JARNAC — JASEUR
que par son fameux duel avec François DE VivoNNE, sieur p& LA CHATAIGNERAIB. La cause de ce duel est assez curieuse pour être rapportée. On avait jeté dans la chambre du roi un écrit contenant l’imprécation et la malédiction prononcées contre Ruben. C’était une allusion aux amours de Henri II et de Diane de Poitiers, qui avait été la maîtresse de son père. Le roi en avait fait l'application à Jarnac, qui, disait-il, était l'amant de sa belle-mère, et faisait figure à la cour avec l’argent qu’il en recevait. Jarnac, sans paraître savoir d’où l’imputation était venue, l'avait repoussée comme calomnieuse. La Châtaigneraie, qui passait pour la meilleure lame du royaume, s’en déclara l’auteur, pour faire sa cour au roi, dont il était déjà l’un des favoris. Jarnac dut lui demander réparation. Henri IL autorisa le combat. Les lices furent ouvertes le 10 juillet, dès six heures du matin, à Saint-Germain-en-Laye. Le roi y assista avec toute sa cour; le duc d’Aumale avait accepté l'office de parrain de La Châfaigneraie; Charles Gouffier de Boissy était parrain de Jarnac. On fit le choix des armes avec tous les rites de l’ancienne chevalerie. Lorsque enfin l’un des hérauts d'armes prononça le cri : « Laissez aller les bons combattants, » ils s’élancèrent l’un sur l’autre et se portèrent plusieurs coups d'épée; tout à coup La Châtaigneraie tomba, blessé au jarret d’une manière inattendue, d’où est venu le terme proverbial recevoir un coup de Jarnac. Le vainqueur ne voulut point achever son ennemi ainsi renversé; il lui criait : « Rendez-moi mon honneur ! » « Puis il disait au roi : « Sire, prenez-le, je vous le donne. » La Châtaigneraie ne voulut pas se rendre, et le roi hésita longtemps avant de l’accepter en don.
Cependant le vaincu fut emporté du champ de bataille; Jarnac fut embrassé par le roi, qui lui dit : « Vous avez combattu en César et parlé en Aristote. » La Châtaigneraie, désespéré, arracha les bandages de sa blessure, et se laissa mourir. A. SAVAGNER.
JARNICOTTON. Voyez Corrox.
JAROSLAW. Voyez IAROSLAF.
JAROSSE. Voyez GESSE.
JARRE, nom que l’on donne en chapellerie aux poils longs, durs et luisants, qui ne sont propres ni au feutrage ni à la teinture, et qu’il faut arracher avec des pinces. JARRE, sorte de vase en terre vernissée, à deux anses, dont le ventre est fort gros, et qui sert particulièrement à renfermer de l’eau dans les vaisseaux, de l’huile, etc. La jarre servait autrefois de mesure pour les huiles.
JARRE ELECTRIQUE. Voyez BouTEILLE DE LEYDE.
JARRET. Chez l’homme, c’est la partie postérieure du genou; chez le cheval, c’est l’intervalle compris, dans le membre postérieur, entre la jambe et l’os du canon. Cette région correspond , dans ce dernier cas , au farse des anatomistes. On estime un cheval qui a les jarrets larges, plats, peu charnus. S'ils balancent ou se déjettent en dedans ou en dehors, on dit que le cheval a les jarrets mous. Celui dont les jarrets, trop serrés, se lient et s’entreprennent aux moindres descentes, est dit clos du derrière ou jarret. Enlin, on nommejarrets coudés ceux qui, naturellement trop fléchis, portent lecanon très en avant et sous l'animal. Par analogie, on donne ce nom à la même partie du corps chez d’autres quadrupèdes : jarret de veau, de bœuf, etc.
