu'il y jouissait d’une grande considération, à cause de sa justice. On manque de toute espèce de renseignements sur sa vie et sa destinée.

On attribue l'Épître de saint Jacques qui se trouve dans le Nouveau Testament à l’un des trois personnages dont il vient d’être fait mention. Ceux qui regardaient Jacques , le frère germain de Jésus-Christ, comme en ayant étél’auteur, nelaissaient point que de révoquer en doute l’autorité apostolique de cette Épitre. Mais Clément d’Alexandrie ayant démontré que ce saint Jacques n’était autre que Jacques le Mineur, l’Épitre fut désormais tenue pour une œuvre émanant des apôtres. Cependant de nouveaux doutes s’élevèrent encore à l’époque de la réformation , et eurent pour principaux interprètes Érasme, Luther et les centuriateurs de Magdebourg, parce qu’on prétendait voir dans cette Épitre des contradictions avec la doctrine de saint Paul. Plus tard on parvint à faire disparaître la prétendue contradiction, et Jacques le Mineur fut définitivement considéré comme l’auteur de l'Épitre. On ne pourra cependant jamais préciser d’une manière certaine quel est celui des Jacques à qui il faut l’attribuer. L'Épitre en question est adressée aux chrétiens d’Asie, qui, malgré la misère dans laquelle ils vivaient, étaient fort estimés à cause de leurs opinions chrétiennes. Il ne règne pas un ordre bien rigoureux dans l’enchaînement de pensées de cette Épiître ; mais il est impossible d’en révoquer en doute l'intégrité soit dans les détails, seit dans l’ensemble. On ne saurait d’ailleurs dire avec certituae en quet lieu et en quel temps elle fut écrite.

JACQUES. Cinq rois d'Écosse ont porté ce nom, sans compter les deux qui régnèrent en même temps sur l’Angleterre et l'Irlande sous le titre de rois de la Grande-Bretagne.

TACQUES 1°", né en 1393, était fils de Robert IT, et fut redevable de l'instruction qui le distingua de ses contemporains à une longue captivité en Angleterre. En 1405, son père, pour le soustraire aux embûches de son oncle, le duc d’Albany, qui visait à la couronne, l’envoya en France. Mais Je vaisseau qui l’y portait fut jeté par la tempête sur la côte d'Angleterre ; et Henri IV, quoiqu'il vint alors de conclure une trêve avec l'Écosse, trouva bon de garder le jeune prince comme otage, en garantie du maintien de la paix. A la mort de Robert II, qui succomba à la douleur de s’être vu enlever son fils, les Écossais proclamèrent bien Jacques comme roi; mais le duc d’Albany, devenu régent du royaume, apporta autant de négligence à obtenir la mise en liberté du jeune prince, qu’en mit Murdae, fils d'Albany, à qui il succéda en 1420. Jacques subit d’abord une détention très-rigoureuse dans divers châteaux forts. Cependant Henri IV lui donna de bons maîtres, et Jacques mit à profit les loisirs de sa captivité pour cultiver et développer les dons heureux qu'il tenait de la nature. Lors des conquêtes de Henri V, Jacques

