JEFFREY — JEFFREYS
justice; qu’il savait sévir avec une équitable fermeté contre les abus et faire respecter les droits des citoyens. On peut citer comme exemple la sévérité avec laquelle il réprima le trafic illicite que se permettaient le maire et les aldermen de Bristol et d’autres grandes villes, des individus condamnés à la déportation, et qu'ils faisaient vendre à leur profit dans les plantations américaines; aïnsi que les manœnvres criminelles que ces officiers employaient pour augmenter à leur profit le nombre des déportés, allant jusqu’à menacer de la peine de mort tout pauvre qui avait commis quelque léger délit, afin que ce malheureux sollicitât comme une grâce d'être condamné à la déportation, c’est-à-dire vendu aux planteurs des colonies. L’amnistie qui suivit la révolution de 1688 sauva seule les coupables des justes rigueurs de la loi. Ce fut Jeffreys qui, après avoir été, en 1678, l'un des avocats du roi employés à faire valoir le témoignage de Titus Oates contre les papistes, fit le rapport du procès par
suite duquel ce fameux imposteur subit une détention per-
pétuelle,
En 1685, peu de temps après l’avénement de Jacques II, |
Georges Jeffreys fut élevé aux honneurs de la pairie, et fit partie de la haute cour ou chambre ardente chargée de rechercher et de punir les complices de la rébellion du duc de Monmouth. Cette mission fut appelée la Campagne de Jeffreys, à cause des pouvoirs militaires qui lui avaient été conférés pour la remplir avec plus d'efficacité. Le premier procès dont la haute cour eut à s’occuper fut celui de lady Alicia Lisle, veuve d’un des juges de Charles L°', qui était accusée d’avoir donné asile à des proscrits. Quelques jurés ayant paru douter que cette dame connût leur qualité de rebelles, Jeffreys gourmanda avec humeur l’expression
, de ce doute, et emporta la condamnation. Il fit brûler vive
une dame anabaptiste du nom de Gaunt , renommée par son inépuisable charité, coupable également d’avoir donné l'hospitalité à des proscrits. Des historiens ont évalué à près de six cents le nombre des personnes que Jeffreys fit périr dans cette odieuse expédition, dont plusieurs circonstances semblent avoir inspiré les scènes les plus atroces de notre révolution. La même sentence comprit quelquefois jusqu’à trente victimes, et Jeffreys ajoutait souvent par de brufales injures à l’odieux de la condamnation. Le trouble des bourreaux donna souvent lieu à d’affreuses méprises, qui paraissaient au grand juge de légers inconvénients aû prix d’une bonne et prompte justice. On assure que Jacques, dont la nature était loin d’être sanguinaire, réprouva hautement une partie de ces violences. Et pourtant, tel était le besoin que ce monarque avait de J'instigateur de tant de cruautés, qu’il éleva bientôt après Jeffreys à la dignité de lord-chancelier d'Angleterre. Jeffreys (ut à peine pourvu de cette éminente fonction, qu'il ouvrit l'avis de rétablir l’ancien tribunal ecclésiastique connu sous le nom de haute comission , qui avait été aboli en 1640 par un acte du parlement. Cette proposition, à la réussite de laquelle son importance politique était particulièrement intéressée, fut adoptée, et Jeffreys obtint la présidence de ce tribunal. Lors de la révolution de 1688, Jeffreys se déguisa pour échapper à l’animadversion populaire, qu’il n'avait que trop provoquée; mais, reconnu au moment où il attendait dans une taverne l’occasion de s’embarquer sur la Tamise, il fut conduit à la Tour de Londres, où les lords du conseil le firent écrouer. Le chagrin qu’il éprouva, joint à des actes d'intempérance, auxquels ilétait fort sujet, avancèrent sa mort, arrivée quelques mois après, le 18 avril 1689. Avec des talents réels et un fonds incontestable d’amour pour la justice, Jeffreys a laissé une mémoire abhorrée. Son nom , inséparable de ceux des Laubardemont et des Fouquier-Tinviile, rappelle tout ce qu'a d'odieux et de méprisable l'exercice du pouvoir judiciaire lorsque , au lieu de chercher à contenir dans de justes bornes les pas= sions politiques, il s'abaisse à les suivre dans leurs déré= glements et leurs exeès. L’équitable histoire envoloppe en effet dans un commun anathème les séides des bons et des
EFFREYS — JELLACHICH
mauvais gouvernements (car les bons gouvernements ont aussi leurs séides), et ses leçons nous enseignent que la voie la plus propre à dégrader la cause la plus légitime, c’est d'employer pour la servir des moyens réprouvés par la morale et l'humanité. A. BouLLÉE.
JEHAN DE TROYES. Voyez JEAN DE TROYES.
JEHOVAH estlenom ineffable de Dieu chez les Hébreux. Composé de quatre voyelles dans la langue d’fsrael, c’est une combinaison des lettres du verbe haïah (il a été), dont le sens est : Celui qui fut, est, et sera. Ce nom mystérieux fut révélé à Moïse par celui qui mit dans la bouche du premier homme le premier idiome, avec la merveilleuse puissance d'exprimer les idées les plus abstraites, Les patriarches, Adam lui-même, ignoraient ce nom jusque alors connu des seuls séraphins; s’il se trouve quelquefois dans la Genèse, c’est par anticipation que Moïse, son auteur, le fait entrer dans son récit. Telle est l'opinion des plus savants rabbins, et les Pères de l’Église sont sur ce point d'accord
avec eux. L'époque où ce mot tout céleste prit place dans |
l'idiome hébraïque est clairement indiquée dans ce passage de l'Exode : « Lorsque je dirai aux enfants d’Israel, répondit Moïse : Le Dieu de vos pères m'envoie vers vous ; s'ils me demandent votre nom, que leur répondrai-je P Je suis, dit le Seigneur, celui qui est. » Nos poëtes l’ont rendu par l’adjectif-substantif l’Éfernel , traduction incomplète, dont Malachie, le petit prophète, semble toutefois avoir fait le commentaire, quand, dans un de ses versets Dieu dit : « Moi, je ne change point. » Noé, Abraham, Isaac et Jacob ne connaissaient le Créateur que sous les noms de Shaddai (celui qui se suffit à lui-même), d’Elohim (les dieux), pluriel collectif par lequel l’idiome hébraïque peint un objet unique, mais immense.
