‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 390 sur 522 · JAYME — JEAN · texte numérisé non relu

JAYME — JEAN

JAYME ou JACQUES. Deux rois de œ nom ont régné sur l’Aragon.

JAYME I, fils de don Pèdre IT, n'avait que six ans quand son père fut tué , en 1213, à la bataille du Muret. Il était entre les mains de Simon de Montfort, à qui don Pèdre l'avait confié l’année précédente, alors que les deux princes avaient arrêté les fiançailles de l’infant d’Aragon avec la fille de Simon de Montfort. Cédant aux ordres du pape Innocent 1[1, Simon rendit aux Aragonais Jayme, qui, après une minorité orageuse, saisit le sceptre d’une main ferme. Ses conquêtes sur les Arabes, auxquels il enleva les îles Baléares (1229-1235) et le royaume de Valence (1239), lui valurent le surnom de Conquérant. 11 donna à ses nouveaux sujets, puis aux Aragonais et aux Catalans, une double législation, appropriée à leurs mœurs respectives, et remarquable par l’adoucissement des dispositions pénales. Par un traité fait en 1258 avec la France, Jayme, en abandonnant de vaines prétentions sur quelques districts du Languedoc, vit saint Louis renoncer à tous ses droits de suzeraineté sur la Catalogne, le Roussillon, la Cerdagne et le comté de Montpellier. Un si beau règne fut troublé par des querelles sanglantes entre les fils de Jayme, à qui de son vivant il avait eu l’imprudence de partager ses provinces, et qui pour se disputer son héritage n’aftendirent pas sa mort. Jayme I cessa de vivre en 1276, après un règne de soixantetrois ans.

JAYME II, son petit-fils, fut d’abord roi de Sicile à la mort de D. Pèdre, en 1285, puis roi d'Aragon après son frère aîné, Alfonse II, en 1291. Il ne put garder les deux couronnes, et pour se maintenir en Aragon il fut obligé de renoncer à la Sicile. Il s’en dédommagea par la conquête de la Sardaigne sur les Pisans, en 1326. Sous son règne, les cortès, assemblées à Tarragone, décrétèrent, le 14 décembre 1319, l'union perpétuelle en corps d’État des royaumes d’Aragon, de Valence et de Majorque, puis de la principauté de la Catalogne. 11 mourut en 1327. Son règne fut pour l’Aragon une époque de paix et de bonheur : il fut surnommé le Justicier. Charles Du Rozoir.

JAZET ( JeaAN-PIERRE-MARIE), graveur, naquit à Paris, le 31 juillet 1788. Fils d’un homme tout dévoué à son pays, et qui périt en le servant, M. Jazet, recueilli jeune encore par son oncle, le peintre Debucourt, fut élevé tout à la fois dans le culte de la patrie et celui des beaux-arts. Debucourt, peintre expérimenté, était aussi un habile graveur. Il avait compris le premier tout ce que pouvait offrir de ressources un genre de gravure alors à peine usité en France, la gravure à l’aqua-tinta, et s’était voué tout entier au perfectionnement de ce procédé ; aussi dirigea-t-i] son fils adoptif dans la voie qu’il avait ouverte. Bientôt l'élève y dépassa le maître. Une gravure, encore aujourd'hui célèbre, le Bivouac du général Moncey, d'après Vernet, révéla à tous ceux qui s’occupaient d'art, et le talent du jeune graveur et les ressources du procédé qu’il employait. Malgré les résultats intéressants obtenus par Debucourt, Vaqua-tinta était encore généralement regardée comme propre seulement à reproduire des paysages, des panoramas ou des pochades d'artiste. En la combinant habilement avec l’eau-forte, le burin et la manièrenoire, M. Jazet en faisait un art nouveau, au moyen duquel paysages et figures , animaux et personnages, petits sujets de genre ou grands tableaux d’histoire, tout pouvait être rendu avec un égal succès. Dès ce moment M. Jazet, placé par son talent au miveau des artistes les plus célèbres , put choisir parmi leurs œuvres celles qu’il lui plaisait de reproduire, David , Gros, Carle et Horace Vernet, Delaroche, Grenier, Lawrence, Cogniet, Steuben, Biard, etc., etc., se virent successivement renaître sous cette main habile et infatigable,

Talent souple et varié, M. Jazet s’est plié à tous les styles, il a abordé tous les sujets. Mais ce que son burin se complaît surtout à reproduire, ce sont les glorieux épisodes de la France républicaine et impériale. Le Serment du Jeu de Paume, Nazareth, Iéna, Wagram, la Barrière

DNCT, DE LA CONVEKS, — T. XI.

Clichy, le Retour de l'ile d'Elbe, et mille autres de ces grands faits, honneur de notre histoire, tels sont ses sujets de prédilection. Si l’on a dit de Béranger et de Vernet qu'its étaient lun le poëfe, l’autre le peintre du peuple, on peut dire de Jazet qu’il en est le graveur; car c'est grâce à lui que le peuple peut s’entourer de ces glorieux souvenirs, ses véritables titres de noblesse. M. Jazet à formé dans ses deux fils, MM. Eugène et Alexandre Jazet , deux élèves qui ont soutenu dignement le nom de leur-père; le premier s’est tué en 1856, d’un coup de pistolet. Alfr. MaiNcuEr.

JAZIGES. Voyez IAzYGEs.

JEAN (Botanique ). Voyez Ayonc.

JEAN (Saint), parent et contemporain de Jésus de Nazareth, était le fils du prêtre juif Zacharie , et reçut le surnom de Baptiste à cause du baptême qu'il donnait sur les bords du Jourdain. Il naquit vraisemblablement vers l'an 749 de la fondation de Rome (5 av. J.-C.), à Jutta, dans la tribu de Juda. Les livres saints ne nous apprennent rien de sa vie durant ses premières années ; nous Savons seu-

| lement qu'il se retira de très-bonne heure au désert, et qu’il

y vivait dans la plus austère pénitence. Il avait un vétement de poil de chameau , une ceinture de cuir autour des reins, et ilne se nourrissait que de sauferelles et de miel sauvage. Après s'être préparé, par ces rudes exercices, au ministère qui lui avait été destiné, il vint, dans la quinzième année du règne de Tibère (an 29 de J.-C. ), sur les boräs du Jourdain, aux environs de Jéricho, prêchant la pénitence, baptisant ceux qui se présentaient à lui, et annonçant que les temps étaient accomplis, que le Messie avait paru, et que luimême était envoyé pour lui pour préparer les voies. J ésus- Christ se présenta à son tour pour recevoir son baptême, et le fils de Zacharie fit de vains efforts pour le lui refuser. Le sénat de Jérusalem lui députa des prêtres et des lévites pour savoir s’il était le Messie, ou Élie, ou un prophète. Il répondit sans détour qu’il n’était ni prophète ni Élie, ni le Messie. Mais le lendemain, ayant vu Jésus-Christ venir à lui, il s’écria, suivant ce que rapporte saint Jean l'Évangéliste, en présence de la foule qui l’environtait : « Voilà l’Agneau de Dieu, voilà celui qui porte les péchés du monde, » ajoutant qu’il n’avait reçu d’autre mission que celle d’être son précurseur. Cependant le peuple se précipitait sur ses pas, et accourait en foule se soumettre à la cérémonie du baptême. Les grands eux-mêmes , frappés de son genre de vie extraordinaire et de son éloquence sauvage, l’écoutaient avec plaisir. De ce nombre était Hérode-Antipas, tétrarque de Galilée. Jean-Baptiste ayant été appelé à sa cour ne put voir ce prince incestueux sans lui reprocher son crime : « Il ne t'est pas permis, lui dit-il avec fermeté, d’avoir la femme de ton frère pendant qu'il vit encore. » Cette audace révolta Hérode , qui envoya son importun censeur en prison : et plus tard, à la sollicitation de Salomé, fille d'Hérodiade, la complice de son inceste, ou peut-être bien mû par des considéralions politiques, il ordonna de trancher la tête à Jean-Baptiste, qui se trouvait dans les prisons depuis environ deux ans. Ce martyre arriva lors de la célébration de la fête à laquelle les Juifs donnent le nom de Machærus, à peu près un an avant la mort de Jésus-Christ, et les disciples du Précurseur en ayant été avertis allèrent prendre son corps et l’enterrèrent près des murailles de la ville de Samarie, appelée pour lors Sébaste,

| dans le sépulcre où étaient depuis longtemps les corps des

prophètes Élisée et Abdias.

Ce récit ne concorde par.de tous points avec celui de l’historien Josèphe; et il est permis d’inférer de quelques allusions contenues dans les autres Évangiles que Jean- Baptiste ne s’éleva pas complétement à l’idée pure du Messie. Ce qui autorise à le croire, c’est qu'après sa mort, ses disciples continuèrent à former une secte particulière, qui plus tard adopta les doctrines des gnostiques, et qui existe encore aujourd’hui en Orient, sous le nom de chrétiens de saint Jean ou de Sabéens. Sauf quelques sectes du moyen âge, l'Églisechrétienne atoujours professé une véné-

ration toute particulière pour Jean-Baptiste; et comme de tout temps il fut en Angleterre le patron des différentes corporations d'ouvriers employés à la construction des édifices, les francs-maçons le tiennent encore de nos jours en grande estime, et la Saïnt-Jean (24 juin) est la plus grande fête qu'ils célèbrent. L'Église catholique a rangé en outre au nombre de ses fêtes le 21 août, jour anniversaire de la décollation de saint Jean-Baptiste.

JEAN (Saint), l’un des quatre évangélistes, était fils de Zébédée, pauvre pêcheur du lac de Galilée, et de Saiomé ; il naquit à Betsaïde. Après avoir d’abord suivi lhumble profession de son père, on croit qu’il devint ensuite l’un des disciples de saint Jean-Baptiste; mais plus tard, de même que son frère Jacques le Majeur, il se rattacha de la manière la plus intime à Jésus-Christ, qui témoigna toujours la plus vive tendresse et la confiance la plus grande à ce disciple: il le rendit témoin de la plupart de ses miracles, de sa transfiguration, et se fit accompagner par lui au jardin des Olives. Jean fut le seul des disciples qui suivit le Sauveur jusqu’au pied de la croix : « Jésus ayant donc vu sa mère ( Évang. selon saint Jean, ch. xx, v. 26 et 27), et près d’elle le disciple qu’il aimait ( saint Jean), dit à sa mère : « Femme, voilà votre fils. » Puis il dit au disciple : « Voilà votre mère. » Et depuis cette heure-là le disciple la recueillit chez lui. » Jean fut aussi le premier à reconnaître le Christ après sa résurrection : il se mit sur-le-champ à prêcher l'Évangile, assista en 51 au concile de Jérusalem, et retourna propager la foi jusqu’au milieu des Parthes, d’où il revint se fixer à Éphèse, dontil fut le premier évêque. Sous le règne de Domitien , il fut exilé dans l’île de Patmos; mais Nerva fit cesser son exil, et il lui fut permis de s’en revenir à Éphèse, où il mourut avec le calme et la satisfaction du juste, à l’âge de quatre-vingt-quatorze ans, vers l’an 101 de J.-C., sous le règne de Trajan. L'Église catholique célèbre sa mémoire le 27 décembre, On le représente souvent tenant à la main un calice du fond duquel s'élève un serpent.

L'Évangile de saint Jean a pour but de représenter Jésus comme le Fils de Dieu etie Sauveur du monde, dans l'acception la plus sublime de ces mots, et sa venue sur la terre comme ayant assuré le salut du genre humain tout entier. Ce point de vue d'instruction dogmatique explique comment on ne trouve point dans saint Jean une histoire complète de Jésus, non plus qu’une exposition systématique de sa doctrine, mais seulement un choix de récits s’accordant avec le but que l’auteur à en vue. 11 procède par ordre chro: nologique, et s'adresse surtout aux païens convertis au christianisme, qui habitent hors de la Palestine. C’est vers la fin du premier siècle qu’il écrivit son Évangile, à Éphèse, suivant les uns, et dans l’île de Patmos, suivant les autres; à cet égard on n’a point de certitude historique. Ce qui paraît incontestable, du moins, c’est que ce fut en Asie Mineure. Malgré les doutes qui se sont produits autrefois et dans les temps modernés contre son authenticité, il a constamment été admis, encore bien que certaines de ses parties puissent avoir été retouchées plus tard.

Il existe en outre dans le Nouveau Testament, sous le nom de saint Jean l’Évangéliste , trois Épitres comptées au nombre des épitres canoniques ; et tout porte à croire qu’elles sont bien réellement de lui. Toutefois, elles ne sont pas demeurées exemptes d’interpolations ; mais les doutes qu’on a voulu élever sur l'authenticité de leur origine ne sont appuyés sur aucun argument qui supporte l'examen. La première de ces épitres, adressée surtout aux païens devenus chrétiens, a pour but d’exhorter les lecteurs à suivre les voies de la sanctification et de la charité fraternelle ; elle les met aussi en garde contre les hérétiques et les séducteurs, notamment contre les docètes. Cette épitre a donc une certaine tendance à la polémique. La seconde est une lettre particulière, adressée par saint Jean à une femme chrétienne du nom de Kyria. L'Évangéliste se réjouit de voir celle femrae persévérer avec ses enfants dans les pures

JEAN

doctrines de l'Évangile; il l’exhorte à suivre toujours les voies de la charité, la met en garde contre les hérétiques et exprime l'espoir de la voir bientôt. La troisième épître , enfin, est une lettre particulière, écrite à un certain Caïus. Saint Jean le loue de sa vie vertueuse, de son esprit de charité ; mais il s'exprime aussi avec amertume au sujet d’un certain Diotréphas. Il est de toute impossibilité de préciser l’époque où ces trois épîtres furent écrites.

Mais on peut croire que saint Jean n’est point l’auteur de lApocalypse, ouvrage décrivant, sous la forme prophétique et symbolique, l'avenir et l’accomplissement du règne de Dieu , et qui très-probablement fut composé avant la destruction de Jérusalem. D’après les recherches faites par les savants modernes, l'Apocalypse, de même que la seconde des épttres de saint Jean, serait l’œuvre d’un presbytère d’Éphèse , appelé aussi Jean, ami et successeur de ’apôtre, ou d’un Juif chrétien, tout autre que l'Évangéliste, mais qui le composa sous le nom de saint Jean.

JEAN CHRYSOSTOME (Saint), père de l'Église, l’un de ses plus illustres docteurs, et sans contredit le plus célèbre des orateurs chrétiens, naquit à Antioche, en 344. Secundus, son père, était général de cavalerie, et mourut jeune. Sa mère, veuve à vingt ans, ne voulut point se remarier, et ne songea qu’à élever pieusement sa petite famille. Ses vertus lui méritèrent des éloges même de la part des païens. Jean étudia la philosophie sous Andragathius et l’éloquence sous Libanius. Son génie commençait dès lors à jeter de vives étincelles. Je l’aurais choisi pour mon successeur, disait le vieux rhéteur grec, si Les chrétiens ne nous l’eussent point enlevé. Plusieurs causes plaidées à vingt ans avec un brillant succès , ses talents bien connus lui permettaient d’aspirer aux premières dignités de l'empire, car l’éloquence ouvrait encore alors la route des honneurs; mais la lecture assidue de l’Écriture Sainte lui inspira des pensées plus austères. Bientôt on ne lui vit plus d’autre habit qu’une méchante tunique de couleur grise. Un jeûne de Lous les jours, un court sommeil sur la planche, de longues études, de longues veilles , de longues prières, telle fut dès lors sa vie, malgré les railleries de ses amis et de ses premiers admirateurs.

Après trois ans ainsi passés dans le palais de Mélèce il est ordonné lecteur par le vieux pontife, qui aime tendrement son jeune ascète. Il se lie d’une étroite amitié avec un jeune saint, Basile, et convertit à la vie ascétique Théodore de MFopsueste et Maxime, ses deux autres amis. Les évêques de la province s’assemblent pour l’élever avec Basile à l’ériscopat; mais il prend la fuite , se cache, réussit par un pieux artifice à faire sacrer son ami, compose à vingt-six ans , comme une apologie de sa conduite, son admirable Traité du Sacerdoce, et se réfugie chez les anachorètes des montagnes,-dans le voisinage d’Antioche. On trouve dans ses œuvres une touchante peinture de leurs mœurs. Cependant leur vie si pure ne suffit pas à sa ferveur ; il s’enfonce dans la solitude, et passe deux ans dans une caverne profonde, sans se coucher. Une maladie le force à revenir à Antioche, en 381. Ilest ordonné diacre par saint Mélèce, et prêtre par saint Flavien, son successeur, Vicaire du prélat à quarante-trois ans, et chargé par lui d'annoncer la parole de Dieu au peuple, fonction qui jusque là n'avait jamais été confiée à un simple prêtre, il fait des prodiges de zèle et d’éloquence. Plusieurs discours par semaine n’épuisent point sa fécondité ; souvent il parle plusieurs fois en un jour. Les fidèles, les juifs, les païens, les hérétiques, l'écoutent avec une égale admiration, Une violente sédition éclate à Antioche : les statues de Théo dose et desa famille sont renversées : muni d’un discours concerté avec Chrysostome, saint Flavien accourt à Constantinople, et le pontife septuagénaire arrache à l’empereur les larmes et le pardon , tandis que l’infatigable orateur s’efforce de consoler le peuple, qui s’'abandonne au désespoir.