JACQUES

dut l’accompagner en France, à l’effet de dissuader de Jà les Écossais de faire alliance avec les Français ; mais les Écossais refusèrent d’obéir à leur roi, parce qu’ils ne le considéraient pas comme agissant librement. Il n’est rien moins que prouvé que Jacques se soit, dans le même bnt, rendu de sa personne en Écosse, A la mort de Henri V, les Anglais consentirent enfin à rendre au roi sa liberté, dans la pensée qu’une fois sur le trône il pourrait leur être utile. Seulement, les Écossais durent s'engager à leur payer 40,000 liv. st.; rançon déguisée sous le titre de remboursement de frais d'entretien et d'éducation. Jacques put alors rentrer en Écosse (mai 1424), mais trouva ses États en proie à la plus complète anarchie, le peuple tombé à peu près dans la barbarie, et la puissance royale réduite à ombre de ce qu’elle était autrefois. Les régents avaient dissipé le trésor de l’État, distribué les domaines de Ja couronne à leurs amis et à leurs créatures, et permis à la noblesse de se livrer à tous les excès. Les gentilshommes parcouraient le pays avec des bandes armées, guerroyaïent les uns contre les,autres et rançonnaïent à l’envi les bourgeois et les paysans. Le roi débuta par réintégrer au domaine de la couronne les domaines qui en avaient été distraits, et brisa les associations existant entre les seigneurs contre la couronne et la paix publique. Il demanda ensuite à Murdac et à ses partisans un compte sévère de leur gestion, et fit exécuter les coupables conformément aux arrêts prononcés par le parlement. Par une série de réformes intelligentes, Jacques s’efforça d’arracher le peuple à l’état de barbarie où il était plongé et de favoriser la mise en culture du sol. On créa des espèces de colonies agricoles, et on seconda puissamment l’essor du commerce et de l’industrie, surtout en attirant dans le pays des artisans étrangers. En augmentant les priviléges des bourgeois dans le parlement, en établissant une milice permanente, en fondant diverses écoles, il eut surtout en vue de tirer la bourgeoisie de l'état d’infériorité dans lequel elle gémjssait et de la mettre en état de faire contre-poids à une noMesse arrogante et factieuse. Grâce à une administration plus ferme et plus sévère de la justice, trois mille bandits qui infestaient le pays furent pendus, roués ou mis en croix pendant le règne de Jacques I. L’alliance étroite que ce prince contracta avec la France, et surtout les fiançailles de sa fille Marguerite avec le dauphin, qui fut dépuis Louis XI, l’entraînèrent, à partir de 1436, dans une suite de démêlés avec l’Angleterre. Tandis que Jacques 1° se trouvait sur les frontières, où il était venu mettre le siége devant la ville de Roxburgh, la noblesse mécontente profita de cette circonstance pour conspirer contre la vie du roi; et ce fut son propre oncle, le due d’Athol, qui se mit à la tête du complot. Quand il en fut instruit, il congédia son armée, et se cacha avec sa femme dans un couvent de dominicains, situé à peu de distance, pour de cet asile, réputé sacré et inviolable, suivre des yeux la tournure que prendrait la conspiration et agir en conséquence. Maïs un de ses serviteurs vendit à ses ennemis le secret de sa retraite. Dans la nuit du 20 février 1437, Robert Graham envahit le couvent à la tête d'une troupe de bandits, et y assassina le malheureux monarque, l

Jacques 1°" avait épousé la belle Anne Beaufort, fille du duc de Somerset et petite-fille du duc Lancastre, dont il avait fait la connaissance pendant qu’il était prisonnier dans le château de Windsor; et il a raconté l’histoire de ses amours dans un poëme intéressant, intitulé The King's Qhuair. Son fils Jacques II, alors âgé de sept ans, lui succéda sur le trône. S'il ne fut pas l'inventeur de la mélodie nationale de la basse Écosse, on ne saurait du moins contester qu'il perfectionna la musique d'église des Écossais. Ses poésies, composées les unes en anglais, les autres en latin, et où il fait preuve d'imagination et d'élan poétique, ont été publiées par Tytler (The poetical Remains of king James ; Édimbourg, 1783). M

JACQUES 1, fils du précédent, naquit en 1434, épousa

JACQUES

Marie de Gueldre, et fut tué en 1460 en assiégeant Roxburgh contre les Anglais.

JACQUES IT, fils du précédent, né en 1453, poursuivit l'œuvre de ses prédécesseurs, l’abaissement de la noblesse; mais dominé par d’indignes favoris, il vit la révolte, dirigée par son propre frère, menacer son trône. Une première fois il conjura l'orage ; mais il retomba bientôt dans les mêmes fautes, et un nouveau soulèvement, plus formidable, éclata contre lui. Il marcha contre les rebelles, et les joignit à Bannockburn; mais au début même de l'action il s'enfuit du champ de bataille et se réfugia dans un moulin, où il fut poignardé par un inconnu qui avait pénétré auprès de lui en se donnant pour un prêtre qui lui apportait les sacrements (1488).