La manière dénoncer le nom du dieu des Juifs, qu’ils ne prononçaient jamais, si ce n’est une fois l’année par la bouche du grand prêtre dans le Saint-des-Saints , est très variable depuis Jésus-Christ. Composé de trois voyelles et d'une voyelle dipthongue, ce mot en français s’écrirait ainsi : iéoué. C’est lui que l’on voit en caractères hébraïques tracés dans ces triangles, symboles de la Trinité, dont l’architecture sacrée a orné nos autels et les frontispices de nos temples. Les juifs d'aujourd'hui s’abstiennent toujours de prononcer ce nom redoutable, qui, transmis par la voix, dit saint Clément d'Alexandrie, pouvait frapper un homme de mort. Saint Jérôme, dans sa Vulgate, craint d'écrire même le nom de Jéhovah ; il lui substitue celui d’Adonaï, selon l'usage des Juifs d'alors.
Les prophètes et les psalmistes revêtirent Jéhovah d’un corps, de vêtements, ou l’enveloppèrent mystérieusement dans une nuée, pour rendre Dieu palpable à ces âmes abruties par le culte des idoles et des hauts lieux. David lui donne un trône, une droite puissante, un visage éblouissant; il met un nuage obscur sous ses pieds ; il l’assied sur les ailes des chérubins ; dans le désert, Moïse transforme Jéhovah enune colonne tour à tour ténébreuse et lumineuse ; Isaïe lui donne une robe immense, dont le bas remplit tout le temple; Job le place au centre d’un tourbillon, du milieu duquel tonne sa voix redoutable. « Les yeux du Seigneur sont affachés sur les justes , et ses oreilles sont ouvertes à leurs prières, » dit le psalmiste. Toutes matérielles que semblent ces images, elles onten elles quelque chose de mystique et de surnaturel; ce je ne sais quoi enfin que l’immortel Phidias ne put jamais inspirer à son colossal Jupiter tonnant. DENNE-BaRoN.
JEHU, fils de Josaphat, était un des généraux du roi d'Israel Joram , que le prophète Élisée fit oindre roi d’Israel par un de ses disciples. Le dixième par ordre de dates, il commença une dynastie nouvelle, la cinquième, et régna de l’an 884 à l’an 856 avant J.-C. Tout aussitôt après qu'il eut reçu l’onction sacrée, il fut proclamé roi par l’armée, accourut à Jisréel où le roi Joram attendait la guérison des blessures qu’il avait reçues à la guerre, le {ua ainsi que le roi de Juda Ochozias qui se trouvait aussi là, et monta sur
le trône. Il extermina ensuite jusqu’au dernier homme toute la famille d’Achab, qui était devenue odieuse à l’ordre des prophètes, détruisit le temple de Baal à Samarie et fit cruellement égorger tous les prêtres. Les Syriens de Damas, mettant à profit la faiblesse d’Israel, privé maintenant des secours efficaces de Juda, enlevèrent à Jéhu tout le territoire de son royaume, situé à l’est du Jourdain. Jehu mourut à Samarie, après avoir régné vingt-huit ans,
JEHU ( Compagnies de). Voyez ComPAGNies DE JÉHU,
JEÏPOUR ou DJEIPOUR, principauté radjepoute ayant pour chef-lieu la ville du même nom, et située dans les provinces de l’Hindostan appelées Adjémir et Agra. Le sol en est partout sablonneux et fortement imprégné de sel, qu’on en extrait et qui fait l’objet d’un commerce d’exportation considérable. On y récolte d’ailleurs du froment, du tabac et du coton de la meilleure qualité, ainsi que la plupart des produits particuliers à l'Inde. La population se compose en partie de Radjepoutes et en partie d’indigènes, qui étaient déjà fixés dans ces lieux avant l'immigration des brahmanes. Le radja n’est que le souverain nominal du pays, et l'autorité réelle se trouve entre les mains du résident anglais. La ville de Jeïpour est la plus régulière de l'Inde, et l’on prétend qu’elle ne fut fondée que sous le règne de Mohammed-Chah, d’après les plans fournis par un architecte italien. C’est Ambar qu’on regardait autrefois comme la capitale de la principauté de Jeïpour. Au siècle dernier la ville de Jeïpour était l’un des grands centres de la science des Hindous. On y trouve un nombre prodigieux de pigeons, qui sont tellement apprivoisés qu’on a de la peine à se débarrasser d’eux. Ces oiseaux, de même que les paons, sont réputés sacrés dans tous le Radjastän.
JÉJUNUM.: On donne ce nom latin, qui signifie vide ou à jeun, à la seconde portion de l'intestin grêle, celle qui se continue d’une part avec le duodénum, ou première portion de cet intestin, et de l’autre avec l’iléon, ou la troisième portion. Le jéjunum se montrant toujours vide dans les cadavres, on a déduit de ce fait qu’il est le principal siége de l'absorption du chyle, et que les matières alimenaires, mélées avec la bile et le suc pancréatique dans le duodénum, le parcourent avec plus de vitesse pour arriver à l’iléon, où on les trouve fréquemment accumulées.