HESSE-DARMSTADT
fois modifiées depuis 1848. Le ministère d’État se compose de quatre départements ministériels : affaires étrangères et maison du grand-duc, intérieur, finances, justice. Le grandduché occupait la neuvième place dans l’ordre de la Confédération germanique et possédait trois voix dans l’assemblée plénière. Son contingent fédéral était de 12,696 hommes, répartis dans le neuvième corps d'armée fédéral. Depuis le rétablissement de l'empire d'Allemagne (1871) le contingent hessoïs est placé sous le commandement suprème de l’empereur, A,
La maison de Hesse-Darmstadt est la branche principale de la ligne cadette de la maison de Hesse, et fut fondée en 1567 par Georges I*', dit Ze Pieux, le plus jeune des fils de Philippe le Magnanime. Georges 1°", mort en 1596, eut pour successeur l’ainé de ses fils, Louis V, lequel mourut en 1626, laissant pour héritier son fils Georges II, mort en 1661. Louis VI, fils et successeur de ce dernier, mourut en 1678; et son fils, Louis VII, ne régna qu’une couple de mois. Il mourut à Gotha, le 30 août 1678, le jour même fixé pour son mariage avec la fille du duc Maurice de Saxe- Zeitz. A celui-ci succéda son frère consanguin, Ernest-Louis, mort en 1739, léguant la souveraineté à son fils Louis VIII, qui régna jusqu’en 1768. Le landgrave Louis IX, qui lui succéda, perdit, aux termes de la paix de Lunéville, toutes ses possessions situées sur la rive gauche du Rhin, et en fut indemnisé par divers territoires sur la rive droite de ce fleuve eten Westphalie. Après avoir accédé, en 1806, à la Confédération du Rhin, il prit, sous le nom de Louis 1+, le titre de grand-duc de Hesse-Darmstadt, demeuré depuis dans sa maison. 11 se montra fidèle à l'alliance de la France tant que la fortune sembla protéger Napoléon; mais après les revers que celui-ci éprouva en 1813 le grand-duc s’empressa d'accéder à la coalition; et le congrès de Vienne reconslitua ses États à peu près tels qu’ils étaient composés au début des guerres de la révolution française,
En mai 1520, pour remplir les promesses faites en 1813, le grand-duc accorda à ses sujets une constitution représentative : mais l'assemblée des états convoquée pour la discuter la repoussa, et Louis 1° en dut octroyer une autre, qui fut mise en activité le 17 décembre suivant. C’est justice de reconnaitre que ce prince, homme éclairé et dont le gouvernement montra dès lors constamment les tendances les plus libérales, prit cet acte au sérieux. Aussi, pendant tout son règne, le grand-duché de Hesse-Darmstadt offrit-il à l'Allemagne le spectacle d’un gouvernement constitutionnel, en miniature sans doute, mais fonctionnant avec une grande sincérité. La presse resta soumise à la censure préalable, parce qu’ainsi le voulaient les prescriptions générales de l'acte fédéral rattachant le pays à la Confédération germanique; mais la censure fut du moins exercée avec tant de laisser-aller, que relativement au reste dé Allemagne le grandduché parut en complète possession de la liberté de la presse. Les diètes furent toujours régulièrement convoquées aux époques fixées par la constitution, La quatrième commença ses travaux en novembre 1829. Sa session n’était pas encore terminée, lorsque le grand-duc Louis 1° mourut, le 6 avril 1830, laissant pour successeur son fils Louis II. Le nouveau grand-duc était peu populaire, parce qu’on le croyait hostile aux Institutions nouvelles ; et la diète lui donna immédia-
| tement un témoignage irrécusable des défiances et des mauyaises dispositions du pays à son égard, en refusant de mettre à la charge de l'État deux millions de florins de dettes personnelles de ce prince, de même qu’en réduisant le chiffre de la liste civile de 591,604 florins à 576,000. Les troubles qui éclatèrent dans le pays de Hesse-Cassel , la fermentation générale produite en Allemagne Par la révolution de Juillet et ensuite par les émouvantes péripéties de la Jutte soutenue contre le {sar par les Polonais, eurent nécessairement leur | contre-coup dans le grand-duché de Hesse-Darmstadt, dont le nouveau gouvernement ne dissimulait point ses tendances réactionnaires. Des associations qui se formèrent à l'effet de | venir en aide à la Pologne combattant pour son indépendance