En 397, le faible Arcadius monte sur le trône; Neclaire meurt; Jean est enlevé par le comte d'Orient, conduit

JEAN

à Constantinople , et sacré en 398, par Théophile, patriarche d'Alexandrie. Son premier soin est de réformer la maison épiscopale etles mœurs du clergé ; il distribue son patrimoine aux pauvres, fonde plusieurs hôpitaux, et mérite le glorieux surnom d’awmônier. Olympiade, Salvine, Pocule et Pontavie, illustres veuves, se consadtent sous sa conduite au service des pauvres et des malades. Des évêques sont envoyés par lui chez les Scythes, chez les Goths, dans la Perse et la Palestine. Par une brillante improvisation, il sauve le ministre Eutrope de la fureur du peuple et des soldats. Son éloquence arrache au supplice deux illustres seigneurs,et triomphe encore du rebelle Gaïnas , qui consent à s'éloigner de Constantinople avec ses Goths. Cependant, les vexations de l’impératrice, que désapprouvait le saint archevêque, la jalousie de Théophile et la faiblesse de l’empereur amènent le conciliabule du Chéne à Chalcédoine. Chrysostome , injustement accusé, refuse de comparaître , parce qu’on a violé à son égard les règles des saints canons. Quarante évêques s’assemblent pour lui à Constantinople ; mais l'intrigue triomphe , et la sentence de déposition est signée par l’empereur. Le saint évêque pouvait remuer l’empire en sa faveur ; mais il va secrètement trouver lofficier chargé de le conduire en Bithynie, et échappe ainsi à la surveillance du peuple, qui depuis trois jours jure de le défendre, et l’a pris sous sa garde. La voix de Sévérien , évêque de Gabales, qui cherche à flétrir la mémoire de l’illustre exilé, se perd au milieu des clameurs. Un tremblement de terre qui a lieu pendant la nuit effraye l’empereur et l’impératrice : Arcadius révoque l’ordre d’exil, et Eudoxie écrit elle-même à saint Chrysostome pour l’inviter à revenir : tout le peuple accourt avec des flambeaux pour le recevoir. Mais l’inauguration dune statue d'argent à l'effigie de la princesse, des jeux célébrés à cette occasion et dirigés par un manichéen, des superstitions païennes indiscrètement renouvelées, en provoquant le zèle du saint, amènent bientôt de nouveaux nuages.

Le père Montfaucon a prouvé que Socrate et Sozomène ont faussement attribué à saint Jean Chrysostome le discours contre l’impératrice commençant par ces mots : Hérodiade est encore furieuse. Les prélats dévoués à la cour sont encore une fois convoqués, et les quarante évêques qui soutiennent le saint archevêque ne peuvent le sauver d’une nouvelle condamnation. Le samedi saint, une troupe de soldats envoyés contre lui profanent et ensanglantent son église. 11 demande un concile; Innocent I‘ et Yempereur Honorius le dernandent avec lui; le pape annule jout ce qui a été fait; mais Arcadius, obsédé par Théophile, Sévérien et leurs complices, ne veut se rendre à aucune raison. L'ordre de partir pour l’exil est de nouveau intimé à Chrysostome dans la cathédrale ; il le reçoit, et part secrètement pour être conduit à Nicée en Bithynie.

Bientôt après, un violent incendie, qui dévore à la fois Sainte-Sophie et le palais du sénat, où périssent les admirables statues des Muses, est imputé aux amis de Chrysostome, qui ont à souffrir la prison, la torture et l'exil. Ces accidents et la mort d'Eudoxie, arrivée quelques mois après, et les ravages des Isauriens et des Huns, sont regardés par Palla de comme autant d’effets incontestables de la vengeance céleste. Cependant, malgré ces malheurs, malgré les remontrances de saint Nil, les instances d'Honorius et le refus du souverain pontife de communiquer avec Théophile, Arcadius, toujours trompé, fait monter Arsace sur le siége de Constantinople, et donne ses ordres pour que l'évêque légitime soit relégué dans les déserts du mont Taurus. Soixante-dix jours de marche et de fièvre durant les grandes chaleurs de l'été, un ciel et un sol brûlant, la brutalité des gardes, des nuits sans lit ét sans sommeil, la soif et la faim, sans pouvoir lasser sa patience, ont altéré la santé du vieux

pontife : sa poitrine est douloureusement affectée. Enfin, :

le 16 juillet 405, il arrive au dernier terme de son exil, fixé par Eudoxie, Il est reçu avec respect par les habitants de Cucuse, et bientôt il envoie de là des missionnaires dans

ja Perse et la Phénicie. Obligé de se retirer au château d’Arabisse, sur le mont Faurus, pour échapper aux incursions des Isauriens , il retourne peu après à Cucuse, où il reçoit un nouveau rescrit impérial, qui le confine à Pifhiause, sur les bords du Pont-Euxin, jusqu'aux extrémités de l'empire: Les deux officiers chargés de le conduire savent qu'ils auront de l'avancement si à force de mauvais traitements il peut expirer entre leurs mains. Le saint vicillard, avec sa tête chauve et nue, est obligé de marcher à pied, exposé tantôt aux ardeurs du soleil d'Asie, tantôt aux subites et froides ondées de l’équinoxe. Bientôt ses forces sont épuisées. Arrivé à Comane, dans le Pont, on veut le forcer à marcher encore; mais la nature s'y refuse, et on est obligé de le rapporter dans l’oratoire de saint Basilisque, où il expire peu de temps après, le 14 septembre 407.

Un concours prodigieux de fidèles et d’anachorètes se fit voir à ses funérailles. Trente ans plus tard, ses restes, solennellement transférés à Constantinople, et reçus avec une grande piété par Théodose le jeune et sa sœur Pulchérie, qui déploraient les erreurs et les folies de la vieille cour, furent pieusement transportés à Rome, et déposés au Vatican, sous l'autel qui porte le nom du saint.

Saint Jean-Chrysostome était petit de taille. L'étude, jointe aux austérités de sa jeunesse, avait de bonne heure amaigri sa figure. La charité et la douceur étaient ses principales vertus. Le pape Célestin, saint Augustin et saint Isidore de Pélusele regardaient comme le plus grand docteur de l’Église. Pallade, Érasme, Ménard, Godefroy Hermant et Tillemont ont écrit la vie de saint Jean Chrysostome. Le nom de Chrysostome ( Bouche d’or, fait de deux mots grecs, ypucoc, or, et otéua, bouche), qui ne lui a été donné qu'après sa mort (mais peu après, car on le trouve déjà dans Cassiodore, saint Ephrem et Théodoret), est devenu depuis 1400 ans celui de l’éloquence. Par l'élégance et la pureté du style, par la clarté, l’ordre et l'élévation des pensées, ce Père s’est placé au premier rang des écrivains de la Grèce. Toujours original, lors même qu’il paraît imiter, telle est la flexibilité de son talent que dans les sujets les plus analogues jamais il ne se copie lui-même. On admire surtout sa brillante imagination, sa dialectique pressante, sa connaissance des passions, l’onction de sa parole et son inépuisable fécondité. Il ressemble tout à la fois à Démosthène et à Cicéron. Au nerf de l’orateur grec il joint l'abondance, le nombre et l’harmonieuse phraséologie du consul romain. L’abbé Auger n’a pas craint de dire qu’il est l’ Homère des orateurs. On ne conçoit pas comment dans une vie si agitée il a pu trouver assez de temps pour composer tant d'ouvrages. Nous ayons encore de lui plus de 700 homélies, 20 livres sur divers sujets, 3 grands traités, 28 discours, 21 panégyriques, une multitude de lettres, 2 exhortations à Théodore, 2 catéchèses (il paraît qu'il en avait composé un grand nombre), un commentaire sur l'Épitre aux Galates, et une synopse de l'Ancien Testament. Les plus estimés de ses ouvrages sont les 58 homélies sur les Psaumes , son Traité du Sacerdoce, ses 32 homélies sur l’Épitre aux Romains, ses 7 panégyriques de saint Paul, et les 90 homélies qui forment le com mentaire sur saint Matthieu. Saint Thomas d'Aquin, qui ne possédait de ce dernier ouvrage qu’une version ancienne, . diffuse et souvent peu exacte, disait qu’il ne la donnerait pas pour toute la ville de Paris. Les meilleures éditions de saint Jean Chrysostome sont celles de Fronton du Duc, et celle du P. Montfaucon, qui n’a d'autre avantage sur la première que d’être beaucoup plus complète.

L'abbé J. BARTHÉLEMY.

JEAN CHRYSORRHOAS (Saint), autrement dit saint Jean Damascène où de Damas, parce qu’il était de celte ville, appelé aussi par les Sarrasins Mansur ou Mandur se rendit célèbre, au huitième siècle, par ses lumières et par le zèle avec lequel il soutint la cause des images contre les empereurs Léon l’Isaurien et Constantin Copronyme. Son père, quoique chrétien, occupait un rang distingué à la cour des successeurs d’Ali, qui régnaient en Syrie; les talents et

les vertus du fils lui gagnèrent également la confiance des khalifes , qui lui confièrent le gouvernement de la ville de Damas. Né en 676, il occupait ce poste en 726, lorsque l’empereur Léon fit paraître ses édits contre le culte des images. Dans quelques discours qu’il publia en réponse à ces édits dogmatiques, Jean ne craignit pas de dire qu’en matière de

foi il n’y avait d'autre autorité que celle de l’Église. On |

prétend que l’empereur, irrité de cette réponse hardie, ne rougit pas de descendre à l'intrigue pour en perdre l’auteur, Nous ne rapporterons pas avec Jean de Jérusalem, qui vivait au milieu du dixième siècle, les suites de ces manœuvres : Jean de Damas, accusé de trahison et disgracié, son poing coupé et miraculeusement remis, et autres événements qui l’auraient déterminé à se retirer du monde. Mais il est plus naturel de penser que sa piété et la difficulté de vivre saintement au milieu d’une cour infidèle lui inspirèrent la résolution de fuir les hommes et de chercher Dieu dans la solitude. Il seretira donc dans la laure de Saint-Sabas, près de Jérusalem. Versé dans la plupart des connaissances

humaines, il avait consenti à oublier tout ce qu’il avait pu |

savoir, pour échapper à la vanité qu’inspire la science ; un ordre de ses supérieurs lui fit reprendre la plume pour ven ger l’Église des attaques de l’hérésie. 11 combattit tour à tour des iconoclastes, les manichéens, les nestoriens, les monophysites, les monothélites, etc. ; démontra le ridicule des superstitions mahométanes , et exposa les principes de Ja foi orthodoxe dans plusieurs traités, qui, joints à ses livres de controverse, forment un cours complet de théologie. Cette partie de ses ouvrages se distingue surtout par la force et la clarté des raisonnements. Dans un livre sur la dialectique, il appliqna à la théologie les règles de la philosophie d’Aristote , qu’il dégagea en grande partie de l'obscurité dont elle était enveloppée : cet ouvrage l’a fait regarder comme le père de la scolastique parmi les Grecs. Des commentaires sur saint Paul, des homélies , des hymnes, des odes, etc., forment le reste de ses œuvres. Quelques écrits indignes de lui lui ont été faussement attribués.

Des critiques ont reproché à saint Jean Damascène plusieurs citations de faits apocryphes ; mais, selon Baronius, £e sont des erreurs commises de bonne foi, qu’on ne peut

imputer qu’à l’infidélité de sa mémoire et à la difficulté qui |

existait alors de remonter aux sources authentiques. Saint

Jean Damascène mourut en 760, Sa maxime favorite était

que le bien même n’est pas bien, s’il n'est bien fait. L'abbé C. BANDEVILLE.

JEAN DE MATHA (Saint), né en 1160, à Faucon, en Provence , reçut le bonnet de docteur à Paris, où il avait étudié avec succès. Il entra ensuite dans les ordres, et de concert avec un pieux ermite, nommé Félix de Valois, il fonda l’ordre des Trinitaires pour le rachat des captifs. Puis il fit un voyage aux côtes Barbaresques, d’où il ramena cent vingt captifs. Il mourut peu de temps après, à Rome, le 22 décembre 1614.

JEAN DE DIEU (Saint), né en 1495, à Monte-Majorel-Novo, petite ville de Portugal, d’une famille pauvre, fut d’abord soldat , et mena une vie licencieuse, Ilse fit ensuite domestique. Un sermon de Jean d'A vila le toucha tellement, qu’il résolut de consacrer le reste de sa vie au service des malades ; son ardeur surmonta tous les obstacles, et il fut le fondateur de l’ord:e de la Charité. L’archevèque de Grenade le soutint dans toutes ses bonnes œuvres, et lui donna le surnom de Jean de Dieu, à cause de sa piété, II mourut le 8 mai 1550, le corps épuisé par les austérités. I! fut canonisé par Alexandre VIII, en 1690.

JEAN DE LA CROIX (Saint), naquit en 1542, à Onteveros dans la Vieille-Castille, entra dans l’ordre des Carmes à l’âge de vingt et un ans, et fut ordonné prêtre à vingtcinq. Il concourut à la réforme de son ordre, accomplie par sainte Thérèse, et fut lui-même l'instituteur desCarmes déchaussés, Il mourut en 1591. 11 a écrit des livres de dé- “ption mystique, dont la plupart ont été traduits en français. #on surnom lui venait de la nudité de sa cellule, meublé

JEAN

seulement d'une croix de jonc et d'un lit de planches.

JEAN. L'Église a eu vingt-trois souverains pontifes de ce nom. Quelques-uns ont été regardés comme antipapes.

JEAN I*, surnommé Catelin, était fils d’un Toscan nommé Constantius, et succéda à Hormisdas. Son intronisation eut liewgen 523. Le roi d'Italie Théodoric l’envoya à Constantinople à la tête d’une ambassade, pour fléchir l’empereur Justin, qui venait d’ordonner la persécution des ariens. Il profita de son séjour dans cette capitale de l'Orient pour établir sa suprématie sur le patriarche, en s’asseyant sur un trône dans la basilique. On n’est pas d’accord sur le résultat de ses négociations. Quelques historiens lui attribuent la gloire d’avoir fléchi l’empereur par ses larmes. D’autres, parmi lesquels se trouve Baronius, le panégyriste du SES , affirment au contraire qu’il trompa les espérances de Théodoric en confirmant Justin dans son projet d’extermination. Ce qui le prouve, c’est qu’à son retour en : Italie, le roi le fit jeter dans une prison, où il termina ses jours, le 27 mai 526. Il a été canonisé.

JEAN 11, surnommé Mercure, succéda à Boniface II, le 22 janvier 532. Les uns disent qu'il dut son surnom à son éloquence, les autres à l'acquisition qu’il fit du saintsiége à beaux deniers comptants. 11 était fils du Romain Projectus, et prêtre du titre de Saint-Clément. Son premier acte fut la condamnation d’Anthémius, patriarche de Constantinople, convaincu d’arianisme. Son second fut l’anathème lancé, à l’instigation de Justinien, empereur d’Orient , contre les acémètes , moines de Scythie, ainsi nommés de ce qu’ils ne dormaient pas, et qu’ils priaient jour et nuit; mais ils partageaient quelques erreurs des nestoriens , et leurs prières ne les sauvèrent point de la colère du pape. La condamnation de Contumeliosus, évêque de Riez, est le dernier acte de ce pape, qui mourut en 535.

JEAN IT, fils du comte Anastase, succéda à Pélage 1°", en 560. L'histoire ne cite que deux faits de ce pontificat de treize ans, l'achèvement de l’église de Saint-Philippe et Saint-Jacques et la restauration de deux évêques des Gaules, qu’un concile de Lyon avait déposés comme assassins et adultères, et qu’un second concile tenu à Châlons après la mort de ce pape renferma pour la vie dans un monastère. Jean 1JI mourut en 572,

JEAN IV, élu en août 640, à la place de Severin, après cinq mois de vacance, étail né en Dalmatie du scolastique Venance. L'édit de l'empereur Héraclius, connu sous le nom d’Echtèse, lequel consacrait la doctrine des monothélites , admettant qu'il y avait dans Jésus-Christ une seule opération et une seule volonté, causait alors une grande perturbation dans l'Église. Jean IV n’hésita point à la condarnner, et réussit à faire brûler l’Echtèse par le petit-fils d’Héraclius. Ce pape signala son zèle apostolique par le fréquent envoi de ses trésors en Dalmatie et dans l’Istrie, pour racheter les captifs des mains des pirates; il mourut en 641, après un pontificat de dix-huit mois,

JEAN V, fils de Cyriaque, et né dans la province d’Antioche, était diacre et légat, sous le pape Agathon. Un vote unanime le porta sur le siége de saint Pierre , après la mort de Benoît 11; mais il ne régna que dans son lit, où il mourut au bout d’une année, en 686, laissant 1,900 sous d'or au clergé et aux monastères,

JEAN VI, Grec de nation, fut élu en 701, pour succéder à Scrge 1°", Son pontificat de deux ans trois mois et douze jours n’est guère connu que par l'absolution de saint Wilfrid, que l'archevêque de Canterbury avait accusé devant un concile. Jean VI 1e força de retourner en Angleterre. Le territoire de Rome ravagé par le Lombard Gilulle, duc de Bénévent, ne fut délivré des troupes de ce barbare que par les riches présents du pontife, qui mourut le 10 janvier 705.