JACQUES IV, fils du précédent, né en 1473. C’élait, au témoignage de Robertson, un prince brave et généreux. Allié de la France, il fit guerre à Henri VII et à Henri VIII d'Angleterre, et périt à la bataille de Floddenfield, en 1513.

JACQUES Y, fils du précédent, né en 1511. Roi ferme et vaillant, il défendit ses peuples contre l'oppression des grands, et rétablit si bien la sécurité qu’on disait proverbialement sous son règne : À présent les buissons gardent les troupeaux. Très-attaché à l'alliance française, il mourut, en 1542, de douleur de voir ses troupes battues par les Anglais.

Son petit-fils, Jacques VI, réunit sa couronne à celle d'Angleterre et d'Irlande, et porta alors le titre de Jacques 1 (voyez l’article suivant).

JACQUES. Deux princes de la maison de Stuart ont régné sous ce nom sur la Grande-Bretagne en même temps que sur l'Écosse. Nous y joindrons le prince qui prit le titre de Jacques ILT, mais que l’histoire ne connaît que sous le nom de Jacques Stuart où le Prétendant.

JACQUES 1°, roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande (1603-1625), et Jacques VI, comme roi d'Écosse à partir de 1567, fils de la reine Marie Stuart et de Henri Darnley, naquit à Édimbourg, le 19 juin 1566. Aussitôt après sa naissance, il fut confié aux soins du comte de Marr, parce que sa mère, brouillée avec son époux, avait donné son cœur au comte Bothwell. Après l’abdication forcée de Marie (24 juillet 1567), on le couronna roi d'Écosse. Pendant que le royaume, administré par d’ambitieux régents, opprimé par une orgueilleuse noblesse et exposé aux attaques de la France et de l'Angleterre, penchait vers sa ruine, Jacques passait son enfance à Stirling, faisant, sous la direction de son précepteur, Buchanan, de grands progrès dans les humanités, et surtout, suivant la coutume d’alors, dans la théologie. Il paraît avoir conçu de bonne heure les idées exagérées qu'il s'était faites de la nature et des droits de l'autorité royale, ainsi que de la puissance qu'il croyait tenir de Dieu ; idées devenues encore autrement fatales à ses successeurs qu’à lui-même, A peine Jacques fut-il sorti de l’enfance, que les partis s’emparèrent four à tour de lui à la suite de conspirations et de révoltes incessantes : aussi ne fit-il guère que changer d’oppresseurs. Lorsque la vie de sa malheureuse mère, qu’il n’aimait d’ailleurs pas, et à la captivité de laquelle il était jusque là resté fort indifférent, fut menacée par la reine d'Angleterre, il fit d’abord mine de vouloir déclarer la guerre à Élisabeth, invoquant l’assistance de la France, du Danemark et même celle de l’Espagne. Mais l'insuffisance de ses ressources, l'espoir qu’il avait de succéder à la couronne d'Angleterre, la conduite hypocrite d'Élisabeth, et enfin une pension de 5,000 livres sterling que depuis longtemps celle-ci lui payait à titre allié le déterminèrent non-seulement à étouffer les ressentiments que devait provoquer en lui la mort si tragique de Marie Stuart, mais encore à faire cause commune avec Élisabeth contre l'Espagne, en 1588.

Après être parvenu à triompher des obstacles mis à cette alliance par la reine d’Angleterre, Jacques épousa, en 1589, Anne, fille du roi de Danemark. Sa pédanterie, la faiblesse et l'indolence de son caractère, entretinrent en Écosse des troubles perpétucls.

