JANISSAIRES
prisonniers chrétiens , entre lesquels on choisirait à cet effet un homme sur cinq, et la fit énir par la saint derviche Hadji- Bektasch, qui lui donna aussi le nom de Jenitscheri, c'està-dire nouveaux soldats; et Les hauts bonnets en feutre blanc desquels pendait une espèce de manche, que portait cette milice, rappelaient la consécration d’un de ses chefs par le derviche, qui à cet effet lui avait imposé sur ja tête la manche de son vêtement de feutre blanc. Le nombre des janissaires ne tarda point à beaucoup augmenter, parce qu’on prenait régulièrement à cet effet la dixième partie de tous les enfants de chrétiens de la Turquie d'Europe. Mais leurs nombreux priviléges produisirent avec le temps ce résullat, qu'une foule de jeunes Lures se firent admettre dans ce corps ; en conséquence, on cessa alors de le recruter parmi les prisonniers de guerre, et vers la fin du dix-septième siècle on cessa également de lever à cet effet la dixième partie des enfants de chrétiens. En outre, on accorda à une foule de musulmans de toutes classes, et même à des chrétiens, la permission de se faire inscrire, en payant une certaine somme, sur les contrôles de ce corps privilégié; moyennant quoi, tout en ne recevant pas de solde, ils jouissaient de franchises précieuses, telles que l’exemption héréditaire de tout impôt, le droit de résidence fixé sur un point déterminé de l'empire, celui d’y exercer toutes espèces de méüers; en outre, ils n’étaient astreints au service militaire qu’en cas de guerre, chose du reste fort rare.
I] existait done deux espèces de janissaires, ceux qui étaient régulièrement organisés et casernés à Constantinople et autres grandes villes de l'empire, et dont leffectif, après avoir atteint le chiffre de 60,000 hommes au temps où l'institution était dans tout son lustre, avait fini par ne plus être que de 25,000; et les janissaires irréguliers appelés Jamacks, au nombre de 3 à 400,000, et dispersés dans toute les villes de empire. Ceux-ci étaient divisés en ortas, c’est-à-dire en hordes, dont chacune avait sa caserne particulière, dite oda, au nombre de 80, porté plus tard à 196, et entre lesquelles existaient de nombreuses différences tant pour les priviléges que pour l'effectif, les emblêmes, etc. Chaque oréa avait sa caisse particulière, dans laquelle on versait le produit des biens laissés par les janissaires morts sans avoir été mariés, et qui servait des pensions aux invalides ;elle était commandée par six officiers, parmi lesquels le maître cuisinier n’était pas celui qui.jouissait de moins de
considération. A la tête detoutes les ortas était placé, en qua- |
lité de commandant supérieur, l’aga, avec un Æiaja-beg, comme commandant en second. Le pouvoir exercé par le premier sur ses subordonnés était presque illimité; Ja crainte des révoltes l’empêchait seule d’en pousser trop loin l'abus. Il avait en effet droit de vie et de mort, et était la source de toutes les grâces.
Tous les ans les janissaires recevaient un vêtement de drap grossier, et en temps de paix une solde, qui, sauf les officiers, variait suivant leur âge de 1 à 20 aspres par jour,
distribuait en outre chaque jour de fortes rations de riz, de pain et de viande, et ils mangeaient à une table commune. En général ils étaient parfaitement entretenus, mais toujours prêts à se révolter quand on ne pourvoyait pas d’une manière suffisante à leurs besoins. En temps de paix ils
remplissaient les fonctions de sergents de ville ,; età ceteffet ils étaient munis d’un long bâton. A la guerre, ils portaient un long et lourd fusil, un petit sabre, un coutelas et
un pistolet à la ceinture. Ils ne servaient qu’à pied, formaient ordinairement la réserve de l’armée turque, et furent pendant longtemps célèbres à cause de l’aveugle intrépidité avec laquelle ils se ruaient sur l’ennemi; mais comme ils étaient étrangers à toute espèce de tactique, ce qu’il y avait d'impétueux et de sauvage dans leur premier choc ne
pouvait être dangereux que pour un ennemi aussi peu avancé | queux-mêmes dans la connaissance des lois de la tactique.