JEAN VIH, autre Grec, lui succéda, Son père se nommait Platon, Justinien J1 lui envoya les actes du concile in érullo, avec deux évêques chargés de lui demander son approbalion : il les renvoya sans rien décider. Quelques historiens atliriment qu'Aribert, roi des Lombards, lui lit don du pa-

JEAN

trimoine des Alpes Cottiennes; Platine révoque en doute cette donation. La restauration de quelques églises complète l'histoire de ce pape, mort en 707.

JEAN VIII fut élu et consacré le 14 décembre 872, à la place d'Adrien IT; il était archidiacre et Romain de naissance. Son pontificat fut remarquable par le couronnement de trois empereurs, Charles le Chauve, à Rome, en 875; Louis le Bègue, à Troyes, le 7 septembre 878; et Charles le Gros, à Rome, en 881. Ce pape présida ou convoqua onze conciles. Dans le premier, tenu à Ravenne, en 874, il essaya en vain de terminer le différend du doge de Venise Ursus avec Pierre, patriarche de Grade, à l'occasion de l’eunuque Dominique , élu évêque de Torcelle, contre la défense des canons. Le second, tenu à Pavie, en 876, fut appelé aussi parlement, parce qu’on y fit des règlements pour l’élection des empereurs, et qu'il fut présidé par Charles le Chauve. Dans le troisième, celui de Pontion, en France, qui fut présidé par le même souverain , deux légats de Rome firent vainement reconnaître Ansagise , archevêque de Sens, comme primat des Gaules et de la Germanie par l'autorité du saint-siége et de l’empereur lui-même; Hincmar de Reims et plusieurs autres évêques protestèrent contre cette usurpation. Le quatrième concile fut tenu à Rome en 877. Jean VIIL voulait y terminer l’affaire de l’évêque Dominique ; mais les prélats de la Venétie refusèrent d'y paraître, et le pape se borna à confirmer et justifier l'élection de Charles le Chauve, auquel son neveu Carloman disputait l'Italie. Dans le cinquième, ouvert à Ravenne le 22 juillet 877, furent votés plusieurs canons relatifs à la discipline de Église, dont les désordres appelaient une prompte réforme.

A cette époque, l'Italie était troublée par les incursions des Sarrasins; le pape ne cessait d’implorer les secours des puissances chrétiennes. Les ravages de ces étrangers s’étendant dans la Sabine et la banlieue de Rome, Charles le Chauve s’avança jusqu’à Verceil, pour les combattre; mais l'arrivée de Carloman sur ses derrières lui causa une telle frayeur, qu’il oublia le but de son voyage, et le pape fut réduit à payer ou à promettre de payer un tribut annuel de vingtcinq mille marcs d’argent aux pirates. Sa faiblesse encouragea les séditions : Lambert de Spolette et Albert, fils du comte Boniface, entrèrent dans le parti de Carloman, s’emparèrent de la personne du pontife, et, se riant de ses anathèmes, proclamèrent leur nouveau maître dans Rome. Jean se sauva de leurs mains, vint chercher un refuge en France, et tint son sixième concile à Troyes ; on y renouvela l’excommunication du comte Lambert, et de grands priviléges y furent accordés aux évêques au préjudice des puissances temporelles, en présence de Louis le Bègue. Rentré dans Rome, le pape y tint son septième concile, le 5 mars 879, et reçut dans le giron de l’Église le prince et les peuples de Servie et de Dalmatie, qui s'étaient détachés de l’obédience du saint-siége. Dans le huitième, tenu également à Rome, le 15 octobre de la même année, fut déposé Anspert, archevêque de Milan, qui avait refusé de comparaître à deux conciles où il avaitété cité. Un dixième fut ouvert à Constantinople par le patriarche Photius, au mois de novembre. Trois cent quatre-vingts évéques s’y rendirent, et le pape y envoya le cardinal Pierre, sur l'invitation de l’empereur Basile,

Jean VIII avait consenti au rétablissement de Photius, dont ses deux prédécesseurs avaient prononcé la déposition : il espérait obtenir par ceite condescendance des secours de l'empire d'Orient contre les Sarrasins, et la flotte de Basile remporta en effet une grande victoire sur ces pirates. Mais elle n’arrêta point leurs ravages. Photius éluda de répondre sur l'affaire des évêques de Bulgarie, qu’il dispulait au saintsiége, et le légat de Jean eut la douleur d’entendre condamner la mémoire des papes Nicolas 1* et Adrien JT. Le onzième el dernier concile s’ouvrit à Rome, le 24 septembre

881, et se termina par la déposition de Romain, arche- |

vêque de Ravenne, qui s’élait permis de sacrer un évêque de Faenza sans l'autorisation du pape.

L'évêque For mose eut de graves démêlés avec Jean VIII, dont la faiblesse et les déréglements dégradaient la chaire de saint Pierre. Cette querelle lui survécut. Il était mort le 15 décembre 882, empoisonné et assommé, selon les Annales de Fulde, en punition de ses infamies, qui sont à peine dissimulées par le cardinal Baronius. On a de lui 320 lettres sur différentes questions de discipline, et surtout sur les affaires temporelles de l'Italie.

JEANIX était fils de Rampalde et natif de Tibur. Une cabale portait le prêtre Sergius. Celle de Jean triompha; et il succéda en 900 à Théodore II. Son premier soin fut d’assembler un concile pour rétablir la mémoire du pape Formose, que ses prédécesseurs avaient flétrie. Platine l’accuse à ce sujet de n’avoir fait que réveiller des séditions éteintes; mais Ba ronius le loue de cet acte de justice. C’est sous son pontificat que fut érigée la métropole d’Oviedo, en Espagne, et consacrée l’église de Saint-Jacques de Compostelle. On lui prête une maxime qui lui fait encore plus d'honneur. Hervé, archevêque de Reims, se plaignant à lui de ce que les Normands convertis retournaient au paganisme : « Ramenez-les par la douceur et par la raison, répondit Jean IX, et non par la force des armes. » Il mourut en 905, après cinq ans de règne.

JEAN X était né à Rome, d’un nommé Sergius. Clerc de Ravenne, élu à l'évêché de Bologne, puis à l’archevêché de Ravenne, il fut nommé pape à la place de Landon, l’an 912, par les intrigues de sa maîtresse Théodora. Son premier acte fut celui d’un soldat : il marcha en personne contre les Sarrasins, et les défit sur le Garillan, avec l’aide des princes de Capoue et de l’empereur Bérenger; il termina ensuite un schisme qui s'était élevé entre les Églises d'Orient et d'Occident, relativement aux troisièmes et quatrièmes noces. Mais ses crimes causèrent enfin sa perte : Gui, marquis de Toscane, était maître de Rome, ét l’impudique M arozia, sa femme, ne pouvait souffrir le crédit de sa digne sœur Théodora. Elle fit saisir le pape par ses satellites, et jeter dans une prison, où elle l’étouffa, dit-on, entre deux oreillers.

JEAN XI, fils naturel de cette même Marozia et du pape Serge III, monta, cinq ans après, sur le trône de saint Pierre, à la place d'Étienne VIII. Ilse nommait d’abord Octavien , et régna sous le bon plaisir de son infâme mère. Mais le roi Hugues, nouvel époux de cette mégère, ayant donné un soufflet à un autre de ses bâtards, le comte Albérie, celui-ci souleva le peuple, chassa son beau-père, se rendit maitre de Rome, et enferma sa mère et son frère, le pape Jean XI, dans le château Saint-Ange, où il mourut, en 936.

JEAN XII le surpassa en scélératesse. C'était encore un Octavien, né de l'inceste de Marozia avec son propre fils Albéric. Les uns lui donnent douze ans, les autres dix-huit, au moment de son installation. Aucun pape n’a plus que lui déshonoré le pontificat par toutes sortes de vices et de débauches. C’est en 956 que cet enfant dépravé devint le successeur d’Agapet II. L'empereur Othon étant accouru en Italie, à sa prière et à celle d’autres prélats, pour délivrer le pays de la tyrannie de Bérenger et de son fils Adalbert, les seigneurs et le clergé, forts de sa présence, déposèrent ces deux souverains, et couronnèrent Othon, qui fut reçu à Rome aux acclamations du peuple : il confirma les donations de Pepin et de Charlemagne, et rétablit le patrimoine de saint Pierre. Mais Jean XIL ne tarda point à le payer d’ingratitude, en se coalisant contre lui avec les princes mêmes dont il avait provoqué la déposition. Othon assiégeait alors Montefeltro, où Bérenger s'était réfugié. Au bruit de cette révolte, il revient sur la capitale, met en fuite le pape (963), et convoque un concile pour Je juger. Les accusateurs ne manquèrent point. Ses crimes horribles ses adultères, ses sacriléges furent révélés et attestés par les clercs et le peuple. Sommé de comparaître pour se défendre, il ne répondit que par une menace d’excommunicæ tion, et l’empereur le déposa, Léon VIII fut mis à sa

place. Mais le pape déchu avait emporté les trésors du Vatican; il savait la haine que les Italiens portaient aux Allemands, et l’empereur eut bientôt à réprimer une violente sédition de ces mêmes Romains qui l'avaient remercié aussi de leur délivrance, Le châtiment fut terrible, et n’en fut pas plus efficace. A peine eut-il conduit son armée dans l’Ombrie, que le peuple, excité par les maîtresses de Jean XI, chassa le pape Léon, et remit le fils de Marozia sur le saintsiége, en 964. Jean signala son retour par d’effroyables supplices : il força les mêmes prélats qui l'avaient déposé à dégrader son compétiteur, à condamner tous ses adhérents. Mais un mari qui le surprit une nuit dans les bras de sa femme délivra Rome et l'Église de ce misérable, que Baronius lui-même a appelé un comédien, et que Platine à justement déclaré le plus scélérat des hommes.

JEAN XIII succéda, en 965, à ce même Léon VIII que lempereur Othon avait rétabli sur son siége. Il était Romain, fils d’un évêque, nommé Jean comme lui, évêque de Narni, et sa vie fut ivréprochable comme ses mœurs. Cependant l’anarchie était dans Rome et n’y respectait rien. Une sédition suscitée par Rofrède, comte de Campanie, forca le nouveau pape de se réfugier à Capoue. Mais ce comte ayant été tué par un ami de Jean XIII, et l'empereur ayant repassé les Alpes à la tête d’une armée, le pontife fut rétabli sur son siége. C’est à la voix de ses légats que les Polonais se convertirent au christianisme. Les Hongrois suivirent cet exemple en l’an 963, et deux reines, Adélaïde de Hongrie et Dambrawca de Bohême, furent les principaux instruments de cette double conversion. En reconnaissance des services de l’empereur, Jean XIII étendit les priviléges de l'archevêque de Magdebourg, et en fit un primat de Germanie. 11 couronna le jeune Othon, que son père avait fait venir à Rome pour celte cérémonie, et envoya des légats à Constantinople pour appuyer l'ambassade impériale qui était allée négocier un mariage entre les deux familles. Mais l’empereur Nicéphore, irrité contre la cour de Rome, maltraita ces légats, et voulut que son patriarche Polyeucte fit un acte de souveraineté spirituelle en Italie, en érigeant Otrante en archevêèché, pour punir le pape de lavoir appelé empereur des Grecs. Jean XIII ne vit point la fin de cette dispute. 11 mourut le 6 septembre 972, après un pontificat de sept ans. Baronius lui attribue l'invention du baptême des cloches, que d’autres font remonter plus haut. Ce qu'il y a de certain, c’est qu’il baptisa Ja grande cloche de Saint-Jean-de-Latran.

JEAN XIV succéda, en 984, à Benoît VII. II se nommait Pierre, était évêque de Pavie, et avait été nommé chancelier d'Italie par l’empereur Othon 11. 11 eût mieux fait de s’en tenir à ces emplois; car son pontificat fut constamment traversé par les intrigues et les violences de l'antipape Boniface VII, qui l’enferma dans le château Saint-Ange, où, après huit mois de règne et quatre mois de souffrances, il mourut, de faim et de misère.

JEAN XV succéda, le 25 avril 986, à ce même Boniface VII, qui avait détrôné le précédent, Un autre Jean avait été élu avant lui; mais comme il était mort avant d’être sacré, l'histoire ne la point compté parmi les papes. Jean XV était fils d’un prêtre romain nommé Léon. Le tyran Crescentius régnait alors dans Rome, et le nouveau pape s’était retiré dans une place de Toscane pour échapper à sa haine ; mais la crainte des Allemands irrita le despote, et Jean XV se rendit aux vœux du peuple, qui le rappelait dans sa capitale. Une seule affaire remplit son pontificat de dix années. C’est celle d’Arnoul, frère naturel du duc Charles de Lorraine, légitime héritier du dernier carlovin- #ien, qu'Hugues Capet avait eu l’imprudence de nommer au siége métropolitain de Reims, Arnoul trahit l’usurpateur pour son frère, et Hugues, sollicitant sa déposition en cour de Rome, commença par nommer à sa place le fameux Gerbert, qui devait plus tard arriver à la tiare sous le nom de Sylvestre FI. Jean XV, prévenu par les amis du duc de Lorraine, ne voulut pas même recevoir les envoyés de Hu-

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gues Capet. Maïs celui-ci fit prononcer sa déposition par un consile français, qui procéda en même temps à l’intronisation de Gerbert. Le pape cassa toutes les opérations de ce concile, et excommunia les prélats qui l'avaient tenu. Ger bert, de son côté, soutint par ses écrits les libertés de l'Église gallicane, et le roi Hugues renouvela ses tenta tives auprès du saint-siége. Jean XV persista dans ses ana thèmes : {l envoya même un légat en France pour présider un nouveau concile. Cette assemblée s’ouvrit à Mouson , le 2 juin 996. L’éloquent plaidoyer de Gerbert y fut mal. soutenu par Hugues Capet, qui avait trop besoin de la cour de Rome pour la mécontenter, et l'archevêque Arnoul fur rétabli par l'autorité du saint-siége. Ce débat ne finit point là, mais Jean XV n’en vit point la solution, car il mourut dans cette même année. Le père Maimbourg a louéses vertus, son Savoir et son courage; mais le biographe de Saint- Abbon, plus rapproché des événements, l’accuse d’avoir été disposé à tout vendre. Heydegger ajoute qu’il pillat l'Église pour enrichir sa famille, et lui attribue la fatale invention du népotisme. On ignore si c’est à lui ou à Adrien HIT qu'est due la première can onisation de saints.

JEAN XVI se nommait Philagathe. C'était un Calabrois, né à Rossane. Il avait été nourri par charité à la cour d’0thon IL, qui lui avait donné l'évêché de Plaisance , et l'avait envoyé à Constantinople demander la fille de Nicéphore en mariage. Revenu à Rome, en 997, après la déposition de Grégoire V, par le tyran Crescentius, il acheta le saintsiége de cet oppresseur de l'Italie. Son règne fut de peu de durée. Othon III ramena Grégoire à Rome : le peuple se saisit de Jean XVI, lui arracha les yeux, le nez, et précipita son cadavre du château de Saint-Ange dans le Tibre, Les écrivains orthodoxes le considèrent comme antipape, et l'abbé de Vallemont l’a rayé de la nomenclature; mais les historiens de France et d’Allemagne ont persisté à l’y comprendre.

JEAN XVII. C'était un nommé Sices, paysan selon Platine, gentilhomme suivant le père Pagi, qui succéda, en 1003, à Sylvestre II. C’est tout ce que l’histoire raconte de son pontificat de cinq mois.

JEAN XVIII fut son successeur immédiat. Il était Romain, et se nommaït Fasan. Sacré le 19 mars 1004, il n’est connu que par l'érection de l’évêché de Bamberg, à la sollicitation de l’empereur Henri. Ce pape régna cinq ans, dans la mollesse et l’oisiveté : il mourut le 18 juillet 1006.

JEAN XIX, créature des comtes de Segni et de Toscanelle, succéda à son frère Benoît VIII, en 1024. Les uns disent qu’il était laïque avant son exaltation, les autres en font un évêque de Porto. Les clameurs de toute l'Église d'Occident l’'empêchèrent seules dès son début de vendre au patriarche de Constantinople le titre d’évèque universel d'Orient. Il couronna l’empereur Conrad à Rome, le 9% mars 1027, en présence de Canut, roi d’Angleterre et de Rodolphe, roi de Bourgogne, et six ans après ce même Conrad le rétablit par la force des armes sur son siége, d’où une sédition l'avait renversé. Mais il ne jouit pas longtemps de son triomphe; il mourut le 8 novembre 1033, après neuf ans et trois mois de pontificat.

JEAN XX ne devrait pas avoir plus que Philagathe le droit d’être compté parmi les pontifes de ce nom. L'infâme BenoîtIX, chassé de Rome pour ses crimes, lui vendit la tiare pour l’opposer à un autre antipape, qui avait pris le nom de Sylvestre 111; etce même Benoît, ayant reconquis par le glaive le palais de Latran, les trois papes ou antipapes se partagèrent les églises de Rome et les revenus du saint-siége. Ce monstre à trois têtes, ce #riforme dubium, comme l’appelait un poëte ermite de ces temps d'anarchie, dura jusqu'à l'avénement de Grégoire VI, entre les mains duquel les triumvirs pontificaux déposèrent leur tiare. Jean XX alla finir ses jours dans l'obscurité.