DICT, DE LA CONVERS, — T, XI

A la mort d'Élisabeth (1603), il fut appelé à lui succéder. sur le trône d'Angleterre, en sa qualité de plus proche héritier. mâle de la couronne; sa grand’mère Marguerite était en effet la fille d'Henri VII. Le but de ses constants efforts, dans, lesquels son ministre Cecil l'avait particulièrement secondé,! était atteint; les Anglais, fatigués d’être gouvernés par des, femmes, se félicitaient d’avoir maintenant à leur tête un! prince dans toute la force de l’âge. Mais par son despotisme, par la faiblesse de son caractère et par son affection pour d’odieux favoris, Jacques ne tarda pas à mécontenter tous les partis. Sa haine pour toute idée libérale lui fit persécuter les presbytériens, dans les principes desquels il avait pour tant été élevé; et des considérations politiques le délerminèrent à épouser les intérêts de l’Église épiscopale. Ce revirement dans ses idées fut suivi d’une imprudente persécution contre les catholiques, pour qui jusque là il s'était montré très-favorablement disposé, disant qu'entre l’anglicanisme et le catholicisme il ne voyait d'autre différence qu'une messe moins bien chantée, et provoqua la fameuse conspiration des poudres, œuvre des jésuites. A cette occasion, Jacques exposa au parlement, dans un emphatique discours, ses idées sur la prérogative royale. Cette assemblée ayant rejeté l’union qu’il lui proposait d'opérer entre l'Angleterre et l'Écosse, il résolut, à l'exemple de ses devanciers, de régner en roi absolu (voyez GRANDE-BRETAGNE ). Il ajourna arbitrairement la convocation du parlement, à qui il fut désormais interdit de délibérer sur les affaires générales de l’État, et dont le rôle se trouva réduit au vote de l'impôt; il octroya arbitrairement des droits électoraux, intervint dans les élections, établit des taxes illégales, et punit de la prison et de la confiscation de leurs biens les citoyens qui se refusaient à les acquitter ainsi que les juges qui leur donnaient raison. Le parlement s’en vengea en se montrant de plus en plus récalcitrant à l'endroit des subsides; tactique qui embarrassa d’autant plus le roi que ses prodigalités lui avaient fait contracter des dettes énormes.

Cette situation se prolongea pendant tout le règne de Jacques, et, compliquée encore par la politique intolérante que le pouvoir adopta en matière de religion, amena entre le trône et le peuple une scission profonde, qui, sous le règne suivant, devait aboutir à une révolution.

Dans ses relations avec les puissances étrangères, Jacques I°° manqua également d’énergie, et n’eut égard ni aux intérêts véritables de son peuple ni aux ménagements que réclamaient ses convictions protestantes. C’est ainsi qu’en 1605 il ne consentit pas sans peine à s’unir à la France pour secourir les Pays-Bas; mais dès l’année suivante il faisait alliance avec l'Espagne, et après la conclusion de la trêve entre l'Espagne et les Pays-Bas, il fiança même son fils, le prince de Galles, à Anne, fille du -roi Philippe III. La mort inopinée du jeune prince, arrivée le {6 novembre 1612, empêcha seule la réalisation de ce mariage, aussi ma vu en Écosse qu’en Angleterre. Une réconciliation presque complète eut lieu cependant entre le roi et son peuple en 1613, par suite du mariage d’Élisabeth , fille aînée de Jacques 1°", avec un prince protestant d'Allemagne, devenu plus tard l'électeur palatin Frédéric V ; mais son gendre ayant accepté la couronne de Bohême, que les mécontents de ce pays lui offrirent en 1619, le roi d'Angleterre lui refusa tout appui, parce que, disait-il, il ne voulait point pactiser avec la révolte; et cette conduite, qui fit perdre à Fréderic sa couronne, valut à Jacques les mépris de l’Europe protestante et les raïlleries des puissances catholiques elles-mêmes. Pour préserver l'électeur d’une ruine complète, on névocia une nouvelle alliance avec la cour de Madrid. Mais le parlement et Buckingham vinrent à la traverse de ce projet, et forcèrent Jacques à se liguer avec la France contre la maison d’Autriche. Toutefois, le versatile monarque mourut (8 avril 1625) avant que les hostilités eussent commencé.