C'était pour eux une affaire de point d’honneur que de ne !
pas perdre,leurs marmites de campagne, instruments qui
jouent un grand rôle dans leur histoire. C’est de même que, comme signe militaire, ils portaient leur cuiller de bois renfermée dans un fourreau qui s’attachait à leur bonnet. Enfin, c’est parmi les janissaires qu’on recrutait la garde particulière du sultan. Plusieurs or/as étaient affectés à des services spéciaux, dans les places fortes les plus importantes, ou encore sur la flotte.
Les janissaires étaient autrefois astreints à la discipline la plus sévère ; mais quand les monarques turcs dégénérés ne furent plus que des princes croupissant dans l’oisiveté du sérail, les janissaires à leur tour en vinrent à ne plus être que la plus turbulente, la plus indisciplinée et la moins militaire des soldatesques, instrument toujours à la disposition de la révolte. Aussi leur histoire, sauf quelques brillants faits d'armes, n'est-elle qu’une suite de révoltes, d’assassinats de sultans, de vizirs, d’agas, ete, et :d’affreuses atrocités de tous genres ; à tel point qu’ils avaient fini par être bien plus redoutables an sultan que quelque ennemi extérieur que ce püt être. Les tentatives faites a différentes reprises par des sultans , soit pour les réformer, soit pour les dissoudre, ou n'avaient point eu les résultats qu’on s’en était promis, ou avaient complétement échoué et provoqué, au contraire, de sanglantes révolutions dans l’intérieur du sérail. Le sultan Mahmoud fut le premier qui réussit à les exterminer.
Les janissaires avaient vu sans trop murmurer s’opérer H réforme de l’armée turque réorganisée à l’européenne sous le nom de nizam-djedid ; depuis quelques mois, chacune de leurs ortas fournissait même des détachements pour être exercés aux manœuvres européennes par-des officiers égyptiens. Les progrès de ces troupes furent assez remarquables pour que Mahmoud désirât s’assurer de leur degré d'instruction, et il fit annoncer qu’il passerait une grande revue sur la place de l’Atméidan, le 14 juin 1826. Les manœuvres avaient déjà commencé, lorsque quelques-uns des plus mutins parmi les janissaires se plaignirentinsolemment de ce genre d'exercice, inaccoutumé parmi les troupes musulmanes. Ce fut le signal de la révolte. Assistés de la poprlace, les janissaires se répandirent la nuit dans les rues, et y commirent les plus grands désordres. Quelques hôtels occupés par les administrations furent pillés et incendies. Rassemblés, le lendemain, sur la place de l’Atméidan, ils y renversèrent leurs marmites, ce qui signifiait chez eux d'ordinaire qu'ils renonçaient à la nourriture que leur fournissait le sultan, et ils exigèrent qu’on leur livrât les têtes des principaux fonctionnaires de la Porte. Mahmoud, qui avait prévu ce mouvement séditieux, s'était prémuni contre.les suites de la révolte. Il avait su gagner de longue main les officiers les plus influents , et avait été puissamment secondé par son conseil dans toutes les dispositions préparatoires. Dans la matinée du 15 le désordre était à son comble; 20,000 hommes se trouvaient déjà réunis sur la place, lorsque le sultan fit déployer l’étendard du prophète (sandjack-sché-
ait : riff), que le muphti planta sur la mosquée d’Achmet; et à mais s’élevait bien davantage en temps de guerre, On leur
cette vue les masses populaires vinrent avec le plus vif enthousiasme se mettre à Ja disposition du successeur de Mahomet.
L'ancien aga des janissaires, Husséin-Pacha, à la tête des topchis (canonniers), des soumbaradchis (bombardeurs } et des bost{andgis (surveillants des jardins impériaux), demeurés fidèles au sultan et fanatisés par les prédicatione des oulémas, ainsi que par la vue de Pétendard du prophète, marcha contre les révoltés, que le muphti avait anathématisés. Cernés sur la place de PAtméidan, dont ils avaient fait leur place d’armes, ils y furent impitoyablement mitraillés. On mit ensuite le feu aux casernes dans lesquelles s’6taient refugiés ceux qui avaient pu échapper au massacre de la place de PAtméidan ; et plus de 8,000 janissaires y périrent au milieu des flammes. Le reste fut égorgé partiellement dans les rues de la capitale.