JARRETIÈRE ( Ordre de la), Order of the Garter, le premier des ordres de chevalerie qu’il y ait en Angleterre, fut fondé par leroi Édouar d 111. Malgré toutes les invesligations des historiens anglais, beaucoup d’obscurité règne sur son origine. Un jour, raconte-t-on, que ce monarque assistait à un bal avec sa maitresse, la comtesse de Salisbury, cette dernière perdit en dansant sa jarretière gauche, qui était de couleur bleue. Le roi voulut aussitôt la relever, et en faisaaf ce mouvement toucha involontairement la robe de la belle comtesse, qu’il exposa ainsi aux méchants propos de l'assistance, Pour réparer sa faute, Édouard s'écria: Æonni soit qui mal y pense! et fit en même
DICT, DE LA CONVERS. — T, XI
temps le serment de mettre ce ruban tellement en honneur, que les railleurs eux-mêmes le rechercheraient avec le plus vif empressément. En suite de quoi le roi, en 1334, fonda l’ordre de la Jarretière.
Suivant une autre version, la fondation de l’ordre de la Jarretière daterait de 1346, et aurait eu lieu après la victoire remportée par Édouard LIL à Crécy, où un ruban bleu arboré au bout d’une lance aurait servi de signal pour engager l'action, et où le mot d'ordre aurait été Le chevalier saint Georges.
Mais les statuts de l’ordre portent qu’il fut fondé en 1349,
en l'honneur de Dieu, de la sainte Vierge et de saint Georges, martyr. 11 n’y à que des princes souverains ou des Anglais de la plus haute naissance qui puissent en être membres. Le nombre des chevaliers, y compris le roi, chef de l'ordre, est de vingt-six, non compris les princes du sang et les membres étrangers. Il se lient tous les ans de 26 avril, un chapitre du très-noble ordre de la Jarretière dans la chapelle du château de Windsor. Outre les vingt-cinq chevaliers proprement dits, le roi en nomme encore vingt-six autres, dits chevaliers pauvres, choisis d'ordinaire parmi d’anciens titulaires de charges de cour, qui, trop vieux pour pouvoir désormais rendre des services militaires, reçoivent une pension de 300 liv. st., moyennant laquelle ils sont tenus de prier aux lieu et place des vingt-cinq chevaliers titulaires. La récention des nouveaux chevaliers se fait avec une grande pompe, et un héraut d'armes est chargé d’aller remettre les insignes de l’ordre aux princes étrangers, lorsque ceux-ci ne peuvent point assister en personne à la cérémonie de leur réception. Les membres étrangers de l’ordre sont (en 1874) les empereurs d'Allemagne, d'Autriche, du Brésil, de Russie et de Turquie, les rois d'Italie, de Portugal, de Danemark, des Belges, l’ex-roi de Hanovre, les ducsde Brunswick, de Saxe-Cobourg et de Saxe-Meiningen, les grandsducs de Mecklembourg et de Hesse, le prince héritier d’Allemagne, etc. La décoration consiste en un ruian bleu foncé et moiré qui s'attache au-dessous du genou gauche avec une boucle d’or, et porte la devise : Honni soit qui mal y pense! Un autre large ruban, de même couleur, se porte de l’épaule gauche à la hanche droile; et à ce ruban est suspendu un écusson d’or, orné de diaman(s, du chevalier Saint-Georges représenté dans l’action du combat, de la devise et de la jarretière. Enfin, les chevaliers portent à gauche sur la poitrine une étoile à huit pointes, contenant la croix rouge de saint Georges, la jarretière et la devise. Le co:tume ofticiel de l’ordre se compose d’un vêtement de dessus bleu foncé, en soie, d’un manteau de velours rouge brodé en or, d’une loque noire surmontée d’une plume blanche, et d'une chaine d’or qu'y ajouta Henri VIII
JARS. Voyez Oie.
