‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 396 sur 522 · JEANNE D’ARC — JEAN SECOND · texte numérisé non relu

JEANNE D’ARC — JEAN SECOND

boise , 1473, accorde aux femmes de Beauvais , dont le courage a miraculeusement sauvé cette cité importante, le droit d’avoir le pas sur les hommes à la processiôn et à l’offrande, le 10 juillet, jour de sainte Agadrème, patronne de la ville, mais il ne cite aucune femme en particulier. Cette procession a encore lieu tous les ans avec le même cérémonial : les dames de Beauvais n’y attachent pas moins d'importance que n’en attache le beau sexe de Bruxelles à célébrer la Veilée des Dames, en commémoration de la fidélité de leurs sieules à leurs maris revenus de la Palestime. D’autres lettres patentes, datées d'Alençon le 9 août, même année 1473, peu de mois après celles d’Amboise, ne contiennent pas davanfage le nom de Jeanne Hachette, que n’a rapporté aucun auteur contemporain. Philippe de Comines l'appelle Jeanne Fouquet, et Pierre Matthieu, dans son Æis{oire de Louis XI, la nomme Jeanne Fourquet. Les auteurs de l'Art de vérifier les dates, et Antoine Loysel, dans l'Histoire du Beauvoisis, lui donnent le nom de Jeanne Laïné. C'est l’opinion le plus généralement adoptée. On ajoute que Jeanne Laïiné épousa Colin Pillon, dont les descendants furent par cette raison exempts de la taille, espèce d’impôt foncier qui pesait exclusivement sur la roture. Voltaire a eu tort de regarder l’anoblissement de Jeanne Hachette et de sa famille comme une faible récompense pour une femme « qui est, ajoute-t-il, peut-être supérieure à celle qui fit lever le siége d'Orléans ; elle combattit tout aussi bien, et ne se vanta ni d'être pucelle ni d’être inspirée. » Il est certain que la levée du siége de Beauvais fut un événement de haute importance : elle arrêta dans sa course Charles le Téméraire, et l’empêcha de faire du duché de Bourgogne un puissant royaume. Une statue en bronze a été élevée à Jeanne Hachette à Beauvais. BRETON.

JEANNIN (Pierre), le président , naquit à Autun, en 1540. Son père était échevin, et excerçait l’état de tanneur. Il s’éleva par son savoir ef sa droïture. Un prince lni demanda un jour de qui il était fils; il répondit : De mes vertus. Un homme riche, qui voulait en faire son gendre, lui demanda où était son bien? Dans ma téte et dans ma plume, répondit-il. Lors de la Saint-Barthélemy, il se refusa à exécuter les ordres sanguinaires de la cour, et dit : Quand le prince commande en colère, il faut lui obéir. lentement. Député par l’ordre du tiers de Dijon aux états de Blois, il s’acquitta de sa mission honorablement. Ligueur ardent, il ne fut jamais cruel, et contint souvent le duc de Mayenne. Il rejeta les dons de la cour de Madrid quand il vit que les Guises voulaient enlever là couronne au roi de France. Henri III le nomma président au parlement de Bourgogne. Henri [V comprit toute la portée d'esprit de cette forte tête. Il nomma Jeannin premier président du même parlement, à la condition qu’il se démettrait immédiatement de ses fonctions et resterait attaché à sa personne. Jeannin partagea avec Sully la confiance du bon roi : il en était digne, malgré la jalousie du surintendant. Envoyé en mission en Hollande, il conclut un traité avec les Provinces-Unies en 1609. A son retour, il reçut du monarque de nombreuses marques d'estime. Henri le présenta à la reine en disant : « Voyez-vous ce honhomme ? Si Dieu dispose de moi, reposez-vous sur sa fidélité. » Le Béarnais voulait qu'il fût son historiographe. Jeannin n'écrivit que la préface de c< règne si intéressant, qu'interrompit le couteau de Ravaillac, Après la mort de Henri IV, Jeannin fut le conseiller de Marie de Médicis, qui le sacrifia à la Galigaï, la maréchale d'Ancre. Mais il reprit son service de surintendant des finances, qu’il continua jusqu’à sa mort, arrivée, suivant les uns, à Paris, selon d’autres, à sa terre de Montjeu, près d’Autun, le 31 octobre 1622. Jules PAUTET.

JEAN-PAUL, Voyez RICUTER.

JEAN SANS PEUR. Voyez Jean, duc de Bourgogne.

JEAN SANS TERRE, Voyez Jean, roi d'Angleterre.

