‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 377 sur 522 · JANISSAIRES — JANSENIUS · texte numérisé non relu

JANISSAIRES — JANSENIUS

et acheva sa théologie à Paris. Les docteurs de Louvain, héritiers de la doctrine de Baius, donnèrent à Jansenius les premiers principes des erreurs qu'il développa dans ses écrits, et ses relations à Paris avec Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, achevèrent de l'égarer. Ce dernier l’appela à Bayonne, son pays natal, pour le placer à la têle d’un collége qu’il y avait fondé. Là, ils se mirent à étudier ensemble saint Augustin, moins pour y trouver la vérité que pour y chercher des passages favorables à leurs opinions. De retour à Louvain, Jansenius obtint le bonnet de docteur en 1617, la direction du collége de Sainte-Pulchérie en 1619, une chaire d’Écriture sainte en 1630, enfin l'évêché d’Ypres en 1636. Deux ans après, la peste, qui ravageait son troupeau, l’atteignit lui-même, et l’enleva de ce monde.

Ce prélat avait écrit divers ouvrages, entre autres des Commentaires sur le Pentateuque, ouvrage plein d’érudition. Mais le livre qui fit le plus de bruit fut l’Augustinus, fruit de vingt ans de travail, que l’auteur prétendait offrir comme la doctrine de saint Augustin sur les différents états de la nature humaine, soit avant, soit après le péché. Ce n’était en réalité qu’un fatalisme déguisé, renouvelé des erreurs de Baius et de Calvin sur la grâce et le libre arbitre. Selon Jansenius, il n’y à plus de libre arbitre pour l’homme depuis le péché. Il a fait place à une double délectation, l’une terrestre,«qui nous entraîne au mal; Pautre céleste, nous porte à la vertu. La volonté de l’homme, inerte par elle-même, suit nécessairement l'impulsion de l’une ou l’autre de ces délectations. Le penchant terrestre, ou la concupiscence, est-il le plus fort, le mal se fait irrésistiblement; est-ce au contraire le penchant céleste, ou la charité qui l'emporte, le bien s'opère de toute nécessité. Tout lesystème de Jansenius est contenu dans éette proposition, traduite littéralement de son livre: Nous faisons nécessairement ce qui nous plait le plus.

Jansenius avait quelque pressentiment de l'opposition que rencontrerait son livre. « Je ne puis me persuader, écrivait-il à Saint-Cyran, que mon ouvrage soit jamais approuvé de ceux qui en seront les juges. » Aussi n’avait-il pu se déterminer à le rendre public, et avait-il été plus d’une fois tenté de l'envoyer à Rome pour le soumettre au jugement du pape. Dans l'ouvrage même, il appelle cejugement, se déclarant prêt à rétracter ce que le saint-siége condamnera. A son lit de mort, il renouvela cette déclaration dans une lettre qu'il adressa au pape Urbain VIIL: « Je sais, dit-il, qu’il est difficile de faire des changements dans mou livre ; si cependant le saint-siége juge à propos d’en faire, je suis fils obéissant de l’Église, dans laquelle j'ai toujours «vécu, et à laquelle j'obéirai jusqu'au lit de mort. » Cette lettre ne parvint pas au pape; elle fut supprimée par les exécuteurs testamentaires de l’auteur, et n’a été découverte que soixante ans après, lors de la réduction d’Ypres par le prince de Condé,

L’Augustinus, publié par les soins de L. Fromond et de H. Calenus, excita de violentes contestations en Flandre. Il fut condamné, en 1641, par une bulle d'Urbain VIII (/n eminenti), comme renouvelant les erreurs déjà condamnées de Baius. Cette première censure ne fit que déplacer le théâtre des disputes : l'Augustinus trouva des partisans en France; la Sorbonne fit examiner le livre, et en réduisit toute la substance à cinq propositions que les évêques de France déférèrent au saint-siége, Les voici : « 1° Quelques commandements de Dieu sont impos#ibles aux hommes sustes qui veulent les accomplir, et qui s'efforcent de le faire selon les forces qu'ils ont, et ils n'ont pas la grâce qui les leur rendrait possibles. 2° Dans l’état de nature tombée, on ne résiste jamais à la grâce intérieure. 2° Dans l’état de nature tombée , pour mériter ou démériter, il n’est pas nécessaire que l’homme ait une liberté exempte de nécessité; une liberté sans contrainte lui suffit. 4° Les semi-pélagiens admettaient la nécessité d'une grâce prévenante pour toutes les bonnes œuvres, même pour le commence-

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