JBAN XXI succéaa au pape Adrien V, le 13 septembre 1276. Il se nommait Pierre-Julien. Lisbonne, sa patrie, l'avait appelé Le clerc universel, à cause de son vaste sa-

JEAN

voir, et ilétait cardinal évèque de Tusculum quand il fut honoré des suffrages du conclave. Il reçut le 7 octobre suivant la foi et l'hommage de Charles, roi de Sicile, L'année suivante il rétablit l'harmonie entre le roi de France, Philippe le Hardi, et Alfonse, roi de Castille, pour qu'ils pussent tourner leurs communs efforts vers la Terre Sainte. Ses légats parcoururent dans ce but l'Allemagne, là Hongrie et l'empire d'Orient. Mais un bâtiment qu'il faisait élever à Viterbe s'étant écroulé sur sa tête, il mourut six jours après cetaccident, le 16 mai 1277, laissant la réputation d’un grand médecin, mais d’un pontife peu propre au gouvernement de l’Église. Platine assure que le véritable pape était le cardinal Jean-Gaétan des Ursins, qui lui succéda sous le nom de Nicolas IL:

JEAN XXII (Jacques n'OSSA), né à Cahors, en 1244, succéda, le 7 août 1316, à Clément V, après une vacance de deux années. La cour pontificale résidait alors à Avignon, ct les cardinaux s'étaient assemblés plusieurs fois sans pouvoir s’accorder, quand le <omte de Poitiers, frère de Louis X de France et régent du royaume, les enferma dans un couvent de Lyon, en leur déclarant qu’ils n’en sortiraient point avant d’avoir fait un pape. Quarante jours après, Jacques d’Ossa ou d'Euse fut élu, et prit le nom de Jean, quoique ce nom eût tant de fois porté malheur au saint-siége. C'était un fils de savetier, qu'avait élevé par charité Pierre Ferrier, archevêque d'Arles. Son mérite lui avait d’abord valu l'évêché de Eréjus, et il avait succédé à son protecteur comme chancelier du roi de Naples, Robert. Ce roi le fit nommer successivement évêque d'Avignon, cardinal et évêque de Porto, d’où il fut promu à la papauté, à l’âge de soixante-dix ans, après avoir juré au cardinal Napoléon des Ursins de rétablir le saintsiége à Rome. Mais ce fut la première chose qu’il oublia. Il débuta au contraire par ériger en France un grand nombre d’évêchés, et par adresser aux rois de France et d’Angleterre des admonitions qui n’avaient d’autre but que d'établir sa suprématie. Le schisme des frères mineurs et la secte des béguins ou fratricelles furent condamnés par ses bulles du 15 mars et du 30 décembre 1317.

Cependant, la guerre des guelfes et des gibelins devait lui susciter de plus grands embarras. Chef des guelfes, il excommunia leurs rivaux, déclara vacant le trône impé-

triche, et s’attribua le gouvernement de l’Empire. L’empereur Louis, vainqueur de son rival, profita de l'absence du pape pour travailler les peuples de l’Jtalie, qui fut livrée à l’anarchie la plus épouvantable. Les deux souverains ne combattaient cependant que de la plume. Le pontife lançait des ‘monitoires contre Louis de Bavière, et l’empereur y répondait par des protestations et des demandes de sursis. Jean XXII se lassa de tant de délais. IL prononça la déposition de Louis, et l’excommunication des Visconti, ses adhérents, qui n’en tinrent aucun compte. Deux docteurs, Marsile de Padoue et Jean de Gand, mirent leur éloquence

aux gages de l’empereur ; ils furent excommuniés à leur |

tour. Louis en appela au futur concile, et s’'avança jusqu’à Rome, après avoir pris la couronne de fer Ÿ Milan, où, de Vavis de plusieurs prélats gibelins, il avait déclaré le prêtre Jean, prétendu pape, convaincu d’hérésie sur seize articles. Jean fit enfin prêcher une croisade contre l'empereur, et Louis de Bavière publia la déposition du pape dans une assemblée tenue au milieu de la place de Saint-Pierre. Ce fut en vain que le jeune Jacques Colonne osa protester contre cette déposition, en lisant au peuple romain la bulle d’excommunication lancée par le pontife ; l'empereur fit poursuivre le téméraire, qui heureusement ne se laissa point atteindre, et fit élire pape Pierre de Corbière, qui prit le nom de Nicolas vV.

Celui-ci débuta suivant l’usage par l’excommunication du pape Jean, qui le lui rendit avec usure. Les guelfés ne tardèrent pas à rentrer dans Rome sous la conduite du légat Jean des Ursins. Ils en chassèrent Pierre de Corbière, et signalèrent leur victoire par le massacre des gibelins et

la profanation de leurs tombeaux. L'empereur emmena son pape à Pise; mais à peine eut-il repris le chemin de PAIlemagne, que Pierre de Corbière, abandonné de ses amis, el traqué par ceux de Jean XXII, n’eut d'autre ressource que la clémence de ce pontife. Il vint s’humilier ax pieds de son heureux rival, qui l’admit au baiser de paix ; mais la réconciliation de Louis de Bavière était plus difficile, et ce discord ne finit point de son vivant. Au milleu de tous ces embarras, le pape S’occupait de la conversion des Arméniens et des Tatars; mais, tout en poursuivant les hérétiques et les idolâtres, il fut lui-même traité d'hérétigue par ses propres partisans à l’occasion de la vision béatifique : il avait prétendu que les âmes des bienheureux ne devaient voir Dieu face à face qu’au jour du jugement dernier; et cette nouveauté, prêchée trois fois par lui du haut de la chaire pontificale, scandalisa le monde chrétien. Un prédicateur anglais ayant tonné contre cette hérésie, le papo Jean envenima la querelle en faisant jeter le moine en prison. Le roi de France, Philippe de Valois, alla jusqu’à menacer le pontife de le faire brûler vif s’il ne se rétractait pas, ct celui-ci, poussé à bout, après trois ans de disputes et de scandale, déclara en présence de vingt cardinaux qu'il abjurait sa proposition. Il mourut le 4 décembre 1334, à l’âge de quatre-vingt-dix ans. On vante sa fermeté inébran- Jable, son savoir et sa piété. Mais son ambition fut immodérée comme son avarice, et c’est lui qui ajouta une troisième couronne à la tiare, pour marquer la supériorité des papes sur es rois. Il publia les Clémentines et composa les Extravagantes, auxquelles se rattache le Corps du Droit canonique.

JEAN XXIII (BarraAzar COSSA) était un Napolitain. 11 feignit de ne pas vouloir de ja papauté, que Louis II, roi de Naples, sollicitait pour lui, après la mort d’Alexandre V; mäis, s’il faut en croire quelques historiens, il se revêtit lui-même du manteau de saint Pierre, que les cardinaux lui présentaient pour en couvrir le plus digne. On ajoute qu’étant à peine archidiacre de Bologne, et se mettant

en route pour Rome, sous Boniface IX, il dit à ses amis

qu'il allait au pontificat. Sa jeunesse n’avait pas été fort pure : né gentilhomme, il avait commencé par la piraterie

| et la débauche, et à peine dans les dignités ecclésiastiques, rial, que se disputaient Louis de Bavière et Frédéric d’Au- |

s’y était signalé par la cupidité la plus scandaleuse. Boniface IX l’avait renvoyé à Bologne, pour le séparer de ses maitresses ; il y arriva en conquérant, à la tête d’une armée

| qui défit celle du duc de Milan, Jean Galéas. Maïtre du | pays, il le dévora par ses exactions, brava les ordres d’In-

nocent VII et les anathèmes de Grégoire XII, suscita à ce dernier des embarras sans nombre. Plus calme sous Alexandre V, il lui succéda le 17 mai 1410. Pierre de Luna, connu sous le nom de Benoît XIII, vivait encore, et l'Espagne, l'Écosse et l’Armagnac persistaient à le reconnaître. Grégoire XII végétait aussi dans quelques faibles parties de l’AIlemagne et dela haute Italie. Le nouveau pape, protégé par l'empereur Sigismond, et maître du Vatican, fut reconnu par la France, malgré son empressement à ]nidemander des subsides. Cette prétention réveilla toutes les susceptibilités de l'Église gallicane ; l’université protesta, et, tout en accordant un faible secours, le parlement défendit ses priviléges contre les légats du saint-siége.

Sur ces entrefaites, Louis d'Anjou, défenseur du nouveau pontife, battait, sur les bords du Garïllan, le 19 maï 1411 l’armée de Ladislas, son compélileur au trône de Napie et protecteur de Grégoire XII. Jean appuya cette victoire de ses anathèmes, et prêcha une croisade contre le vaincu. Mais Louis d'Anjou ne sut point profiter de ses avantages, et Ladislas, vainqueur à son tour, força le pape à le reconnaître, en abandonnant de son côté le parti de Grégoire, Ladisias se fit même payer cent mille ducats cette condescendance, et ses troupes, dispersées autour de Rome, n’en contrarièrent pas moins l’arrivée des prélats au concile convoqué par le pape Jean. If fit plus, ex 1413, informé que

. l'avarice et les extorsions de ce pontife l'avaient ruiné dans

resprit des Romains, il surprit sa capitale dans la nuit du 7 au 8 juin. Jean XXIII prit la fuite, laissa Rome en proie à la barbare rapacité de son ennemi, se retira dans Bologne, et sollicita les secours de Sigismond. Cet empereur profita de ses craintes pour lui arracher la convocation du fameux concile de Constan ce, après lui avoir reproché en face les scandales dont il affligeait l’Église. Ce n’est qu'après de longues hésitations qu’il se décida à s’y rendre pour y voir condamner et exécuter le célèbre réformateur Jean Huss; mais lui-même y fut joué et y devint dupe de ses propres intrigues. On dressa contre lui une liste d'accusation qui, selon Théodoric de Niem, son secrétaire, contenait tous les péchés mortels avec.un nombre incalculable d’abominations. Son évasion ne fit que retarder le jugement. Cité à comparaître, suspendu, arrêté, traité d’incestueux, d’adultère, de suborneur, d’empoisonneur, il fut enfin déposé, comme ses deux compétiteurs, et enfermé dans la prison d’Heidelberg. 1! en sortit quatre ans après, après avoir racheté sa liberté 20,000 écus d'or; et vint à Rome s’humilier aux pieds du nouveau pape Martin V, qui le créa cardinal évêque de Frascati et doyen du sacré collége. Il mourut cette même année, de chagrin ou de poison, à Florence.

VIENNET, de l’Académie Francaise,

JEAN, empereurs d'Orient. Voyez OriENr (Empire d’), ComnÈNE, LAsCarIS, PALÉOLOGUE, KANTAKUZÈNE, etc.

JEAN. La France compte deux rois de ce nom.

JEAN I*’, fils posthume de Louis X, ne vécut que cinq jours. Comme il ne restait de Louis X qu’une fille en bas âge, la couronne passa aux mains de Philippe V le Long, oncle paternel de cette jeune princesse, en vertu d’un arrêt du parlement.

JEAN II, dit Jean le Bon, succéda à Philip pe de Valois, son père. Il fut sacré à Reims, le 26 septembre 1350. Le pape, dès qu’il fut informé du changement de règne, envoya d’Avignon des paroles de paix aux deux souverains de France et d’Angleterre. Elles eurent quelque influence sur Édouard, ce qui fut cause peut-être que la trêve fut prorogée jusqu’à trois ans. Cette trêve n’interrompit cependant pas les hostilités dans toutes les parties de la France.

Le premier acte de Jean le Bon, installé sur le trône, fut un acte de cruauté et de tyrannie, que l’on peut considérer comme le principe de tous ses malheurs. Le comte d’Eu, connétable de France, était prisonnier sur parole d’Édouard. 11 y avait contre lui quelques soupçons assez vagues : on disait qu’il était moins le prisonnier que l’ami du monarque anglais, et que son retour à Paris était peut-être un acte d’espionnage. Mais le plus grand grief contre lui était la place qu’il occupait. Depuis longtemps Jean voulait faire son connétable de Charles d'Espagne, dit La Cerda, son ami denfance. Le comte d'Eu fut arrêté au sortir de l'hôtel de Nesle, où habitait le roi. On n’était pas assez sûr de la complaisance de la cour des pairs ; on s’affranchitmême des apparences de la justice, et en présence du duc de Bourgogne, des comtes d’Armagnac et de Montfort, dans les appartements même de l'hôtel de Nesle, le comte d’Eu fut décapité, Charles d’Espagne immédiatement après fut investi de la dignité de connétable.

La trêve conclue entre les deux nations expirait au mois d'août 1351. Eile fut renouvelée; mais Édouard la respecta peu, et pendant quele roi Jean célébrait à Saint-Ouen l’institution des chevaliers de l'Étoile, la trahison de Guillaume de Beaucourroi ouvrit au monarque anglais la ville et le chàteau de Guines. Lorsque le roi de France envoya des députés à Édouard pour se plaindre de ce manque de parole, l'Anglais lui fit cette célèbre plaisanterie, peu digne d’un prince qui cherchait et obtenait le renom de loyauté : il répondit aux députés français que les trêves étaient marchandes. La situation déplorable où la France était réduite alors força le roi à différer la vengeance de cet affront, Une famine affreuse dévoraitle cœur de la France. Les bras, presque tous employés à porter le fer, ne traçaient plus de sillons, Dans les cam-

JEAN

pagnes, c’était l'écorce des arbres dont on se nourrissait ; à Paris, le septier de blé se payait huit livres parisis. Dans plusieurs provinces, on avait été obligé de renoncer à l'impôt.

Le roi Jean ouvrit pour la France une nouvelle source de malheurs en donnant sa fille Jeanne à Charles, roi de . Navarre. Ce prince fit aussitôt assassiner le connétable de La Cerda. Jean dans cette circonstance n’écouta ni son ressentiment ni la justice. 11 s’abandonna d’abord à une douleur excessive : pendant quatre jours il ne voulut voir personne ; ensuite, son courroux parut s’amollir, il céda aux intercessions des reines Jeanne et Blanche. Charles revint à Paris, et, par l’organe du cardinal de Boulogne , le roi lui accorda un pardon revêtu de quelques formalités de justice. Mais ce pardon n’empêcha pas les hostilités d’éclater à quelque temps de là et Charles le Mauvais de s’allier aux Anglais. Jean s’en vengea en le faisant prisonnier par trahison.

Cependant les conditions qu'Édouard offrait pour Ja paix n'étaient pas acceptables sans déshonneur. Aussitôt deux armées de deux côtés différents menacèrent la France : l'une, conduite par le prince de Galles, ravageait l'Auvergne et le Limousin avec une fureur impitoyable; l’autre, ayant pour chef Édouard lui-même, débarqua à Calais. Le roi Jean, à la tête aussi de forces imposantes, avança jusqu’à Saint-Omer ; là, il envoya défier Édouard, soit corps à corps, dans un combat singulier, soit forces contre forces. Édouard n’accepta pas ce défi; il repassa bientôt en Angleterre.

En l’année 1375 s’assemblèrent, pour délibérer sur les mesures à prendre, les états généraux. Les ressources de la cour étaient entièrement épuisées. Le 2 décembre l'assemblée se réunit dans la grande salle du parlement. L’archevêque de Rouen fit l’ouverture des états, et parla au nom du roi, qui demanda par cet organe de l'argent pour faire la guerre. Jean de Craon pour le clergé, le duc d’Athènes pour la noblesse, et Étienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, répondirent qu'ils étaient tous appareillés de vivre et de mourir avec le roy, et de mettre corps el avoir à son service. Après plusieurs jours de délibération commune, il fut décidé qu’on opposerait aux Anglais une armée de trente mille hommes d’armes (environ quatre-vingt-dix mille hommes) réunis aux communes du royaume ; qu’on rétablirait la gabelle sur le sel et un impôt de huit deniers pour livre de toutes choses vendues. La cour ne se soumit qu’à regret à cet impôt; en outre, le parlement ayant désigné quelques-uns de ses membres pour sa levée et sa répartition, le roi se trouvait privé de la disposition des fonds de la guerre. Mais la nécessité faisait une loi de se soumettre à tout ce qu’il pouvait y avoir d'esprit démocratique dans cette disposition. Cette ordonpance, rendue après la délibération des états généraux, contenait beaucoup d’articles de sécurité publique, que nous passerons sous silence. L’exécution en fut plus difficile qu’on ne l'avait pensé : l'impôt ne se percevait pas. A Arras le peuple se révolta, et le maréchal d’Andreghem, étant entré dans la ville les armes à la main, fit pendre vingt des plus mutins. Les états se rassemblèrent de nouveau, au mois de mars , et ne remédièrent que faiblement à cette pénurie extrême. .

Jean n'avait pas prévu quels nouveaux aliments l’arrestation de Charles le Mauvais allait donner à la guerre civile. Philippe de Navarre et Godefroy d'Harcourt saluèrent Édouard roi de France, et déclarèrent tenir de lui leurs duchés et leurs provinces. Ce fut alors que le duc de Lancastre, combinant ses forces avec celles de Philippe de Navarre, assiégea et prit la ville de Verneuil et pénétra par là dans le Perche, D'un autre côté, le prince de Galles portait dans toute la la France méridionale l’épouvante de son cheval noir et de son armure noire, Mais le roi avait donné rendez-vous à toute la noblesse sur les limites de la Touraine et du Blésois, Le 18 septemble 1356, les deux armées de France et d’Angleterre se rencontrèrent près de Poitiers, dans ce pays de vignes, de haies et de bois taillis, qu'on nomme Maue

JEAN

pertuis, triste pays, que le plus pur sang de la France arrosa si largement. Le roi y fut fait prisonnier.