JEAN SCOT ÉRIGÈNE. Voyez ÉNGËNE.

JEAN SECOND, poëte latin moderne, naquit à La Haye, le 10 novembre 1511. Son père, Nicolas Éverard,

JEAN SEOND — JEFFREY

président au conseil suprême de Hollande, conna par d’estimables écrits de jurisprudence, lui fit donner, ainsi qu’à ses autres enfants, une éducation analogue à sa position sociale. L'étude des langues anciennes fut bientôt un jeu pour le prochain élève du célèbre légiste Alciat, sous lequel il vint faire son droit à Bourges. Un cœur jeune, tendre, porté à l'amour, tout embaumé des parfums de Vantiquité qu’avaient exhalés Ovide, Virgie, Catulle, Tibulle et Properce; une maîtresse adorée, qu'il appelle Julie, firent soudain un poëte d’un élève du grave jurisconsulte. Toutefois , il ne laissa pas que de couvrir sa tête poétique du bonnet de docteur, qu’il reçut en 1533. Que de grâces, que d'abandon, que d’éloquence amoureuse cacha cette lourde toque, sous laquelle ne tardèrent pas à éclore dixneuf Baisers (Basia), qu'il envoya, quoique écrits en latin, à sa Julie. El eut le sort de Properce ; comme lui il avait eu sa Cynthie ; comme lui, il perdit, à ce qu'il paraît, cette inspiratrice de son génie, encore à la fleur de l’âge et de la beauté. Ajoutez à ces Baisers , la plus parfaite de ses œuvres, trois livres d'Élégies, un livre d'Épigrammes, un livre de Pièees lyriques, deux livres d’Épitres, un livre de Pièces funèbres ( Funera), et un livre de Sylves ou mélanges, et vous aurez tout ce que laissa couler cette plume poétique et féconde.

D'abord secrétaire intime de l’évêque de Tolède, puis curieux de visiter l'Afrique, qui devait lui être si funeste, il suivit, en 1534, Charles-Quint dans son expédition contre Tunis; ce prince tenait le poëte en haute estime. Les sables où fut Carthage altérèrent visiblement la santé d’un jeune homme délicat, dévoré d’ailleurs d'amour, de génie, et d’ambition peut-être, auquel eussent mieux convenu Tibur et l’Anio. Il retourna dans sa patrie, où les sources de la vie se tarirent tout à fait en lui, à Tournai, le 24 septembre 1536. Il n'avait encore que vingt-cinq ans.

Ses poésies érotiques, d’un latin moderne très-pur, sont pleines de feu, de suavité et de mollesse : il y à en elles du Tibulle, du Properce et du Catulle fondus ensemble, abstraction faite des impudeurs trop fréquentes du dernier. Jean Second a droit sans contredit de figurer au premier rang des poëtes de son époque. Les poésies de ses frères Marius, Grudius, Marulle, et de sa sœur, la religieuse Isabelle , ne sont point non plus sans mérite. Cinq ans après la mort de Jean Second, ses œuvres furent recueillies et publiées à Utrecht. En 1821, Boscha en donna une édition fort recherchée, à Leyde, en 2 beaux vol. in-8°, avec des commentaires. Dorat, qui se mêlait aux amours de tout le monde, se mêla aussi aux Baisers de Jean Second; mais il fallait à Julie, l’amante du poëte, des lèvres plus franches, moins prétentieuses. Tissot, notre collaborateur, les à traduits avec plus de bonheur. DENNE-BARON.

JEAN ZISCA. Voyez Zisca.

JEDDO ou YÉDO, capitale du Japon, naguère résidence du {aïkoun, située dans la province de Mousasi, par 39° 32’ de latitude septentrionale, sur la côte orientale de Nipon, au fond d’un golfe très-noissonneux et à l’embouchure du Todagawa, est une ville de 14 myriamètres de circuit, contenant, dit-on, 280,000 maisons et 1,500,000 habitants, dont plus de 4,000 sont aveugles. Elle n’a ni mars ni remparts, et est coupée d’un grand nombre de car'aux à parapets élevés et plantés d'arbres. Parmi la foule de ponts qu’on y compte, il en est un construit tout en bois de cèdre et orné de balustrades magnifiquementsculptées, a partir duquel se comptent les distances de toutes les lo= calités de l’empire. Les rues, garnies le plus ordinairement de maisons peu élevées, se coupent presque toutes à angles droits. Leprincipal édifice est l’ancien palais du £aikoun, au centre de la ville, sur une éminence entourée de fossés ét de remparts, et qui a {rois myriamètres de circuit. Il est divisé en trois parties principales : la première élait habitée par les descendants et parents mâles du £aïkoun ; la seconde, par les grands feudataires, qui venaient y résider tous les ans pendant six mois; la troisième, que do-