JASEUR, genre d'oiseaux tour à tour rapporté par les ornithologistes à la famille des corbeaux et des geais, aux merles et au groupe des cotingas, auquel ils semblent devoir appartenir. On lui a donné le nom latin de bombycivora, parce qu’on a cru qu’il se nourrissait principalement de lépidoptères nocturnes, et l’on ne connait pas assez ses mœurs pour affirmer que le nom de jaseur lui a été donné en raison de son caquetage, c’est-à-dire de la particularité de son chant, qui paraît ne se manifester que pendant la saison des amours, lorsque ces oiseaux sont réunis en troupe. Les caractères de ce genre sont : Bec droit, bombé en dessus et en dessous ; mandibule supérieure faiblement courbée vers son extrémité, terminée par une dent trèsmarquée; narines basales ovoides, percées de part en part, ouvertes par devant, cachées par les petites plumes du front ou nues; pieds très-courts; des trois doigts antéfieurs, celui du milieu et l’interne libres, l’externe soudé à la base; ailes médiocres ; queue carrée, composée de douze pennes ; la première et la seconde rémiges les plus longues, ou la première un peu plus courte que la deuxième.
Ce genre renferme trois espèces, dont une d'Europe et
d’Asie, la seconde du Japon, et la troisième d'Amérique. La première, qu’on nomme aussi grand jaseur, jaseur de Bohéme et jaseur d'Europe (bombycilla garrula, Vieill.), se montre plus fréquemment à l’est et à l’ouest qu’au nord de l’Europe. Cet oiseau a été vu aux environs d’Abbeville, de Falaise, de Caen, et M. Florent Prévost , qui étudie avec assiduité les mœurs des oiseaux, a eu l’occasion de tuer quatorze jaseurs dans une seule chasse aux environs de Paris. Son apparition ou son passage en nombre un peu considérable dans un endroit donné est regardé comme un fait digne de l’attention des ornithologistes. Ils ne se montrent qu’en petit nombre dans les pays du nord de l’Europe, et à des époques indéterminées. Les jaseurs sont des oiseaux timides ; ils se cachent dans les buissons les plus épais, et descendent rarement à terre; leur vol est de courte durée. L. LAURENT.
JASIROF. Voyez IAsIKor.
JASMIN. Le nom de jasmin a été donné à une foule de plantes appartenant à des familles différentes, et dont ls caractères distinctifs ne ressemblent aucunement aux plantes de la famille des jasminées, qui seules doivent porter le nom de jasmin.
Le jasmin, arbrisseau à rameaux droits, disposés en buisson ou grimpant sur les corps qui les avoisinent, porte ordinairement des feuilles alternes ou opposées , simples ou composées, et des fleurs qui, placées de manières différentes, soit à l'extrémité des rameaux, soit dans l’aisselle des feuilles, ont une odeur suave et un aspect agréable. Voici les caractères distinctifs des principales variétés : le calice est persistant, à cinq dents; la corolleest monopétale , à limbe plat partagé en cinq divisions; elle porte deux étamines renfermées dans le tube de la corolle, et un ovaire supérieur arrondi, surmonté d’un style simple etterminé par un stigmate bifide; le fruit est une baïe à deux loges monospermes. Il y a environ une trentaine d’espèces de jasmin, dont la plupart exigent la serre chaude ou l’orangerie : ce sont les variétés dont l’odeur est la plus suave.
Parmi les éspèces principales, on remarque le jasmin blanc commun (jasminum officinale, L.) : c'est le pius
pu de tous ; il fait l’ornement de nos jardins, par la eauté de sa fleur, et par le parfum qu’elle exhaïe; ses jeunes rameaux s'élèvent en serpentant autour de la vigne
ou de l’oranger, et ses feuilles, toujours vertes, semblent :
vouloir les abriter des rigueurs de l'hiver, Ce jasmin, qui ne se multiplie que par marcottes et par boutures, est, dit-on, originaire de la côte de Malabar, d’où on l’a importé en Europe, où il s’est acclimaté, Il vient très-bien en pleine terre, mais il faut avoir le soin de l’exposer au midi, près d’une muraille ou d’un treillage.