furent interdites par le pouvoir, qui bientôt s'empressa de publier et de mettre à exécution les résolutions de la diète germanique ayant pour but de proscrire les réunions populaires, les démonstrations politiques et les sociétés secrètes. Le gouvernement grand-ducal, bravant la réproba . tion de lopinion, entreprit alors, sans le concours des états, la réorganisation administrative et judiciaire du pays. La cinquième diète, dont les travaux commencèrent le 5 décembre 1832, n’hésita point à blamer énergiquement Ja conduite du pouvoir, Les états formulèrent même des propositions relatives à la position que le gouvernement prétendait faire au pays dans ses rapports avec la Confédération germanique, et, à l'instar des états de Bade et de Wurtemberg, réclamèrent hautement labolition de la censure. L'assemblée fut dissoute le 2 novembre 1833; et dans un édit publié pour justifier cette mesure le gouvernement parla d’un parti qui avait pris une attitude d’hostilité systématique à l'égard du pouvoir, et qui faussait l'esprit des institutions en prétendant étendre les attributions de la diète au delà des limites que leur fixait la constitulion, Divers fonctionnaires publics qui avaient fait partie de l’opposition dans l’assemblée des états, Gagern entre autres , Se séparèrent alors avec éclat du gouvernement en donnant leur démission,
Depuis lors , la lutte fut constante entre un pouvoir réacteur et hostile aux libertés publiques et le pays, dont la désaffection, de plus en plus grande, trouvait un organe de plus en plus puissant dans l'opposition, toujours nombreuse, de la seconde chambre des états. Gagern devint l’un des chefs de cette opposition constitutionnelle, que le pouvoir traitait de factieuse, mais dont tous ses efforts furent impuissants à empêcher la réélection aux différentes diètes qui se succédèrent dès lors, Quand les questions financières ou administratives ne fournissaient pas aux passions en présence un terrain assez vaste, elles se dédommageaient en se rejetant sur les questions de détail. Le vote des différentes lois relatives à la création de voies ferrées, notamment, donna lieu à mettre de plus en plus en évidence le désaccord complet du gouvernement et du pays. L'historique de ces üraillement, intérieurs n’a qu’un intérêt tout local; nous nous dispenserons, par conséquent, de présenter ici, même par voie de simple analyse, le détail des travaux législatifs et des luttes parlementaires qui occupèrent chacune des différentes diètes réunies jusqu’en 1847. Si cette session est de notre part l’objet d’une exception, c’est qu’à ce moment l'Europe tout entière avait comme le pressentiment des grands événements qui devaient bientôt s’accomplir, Toutes les intelli. gences se préoccupaient de questions politiques avec une ardeur jusque alors inouie ; et les hommes d’élite qui quelques années auparavant avaient cédé au découragement et dit adieu à la politique y revenaient maintenant avec empressement. C’est ainsi que Gagern, qui depuis longtemps s’occupalt uniquement de fravaux agricoles, se laissa élire membre de la diète, et vintreprendre sa place dans cette assemblée, en février 1847; et l'opposition le reconnut tout aussitôt pour chef. Des élections générales eurent lieu , à la fin de cette même année , pour la diète nouvelle qui devait se réunir à cette époque ; et, en dépit de tous les efforts faits par legouvernement pour en fausser l'esprit, elles donnèrent encore plus de force à l'opposition. Dès l'ouverture de la session, en septeinbre 1847, les débats de l'adresse prouvèrent les progrès immenses qu'avait faits l'idée de la résistance au pouvoir. Après une courte prorogation, l’assemblée reprit ses travaux le 28 février 1848. La mention de cette simple date indique tout de suile au lecteur ce que la position avait de tendu. Ce même jour les députés Gagern, Wernbher et Frank proposaient à l’assemblée de voter l'établissement d’une représentation nationale commune à toute l'Allemagne, et de remettre la direction supérieure des affaires, tant intérieures qu’extérieures de l'Allemagne, à une seule puissance, désignant franchement la Prusse pour jouer ce rôle. Cependant la révolution marchait à pas de géant ; et