Malgré leurs dissensions intestines, l'Angleterre et l’É-

, cosse firent pendant ce règne, long et pacifique, d'immenses

progrès. aussi bien pour ce qui est du commerce et de l'in-

dusfrie que pour ce qui est du perfectionnement des institutions politiques. Les colonies fondées dans l'Amérique du

Nord reçurent une organisation définitive et stable. IL n’y eut que l'Irlande dont la situation devint encore plus déplorable à la suite des idées de réforme, bonnes au fond, mais mal appliquées, que Jacques y voulut faire prévaloir. Son fils, Charles 1°", lui succéda sur le trône. On a de Jacques °° plusieurs écrits que l'évêque Montacuti a publiés sous le titre de Opera (Londres, 1619), et qui font bien connaître le caractère et les idées de ce monarque. Il s’y établit le champion des droïts de souveraineté absolue que Dieu a départis aux princes, et s'élève contre l'usage du tabac, qu’il regarde comme une abomination. Admettant la possibilité des sortiléges et l'existence des mauvais esprits, il y récherche aussi pourquoi le diable aime de préférence à avoir des relations avec les vieilles femmes. Consultez Nichols, The Progressions, processions and festivities of king James I (3 vol.; Londres, 1829 ); D'Israeli, Znquiry in {he lilerary and political character of James I (1816).

JACQUES If, second fils de Charles 1°, naquit le 24 octobre 1633. Après la prise d'York par l’armée parlemenfaire (24 juin 1646), il fut mis sous la garde du duc de Northumberland et emprisonné avec ses frères et sœurs dans le palais de Saïnt-James, à Londres, d’où cependant il s’échappa en 1648. Il lui fut alors donné de pouvoir, à travers bien des périls, se retirer auprès de sa sœur Marie, femme de Guillaume II, prince d'Orange; et il est à présumer que ce fut seulement après la mort de son père qu’il rejoignit en France sa mère, Henriette, fille de Henri IV. En 1652, dépourvu de toutes ressources, il fut réduit à s'engager comme volontaire sous les drapeaux de Turenne; puis, à la conclusion de la paix de 1655, il lui fallut quitter la France, Alors, rassemblant autour de lui, dans l'intérêt de sa maison, des proscrits anglais et irlandais , il combattit , en qualité de lieutenant général au service d’Espagne, sous les ordres de Condé et de don Juan, jusqu’à la fin de 1659, contre son ami Turenne, et acquit dans ces campagnes une grande expérience de la guerre, quoiqu’on ne puisse citer de lui aucune action d’éclat. Après la restauration de la maison de Stuart, il fut nommé par son frère, Charles II, grandamiral , avec le commandement supérieur de la mariné britannique, dont il porta la puissance à un haut point de splendeur. Président d’une compagnie africaine, il fut, en 1665, linstigateur d’une guerre contre les Hollandais, et remporta, le 3 juin, aux environs de Lowestoffe, une victoire complète sur leur flotte, commandée par l'amiral Opdam. A la mort de sa femme, Anne, fille du chancelier Hyde, depuis comte de Clarendon, il embrassa publiquement, en jüin 1671, à linstigation des jésuites, la religion ca-

, tholique, à laquelle depuis son séjour en France il appar-

tenait déjà secrètement. La reprise des hostilités entre la Hollande et l'Angleterre lui fournit, en 1672, l’occasion de faire faire, par de nouvelles victoires, le mécontentement général produit par son changement de religion. Ralliant la flotte britannique à l’escadre française sous les ordres de d’Estrées, illivra, le 28 mai, àRuyter, sur les côtes de Southwoldbay, une sanglante bataille, dans laquelle les deux partis s’attribuèrent réciproquement la victoire. Mais par suite du vote du célèbre bill du fes 4, il renonça à son commandement, et se démit, à l'exemple des autres catholiques, de toutes fonctions publiques. Le mariage qu’il contracta, en septembre de la même année, avec la princesse catholique de Modène, Marie d’Este, souleva tout aussitôt de violentes clameurs. La profonde émotion causée dans le pays par la prétendue conspiration catholique dé 1679, le força de se retirer à Bruxelles. Cé fut pendant cet exil volontaire qu'une proposition formelle fut faite à Ia chambre des communes pour l’exclure du trône; mais la chambre des lords et le roi n’hésitèrent pas à la repousser. Après la dissolution du parlement, qu'il réussit à faire prononcer par son frère, i revint à Londres en 1681. 11 fut alors envoyé de nouveau comme gouverneur en Écosse, où il traita avec la

JACQUES

plus grande cruauté les presbytériens révoltés. A son retour, en mars 1682, il prit sur l'esprit de son faible frère un tel ascendant, que ce dernier, en dépit des prescriptions de l'acte du £esé, le fit entrer dans le conseil privé et lui abandonna la direction de presque toutes les affaires.