mine une haute four carrée, par le taïkoun et sa famil'e. Il y a aussi dans les autres quartiers un grand nombre de vastes palais, appartenant à de grands seigneurs, el plus de 60 temples magnifiques à l'usage de chacune des trois religions reconnues dans l’empire. J-ddo possède aussi une imprimerie japonaise et une bibliothèque riche de 150,000 volumes. Depuis 1869 on y a opéré de grands changements : elle est en partie éclairée au gaz, et un chemin de fer la relie à Yokohama, Les représentants des puissances européennes y ont leur résidence.

JEFFERSON (Tuomas), le troisième président des États-Unis de lAmériquéMu Nord (1804-1809 ), né le 2 avril 1743, à Shadwell, en Virginie, d’une famille riche, put d’abord suivre ses goûts, qui l’entraînaient vers l'étude des mathématiques, des sciences naturelles et même de la peinture. Ce ne fut qu’à partir de 1767 qu'il se livra à l'étude de la jurisprudence, et il acquit bientôt au barreau une réputation grande et méritée. Appelé de bonne heure à faire partie de l'assemblée coloniale de la Virginie, il y fit dès cette époque une tentative en faveur de lémancipation des esclaves; et quand plus tard la résistance des colonies contre la politique tyrannique de la mère-patrie commença à se manifester, il s’associa de cœur et d'âme à ce mouvement. Élu en 1775 membre du congrès, il y fut le digne collèsue d’'Adams, de Franklin, de Sherman et de Livingston dans le comité célèbre institué au sein de cette assemblée. L’immortelle déclaration d'indépendance est l’œuvre de Jefferson, et, à la suite d’une vive discusion, fut adoptée avectrès-peu de modifications par le congrès, dans sa séance du 4 juillet 1776. Au mois d'octobre de la même année il fut appelé à faire partie de la législature particulière de la Virginie, et prit part à la révision de la constitution de cet État, à la rédaction première de laquelle il avait été procédé avec trop de précipitation. En 1779 on le nomma gouverneur de la Virginie; ef en 1783, lors de l’ambassade envoyée en France par les États-Unis, il accompagna Adams et Franklin. Après avoir résidé pendant plusieurs années à la cour de Versailles, en qualité de ministre plénipotentiaire, il revint dans sa patrie occuper, sous Washington, la place de secrétaire d’État. En 1797 la reconnaissance et l’estime

| de ses concitoyens le portèrent à de plus hautes fonctions : | il fut élu vice-président de l’Union, et plus tard, en 1801,

appelé à la présidence, en remplacement de John Adams. Réélu en 1805, il fut huit ans à la tête de l’administration, et y serait resté plus longtemps si, à l'expiration de ses pouvoirs, il n’eût point repoussé la proposition de les lui continuer ; proposition dans laquelle il voyait une violation de la constitution de son pays. Sur son refus formel, on lui donna pour successeur Madison.

Jefferson, pendant sa présidence, déploya le plus grand zèle pour répandre la civilisation parmi les Indiens. En rentrant dans la vie privée, il consacra toute son activité à la fondation de l’université de Charlotteville, qu'il eut la satisfaction de voir créer et dont il fut le premier recteur. Retiré dans son domaine de Monticello, il finil par tomber dans de tels embarras d’argent, que la législature dela Virginie, pour lui venir en aide, l’autorisa à mettre ses terres en ioterie. J1 mourut le 4 juillet 1826, lemême jour qu'Adams, cinquante ans après la mémorable déclaration de l'indépendance de sa patrie. On a de lui des Notes on Virginia, qui ont été traduites en français par Morellet, une Notice sur des ossements gigantesques trouvés à l’état fossile en Virginie, un Manual of parliamentary practice, des Mémoires sur les dispositions intellectuelles des nègres, sur des événements de la guerre de l'Indépendance, etc. Ses Mémoires et sa Correspondanceont été publiés à Londres en 1829 et forment 5 volumes. Une statue colossale en bronze par Powers, fondue à Munich, lui a été érigée à Richmond (Virginie ).

JEFFERYS. Voyez JEFFREYS.