{e ministère du grand-duc s’efforça vainement de l'arrêter par des promesses : liberté de la presse, organisation de la garde nationale, publicité des débats judiciaires et introduction du jury, tout cela devait être accordé sous quelques
jours. À ce moment le grand-duc comprit qu'il n'était plus |
l’homme de la situation; et le 5 mars il se donna son fils pour co-régent, en même temps qu’il renvoyait ses anciens ministres et que, aux acclamations universelles du pays, il appelait à la direction des affaires un nouveau cabinet présidé par Henri de Gagern. C’est ce cabinet qui se chargea
de réaliser les belles et beaucoup trop tardives promesses |
de la précédente administration. Mais bientôt on vit éclater parmi les populations des campagnes de l’Odenwalde et du nord du grand-duché une agitation semblable à celle qui,
en 1525, avait donné lieu à la guerre des paysans.llyeutlà |
soulèvement en masse contre les propriétaires fonciers ; et dans ces désordres il ne fut pas difficile de reconnaitre Paction du parti démocratique et socialiste, aux yeux de qui l’ancienne opposition constitutionnelle se composait d’ennemis de la liberté non moins dangereux que les partisans avoués du despotisme de l’ancien régime. Ce parti, quoique ne constituant qu’une extrême minorité sans racines dans le pays, auquel il inspirait en général Ja plus viveantipathie, n’en parvint pas moins, en raison des circonstances excep tionnelles où l’on se trouvait, à l’agiter violemment à la surface. Le ministère Gagern ne tarda donc pas à être signalé comme réactionnaire, et son chef ayant été élu député à l'assemblée nationale convoquée à Francfort, d’autres hommes se trouvèrent naturellement appelés à prendre la direction des affaires dans le grand-duché.
La mort du grand-duc Louis II, arrivée sur ces entrefaites {16 juin 1848), ne cliangea rien à la situation; et son fils, que depuis trois mois il avait associé à l’exercice de la souveraineté, lui succéda sans conteste sous le nom de Louis ILE, Le nouveau cabinet constitué à la suite de la retraite de Henri de Gagern demeura fidèle au programme politique de cet homme d'État, mais eut comme lui à lutter contre le parti républicain, qui chaque jour affichait davantage ses prétentions. Ce qu’il exigeait en ce moment, c’était la démocratisation de la loi électorale et la convocation d’une assemblée nouvelle en remplacement de celle que les événements de mars avaient trouvée en fonctions, et qui continuait à représenter ie pays. Ces idées acquérant toujours plus de force au sein même de cette assemblée, le ministère prit le parti de la proroger indéfiniment; mesure qui fit aussitôt jeter les hauts cris à l'opposition républicaine. Le gouvernement n’en continua pas moins à user largement de son droit d'initiative pour opérer seul dans l'administration et la législation les réformes depuis longtemps réclamées par l'esprit du temps. Mais ces réformes, en détruisant une partie des sources du revenu public , ne laissèrent pas que d'accroître les difficultés financières du moment; et un impôt extraordinaire établi sur les revenus ne produisit vas les résultats qu'on s’en était promis.
Les chambres prorogées se réunirent de nouveau, en noxembre 1848; et le gouvernement leur présenta alors un projet de loi électorale ayant pour base le suffrage universel. La discussion de cette loi se prolongea jusqu’au milieu de l’année suivante; et la dissolution de l’ancienne diète ne put en conséquence avoir lieu que le 24 mai 1849, La 1oi électorale publiée le 1° septembre 1849 déclarait tous les citoyens âgés de vingt-cinq ans en possession d’élire les membres de la seconde chambre, composée de cinquante députés. Tout citoyen honorable âgé de trente ans était éligible à l’une et à l'autre chambre. La première chambre, composée de vingt-cinq membres, était élue par les mille citoyens les plus imposés de chacun des dix départements dans lesquels le territoire du grand-duché avait été divisé en 1848. On eût pu croire la marche régulière des affaires désormais assurée ; mais par ses exigences et ses prétentions le parti extrême rendit bientôt nuls les résultats des réformes qui venaient d'étre opérées. N'ayant plus de prétexte