. Un décret à la date du 17 juin déclara que ce corps était a jamais dissous, et frappa même d’anathème le nom de fanis-
., Saire. Des commissions militaires furent établies pour juger
et fare passer par les armes ceux qui avaient pu échapper aux terribles exécutions du 15 et du 16 juin, et toutes les tentatives ultérieures faites par les janissaires pour relever la tête furent immédiatement étouffées dans le sang. Aussi, au mois de septembre 1826, évaluait-on à 15,000 le nombre des janissaires qui avaient péri égorgés, et à 20,000 ceux qui avaient été bannis à la suite de. cet événement. Dans les provinces de l’empire la dissolution du corps de janissaires provoqua sur divers points des tueries analogues. Es-Séid- Mohamed-Essad, historiographe du sultan, a publié l’histoire de la destruction des janissaires ; ouvrage dont M. Caussin de Perceval a publié une traduction française (Paris, 1833).
JAN-MA YEN , île de la mer Glaciale du Nord, ainsi nommée d’après le navigateur hollandais qui la découvrit en 1611, située entre l’Islandeet le Spitzberg, est la terre d’origine volcanique la plus septentrionale qu’on connaisse. Son point culminant est le Mont aux Ours, haut de 2150 mètres, dont on peut voir le cône couvert de neiges éternelles, ettrès-certainement inaccessible, projeter de la flamme et de la famée. Les parois en sont revêtues d'immenses glaciers, qu’on prendrait pour des cataractes que le froid est parvenu à rendre immobiles. Le volcan d’Esk, découvert et visité par Scoresby en 1817, est à une altitude de 500 mètres. En 1818! il eut une nouvelle éruption.
JANOT, JANOTISME. Janot, ou Jeannot diminutif de Jean, était déjà dans la langue usuelle le nom qui servait à désigner une ingénuité niaise, quand Voltaire, dans son Jeannot et Colin, en fit le personnage principal d’un de ses contes ingénieux. Plus tard, un auteur des petits théâtres du boulevard, en le descendant plus bas encore, éleva Janot à une vogue inouïe. Il devint l’un de nos plus bizarres engouments. Le Janot de Dorvigny, joué par le farceur en renom à cette époque, Volange, ne réussit à rassasier la curiosité parisienne qu'après plus de 200 représentations. On en donnait deux par jour pour satisfaire l’avidité et placer laffluence des spectateurs. L'auteur, quine s'était guère douté de ce succès fou, avait d'avance vendu sa pièce pour une trèsfaible somme ; le directeur du théâtre, enrichi par ce chefd'œuvre imprévu, poussa la générosité jusqu’à le gratifier d’un supplément... de 600 francs : il devait en avoir gagné environ trois cent mille, A la même époque on jouait dans le désert, au Théâtre-Français, la reprise de la Rome sauvée de Voltaire. Janot avait triomphé de Cicéron. Du reste, il est juste de dire que cette parade n'était pas sans une certaine portée satirique , qui sans doute avait échappé à la censure de l’ancien régime : Janot était le représentant de ce bon peuple qui, toujours battu, payait toujours l'amende. Joué, comme l'ouvrage de Beaumarchais, peu avant la révolution, il était, lui, le Figaro de la basse classe. Ce qui contribua aussi à faire de Janot un type bouffon, ce qui le fait encore citer comme tel, c’est cette burlesque interversion de mots, cette singulière disposition de phrases dont l’avait doté son auteur : « En fait de couteaux, c'est mon père qui en avait un beau, devant Dieu soit son ame! pendu à sa ceinture. » Voilà un des exemples de ce langage qui fit invasion dans la société, comme précédemment le calembour, et que l’on nomma le janotisme. Le mot nous est resté pour exprimer ce genre de locutions vicieuses, que, Dieu merci! l’on n'affiche plus, mais qui peut échapper à la distraction de tout le monde;, et même d’un homme d’esprit. Ourry.
JANSENIUS, JANSÉNISME. Il y eut deux Jansenius, ayant tous deux le prénom de Corneille ou Cornelius : l’un était évêque de Gand, et laissa des commentaires estimés sur différents livres de l'Écriture; l’autre fut évêque d’Ypres, c’est celui dont nous avons à nous occuper. Le nom de l'un et de l’autre était Jansen, qu'ils changèrent en Janseñnius selon la méthode qu'avaient les docteurs de ce tempslà de donner à leur nomune terminaison latine, Cornelius Jansenius, évêque d'Ypres, naquit en 1585, près de Léerdam, en Hollande, 11 fit ses premières études au collége des jésuites d’Utrecht, son cours de philosophie à Louvain,