Le jasmin des Açores (jasminum azoricum, L.), quise re-
produit comme le précédent, a des rameaux qui peuvent sé- |
lever à la hauteur de six à sept mètres ; ses fleurs commencent à paraître en automne, et sont très-petites. On remarque encore le jasmin jaune, originaire des contrées méridionales de la France, dont les fleurs inodores ont une couleur jaune qui a servi à distinguer la plante; le jasmin d'Italie (jasminum humile, L.), qui se rapproche beaucoup du précédent par sa fleur inodore, mais blanche; le jasmin jon-
quille (jasminum odoratissimum, L.),ainsi nommé deson |
odeur, suave'et fort agréable : c’est le plus odorant de tous
les jasmins ; il est originaire de l'Inde, toujours vert, et ; fleurit au milieu de l'été. Cette variété ne peut se conserver |
qu’en serre chaude. Enfin, une des espèces les plus impor |
tantes, est le jasmin à grandes fleurs ou jasmin d'Espa-
gne (jasminum grandiflorum L.), assez semblable au jasmin commun, dont il diffère cependant par ses fleurs, rougeätres en dehors et blanches en dedans. Son odeur est des plus suaves : aussi sert-il à préparer l'huile dite de jas-
min ; il est très-abondant en Amérique ; on le cultive égale- |
ment en Italie et dans la Provence, où l’on en extrait le principe aromatique, qui forme la base d’une huile qui sert principalement dans la parfumerie. On a essayé de
JASEUR — JASMINEES
l'employer en frictions dans quelques cas de maladie ; maïs on y a presque entièrement renoncé, ses propriétés étant au moins douteuses, C. FavroT.
JASMIN (Jacques), poèle languedocien, naquit le 6 mars 1798, à Agen, dans la condition la plus humble. Son père était un pauvre tailleur. Privé d’appui et de fortune, Jasmin est l'enfant de la nature, et ne doit rien, ou presque rien, à l'éducation. Admis dans son enfance à figurer parmi les élèves d’un séminaire, il en fut éloigné bientôt, ainsi qu’il nous l’apprend, par les espiègleries de son âge! Il n’échappa donc aux premières épreuves de la misère qu’en cherchant dans les occupations de la classe ouvrière le moyen, de se suffire et d'assurer son sort à venir. Il se fit apprenti coiffeur, et c’esten dérobant au sommeil quelques heures, toujours frop courtes, que l'enfant du peuple naquit par degrés à la vie intellectuelle. Alors, dit-il lui-même, ses peines parurent se calmer, Jasmin cédait au besoin d’apprendre avec entraînement. Florian paraît l'avoir particulièrement impressionné.
C'est le chant doux et suave Me cal mouri qui forme à proprement parler le début quelque peu saillant de Jasmin. Cette gracieuse composition remonte à 1825. L'œuvre qui marque comme le point de départ de sa célébrité dans l’Agennais, Le Charivari, est d'une facture supérieure, et cette composition dénote une entente des principes de l’art qui justifie le bon accueil fait à ces débuts du poëte. A partir de cette époque le trouvère méridional grandit sans doute; il se révèle plus magnifique, plus complet à mesure qu’apparaissent les Papillottes (contenant Mes Souvenirs), L'Aveugle,
| Françonnelte, l'Ode à la Charité, Marthe, Les Deux Jumeaux ; mais le poëte, l’homme supérieurement doué, était visiblement en germe dans cette réminiscence du Zu- | {rin qui nous montre l’Hymen et le Célibat entrant si | comiquement en lutte d'influence et de primauté, Il faut lire Jasmin dans sa langue, dans ce patois provençal qui s’en va, si l’on veut saisir une foule de nuances de style, de sentiment et d'harmonie que notre français aligné, si sobre d’ellipses, trop dépourvu par cela même de vie et de coueur, ne parviendra jamais à rendre. Il faut surtout se dé- ! fier ces traducteurs, car ils ne réussissent pas toujours à donner, nous ne dirons pas le sens exact du poëte, mais le sens vrai de l'écrivain.