JEFFREY (Francis, lord), critique anglais influent, né en 1773, à Édimbourg, était le fils d’un savant jurisconsuite, et, après avoir étudié le droit à Glasgow et à Oxford

débuta lui-même, en 1794, au barreau d'Écosse, tout en s’occupant de travaux littéraires , par suite desquels il se trouva lié d'amitié avec Walter Scott, Sydney Smith, Brougham et quelques autres jeunes gens de talent et d'avenir. Il fut l’un des fondateurs de l’Zdinburgh Review, dont il prit la direction en 1803; et il la garda jusqu’en 1829. On sait que ce recueil a défendu et propagé avec autant de succès que de talent les idées libérales du siècle, et qu’il n'a pas seulement exercé une influence considérable sur la littérature contemporaine, mais encore, comme organe des whigs, sur la politique de l'Angleterre. La direction habile et prudente que lui donna Jeffrey n’y contribua pas peu, bien que la rigueur de ses appréciations critiques lui ait attiré de nombreux désagréments. Ainsi, en 1806, il lui fallut se battre en duel avec Thomas Moore; et lord Byron, dans son célèbre pamphlet English Bar ds and Scottish Reviewers, le flagella rudement. Tous deux n’en devinrent pas moins plus tard ses amis intimes, et son autorité en matières de goût fut toujours universellement reconnue. En 1821, l’université de Glasgow l’élut pour recteur; et à l’arrivée des whigs aux affaires, en 1830, il fut appelé aux fonctions d’avocat de la couronne en Écosse. En même temps il devint membre du parlement, où d’ailleurs il se fit peu remarquer. Enfin, en 1834, il fut élevé aux fonctions de juge à la Court of Session, lesquelles donnent droit au titre personnel de Lord, qu’il

conserva jusqu’à sa mort, arrivée en 1850, dans un domaine :

qu'il possédait aux environs d'Édimbourg. On a recueilli en

4 volumes (2° édit., Londres, 1853) les articles publiés :

par lui dans l’£dinburgh Review.

JEFFREYSouJEFFERYS (Sir Georces), lord-chance-

lier, d'Angleterre, dut l'élévation de sa fortune politique au |

zèle exalté avec lequel il concourut à la réaction royaliste et catholique qui signala les règnes de Charles II et de Jacques IT, et à la fécondité des ressources qu’il déploya dans l'intérêt de la cause papiste, dont le second de ces règnes fut le triomphe et l’apogée. Jeffreys débuta en 1666, comme avocat, aux assises de Kingston, et suivit, non sans succès , le barreau, jusqu’à ce qu’un alderman de ses parents le fit pourvoir de la charge de recorder (greffier) au siége de Londres. Ce fut lui qui, en cette qualité, lut la sentence capitale à l’avocat catholique Langhorne, l’une des dernières victimes des impostures si célèbres de Titus Oates. Le rôle passif que Jeffreys remplit en cette circonstance n’empêcha point qu'il ne devint bientôt l’objet des faveurs de la cour. Il reçut en 1680 le titre de chevalier, et fut décoré l’année suivante de celui de baronet. Vers la même époque, le duc d’York, depuis Jacques IT, auquel il était personnellement dévoué, le nomma son sollicitor (avocatavoué). On sait que le parlement, désappointé de l'issue qu'avait eue le bill destiné à exclure du trône le frère du roi, poursuivit avec acharnement les abhorrers, nom qu’on donnait aux partisans de la cour. Jeffreys, déjà signalé parmi les plus fougueux absolutistes, ne pouvait échapper à l'attention du parlement : une adresse spéciale demanda au roi Charles de le priver de ses fonctions de recorder ; mais il eut la prudence de calmer par une prompte démission l’irritation des communes.

La cour ne tarda point à l’en dédommager en le nommant premier juge de la cour du Banc du Roi; fonctions dans l'exercice desquelles il rendit d'importants services à la cause de labsolutisme. Ce fut dans le mémorable procès d’Algernon Sidney qu’il s’essaya à l'exercice de ce nouvel emploi. On le vit avec surprise, modérant l’impétuosité naturelle à son caractère, interroger l'accusé avec politesse et impartialité. Son résumé adressé au jury présenta les mêmes dispositions ; mais quand il en vint à l'explication de la loi, il déploya une subtilité cruelle, et fit découler la culpabilité de Sidney d'un série de sophismes qui, débités avec l’imperturbable volubilité qui lui était propre, soulevèrent l’indignation de toutes les âmes justes et honnêtes, On doit reconnaitre cependant qu’en dehors des matières politiques Jeffreys se montrait généralement ami sincère de la

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