Quand la funeste nouvelle de la journée de Poitiers eut retenti dans toute la France , ce fut partout un cri de consternation et d’effroi. Le crédit de la noblesse, vaincue sur les deux champs de bataille de Crécy et de Poitiers, allait en s’affaiblissant. Ce fut dans ces circonstances que le dauphin Charles, âgé seulement de dix-neuf ans, prit comme par contrainte en mains les rênes de l’État. Son père l'avait nommé, peu de temps auparavant, lieutenant général du goyaume. Il arriva à Paris, et au mois d'octobre il convoqua les états généraux, qui confirmèrent ce titre et lui ‘emirent l'autorité, mais avec de certaines restrictions. On exigea des garanties de ce prince, et les états, où le roi de Navarre avait plusieurs partisans, demandèrent le renvoi de quelques officiers du roi Jean et du Dauphin, accusés d’avoir mal conseillé la cour. L'évêque de Laon, dit Le coq, demanda la liberté du roi de Navarre. Mais le conseil privé, qui sentait tous les périls de l'autorité royale, refusa ces demandes et fit dissoudre les états.

Le parlement en se retirant n'avait voté aucun subside : le dauphin s'adressa inutilement à Marcel, que son omnipotence sur le tiers élat rendait un homme très-puissant et très-redoutable. Ne pouvant rien en tirer, il envoya plusieurs des gens de son conseil pour engager les principales villes du royaume à subvenir aux dépenses de l’État. Il partit lui-même pour Metz, laissant à Paris son jeune frère, le duc d'Anjou, qu'il nomma son lieutenant. Ce voyage n’était qu'un prétexte. Il chargea son frère de rendre une ordonnance de refonte et d’altération des monnaies, manière certaine et honteuse d’avoir de l'argent. Il n’osa pas rester à Paris pour attendre l'effet de son ordonnance. Le mécontentement fut général. Marcel, à la tête des principaux habitants, n’eut pas de peine à faire suspendre l’exécution de l’ordonnance. A son retour à Paris, le dauphin fut aceueilli par les présages les plus funestes. Il convoqua une assemblée auprès de l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois. Marcel s’y rendit, et déclara au nom du tiers qu’il ne se soumettrait jamais à l’ordonnance sur l’altération des monnaies. L'ordonnance fut révoquée et les états généraux rappelés. Une fois rétablie, cette assemblée profita habilement de son triomphe; elle s’attribua à elle-même le pouxoir de se rassembler quand bon lui semblerait; elle composa, avec trente-six de ses membres, un conseil qui dut pourvoir à l'administration et au gouvernement; elle fit dissoudre la cour des comptes et les deux premières chambres du parlement ; et enfin cette assemblée souveraine ordonna que chacun de ses membres aurait une garde de six hommes d’armes, qui devait protéger à main armée son inviolabilité, C'était la première fois que la volonté nationale se déclarait avec cette force et cette conviction. Le dauphin fut obligé de passer par toutes ces conditions, et à cette époque il n’y avait réellement à Paris qu’un pouvoir de fait, les états généraux, et un souverain, Marcel, le prévôt des marchands.

Après plusieurs négociations, le roi d'Angleterre consentit à signer une trêve de deux ans. Le prince de Galles, son fils, venait lui amener son auguste prisonnier. Le roi Édouard, avec toute sa noblesse, le maire , les principaux babitants de Londres, vinrent recevoir aux portes celui auquel on avait peu de temps auparavant refusé le titre même de roi de France : maintenant devant ce captif Édouard faisait incliner toute sa noblesse : le prince de Galles marchait à côté de la haquenée blanche du roi Jean, les rues étaient pavoisées, tout respirait un caractère noble et généreux , tant aux yeux d’un ennemi loyal le malheur est sacré!

La trêve, cependant, n'avait pas fait partout mettre bas les armes. Charles de Blois, depuis son retour en France, continuait à se défendre contre le duc de Lancastre. La ville de Rennes, que ce dernier assiégeait depuis six mois, allait enfin succomber après une belle résistance. Ce fut dans ia délivrance de cette place que le chevalier Dugnesclin

DICT. DE LA CONVERS. — T. XI

commença cette réputation si pure et s1 glorieuse qui fait de son nom l’un des plus héroïques peut-être des temps modernes.

Les événements prenaient dans Paris une teinte de plus en plus sombre. Le dauphin manda au Louvre Marcel, Lé Coq et leurs partisans, et là il leur déclara que leur insubordination le lassait; qu'à lui seul l'autorité revenait de droit. Mais la délivrance de Charles le Mauvais par Jean de Péquigny, qui retira ce prince du château d’Arleux en Puilleul, où il était détenu depuis plus d’un an, vint redonner dela vie à tous les factieux, dont il était l’âme. Charles de Navarre n’hésita pas à venir à Paris, où il fut accueilli avec cet enthousiasme banal, tribut presque obligé que le peupla paye alternativement à tous les grands malheurs et à toutes les positions élevées. Dès lors le dauphin se retrancha dans uné inaction, ou forcée ou systématique. Marcel et ses parfisans arboraient et faisaient adopter partout des chaperons mi-partis de drap rouge et vert : l’université fut le seul corps constitué qui résista et qui refusa de les porter. Le dauphin essayait de lutter avec ce rival si dangereux ; il fitun discours aux Parisiens, où il leur déclara qu’il voulait vivre et mourir avec eux. Plusieurs assistants furent émus de voir l'héritier de la couronne venir se justifier devant eux. Marcel sentit qu'il était urgent de combattre cette influence. L’échevin Consac fit l'apologie de la conduite de Marcel ; et ce peuple, inconstant et versatile, lui accorda les mêmes éloges qu’il venait de donner au dauphin, et tout le monde déclara qu’il avait raison. Les factieux ne s’en tinrent pas là. Ils firent assassiner le trésorier du dauphin Regnaud d’Acy et l'avocat général, ainsi que les maréchaux de Champagne et de Normandie, dans l’enceinte du Louvre, aux pieds même du dauphin. Le dauphin donna son approbation à tous ces actes de vengeance et de cruauté, qui lui enlevaient à chaque fois un serviteur fidèle et dévoué.

Le reste du royaume commençait à s’ébranler sous ce frémissement qui lui arrivait de la capitale. Les grandes compagnies faisaient trembler les villes, et massacraient les voyageurs sur les routes. Sur ces entrefaites, Charles, dauphin de France, ayant atteint sa vingt et unième année , fut investi du titre, mais non de l'autorité de régent de France : c'était toujours Le Coq, évêque de Laon, qui était le chef suprême de son conseil. Les états de Champagne devaient se réunir à Provins; Charles résolut d’y assister et de fuir de cette grande prison de Paris. Il trouva ces magistrats parfaitement disposés pour lui, et il se rendit à Meaux avec un peu plus de courage et d'espoir dans le cœur. Dans ces circonstances, Marcel commit la faute d'appeler à Paris des Anglais et des Navarrais, qui traitèrent cette capitale comme une ville conquise, et la mirent en quelque sorte au pillage. Il s’'empara du Louvre, qui était hors de l’enceinte de la ville, et organisa tout pour la résistance. Toute la noblesse avait émigré de Paris, et s'était réfugiée auprès du régent. Un fléau d’un autre genre, la jac querie, vint se joindre à tant de maux. L'histoire ne sait où se reposer dans cette sinistre époque : elle a partout les pieds dansle sang.

Marcel résolut d'appeler ouvertement le roi de Navarre à Paris, et de lui en confier la défense. D'un autre côté, le régent, à la tête de 12,000 hommes, vint occuper les villages de Vincennes, de Charenton et de Conflans. Il ne restait plus qu’une ressource à Marcel, se faire un appui manifeste du roi de Navarre et le proclamer. Dans la nuit du 31 juillet au 1° août 1358, à une heure du matin, Marcel, avec quelques-uns de ses gens, s'empare sans bruit de la garde de la porte Saint-Antoine, par laquelle le Nas varrais devait être introduit. Mais il est assassiné par Jean Maillard, et la révolution qu'il méditait se fait en faveur du régent.

Le retour du régent était désiré et attendu. En remettant es pieds dans sa ville de Paris, il promit une amnistie complète et l'oubli du passé. Comme il se rendait à l’hôtel de ville au milieu de la haie du peuple, un bourgeois s’avauça

tout près de lui, et lui dit avec hauteur et dédam : « Pardieu, sire, si j'en fusse cru, vous n’y seriez jà entré. » Le régent, arrêtant les seigneurs de sa suite, qui voulaient punir J'insolence de ce bourgeois, se contenta de répondre : « Dites-le, beau sire, on ne vous croira pas. » Cependant, le roi de Navarre, voyant qu’il n'avait plus rien à faire avec les Parisiens, traita ouvertement avec Édouard, se fortifia à Melun, et envoya défier le régent. Le connétable de Fienne et le comte de Saint-Pol tenaient la campagne pour le régent. Ils firent lever aux Navarrais le siége d’Amiens ; déjà le roide Navarre s'était emparé d'Auxerre, et menaçait d’affamer Paris. Melun, une de ses places les plus fortes, était assiégée par le régent et le chevalier Duguesclin, qui y prodigua son héroïsme. Tout à coup, toutes les prétentions de Charles le Mauvais tombèrent devant des espérances d’arrangement qu’il provoqua.

Mais Jean, que la captivité commençait à ennuyer, résolut d'y mettre un terme, et négocia un traité avec Édouard, Ce traité, porté en France, fut rejeté par le régent et son conseil. Le roi d'Angleterre exigeait pour rançon tout l’ouest de la France, et plusieurs des provinces centrales. Le peuple fut assemblé : de toutes parts on s’écria que mieux valait combattre les Anglais à extermination. A la tête d’une armée de cent mille hommes, Édouard débarqua en France. Il était suivi par des fourgons qui apportaient des vivres pour l’armée dans ce pays affamé. La pensée d’Édouard se tourna d’abord vers Reims, où se sacraient les rois de France. Un long siége n’eut d'autre résultat que d’ébranler les fortifications. L’armée anglaise descendit ensuite dans la Bourgogne, et, par le Nivernais, regagna Paris. Le régent avait résolu de ne plus compromettre le salut de la monarchie dans une bataille. Édouard trouvait tout disposé pour la défense et rien pour l'attaque. 11 dévasta les environs de Paris, mais son armée ne pouvait plus tenir dans ce pays déjà affamé; il s'éloigna peu à peu de cette capitale, Ce fut alors que pour la première fois Édouard parut disposé à entendre d’autres conditions moins rigoureuses pour | France. Le duc de Lancastre n'épargna rien pour le décider, et ce fut alors que l’on signa le déplorable traité de Brétigny.

Quand tous les arrangements furent pris, quand le traité fut solennellement juré des deux côtés, le roi de France fit sa rentrée à Paris. Charles de Navarre aussi vint apporter sa parodie de serment. Il jura d’être bon fils et sujet loyal. Le roi ratifia tout ce que le dauphin avait fait comme régent. Tout semblait revenir un peu plus à l’ordre; mais la solde de la rançon du roi était la préoccupation commune. Le pape autorisa un impôt de deux décimes sur le clergé. La noblesse, le tiers, furent grandement mis à contribution. Mais toutes ces ressources furent insignifiantes, on ne pouvait plus trouver d’or dans le sein appauvri de la France. Ce fut alors qu’un prétexte d'humanité vint au secours de la politique. Bannie de France, il y avait une nation qui regorgeait d’or, et qui trouvait partouten échange la honte et les humiliations. On lui ouvrit les frontièrès de la France, Chaque chef de famille juive devait payer en entrant douze florins d’or de Florence, et six florins par an pour permis de séjour. Comme indemnité, on leur permit l'usure, et on crut faire acte d'humanité en leur défendant d'exiger au delà de quatre deniers pour livre par semaine. Un intérêt -aussi exorbitant est la mesure de la misère où se trouvait ie royaume de France, Le roi, du reste, exécuta loyalement le traité partout où il le put. Il lui en coûta de détacher ville par ville, et province par province, toute la part que l'Anglais s'était faite : il yeut bon nombre de citoyens qui protestèrent contre cette violence, et qui déclarèrent qu'ils voulaient rester Français. Le roi Jean fut inflexible. Du consentement du dauphin et de celui du prince de Galles, un article {ut rayé du traité de Brétigny : ce fut celui qui déclarait que le roi d'Angleterre renonçait au titre de roi de France, el que Jean, de son côté, n'aurait plus la suzeraineté des. provinces cédées,. Une, politique dont on.n’explique pas

JEAN

les raisons, en effaçant cet arlicle, laissa subsister un foyer

permanent de discordes et de plus une humiliation cons- | tante pour les rois de France, qui n'étaient pas seuls à prendre un titre qui n’appartenait qu'à eux.

En l’année 1362, vers les fêtes de Pâques , Philippe de Rouvres, duc de Bourgogne, mourut avant sa quinzième année , sans laisser d’héritier mâle, La couronne de France réclama cet apanage, qui lui revenait de droît, et cette mort fut un bonheur pour elle dans un moment où les membres épars de la France étaient dispersés. Le roi visita et prit possession de cette belle province. On sait que depuis il la céda à Philippe le Hardi, et ouvrit ainsi une suite de guerres funestes entre les puissants ducs de Bourgogne et le roi de France.

Dévoré d'ennui, Jean partit pour Avignon sous le plus frivole prétexte. Il jura au pape qu’il vouiait accomplir le vœu de Philippe de Valois dé se croiser. Le pape accueillit avec enthousiasme cette proposition. On fixa le jour -de lexécution à deux années. Les événements firent ‘avorter ce projet, qui eût été la ruine du royaume. Pendant ce temps, un de ses fils donné en otage, le comte d'Anjou, rompit son ban et revint en France. Dans ce moment, où, au midi de la France, le captal de Buch, lieutenant du roi de Navare, s’avançait à Ja tête d’une armée imposante, où au nord-oûest la guerre de partisans dévastait et ruinait la Bretagne, où le centre du royaume saignait encore des récentes bléssures que lui avaient faites les compagnies, puis la jacquerie, Jean préféra à cette vie d’un monarque digne de défendre et de porter sa couronne, la wie oisive et vosuptueuse d’un prisonnier royal fêté’et honoré, et que linfortune et la loyauté faisaient regarder comme un grand aomme. Pour la dernière fois , il quitta le sol de la France, ayant investi le dauphin de la lieutenance générale du ‘oyaume, et son fils Philippe du titre et de la possession Ju duché de Bourgogne. Il aborda avec une partie de sa cour à Douvres, et alla à Elthem, où Édouard l’attendait. Là ce furent des magnificences royales et des fêtes splendides. L'hôtel de Savoie à Londres était la résidence habituelle de Jean. Il passait son temps, dit Froissart, liement et amoureusement. On parle d’une comtesse de Salisbury dont il partageait les faveurs avec le roi d'Angleterre, et d’une barque secrète qui pendant la nuit le conduisait mystérieusement le long de la Tamise, de hôtel de Savoie au palais de Westminster. Cette captivité si fêtée ne fut pas de longue durée pour Jean. Le 8 avril 1364, dans la quarante-cinquième année de son âge, le roi de France mourut. Édouard pleura dans cet illustre prisonnier un ami que les derniers temps lui avaient fait apprécier. Quatre mille torches éclairèrent le cercueil dans Péglise de Saint-Paul; le corps fut ensuite déposé sur un vaisseau, qui reportait à la France les’ os qui lui appartenaient. Il fut accordé à Jean d'aller dormir à côté de ses aïeux dans la basilique de Saint- Denis. Ce prince eût peut-être été un homme remarquable, s’il n’eût pas été écrasé sous ce titre imposant de roi. Dans tous les cas, quand on médite sur la vie de Jean, ou qu’on rêve sur son tombeau, on se demande pourquoi le sculpteur qui a tracé son épilaphe ne s’est pas contenté d'inscrire sur la pierre tumulaire cette belle maxime, qu'on lui attribue : « Quand la bonne foi, la justice, seraient bannies du cœur de l’homme, elle devrait se retrouver dans celui des rois. » LACRETELLE , de l’Académie Française,

JEAN , roi d'Angleterre (1199-1216). Ce prince reçut des chroniqueurs le surnom de Jehan sans Terre, parce qu'à la mort de son père, Henri 11, Jean n'était investi d’awcun grand fief, tandis que ses trois frères aînés, Henri, Richard et Geoffroi, avaient porté les titres de dues de Normandie, de Guienne et de Bretagne. Jean, né à Oxford, en 1166, était cependant le bien-aimé du roi Henri, qui tui avait destiné la souveraineté de l'Irlande, récemment conquise, et s'était efforcé de lui assurer la main de l'héritière de Savoie et de Piémont; mais Jean paya d’ingratitude l'afs | fection de son père, et s’associa secrètement aux complots

de ses frères. Ce fut le coup de la mort pour le pauvre roi Henri : quand il apprit que son dernier-né, son enfant de prédilection, s'était uni contre lui au rebelle Richard et au roi de France Philippe-Auguste. Il s'écria qu’il n'avait plus de souci de lui-même ni du monde,et mourut en mandissant ses fils. Ce fut sous de tels auspices que commença Ja carrière de Jean, le pire de toute cette sinistre race des Plantagenets, à laquelle la tradition populaire assignait une origine diabolique, et qui ne démentait pas la tradition par sa conduite.