La vente de ses publications fit enfin jouir Jasmin d’une honnête aisance; elle ne lui fit pas cependant abandonner sa modeste profession, qui lui est d’autant plus chère, qu’en homme d'esprit, il comprend que le contraste de son talent et de son métier contribue à donner du piquant à ses vers: « Je suis toujours sûr, dit-il, de faire la barbe à mes confrères les poëtes, d’une manière ou de l’autre. » Appelé à Bordeaux , à Toulouse , il y a lu ses poésies dans de grandes assemblées ; il y a été couronné, il a triomphé comme Jes chantres de la Grèce. C’est parmi les populations si impressionables du midi un barde populaire et national, un artiste ingénieux de la langue et de la versification , un digne successeur de Goudouli et de Despourrins. Appelé plus tard à Paris par nos critiques et nos Mécènes , invité dans nos plus brillants salons, il est reparti comblé d’honneurs après avoir diné avec le roi Louis-Philippe à Neuilly, pour aller reprendre à Agen son rasoir, son peigne et ses ciseaux, et recevoir bientôt de son hôte la croix d’honneur. Il mourut le 4 octobre 1864, dans sa ville natale, où on lui a élevé une statue. S
JASMIN DE VIRGINIE. Voyez BiGNonr,
JASMINÉES, famille de plantes dicotylédones, monopétales, à corolle insérée sous l'ovaire, qui est simple, , quelquefois échancré au sommet, à deux loges, renfermant chacune deux ovules suspendus; le style est simple, terminé par un stigmate le plus souvent bifide; le fruit est tantôt une capsule analogut à celle des acanthées, tantôt une baie ou un drupe à une ou deux loges, renfermant une à quatre graines ; l'embryon est droit, plan, presque tou= fours entouré par un périsperme charnu; la radicule est
JASMINÉES — JASSY
ordinairement supérieure. Le calice et la corolle sont tubués; leur limbe est divisé en lobes égaux , au centre desquels se trouvent deux étamines insérées au tube de la corolle. Les fleurs dans les plantes de cette famille sont disposées en corymbe ou en panicule, et ordinairement opposées , ainsi que des fouilles. Les particularités qu'offre cette famille sont de présenter des plantes quelquefois sans corolle; d’autres fois, au contraire, on y voit des fleurs à corolle presque polypétale, comme dans quelques frênes. On rencontre aussi trois étamines au lieu de deux, mais cela arrive rarement. Les plantes de cette famille sont ligneuses , arbres ou arbrisseaux ; les tiges sont souvent sarmenteuses et grimpantes. Robert Brown en a fait deux familles, nommées oféinées et jasminées; Ventenat appelle lilacées les oléinées de Robert Browu ; mais la différence sur laquelle se fondent ces deux botanistes pour en faire deux familles distinctes n’est pas assez grande pour admettre cette séparation : il vaut mieux en former deux tribus que deux familles. Dans les jasmincées se trouvent les genres syringa, fraxinus, olea, jasminum. C. FAyRoT.
JASMUND, partie septentrionale de l’île de Rugen.