Objet de défiance pour les protestants, il monta sur le trône le 6 février 1685, à la mort de Charles IF, et donna alors, il est vrai, dans le sein de son conseil, l'assurance formelle de respecter les libertés de la nation; déclaration qui ne: l’empêcha point de prendre tout aussitôt les mesures propres à transformer la libre Angleterre en monarchie absolue et à rendre à l’Église catholique son ancienne puissance. Le duc de Monmouth, fils naturel de Charles I, et Pidole du peuple, que Jacques avait exilé dans les Pays-Bas, chercha à profiter du mécontentement général pour s’emparer du trône. Il débarqua, le 11 juin 1685, sur la côte d'Angleterre avec une centaine d'hommes, et en peu temps cette petite troupe se trouva portée au chiffre de plus de 2,000 combattants. Mais défait le 20 du même mois par le comte Feversham, il périt sur l’échafaud avec les plus compromis d’entre ses adhérents. Enhardi par ce succès, Jacques envoya à Rome une ambassade, dite d’obédience, solliciter du pape la rentrée et l'admission de l’Angleterre et de l'Écosse dans le giron de l'Église catholique. Après avoir intimidé le parlement par ses menaces, il fit attribuer, en 1686, à la couronne le pouvoir de dispenser en certains cas du serment prescrit par l'acte du {est , et s’en servit aussitôt pour mettre les catholiques en possession de toutes les grandes charges et dignités politiques. Dans le cours de cette même année, il établit une haute commission qui cita devant elle, sans autres formes de procès, tous les ecclésiastiques mal vus à la cour? puis il fit jeter en prison sept évêques coupables d’avoir protesté contre la création de cette juridiction exceptionnelle. Enfin, en 1687, il osa faire publier, en Écosse d’abord, et ensuite en Angleterre, un édit de tolérance générale, qui suspendait l’acte du testé et toutes les lois rendues précédemment contre lesnon-conformistes. Comme on savait qu’à la mort de Jacques IE ses deux filles, Marie.et Anne, princesses élevées dans les doctrines protestantes, seraient appelées au trône, à défaut d’héritier mâle, le peuple prenait patience. Mais en 1658, à la grande joie des prêtres, des courtisans et des papistes, le cuit se répandit que la reine, après quatorze ans de stérilité, était enceinte. La terreur que cette nouvelle répandit parmi les protestants leur fit soupçonner qu'une grande fraude politique allait se commettre, et que cette grossesse était simulée; supposition justifiée jusqu'à un certain point par le soin que prenait la cour d’éloigner de la reine toutes les personnes étrangères au service de sa maison. Le 10 juin 1688 on annonça enfin au peuple que la reine venait d’accoucher d’un prince; mais personne ne voulut croire à la réalité de cet accouchement, et l’opinion à peu près générale fut qu’il y avait eu supposition d’enfant. Alors les chefs influents du parti populaire tournérent leurs regards vers le prince d'Orange, et concertèrent avec lui le plan d’une descente en Angleterre. Quand Jacques entendit parler de ces préparatifs d’invasion faits par son gendre, ilen éprouva une telle frayeur, qu’en septembre 1688 il révoqua soudainement toutes les ordonnances qui l'avaient rendu odieux à la nation. Les catholiques furent remplacés à tous les degrés de l'administration par des protestants, et une commission de douze juges fut même chargée de pros céder à une enquête sur la légitimité du prince son fils.

Le prince d'Orange débarqua en Angleterre au mois de novembre 1688. Quand le roi se vit abandonné de tout le monde, sans pouvoir même compter sur sa flotte ni sur son armée, il s'enfuit en France, le 23 décembre 1688, avec sa famille, Louis XIV l'accueillit en roi, et lui assigna pour résidence le château de Saint-Germain. Le 22 janvier 1689 le parlement prononça la déchéance de Jacques IT, et offrit la couronne au prince d'Orange, sous le nom de Guiilaume J11. De France, Jacques A entretint longtemps

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