Richard, qui mérita le nom de Cœur de Lion, par sa férocité autant que par son courage, succéda au malheureux Henri, et récompensa la complicité de Jean par le don des comtés de Mortain et de Glocester; mais Jean ne fut pas plus fidèle à son frère qu'à son père. IL était resté en Occident pendant la croisade de Richard et de Philippe-Auguste ; à la nouvelle de la captivité de Richard en Autriche, Jean, espérant que cette captivité serait éternelle, se ligua avec Philippe, lui rendit secrètement hommage pour la couronne d'Angleterre, et lui facilita l’invasion de la Normandie; puis, Richard ayant reparu, contre l’attente de Jean, celui-ci racheta sa perfidie par une autre, plus noire encore; et les tètes de 300 gens d'armes français, égorgés en trahison, furent le gage de la réconciliation des deux frères (1194 ). Richard ayant été tué au siége de Chaslns, en 1199, en désignant, dit-on, Jean pour son successeur, par un testament dont l'authenticité a été contestée, Jean se mit en possession du royaume d'Angleterre, et des duchés de Normandie et d'Aquitaine , au détriment de son neveu Arthus ou Arthur, duc de Bretagne, né du troisième fils de HenriwIl (Jean n'était que le quatrième). L’Anjou, le Maine et la Touraine prirent le parti d’Arthus, enfant de douze ans, que soutint Philippe-Auguste ; mais le roi de France songeait plus à ses intérêts qu’à ceux de son protégé, et la mère et les partisans du petit prince, ne croyant point à la sincérité de Philippe,

renoncèrent, au nom d’Arthus , à des prétentions trop diff. ! ciles à soutenir, Arthus se reconnut même le vassal de Jean

pour le duché de Bretagne, et promit de se contenter de cette seigneurie, qu'il tenait de sa mère.

Jean s'était aussi réconcilié avec le roi de France, et son règne paraissait devoir être paisible, lorsque ses passions lui suscitèrent de nouveaux ennemis. Il enleva au comte de la Marche sa fiancée, Isabelle d'Angoulême, quoiqu'il fùt lui-même marié, et il répudia, sans aucun motif légitime, la reine sa femme pour épouser Isabelle. Le comte de la Marche, membre de la puissante maison de Lusignan, souleva le Poitou, le Limousin, etc., contre Jean, et demanda

justice au roi de France, suzerain du roi anglais, pour les ;

provinces du continent. Philippe, fidèle à sa politique accoutumée, saisit l’occasion de susciter de nouveaux embarras au roi d'Angleterre, réveilla la question redoutable des droits d’Arthus, et cita Jean devant la cour des pairs pour y débattre à la fois l'héritage des Plantagenets et la plainte du comte de Ja Marche. Jean ne comparut pas, quoiqu'il s’y fût engagé; alors Philippe assaillit la Normandie, investit Arthus des comtés d’Anjou et de Poitou, lui fiança sa fille Marie, et l’envoya joindre le comte de la Marche et ies insurgés poitevins. Mais le jeune Arthus et les

Lusignan, comme ils assiégeaient le donjon de Mirabeau |

en Poitou, furent surpris une nuit par le roi Jean à la tête de forces supérieures ; Arthus et ses alliés tombèrent au pouvoir de leur ennemi, et le jeune prince captif fut enfermé au château de Falaise, puis à la four de Rouen. Dans la nuit du jeudi saint de l'année suivante (1203), le roi Jean, accompagné d’un seul écuyer, vint secrètement à la {our par la rivière dans un batelet , se fit amener Artlns, puis gagna le large avec son esquif : on ne revit jamæs le jeune prince, Suivant une autre version, Jean aurait poignardé Arthue dans Ja tour même de Rouen.

Qui auw’il en soit, ie meurtre d’Arthus fut un acte aussi insensé qu'infäme, et ce.läche assassinat reçut bientôt son salaire: l'horreur universelle qu'il inspira fut plus funeste

AN 587 à Jean que ne l’eût été la vie de son neveu: une insurrection presque générale éclat: dans les provinces françaises soumises aux Plantagenets, sauf en Normandie; la mère du malheureux Arthus et les états de Bretagne requirent justice du roi Philippe, qui cita Jean derechef par-devant la cour des pairs, mais cetle fois pour cause de meurtre et de félonie; et Philippe, à la tête de ses forces et de celles de la Bretagne et

| des provinces insurgées, se précipita de nouveau sur la | Normandie, que ne devait plus quitter sa victoriense ban-

nière, Tandis que villes et châteaux forts tombaient succes» sivement devant les armes de Phillippe, le misérable Jean passait ses journées à banqueler à labri des murs de

| Rouen avec sa reine Isabelle, sans se soucier des braves | gens qui mouraient pour lui sous l'épée française; et quand

les hommes d'armes de France approchèrent trop près du chef-lieu de Normandie, Jean se jeta dans un vaisseau, et s’en alla en Angleterre, abandonnant Rouen et tout ce qui lui restait sur le continent de Gaule, sans avoir tenté le sort des armes dans une seule bataille. Il essaya d’apaiser Phi-

en justice par-devant ses pairs, les granus sarons de France; mais Philippe refusa le sauf-conduit, déclarant que le titre de roi ne sauverait pas Jean s’il était condamné : la cour des pairs condamna Jean par contumace à la mort et à la { confiscation de tous fiefs, comme coupable de meurtre par j trahison. La confiscation était déjà presque complétement | opérée par les armes de Philippe.

Jean, sortant enfin de sa torpeur, vint débarquer à La Rochelle avec d’assez grandes forces, et parvint à ramener sous son sceptre les populations mobiles et remuantes de l'Aquitaine (1206); Philippe, cédant aux instances des légats du pape, renonça à dépouiller complétement son en-

| lippe en offrant, moyennant sauf-conduit, de comparaître

| nemi, et lui accorda une trêve de deux ans, durant laquelle

tous les anciens domaines des Plantagenets au nord de la Loire restèrent au pouvoir de la France, ainsi que le Poitou. Mais Jean, à propos d’une question d’investiture, source ordinaire des querelles des rois. et des papes, | tarda pas à se brouiller avec le pontife romain , dont la protection Jui avait valu de conserver la Guienne : Jean s’étant opposé avec violence à l'installation d’un archevêque de Canterbury, sous l'influence de la cour de Rome, le pape Innocent III mit en interdit le royaume d’Angleterre, puis excommunia le roi (1209). Jean riposta aux foudres papales par les censures les plus acerbes contre le clergé anglais, qui s'était conformé à l’interdit lancé par le souverain pontife; en même temps, au lieu de chercher à obtenir contre le clergé l’appui de la noblesse et du peuple! Jean écrasait toutes les classes de citoyens d'impôts insupportables, interdisait sux gentilshommes la chasse au vol, le plus cher de leurs droits ; s’entourait d’otages arrachés comme gages de fidélité à toutes les familles nobles, et s’aftirait le mépris et l’exécration de tous par la dépravation de ses mœurs et par des actes d’une odieuse barbarie. Innocent I], voyant que le monarque anglais redoublait d'emportement au lieu de venir à résipiscence, et s'était saisi de tous les biens du clergé , après avoir contraint la plupart des évêques à se sauver sur le continent, Innocent III déclara les sujets du roi Jean déliés de leurs serments de féauté , et offrit la couronne d'Angleterre à Philippe-Auguste, qui répondit à cette offre en réunissant une formidable armée sur les côtes de Normandie. Toute l’arrogance du roi Jean tomba devant le danger : après avoir, au dire du chroniqueur Matthieu Pâris, sollicité en vain le secours du miramolin (Emir-al-Moumenim) Mohammed-el-Nafser, chef des musulmans d'Espagne e. Z’Afrique, auquel il offrit secrètement d’embrasser l’islamisme, le lâche monarque se mit à la discrétion du légat du pape, jura d'indemniser le clergé des pertes qu'il lui avait fait souffrir, et se reconnut vassal et homme lige du saint-siége de Rome, pour luiet ses suc-

cesseurs au trône d'Angleterre et d'Irlande, s’engageant à un {tribut annuel de 1,000 mares en signe de vassalité (1213). Le légat, salisfait d'un si grand triomphe, signifia au roi

Philippe de ne point attaquer l'homme lige de la sainte Église romaine : Philippe, très-irrité de la défection de la cour de Rome, n’eût peut-être pas tenu compte des injonctions du légat si les nombreux bâtiments de transport qu'il avait rassemblés n’eussent été sur ces entrefaites surpris et brûlés par une flotte anglaise,

Jean, réconcilié avec le pape, prit l’offensive à son tour contre le roi de France, et, se coalisant avec l’empereur Othon, le comte de Flandre, Ferrand, et les grands barons des Pays-Bas, de Lorraine et du Rhin, il exigea de nouveaux sacrifices de ses sujets, vint débarquer à La Rochelle, et entra en Poitou pendant que ses alliés attaquaient le nord de la France. Othon perdit la grande bataille de Bouvines contre Philippe, et Jean s’enfuit honteusement sans combat devant le prince Louis, fils du roi de France. La patience des Anglais était à bout : les barons, las de subir les exactions et les caprices d’un si méprisable tyran, se coalisèrent, à Vinstigation d’un prélat patriote, Langton, archevêque de Canterbury, entraînèrent la ville de Londres dans leur parti, et forcèrent Jean à signer avec eux un pacte renouvelé, disaient-ils, d’un acte plus ancien, souscrit jadis par Henri 1° (1215). Ce fut la fameuse grandecharte, premier germe de la constitution anglaise, et première garantie des divers ordres de la nation contre le despotisme royal. Jean, tout en prêtant le serment imposé par ses sujets, méditait déjà le parjure : il se fit dégager de sa parole par le pape, qui, en qualité de suzerain de l'Angleterre, proclama la grande charte illicite et inique; puis le roi appela à son aide tous les routiers et les soldats mercenaires du continent, en leur promettant les biens des rebelles. A la tête de ces hordes de bandits, Jean porta le fer et le feu d'un bout à l’autre de son royaume, traitant en pays ennemi presque toutes les terres qui ne faisaient point partie du domaine royal.

Jean paya cher sa perfidie et ses fureurs : les barons, exaspérés, le déclarèrent déchu du trône, qu’ils déférèrent au prince Louis, fils de Philippe-Auguste. Louis, de l’aveu de son père, accepta la couronne d’Angleterre, et, bravant les excommunications du légat du pape, qui soutenait chaudement la cause de Jean, il descendit à Douvres avec une belle armée française; Londres lui ouvrit ses portes, et Jean fut abandonné non-seulement de la noblesse et du peuple, mais d’une partie de ses routiers mercenaires. Cependant la concorde ne fut pas de longue durée entre la chevalerie française de Louis et les barons anglais. Louis manifestait envers ses compatriotes une prédilection impolitique et offensante pour ses nouveaux sujets ; les partisans du roi Jean répandirent le bruit que Louis projetait d’exterminer en trahison les barons d'Angleterre pour donner leurs biens aux gens de la France; cette absurdité s’accrédita, grâce aux imprudences de Louis ; un certain nombre de grands seigneurs se retournèrent du côté du roi Jean, et ce prince se retrouva au bout de quelques mois en état de disputer la couronne à son rival. Avait-il puisé dans la | nécessilé l'énergie nécessaire pour bien user de ses dernières ressources? C’est ce dont il est permis de douter ; quoi qu’il en soit, Jean ne fut pas mis à l'épreuve : un jour qu'il longeait la'mer avec ses troupes, surpris par la haute | marée, il perdit son bagage, son trésor et ses ornements | royaux, entraînés dans les flots. Cette perte lui causa une | vive douleur. Malade de chagrin et de fatigue, il aggrava |

son mal par son intempérance, et mourut trois jours après, au château de Newark, le 19 octobre 1216, laissant le renom d’un des plus ineptes tyrans et des plus méchants hommes qui eussent jamais existé. Jean, qui fouilla si longtemps l'Angleterre, fouille aujourd'hui l'enfer même : telle fut l'oraison funèbre que lui firent ses contemporains. Henri MARTIN.

JEAN, dit de Luxembourg, voi de Bohème, fils aîné du comte Henri III de Luxembourg, qui devint plus tard roi d'Allemagne, et de Marguerite de Brabant, né vers 1295, | hérita des vertus et aussi des défauts de son père, prince

JEAN

brave, loyal, mais souvent impolitique et toujours inconstant. À l’âge de quinze ans, Jean épousa Élisabeth, fille de Wenceslas IV, roi de Bohême, dernier rejeton mâle des Przemyslides, et obtint avec elle, en 1311, non sans opposition de la pàrt de la maison de Habsbourg, la couronne royale de Bohême. Dans les troubles auxquels, après la mort de son père, donna lieu une double élection à l'Empire, il se déclara pour Louis de Bavière, et le suivit dans les combats chaque fois que le feu toujours renaissant de la révolte ne nécessita pas sa présence en Bohême. C’est ainsi qu’il laccompagna en 1315 en Italie, et revint à Prague, après avoir visité les cours d'Avignon et de Paris et le Luxembourg. Cette même année 1322, il prit une grande part à la victoire de Muhldorf; il combattit aussi, en 1324, pour le roi de France en Lorraine, etsoutint ce même prince, en 1328, dans sa lutte contre les Flamands ; puis au milieu de l'hiver 1329, il courut au secours des chevaliers de l’ordre Teutonique en Prusse : il y perdit un œil, et cette même année encore il retourna en France, où le roi Philippe LV le Je nomma gouverneur de Gascogne. Son étroite alliance avec la France était le résultat du mariage de son fils, qui fut depuis l’empereur Charles IV, avec Blanche de Valois. Pendant ses courses aventureuses, Jean laissait sa femme à Prague pour rassembler l'argent qu’il gaspillait à l'étranger. Cependant il réussit encore à agrandir ses États en 1327, par l’acquisition du duché de Breslau, faite en vertu d’un traité conclu avec le duc Henri, qui n'avait pas d'enfants. En 1330, s'étant mis à courir les aventures dans l'Italie, déchirée alors par des dissensions intestines, l’empereur Louis le soupconna d’aspirer à la couronne impériale ; mais Jean s’entendit avec lui en 1332, et, après avoir tiré de Prague de nouvelles sommes d’argent, se rendit à Paris et à Avignon, où il épousa en secondes noces Béatrix de Bourbon. En 1340 il perdit, des suites d’un rhumatisme, l'œil qui lui restait encore; accident qui le fit surnommer aussi Jean l'Aveugle, mais qui ne l’empêcha pas de continuer à mener loujours la même existence vagabonde et guerroyante, jusqu’au moment où il trouva enfin un trépas digne de sa vie, à la meurtrière bataille de Crécy, en 1346.

JEAN. La Pologne compte trois rois de ce nom.

JEAN 1°" ALBERT , deuxième fils de Casimir IV, né en 1459, succéda à son père, en 1492. Ami des lettres et des arts, il eut un règne assez paisible, et mourut en 1501.

JEAN II CASIMIR, né le 21 mars 1109, deuxième fils du roi Sigismond II et de sa deuxième femme, l’archiduchesse Constance d’Autriche, reçut, comme le premier enfant issu de ce mariage, l'éducation la plus soignée. Sans tenir compte des machinations de sa mère, qui voulait lui assurer la succession au trône de son père , il proposa luimême à la diète, après la mort de Sigismond, en 1632, som frère consanguin Wladislas pour roi, et reçut en apanage des domaines considérables lorsque celui-ci fut monté sur le trône. Après avoir eu maintes aventures dans ses voyages en Hollande, en Allemagne, en France et en Italie, ilse fit admettre, en 1640, à Rome, dans l’ordre des Jésuites, et bientôt après nommer cardinal-prêtre par Innocent X ; mais dès l’année 1646 il vivait de nouveau en Pologne coïnme laïque. Après la mort de son frère consanguin, arrivée le 20 novembre 1648 , il fut élu pour lui succéder sur le trône de Pologne. Son règne fut une lutte incessante contre la Russie et la Suède et contre les troubles et les conspirations de l'intérieur. La paix d’Oliva, conclue le 8 mai 1660, et aux termes de laquelle la Pologne perdit l'ile d'Œsel, l'Esthonie et la Lithuagje presque tout entière, mit fin à la guerre contre la Suède, & celle contre la Russie fut terminée par la paix d'Andrussow (14 janvier 1667), aux termes de laquelle Jean-Casimir dut céder au ezar la Russie Blanche et la Russie Rouge, avec l'Ukraine jusqu’au Dniepr, Les troubles qui agitaient la Pologne le décidèrent à abdiquer la couronne, le 16 septembre 1668. L'année suivante, on le contraignit à se retirer en France, où Louis XIV lui accorda plusieurs abbayes. 11 mourut à Nevers, le 16 décembre 1672, et fut

JEAN

enseveli dans l'église Saint-Germain-des-Prés à Paris; mais en 1676 on transporta son corps à Cracovie, où on lui éleva un magnifique monument. Il n'eut pas d'enfants de son mariage avec Marie-Louise de Gonzague, veuve de son frère Wladislas, et avec lui s’éteignit la maison des Jagellons.