JASON, un des plus fameux personnages des temps héroïques, était fils d'Éson, roi d’lolchos en Thessalie, et d’Alcimède. Élevé par le centaure Chiron, il assista fort jeune encore à la fameuse chasse du sanglier de Calydon. Son père Éson ayant abdiqué avant que Jason eût atteint Vâge viril, Pélias, oncle de Jason, se saisit du pouvoir comme tuteur de son neveu. Voici, d’après la tradition commune, dans quelles circonstances eut lieu expédition de Jason à la Colchide : Pélias fit un jour inviter tous ses parents, et dans le nombre par conséquent Jason, à un grand sacrifice qu’il voulait célébrer en l’honneur de Neptune. En se rendant à lolchos, Jason arriva au bord d’un fleuve appelé Événus ou Énipéus, ou encore Amidaurus, et y trouva Junon, déguisée en vieille femme, qui le pria de la transporter sur l’autre rive. Jason consentit à lui rendre ce bon office, mais perdit à cette occasion une de ses sandales, restée engagée dans la vase. Jason arriva ainsi un pied chaussé et l’autre nu à la cour de son oncle, qui à cette vue entra dans une grande colère, parce que loracle lui avait prédit que celui-là lui enlèverait le trône et la vie qui arriverait déchaussé à son sacrifice. Dissimulant cependant de son mieux, Pélias demanda à Jason ce qu’il ferait d’un individu que l’oracle lui aurait désigné comme devant être son meurtrier. A quoi, soufflé par Junon, Jason répondit qu’il l’enverrait en Colchide pour rapporter la toison d’or. Pélias donna donc aussitôt cette mission à Jason.
Suivant une autre version, Pélias avait détrôné son frère Éson et l'avait tué. Parvenu à l’âge viril, Jason consulta l’oracle sur la manière dont il devait s’y prendre pour rentrer en possession de son héritage légitime; et l’oracle lui ordonna alors de se rendre à Iolchos, à la cour de Pélias, déguisé en Magnésien, avec une peau de léopard sur les épaules et armé de deux lances. C’est ce que fit aussi Jason; mais il n’arriva chez Pélias qu'avec une seule de ses sandales, ayant perdu l’autre de la manière que nous avons dit plus haut. Pélias, qui ne le connaissait pas, lui ayant demandé qui il était, Jason lui répondit hardiment qu'il était le fils d'Éson, se fit ensuite conduire à la demeure de son père, et 3 célébra cinq jeurs durant, avec ses parents Phérès, Nélée, Admète, Amythron, Acaste et Melampe, le jour heureux qui leur permettait enfin de le revoir. Il s’en alla ensuite trouver Pélias, et le somma d’avoir à lui rendre son trône. Pélias répondit qu’il ne demandait pas mieux, mais qu’il fallait que Jason commençât par rapporter en Thessalie la toison d’or.
Dans l'expédition qu’il entreprit à cet effet (voyez Arco- MAUTES), Jason eut à Lemnos deux fils d’Hypsipyle. Secondé par Médée, il atteignit heureusement le but de son voyage; puis, après l'avoir épousée et avoir erré pendant longtemps dans diverses contrées, il revint aux lieux qui l’avaient vu naître. Jason vengea alors la mort de son père et celle de son frère en tuant Pélias. Toutefois, il lui fut impossible de
récupérer le trône d’Iolchos. Il lui fallut l’abandonner à Acaste, fils de Pélias, et seréfugier à Corinthe avec son épouse. Ils ÿ vécurent tous deux pendant dix ans dans la plus complète félicité, jusqu'à ce que Jason, fatigué de Médée, s’éprit de Glaucé, et, suivant d’autres, de Créuse, fille de Créon, roide Corinthe, qu'il épousa après avoir chassé loin de lui Médée et les enfants qu'il avait eus d’elle, Mais Médée se vengea cruellement de sa rivale; et quand Jason voulut tirer vengeance de ses forfaits, elle s’enfuit sur un char trainé par des dragons, et se réfugia à Athènes, auprès du roi Égée, après avoir tué les enfants qu’elle avait eus de Jason, Merméros et Phéritos, Après quoi Jason se tua de désespoir. Suivant d’autres, il mena dès lors une vie toujours errante; et un jour que, accablé de fatigue, il s'était endormi sur le bord de la mer, à l’ombre du même navire qui l'avait autrefois conduit en Colchide, il périt écrasé par la chute d'une poutre. D’autres rapportent encore qu’il se réconcilia plus tard avec Médée, qu'il s’en retourna avec elle en Colchide, et qu'à la mort de son beau-père il lui succéda sur le trône.