JEAN II SOBIESKI, un des plus grands capitaines et hommes de guerre du dix-septième siècle, né en 1624, et suivant d’autres en 1629, fut élevé avec le plus grand soin, ainsi que son frère Marc Sopieski, par son père, Jacques SoBieski, castellan de Cracovie, homme non moins distingué par ses vertus que par son courage militaire. L'éducation des deux frères terminée, leur père les fit voyager. Ils avaient visité la France, l’Angletergæ, l'Italie et l'Allemagne, et se trouvaient en Turquie, lorsque, en 1648, la mort de leur père les rappela dans leur patrie. Les Polonais venaient d'être batlus par les Russes, à la bataille de Pilawiecz, les deux frères voulurent aussitôt venger la défaite de leurs compatriotes. Marc Sobieski périt dans un engagement livré sur les rives du Bog; quant à Jean, son courage exfraordinaire et sa bravoure le rendirent bientôt l'objet de l’admiration de sa nation, en même temps que l’effroi des Tatars et des Cosaques. Créé grand-maréchal de la couronne en 1665, il devint en 1667 grand-général de la couronne et woïwode de Cracovie, et lorsque, le 1{ novembre 1773, il eut gagné la bataille de Choczim contre les Turcs, qui y perdirent 28,000 hommes, il fut, le 21 mai 1674, élu à l’unanimité roi de Pologne. En 1676 il se fit couronner solennellement, à Cracovie, avec son épouse, Marie-Casimire- Louise, fille du marquis Lagrange d’Arquien, et veuve du woïwode Jean Zamoiski. Les actes ultérieurs de son règne sont autant d’éclatants témoignages de la noblesse et de la générosité de son caractère, Lorsqu’en 1683 les Turcs vinrent assiéger Vienne, Jean Sobieski accourut à la tête de 20,000 Polonais, et sauva la ville impériale par la victoire qu'il remporta sur les assiégeants, le 12 septembre 1683 ; entre autres trophées de cette victoire figurait le fameux étendard de Mahomet, dont le vainqueur fit hommage au pape. A son entrée à Vienne, il fut reçu par les habitants avec un enthousiasme qu'il serait impossible de décrire. Ils se pressaient autour de lui pour embrasser ses genoux, toucher ses habits, son cheval, et ils l'appelaient tout haut leur sauveur et leur libérateur. Un prédicateur de Vienne, faisant un sermon sur cette victoire, prit pour texte ces paroles : « Il y avait un homme envoyé de Dieu, et cet homme s’ap- « pelait Jean. »

La fortune favorisa moins les guerres qu’il entreprit ensuite contre les Turcs. Une attaque d’apoplexie mit fin à sa glorieuse vie, le {7 juin 1696, et il ne fut pas plus tôt descendu au tombeau que la haine et l'envie s’acharnèrent à flétrir sa mémoire. Jean Sobieski eut sans doute des défauts, mais ils ne sauraient faire oublier ses vertus. Ilaimaitles sciences, parlait plusieurs langues, et ne se faisait pas moins aimer par la douceur de son caractère que par les agréments de sa conversation. Ses trois fils, Jacques, Constantin et Alexandre, ne laissèrent pas de descendance mâle, et nese montrèrent point dignes d’un tel père. Sa veuve aussi manqua aux deyvoirs que lui imposait un tel nom. Consultez Lettres du roi de Pologne Jean Sobieshi à la reine Marie-Casimire , pendant la campagne de Vienne (traduites en français par Plater, et publiées par M. de Salvandy ; Paris, 1826), et Histoire de Pologne avant et sous Le roi Jean Sobieski, par M. de Salvandy (3 vol.; Paris, 1829).

JEAN , rois de Suède et de Danemark. Voyez Daxe- MARK et SUÈDE.

JEAN. On compte six rois de Portugal de ce nom.

JEAN Ier, roi de Portugal et des Algarves (1383-1433), surnommé le Père de la Patrie; fils naturel, de Pierre le Sévère, naquit le 11 avril 1350. IL était grand-mailre de l'ordre d'Avis lorsque les Portugais l’appelèrent au trône, après la mort de son frère Ferdinand ( 1383). Le roi de Castille, qui lui disputa le trône, fut vaincu par lui à la fameuse bataille d’Aljubarotta (1385). A Ja suite de ce

succès, Jean partit pour l'Afrique, à la tête d’une nombreuse armée, et s'empara de Ceuta et de quelques autres places. Relevé seulement en 1387 de ses vœux monastiques par le pape Urbain VI, il épousa alors la princesse Philippe, fike du duc de Lancastre et sœur de Henri IV, roi d'Angleterre , et mourut le 14 août 1433.

JEAN II, roi de Portugal et des Algarves, né en 1415, succéda à son père Alfonse V, en 1481. À peine montésurle trône, il eut à lutter contre les nobles de son royaume, et réprima leur faction. Ferdinand, duc de Bragance, et d’autres chefs furent décapilés. Ses succès éclatants sur les Castillans, la prise d’Azzile et de Tanger lui valurent le surnom de Grand, et son inflexible sévérité pour l’exécution des lois celui de Parfait. Il mourut le 25 octobre 1495.

JEAN III, roi de Portugal et des Algarves, né le 6 juin 1502, mourut le 2 avril 1557. L'exemple des autres monarques contemporains, qui ne s’occupaient que des guerres intestines contre les hérétiques et de controverses religieuses, resta sans influence. Il donna tous ses soins à maintenir la paix dans ses États, à conserver, à agrandir ses conquêtes dans les Indes , à encourager les découvertes, et à propager dans ses nouveaux États la foi chrétienne. Ce fut sous son règne que les Portugais découvrirent le Japon, en 1542. Il mourut le 2 avril 1557.

JEAN IV, roi de Portugal et des Algarves, né le 18 mars. 1604, était fils de Théodore de Portugal, duc de Bragance. Les rois d'Espagne étaient alors maîtres du Portugal depuis 1589. Le duc de Bragance avait été traité à peu près en prisonnier pendant les règnes de Philippe 11, Philippe HI et Philippe IV, tandis que des administrateurs espagnols traitaient les Portugais en peuple conquis. Enfin, une vaste conspiration formée et dirigée avec autant d’habileté que de bonheur par Pinto, secrétaire du duc de Bragance, délivra le Portugal du joug de l’étranger, etle duc de Bragance fur couronné roi en 1640. Jean IV aimait les arts, et surtout la musique, qu'il cultivait avec quelque succès. Il dormait peu, s’habillait et vivait avec une simplicité bourgeoise. JF eut à soutenir contre les Espagnols une rude guerre, qui se termina par la prise de Salvatierra, en 1643, et par la victoire de Badajoz, en 1644. Il ne fut pas moins heureux dans la lutte qu’il soutint contre les Hollandais au Brésil, en 1649 et 1654. 11 mourut à Lisbonne, le 6 novembre 1646.

JEAN V, roi de Portugal et des Algarves, né en 1689, succéda à Pierre 11, en 1707. Il prit parti contre Louis XIV dans la guerre de la succession. Ses efforts pour le succès de la cause de ses alliés ne furent pas heureux. Le traité d'Utrecht, conclu en 1713, ayant rendu la paix à l’Europe, Jean V donna tous ses soins aux progrès du commerce et des lettres dans ses Etats. 11 mourut en 1750, âgé de soixante et un ans. Ce fut sous son règne que le célèbre marquis de Pombal commença sa carrière politique,

JEAN VI ( MariEe-Joseru-Louis ), roi de Portugal et des Algarves et empereur du Brésil, né le 13 mai 1767, était petit-fils du roi Joseph Je’, et fils de la reine Marie et de l’infant dom Pédro, qui comme roi porta le nom de Pierre III et mourut en 1756. Élevé par des moines, Jean reçut une éducation fort incomplète, et tomba de bonne heure dans une sombre mélancolie. En 1790 il épousa l’infante Charlotte- Joachime, fille de Charles IV, roi d’Espagne. Par suite de la démence de sa mère, il prit, le 10 février 1792, comme prince du Brésil, les rênes du gouvernement ; le 15 juillet 1799, à 4e fit déclarer régent, titre qu’il échangea à la mort de sa mère, arrivée le 20 mars 1816, contre celui de roi. Par suite de la vieille alliance existant entre le Portugal et l'Angleterre, Jean VI ,en sa qualité de régent, repoussa les ouvertures de la Convention, et accéda, en 1793, à la première coalition contre la France. Peu de temps auparavant il avait déjà envoyé au gouvernement espagnol un corps de troupes auxiliaires pour la défense des Pyrénées. Mais quand, par la paix de Bâle, en 1795, l'Espagne se fut alliée à la France, il se vit exposé sans défense aux hostilités de cette puissance, et réduit à se placer sous la protection de l'Angleterre. Bo

naparte força la cour de Madrid d'attaquer vigoureusement le Portugal, qui, par le traité de Badajoz (6 janvier 1801), dut céder à J’Espagne Olivenza et à la France une partie

de la Guyane. Après la paix de Tilsitt, Napoléon ayant |

exigé de Jean VI qu'il fermât aux Anglais tous les ports de son royaume, qu'il fit arrêter tous les Anglais qui s'y trouvaient, et saisir leurs biens, Jean n’exécuta que la première de ces deux injonctions ; alors, le 11 novembre 1807, Napoléon déclara dans Ze Moniteur « que la maison de Bra- « gance avait cessé de régner ; » et immédiatement après une armée française et espagnole entra en Portugal. Jean VI, après avoir élabli, le 26 novembre 1807, une junte de gouvernement, s’embarqua le lendemain avec sa famille pour le Brésil, qu’ilne tarda point à ériger en royaume. De Rio- Janeiro il annula, le 1er mai 1808, tous les traités conclus Jusque alors avec l'Espagne et avec la France, et s’attacha

plus étroitement que jamais à l'Angleterre, qui , énergique- | 11 mourut le 19 janvier

ment secondée par la bravoure de l’armée portugaise et par :

l'enthousiasme de la nation, reconquit pour lui ses États d'Europe. Dès lors cette puissance, représentée dans le cabinet de Lisbonne par le maréchal Beresford, exerça une influence décisive sur l'administration du pays ; et il continua

d’en être ainsi jusqu’à ce que, à la suite de la révolution de |

1820, les cortès portugaises établirent un nouveau système politique. En 1821 Jean VI revint en Portugal, tandis que son fils aîné, dom Pedro, restait au Brésil. L'assemblée nationale du Brésil ayant, le 1er août 1822, déclaré ce pays Etat indépendant et séparé du Portugal, dom Pedro fut proclamé empereur du Brésil le 12 octobre 1822; mais ce ne fut qu’en 1825 que Jean VI reconnut l'indépendance de cette ancienne colonie.

En Portugal, Jean VI ayant juré, le 1er octobre 1822, la nouvelle constitution libérale, on vit aussitôt commencer les machinations des anticonstitutionnels contre le nouvel ordre de choses. Elles étaient principalement dirigées par la reine, avec laquelle Jean VI avait toujours vécu en désaccord, et par son fils dom Miguel; et elles amenèrent à la fin les trou$les les plus graves. Le faible roi bannit d’abord sa femme et son fils ; mais ensuite il révoqua la consütution qu’il avait juré de maintenir, en s’engageant à en octroyer une nouvelle à ses sujets; puis à quelque temps de là il rappela d’exil la reine Charlotte et dom Miguel, ce qui ne fit qu'envenimer la lutte entre les constitutionnels et les absolutistes. Une insurrection préparée par la reine et son fils, en 1824, dans le but avoué de le détrôner et d’exterminer les libéraux , fut déjouée à temps, grâce à la fermeté que déploya dans cet instant critique le ministre de France, M. Hyde de Neuville, Cédant à l'influence anglaise, Jean VI instilua, le 6 mars 1826, pour le cas où il viendrait à mourir, sa fille Marie-Isabelle régente de Portugal, jusqu'à ce que l'héritier légitime pût prendre lui-même la direction des affaires, et quatre jours après il descendait au tombeau. Son fils dom Pedro se considéra comme le seul héritier légitime du trône de Portugal; mais il y renonça en faveur de sa fille Maria da Gloria.

Outre trois fils, dom Antonio (mort en 1801), dom Pedro et dom Miguel, Jean VI eut quatre filles : Marie-Thérèse, née en 1793, mariée d’abord à l’infant d'Espagne don Pedro (mort en 1812), puis remariée en 1838 avec l'infant don Carlos; Isabelle, morte en 1818 ,; la seconde femme de Ferdinand Vil; /sabelle-Marie, née en 1821, et qui à la saort de son père exerça la régence pendant deux années {de 1826 à 1828); et Anne-Marie de Jésus, née en 1806, mariée depuis 1827 avec le marquis de Loulé.

JEAN. Plusieurs princes de ce nom ont régné sur les différents royaumes qui constituent l'Espagne.

JEAN", roi d'Aragon, avait succédé à son père, Pierre IV, en 1388; ilmourut en 1395, à l’âge de quarante-quatre ans. Son règne ne fut que de huit ans, mais l’un des plus déplorables qu'ait subis l’Aragon, Ce beau pays fut constamment tourmenlé par le plus désastreux des fléaux, la guerre civile. Le roi Jean en effet fut continuellement en hostilité ou-

JEAN

verte avec ses sujets, dont il mérila la haine et le mépris.

JEAN TT, fils de Ferdinand 1°”, dit Ze Juste, roi d'Aragon, devint roi de Navarre en 1425, par son mariage avec Blanche, fille et héritière de Charles III, et d'Aragon après la mort de son frère Alfonse le Magnanime, en 1458. Jean se remarià en 1444, à Jeanne Henriquez, fille de Frédéric, amiral de Castille. Ce mariage fut l’origine d’une longue guerre qu'il

| soutint contre don Carlos, prince de Viane, son fils,

né de son premier mariage. Les Catalans, après la mort de ce prince, reprirent les armes contre Jean I, pour soutenir les droits de sa fille aînée, Blanche, héritière de don Carlos; et ce fut pour fournir aux dépenses de cette guerre que ce prince emprunta à Louis XI, roi de France, une somme de

| 300,000 écus d’or, et qu’il engagea, pour garantie du rem-

boursement, ses comtés de Roussillon et de Cerdagne. Jean IE

| eut de Jeanne Henriquez Ferdinand le Catholique,

1479, à l’âge de quatre-vingtdeux ans. S

JEAN I, roi de Castille et de Léon, fils et successeur de Henri IL, et surnommé Père de La patrie, né le 28 août 1358, mourut le 9 octobre 1390 : il régna onze ans et quel-” ques ïiois, après avoir fait sans succès la guerre au Portugal pour en assurer la couronne à son fils.

JEAN IT, roi de Castille et de Béon, né le 6 mars 1405, mort le 20 juillet 1454, dans la quarante-huitième année de son règne. Le long règne de ce prince ne fut qu’une guerre continuelle avec les rois d'Aragon et de Navarre et contre les Maures de Grenade. Les principaux seigneurs de sonroyaume se révoltèrent contre son favori Alvaro de Luna, qui fut décapité, en 1453. Jean II fut le père de la fameuse Isabelle, qui épousa Ferdinand le Catholique.

Quant aux Jean rois de Navarre, le premier est le même que JEAN 1°" Le Posthrume, roi de France ; le deuxième est le même que JEAN IT, roi d'Aragon; et le troisième n’est

; autre que JEAN d’Albret,.

JEAN D’ALBRET, roi de Navarre. Voyez ALBRET,

JEAN DE BRIENNE. Voyez BRtENxe ( Maison de).

” JEAN, duc de Bourgogne, dit Jean sans Peur, naquit à Dijon, en 1371. Il porta d'abord le titre de comte de Nevers. Lorsque la noblesse française, répondant à l'appel du roi de Hongrie Sigismond , se croisa une dernière fois pour arrêter les progrès des Turcs, le jeune héritier du duché de Bourgogneise mit à la tête de cette brave et brillante armée féodale qui devait périr à Nicopolis sous les coups de l’infanterie ottomane. Jean et vingt-cinq des plus riches seigneurs furent épargnés par le farouche Bajazet; s purent se racheter au prix de 200,000 ducats d’or.

En 1404 Jean sans Peur (car il portait déjà ce surnom, que lui avait valu son intrépidité ) succéda à son père, Philippe le Hardi.

Il avait reçu en dot de Marguerite de Bavière, sa femme, en 1385, les comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande, Il inaugura son règne par de brillants succès militaires, força les Anglais à lever le siége de L'Écluse, et leur enleva Gravelines. Mais héritier de la haine que son père avait vouée au duc d'Orléans, il le fit lächement assassiner à Paris.

Cet assassinat, qui n’était peut-être que la vengeance d’un affront fait à l'honneur de la duchesse de Bourgogne, fut le prélude des plus effrayants désordres et le signal de cette longue lutte des Armagnacs et des Bourguignons.

Le duc Jean avait osé se présenter dans la chambre fnnèbre où était exposé le corps du due d'Orléans; il avait porté un des coins du poële lorsqu'il fut mis en terre. Mais le prévôt de Paris, Tignonville, découvrit l'affreusé vérité, et vint dénoncer le meurtrier au sein même du conseil royal, où il siégeait, Jean sans Peur se hâta aussitôt de quitter Paris , suivi de D'Ocquetonville, gentilhomme normand, qui avait frappéson ennemi, et des complices de celui-ci, Après une course de trente-cinq heures, il arriva dansses États du nord, Dans sa fuite il avait été vivement poursuivi par des gens at=

| tachés à la maison d'Orléans. Ceux-ci l'eussent même atteint s’il!