JASPE. Le jaspe est une substance siliceuse, d’une infusibilité et d’une opacité parfaites. Sa texture est compacte, sa cassure conchoïde; il fait feu sous le choc du briquet, et ne se trouve jamais cristallisé dans la nature, Le jaspe appartient à la nombreuse famille des quartz, et peut se diviser en quatre sections principales : 1° le jaspe proprement dit; 2°le jaspe égyptien; 3° le jaspe porcelaine ; 4° le jaspe schisteux. Dans ces quatre sections se trouvent une multitude infinie de variétés, ayant toutes des nuances différentes, qui se rapprochent plus ou moins du vert et du rouge, qui sont les deux couleurs propres au jaspe. De toutes les substances minérales, c’est une de celles qui présentent le plus de variations dans leur couleur ; tantôt on le dirait entouré par un ruban versicolore, tantôt il est taché de sang; quelquefois il paraît formé de cercles concentriques qui lui donnent l’aspect de l’agate, avec laquelle il est souvent mélangé. Les variétés de jaspe les plus belles et les plus rares sont : le jasperouge, ditoriental, et le jaspe noir, qui se trouve en Sicile. Les localités où l’on trouve cette substance sont : l'Orient, l’Inde, la Sicile, le Tyrol et Allemagne; mais les jaspes de l’Crient sont les plus estimés. Quant aux gisements de cette roche siliceuse, c’est au milieu des terrains d’alluvion, parmi les silex, tantôt en fragments isolés, quelquefois en couches plus ou moins épaisses, et formant de petites collines. On l’a rencontrée également, en petites masses, dans les mêmes roches qui servent de gangue aux agates, dans le Palatinat, en Écosse, etc. Elle existe abondamment dans les terrains primitifs, et les minéralogistes pensent qu’elle a été formée par une infiltration de silice, à travers des couches d'argile ferrugineuse. Le jaspe est formé de silice en grande quantité, 90 pour 100 environ, d’un peu d’alumine, de chaux et de fer; il est susceptible de poli, mais il est loin d’égaler l’agate, dont il se rapproche un peu. Le jaspe porcelaine, dont nous avons parlé plus haut, ne devrait pas être considéré comme un jaspe, puisque ce n’est autre chose qu’une agglomération de schistes argileux, calcinés à la longue par l’embrasement et la combustion lente de certaines houillères, et qui ont acquis assez de dureté pour être travaillés comme le jaspe, et devenir, sous la main du lapidaire, socles, vases, coffrets, etc. C. FAYROT.
JASSY (assi) ou IASCH, capitale de la Moldavie,
sur le versant du Kopo, montagne dénudée, qui s’abaisse en pente douce jusqu'aux bords d’une rivière marécageuse appelée Bachloui, dans une contrée désolée, bien que vue de loin elle semble assez pittoresquement située, Ancienne résidence de l’hospodar de Moldavie, elle est la seconde ville de la Roumanie et le siége du métropolitain, Ville ouverte et fort étendue, mais mal construite, elle renferme environ 75,000 habitants, dont 20,000 Juifs, 3,000 Bohémiens, et aussi beaucoupde Grecs, d’Arméniens et d'AIlemands. La ville fait un commerce assez important,
et qui ne pourra oue prendre des développements encore plus cousidérables par la création d’un port surie Pruth, qui n’en est qu’à quelques heures de distance, par l’établissement d’une voie de communication avec Galacz et par suite avec la mer Noire. Un télégraphe électrique la relie aujourd'hui à Czernowitz, L'architecture de Jassy est irrégulière et touteorientale. Au milieu d’un chaos de misérables huttes et de maisons de bois accumulées dans des rues tortueuses, étroites, non pavées la plupart du temps, et remplies d’immondices, quelques palais de boyards se font remarquer par le luxe tout oriental de leurs constructions. Sur plus de 70 églises grecques et de 19 couvents que renferme Jassy, on remarque surtout la cathédrale, dont la construction est encore toute récente, l’ancienne église des Trois- Saints et l’église du couvent de Saint-Spiridion, dont dépend aussi un vaste hôpital, où l’on reçoit les malades de toutes nations et de toutes religions. Il faut encore mentionner le nouveau palais des Hospodars et la Cour des Princes, leur ancienne résidence, consumée par un grand incendie en 1733, mais reconstruite postérieurement, et qui depuis 1844 contenait tous les ministères, les tribunaux, l’admi= nistration locale, ainsi que l’assemblée des états.