: EAN

n’eût arrêté leurcourse en rompantle pont deSaint-Maxence, Arrivé à Bapaume à une heure, il avait ordonné qu'à Pavenir, à perpétuité, et chaque jour à pareille heure, on sonnerait l’angélus dans cette ville ; et il fit une fondation religieuse en mémoire de sa délivrance. [1 assigna pour lieu de refuge à D’Ocquetonville et à ses compagnons le château de Lens, défendu par une forte garnison, IL ne s'était arrêté que quelques instants à Bapaume, et s'était dirigé sur Arras et Lille. Là, dans un conseil des principaux seigneurs de sa cour, il prit la résolution d’avouer hautement le meurtre du duc d'Orléans.

Bientôt, dans la harangue prononcée en son nom à l’assemablée des états de Flandre, le feu duc d'Orléans fut signalé comme un tyran dont la justice et la religion avatent fait au duc Jean un devoir de délivrer la France. Il demanda et obtint des états un prompt secours d'hommes et d'argent. Le gouvernement de France ne se crut pas assez fort pour soutenir la lutte. Jean sans Peur s'était avancé jusqu'à Amiens. On lui envoya proposer la paix et l'oubli du passé, s’il voulait livrer les assassins; il refusa, Enfin, après dix jours de conférences, des lettres d’abolition furent accordées : il se présenta devant le conseil. Le moine Jean Petit fit son apologie; il osa soutenir que le duc avait fait une action agréable à Dieu, utile à la France, en faisant périr un tyran, et que le roi devait le récompenser « à l'exemple des rémunérations qui furent faites à monseigneur saint Michel, pour avoir tué le diable, et au vaillant homme Phinées , qui perça Zambri ».

Le coupable fut absous parce qu’il était le plus fort; il marcha immédiatement au secours de Jean de Bavière, prince-évêque de Liége, son beau-frère, que les Liégeois tenaient assiégé dans Maëstricht. Il les vainquit; 20,000 Liégeois restèrent sur le champ de bataille. Mais la duchesse d'Orléans, profitant de son absence, l'avait fait déclarer ennemi de l'État. Aussitôt il revient à Paris, et la cour à son approche se retire à Tours. Quelques jours après, la mort dela duchesse d'Orléans rapproche encore tant de rivalités et de haines. Mais une nouvelle ligue des princes se forme encore contre lui. Maître de la capitale du royaume, il y convoque les états généraux et veut s’emparer de la personne du roi. Cette tentative échoue, et par un revirement soudain il est obligé de se sauver en Flandre.

La cour n'accepte même pas ses offres de défendre l’État contre les Anglais, et pourtant le duc de Bourgogne a perdu ses deux frères à la funeste journée d’'Azincourt; il ne songe qu'à les venger.

Par ses ordres, une armée nombreuse s’est réunie à Chàätillon : elle devait rallier l’armée du roi et marcher contre les Anglais : mais la faction d'Orléans craignait avant tout les succès du prince bourguignon : un ordre du conseil du roi suspendit la marche de cette armée. Jean sans Peur ne peut supporter cet affront. Il brûlait d’aller combattre les Anglais, il va s’unir à eux ; il part pour Calais, et y signe cet infâme traité de 1416, qui fut suivi de traités plus infâmes encore. Le premier resta d’abord enveloppé du voile du mystère. Jean sans Peur devait dissimuler sa défection pour conserver son influence et son pouvoir, et se ménager les moyens ouvrir à l’armée anglaise les portes de la capitale. Perrinet Leclerc les livre à Guy de Presles et à Villiers de lIle-Adam, qui se rendent maîtres de la ville en son nom.

L'entrée des troupes de Jean sans Peur fut le signal des pius terribles massacres dirigés par le fameux Caboche ; après quoi le duc se rendit à Saint-Eustache, où fut chanté un Te Deum solennel. Il donna ensuite une poignée de main à Capeluche, bourreau de Paris, qui lui rendit soudain cette marque d'affection : ces hommes de sang et de boue lui étaient nécessaires, mais il ne tarda pas à briser lui-même ces dangereux instruments.

Jean sans Peur et la reine Is abe au, qui s'était rapprochée de lui, marchaient réunis sous la même bannière, sans plan déterminé, sans autre but que d’assouvir leur commun

ressentiment. Mais le duc de Bourgogne s’aperçut bientôt qu'en se jetant dons les bras de l'Anglais il s'était donné un maître, et non un allié; il se souvint qu'il était Français. Une première entrevue eut lieu entre lui et le dauphin à Poissy-le- Fort près Melun , en juillet 1419. Le duc de Bourgogne fui avait baisé la main, et le dauphin l'avait embrassé. Un second rendez-vous fut indiqué à Montereau pour le 26 août. Le dauphin y était arrivé le jour convenu; il avait fixé sa résidence dans la ville. Le duc de Bourgogne ne sortit de Paris que le 10 septembre; l’entrevue devait se faire sur ie pont.

Le château avait été mis à la disposition du duc de Bourgogne, chaque extrémité du pont devait avoir une garde différente ; l'entrée du côté du château était gardée par des soldats de Jean sans Peur; celle du côté de la ville par des hommes du dauphin. Chaque prince ne devait être accompagné que de dix gentilshommes. Le duc, avant de partir de Paris, y avait laissé une forte garnison sous les ordres deSaint-Paul et de Vfle-Adam ; ilavait faitconduire à Troyes le roi Charles VI, la reine Isabeau et la princesse Marguerite. Il fit prévenir le dauphin de son arrivée au château de Montereau : les gardes furent placées comme on était conveuu, et les deux princes arrivèrent chacun de leur côté avec dix gentilshommes ; le dauphin était accompagné de Tannegui-Duchâtel, de Louvet, des sires de Barbasan, de Courvillon, du vicomte de Narbonne et de six aufres seigneurs. Au moment où le duc de Bourgogne 6e levait pour partir, ses confidents avaient insisté pour le retenir. « Allons ! leur répondit-il, il faut marcher où il plaira à Dieu de nous conduire; je ne veux point qu’on me reproche que la paix ait été rompue par ma lächeté. » Il se dirigea vers le pont avec les sires de Massorat, Saint-Georges, Thoulongeon, Montaigu, Noailles et cinq autres ofliciers de sa maison. Une double barrière fermait l’espace resté libre au milieu du pont. Dès que les deux princes furent en présence , le duc se mit à genoux et dit: « Monseigneur, je suis venu à votre commandement; vous savez la désolation de ce royaume, votre domaine à venir, et quant à moi, je suis prêt et appareillé d’y exposer les corps et les biens de moiet de mes vassaux, alliés et sujets. » Le dauphin se découvrit, le remercia, et le fit relever. « Beau cousin, lui-dil-il, vous savez que par le traité de paix naguère fait à Melun( lors de l’entrevue de Poissy-le-Fort), entre nous, fûmes d'accord, que au-dedans d’un mois, nous nous assemblerions en quelque lieu pourtraiter des besongnes (affaires } du royaume et pour trouver manière de résister aux Anglais, anciens ennemis du royaume, et jurastes et promistes, et fut élu ce lieu où nous sommes venus au jour diligemment, et nous avons attendu quinze jours entiers ; si vous prie que nous advisions, ainsi que nous l'avons là juré et promis, si nous trouvons moyen de résister aux Anglais. »

Le duc répondit qu'on ne pouvait rien adviser ou faire sinon en la présence du roi son père, et qu'il fallait qu'il y vint. Et ledit seigneur ( le dauphin) très-doulcement lui dit « qu'il iroit vers monseigneur son père quand bon lui sembleroit, et non mie à la volonté du duc de Bourgogne, et qu’il sçavoit bien que ce qu’ils feroient tous deux, le roi en seroit content. Et y eut aucunes paroles, et s’approcha ledit de Nouailles dudit duc, qui rougissoit, et dit: Monseigneur , quiconque le veuille voir, vous viendrez à présent à votre père ; en lui cuidant mettre la main sur lui, et de l’autre tira son épée comme à moitié. Et lors ledit messire Tannegui-Duchâtel prit monseigneur le dauphin entre ses bras et hors de l’huis de entrée du parc (encemte réservée au milieu du pont), et y en eut qui frappèrent sur le duc de Bourgogne et sur ledit Nouailles, et allèrent tous deux de vie à trépassement. » (Hist. de Charles VI, Juvéna des Ursins. )

Des dix seigneurs qui avaient accompagné Jean sans Peur, Noailles seul avait eu le courage de le défendre. Le corps du duc de Bourgogne, que des valets avaient dépouille, était

resté sur le pont; il ne fut enlevé qu'à minuit et déposé dans un moulin, et le lendemain à l'hôpital de Montereau, où il fut mis dans la bière des pauvres et inhumé dans l'église paroissiale avec son jupon, ses housseaux et sa barette. L'année suivante, son fils Philippe le fit transporter à Dijon et inhumer à la Chartreuse, dans un magnifique tombeau. La duchesse sa veuve fit distribuer aux pauvres 3,000 livres, attendu que le duc n'avait pu pourvoir à ce legs par son testament. On accusa de cet assassinat la dame de Giac, maîtresse du duc défunt, et Philippe Jossequin, favori de ce prince : tous deux avaient été, dit-on, corrompus par l'or des Armagnacs. Jean sans Peur encouragea l’a- 8riculture, le commerce et l'instruction. Il s'était composé une bibliothèque et avait acheté 200 écus d’or un bréviaire romain, {rès-notable et bien enluminé, 400 écus d’or à Jacques Raponde un grand livre du roman de Lancelot du Lac du saint Graal, du roi Arthur de Bretagne, avec plusieurs belles histoires, couvert de drap de soie et garni de deux gros anneaux d’argent doré et ciselé. Il avait fait présent de 160 écus à Christine de Pisan pour deux livres qu’elle lui dédia, et il dota, en 1405, une nièce pauvre qu’elle avait. Durex ( de l'Yonne),

JEAN, ducs de Bretagne. Voyez BRETAGNE.

JEAN, comtes d’Armagnac. Voyez ARmAGNAC ( Maison à ).

JEAN, comte de Montfort. Voyez MontForT.

JEAN LE PARRICIDE, appelé aussi JEAN DE SouABe, fut l’assassin de son oncle, l’empereur Albert I‘, Son père, fils, comme Albert, de Rodolphe de Habsbourg, avait hérité à sa mort des domaines héréditaires d'Autriche, du comté de Kybourg , qui avait été particulièrement assigné comme douaire à sa mère Agnès; et du chef de celle-ci, fille d’un roi de Bohême, il avait recueilli, après la mort de Wenceslas, des droits fondés de succession collatérale au trône de Bohême. Jean, quand il eut atteint sa majorité, réclama à plusieurs reprises cet héritage; mais Albert, malgré l’intercession de plusieurs évêques, refusa même de lui rendre Kybourg, son héritage maternel , de la possession duquel il avait fini par se contenter. Jean, exaspéré, résolut alors de se venger, et forma contre la vie de son oncle une conjuration avec des chevaliers de la haute Souabe, Walter dEschenbach, Rodolphe de Palm, Rodolphe de Wart, Conrad de Tegernfeld, Walter de Castelen, etc., qui tous avaient également à se plaindre de ce prince. Le 1° mai 1308, tandis qu’Albert traversait la Reuss pour se rendre à Brugg, près de Windisch, les conjurés se jetèrent sur lui, et l’'égorgèrent avant que le reste de ses gens eût pu le rejoindre, non loin de l’antique Vindonissa, et sur le sol même de ses domaines héréditaires. Les conjurés prirent ensuite la fuite chacun de leur côté; Jean, déguisé en moine, se sauva en Italie, où il chercha longtemps à vivre dans l’obscurité. Selon les uns, il aurait été plus tard solliciter à Avignon, et il aurait obtenu son pardon du pape Clément V ; après quoi, il serait mort moine de l’ordre des Augustins, à Pise. Selon d’autres, il aurait vécu avec le cosfume de moine, sans être reconnu, dans son domaine héréditaire d’Eigen; et ce ne serait qu’à sa mort, arrivée en 1368, qu'on aurait appris qu’il n’était autre que le malheureux duc de Souabe, Peu après son avénement au trône, l’empereur Henri VII mit les meurtriers de son prédécesseur au ban de l’Empire. Mais Élisabeth, femme de la victime , et sa fille Agnès, reine douairière de Hongrie, avaient déjà tiré vengeance des conjurés et même de leurs parents, toutes les fois qu’elles avaient pu s'emparer de leurs personnes. Leurs châteaux avaient été détruits, et plus de mille innocents, hommes, femmes et enfants, avaient péri, la plupart de la main du bourreau. Palm se cacha longtemps à Bâle, et disparut ensuite pour toujours; Walter d’Eschenbach servit trente-cinq ans comme berger dans le pays de Wartemberg ; Rodolphe de la Wart, qui s'était enfui dans la haute Bourgogne auprès du comte Dietpold de Blamont. fut livré par celui-ci, traîné à la queue. d'un

JEAN

cheval, et cioué vivant sur la roue, où il mourut au bout de trois jours et de trois nuits des plus affreuses douleurs, pendant lesquels sa fidèle épouse ne le quitta pas d’un instant. La reine Agnès fonda sur le terrain où le meurtre avait été commis un couvent d'hommes et un couvent de femmes , appelé Kænigsfelden , qui fut doté de biens considérables, et dont le maïtre-autel fut placé à l'endroit même où l’empereur était mort.

JEAN D’AUTRICHE. Voyez Juan D’Aurricne (Don).

JEAN (BapristE-JosePn-FABIEN-SÉBASTIEN ), archiduc d'Autriche, général de cavalerie et directeur général du génie et des fortifications , né le 20 janvier 1782, est le sixième fils de l’empereur Léopold II et de l’infante Marie- Louise, fille de Charles LIT, roi d’Espagne. 11 dut son instruction à lui-même plus qu’à ses maîtres. Son goût pour l'art de la guerre s’éveilla de bonne heure, et il en fit une étude approfondie, ainsi que de l’histoire et des sciences naturelles. En 1797 et 1799 il avait vainement exprimé le désir d'assister aux campagnes de son frère l’archiduc Charles; ce ne fut que lorsqu’en 1800 ce prince eut quitté l’armée et que son successeur, Kray, eut essuyé des défaites réitérées, qu’il obtint à la place de celui-ci le commandement en chef de l’armée battue. Mais le 3 décembre 1800 les habiles manœuvres exécutées par Moreau pendant qu’il tombait avec abondance une neige très-fine lui firent perdre la bataille de Hohenlinden, malgré toute sa bravoure personnelle ; et une seconde affaire, qui eut lieu près de Salzbourg , ne put arrêter son victorieux adversaire, Après la paix de Lunéville, larchidue Jean fut nommé directeur général du corps du génie et des fortifications, et directeur de l'académie des ingénieurs à Vienne et de celle des cadets à Wienerisch-Neustadt, Dès le mois de septembre 1800 il avait parcouru le Tyrol, étudiant avec soin les moyens d'assurer la défense de cette province et de fayoriser ses progrès matériels; aussi en 1805, peu de temps avant que la guerre éclatt, il y accourut pour activer l’armement des populations; et il commanda ensuite le corps d’armée qui battit les Bavarois au Pas de Strub, et défendit la Scharnitz avec un courage héroïque, bien qu'inutile. Lorsque Napoléon marcha sur Vienne, l’archiduc Jean conçut le plan hardi de se jeter sur les derrières de l’ennemi; mais le revers éprouvé par la brigade Szenassy l’empêcha de le mettre à exécution. Il dut donc se borner à opérer, en Carinthie, sa jonction asec l’archiduc Charles, pour sauver avec lui Vienne et la monarchie; mais la bataille d'Austerlitz et la paix qui la suivit déjouèrent également ce projet.

A partir de celte époque il choisit pour objet de ses études les Alpes Noriques , ainsi que les Alpes de Salzbourg, de Styrie et de Carinthie ; et, accompagné de naturalistes, d’antiquaires, de dessinateurs et de peintres, il parcourut ce pays dans tous les sens, pour en éclaircir le plus complétement possible l’histoire , les antiquités et l’état actuel, tant sous le rapport de lethnographie, que sous celui de l’économie politique et de l’économie rurale, Avec Hormayr sous ses ordres , il dirigea les préparatifs de la glorieuse insurrection du Tyrol, et lorsque la guerre de 1809 éclata, il fut chargé du commandement de l’armée de l’Autriche intérieure, destinée à observer l’Ilalie et le Tyrol. Successivement vainqueur à Venzone et à Pordenone, il battit près de Sacile le vice-roi Eugène , et était déjà parvenu jusqu’à l’Adige, lorsque les désastres de l’armée autrichienne à Landshut, à Eckmühl et à Ratisbonne le forcèrent de battre en retraite, 11 livra encore sur le Piave une bataille, dont l'issue lui fut, il est vrai, défavorable, mais qui n’eut pas de grands résultats pour l'ennemi, et ce ne fut que le combat de Tarvis qui put le contraindre à continuer sa retraite. Le plan qu'ilavait conçu pour rouvrir les communications avec le Tyrol, délivrer l'Autriche intérieure et diviser par une marche sur Vienne les forces de Napoléon, fut déjoué. Le 14 juin il perdit la bataille de Raab, contre le prince Eugène ; désastre causé en grande partie par la faible

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