Jassy a été la victime de vastes incendies en 1827 et en 1844. Suivant une inscription, elle aurait été fondée au temps de la domination romaine, sous le nom de Jassiorum municipium ; mais elle est vraisemblablement d’origine plus récente. Elle n’obtint le titre de ville qu’au quatorzième siècle, etson nom lui vient des Jasses ou [azyges,Turesimmigrés au onzième siècle avec les Koumans. On n’y trouve point de monuments anciens ; et ce fut Alexandre Lapouschan qui, en 1564, fit de cette ville la résidence des princes de Moldavie, lesquels avaient jusque alors habité Suczawa. Le couvent ou la citadelle de Tzitaznie, situé en face de la ville, sur une hauteur, était autrefois une place forte. L'histoire militaire ne fait pas mention de siéges dont cette ville ait été l'objet; elle rapporte seulement qu'elle fut réduite en cendres en 1538 par le sultan Soliman, et en 1686 par Jean Sobieski, et qu’une bataille de trois jours se livra en 1659 sur les rives du Bachloui; bataille dans laquelle les Tatares, les Kosacks et les Polonais défirent les Valaques et les Szeklers. Jassy fut en outre occupée et évacuée à diverses reprises par les Russes, et au dix-huitième siècle par les Autrichiens. Le 9 janvier 1792 la paix y fut signée entre la Russie et la Porte Ottomane. Pendant la guerre à laquelle mit fin, en 1812, la paix de Bucharest, Jassy demeura longtemps occupée par les Russes, qui l’occupèrent de nouveau en 1828, lors de la guerre qui éclata alors entre les deux puissances ; et ils ne l’évacuèrent qu’en 1834. Jassy souffrit “beaucoup de l’insurrection grecque qui y éclata en 1821, sous les ordres d’Ypsilanti, et par suite de laquelle les janissaires n’en firent plus qu’un monceau de ruines, le 10 avril 1822. En 1853 les Russes occupèrent Jassy, qu'ils quit-
tèrent l’année suivante. Depuis le 23 décembre 1861, époque de la réunion des principautés danubiennes, Jassy a vu passer à Bucharest le siége du gouvernement.
JAUBERT (PIERRE-AMÉDÉE-ÉMILIEN-PROBE, chevalier), né en septembre 1779, à Aix en Provence, où son père était avocat au parlement, professeur de persan au Collége dè ‘France et de ture à l’École spéciale des Langues orientales givantes, mort à Paris, en janvier 1847, a laissé un nom comme savant et comme professeur. Devenu rapidement l’un des élèves distingués de Sylvestre de Sac y, il avait été désigné, en 1798, pour une des places de jeune de langues à Constantinople, et attendait à Toulon son ordre de départ, lorsqu'il fut adjoint, âgé de dix-huit ans seulement, à l'expédition d'Égypte, comme un des quatre interprètes attachés à l’armée avec Venture, interprète en chef. Ses camarades ayant suivi les généraux divisionnaires, et l'interprète en chef étant venu à tomber malade, Jaubert se trouva ainsi seul auprès de Bonaparte pendant la campagne de 1799. Le jeune savant devint son premier secrétaire- &nterprète, et, en cette qualité, traduisit ses célèbres pro-