‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 398 sur 522 · L. LAURENT · texte numérisé non relu

L. LAURENT

JER. Ce nom a été donné par Ruisch à une espèce de serpent du Brésil recouvert d’un \enduit si gluant que les animaux qui le touchent adhèrent fortement à sa peau, et que l’homme qui voudrait le saisir ne pourrait ensuite s’en détacher. Ce prétendu serpent très-visqueux parait n'être autre chose qu’une cécilie, qui, comme on le sait actuellement, est passée de l’ordre des ophidiens dans celui des amphibiens ou batraciens. L. LAURENT.

JELLACHICH DE BUZIM (Joseru, comte ne), général autrichien et ban de Croatie, est né le 16 octobre 1801, à Peterwardein. L’empereur, voulant récompenser les services militaires de son père, retiré du service avec le grade de général, lui donna une place à l'académie thérésienne, où le jeune homme, doué d’une intelligence précoce, se distingua en peu de temps parmi ses condisciples. A dix-huit ans, il entra comme sous-lieutenant dans un régiment de dragons. Infatigable au travail comme au plaisir, le dernier au bal, mais le premier à la manœuvre, d’ailleurs poëte à l’âme ardente, Jellachich se fit aimer par ses compagnons, qu’il dominait. C’est à cette époque qu’il publia son Garnison’slied (Chanson de garnison), piquante satire du vieux système militaire, qui obtint un grand succès.

Nommé après 1830 capitaine-lieutenant d’un des régiments-frontières de hulans, major d'infanterie au commencement de 1837, lieutenant-colonel, puis colonel en 1549, Jellachich acquit une grande popularité en Croatie par la manière dont en maintes circonstances il réprima les déprédations commises sur le territoire de cette province par des brigands bosniaques. La révolution de 1848 vint favoriser son ambition, et dès lors il prit une part im-

nortante aux événements qui agitèrent l'Autriche. Les Hongrois, tout en réclamant pour eux l'indépendance et en se proclamant les défenseurs de la liberté, n’avaient rien stipulé pour les races slaves de la Croatie et de la Dalmatie. Craignant avec raison de leur part une oppression d'autant plus lourde qu’elle serait sans contrepoids, les Croates envoyèrent une députation à Vienne, déclarer qu’ils étaient prêts à donner leur sang et leurs biens pour la défense de l'intégrité de l'empire. Jellachich seul leur parut l’homme des circonstances ; ils le demandèrent pour ban, et l’empereur, en lui accordant ce titre, y joignit bientôt de nouvelles faveurs, car il le nomma coup sur coup conseiller, propriétaire de deux régiments et général commandant en chef les districts du bannat, de Waradin et de Carlstadt.

Nombreuses étaient les difficultés qui attendaient le nouveau ban : d’abord les Croates n'étaient pas tellement unis que l’on ne püt craindre des divisions excitées par des chefs jaloux; en outre, l’un des ministres de l’empereur était Hongrois, et il était probable qu’il emploierait son influence à renverser un ban que ses connaissances militaires devaient rendre redoutable à ses compatriotes. Jellachich. triompha, mais non sans peine, de tant d'obstacles. Il alla sans armes trouver les Croates mécontents et réunis, leur expliqua ses projets, et fut reporté par eux en triomphe. Sommé par le ministère de rendre compte de sa conduite, il vint à Vienne à la tête d’une escorte nombreuse, refusa de s’expliquer en présence du ministre hongrois, et obtint une audience publique de l’empereur, avec qui l’on redoutait qu’il »’eût une entrevue secrète. Il parla modestement de ce qu’il avait fait, déclara qu'une population aussi importante que les Slaves ne pouvait être sacrifiée aux intérêts d’une poignée de Hongrois, et ajouta qu’il venait resserrer plus étroitement que jamais les liens qui unissaient la Croatie à Fempire, dont le salut n’était qu'à ce prix. Son discours, persuasif et éloquent, eut un succès complet : l’empereur fut ému, des applaudissements éclatèrent, et l’archiduc Jean vint serrer Jellachich dans ses bras. On convint que le ban garderait son autorité, mais que l’édit qui l’en dépouillait ne serait pas encore rapporté. Le soir, la population de Vienne se pressait sous ses fenêtres; il prononça une nouvelle harangue, et la termina par ces mots, qui furent couverts d’applaudissements : « Je veux, mes frères, une Autriche grande, forte, puissante, libre et indivisible. Vive notre belle patrie! Vive l’Allemagne! » Comptant sur les promesses de la cowr, Jellachich se tint prêt à commencer les hostilités contre les Hongrois ; il parcourut la Croatie et les autres provinces slaves de l'empire, recueillant partout de nombreuses preuves de ue sympathie.

Cependant, les Hongrois ne s’avouaient pas encore vaincus ; ils entourèrent de nouveau le faible Ferdinand, et l'édit qui enlevait au ban ses pouvoirs parut dans les journaux. Mais la cour avait négligé de remplir une des formalités nécessaires à la validité de l'acte. Jellachich refusa donc d’obéir, et continua de se poser en défenseur des Slaves et de l'empire menacé, Les diètes protestèrent en sa faveur avec une imposante unanimité, en même temps que l'inerlie calculée des troupes impériales plaçait les Hongrois en présence des plus graves périls. Enfin, le 4 septembre 1845, un nouvel édit de l’empereur, que ne précédait aucun préambule explicatif, rendit à Jellachich ses dignités et ses fonctions, « en récompense de ses patriotiques services ».

On connaît les événements qui suivirent, l’irritalion croissante des Hongrois, la faiblesse de leur vice-roi, l'archiduc Étienne, et enfin les troubles de Vienne, qui obligèrent l’empereur de se réfugier à Olmutr. Jellachich s’empressa de nettre à sa disposition les troupes qu'il avait levées, et dont la discipline était remarquable, Combinant ses opérations avec Windisch-Gréetz, il marcha sur Vienne, repoussa la diversion tentée par les Hongrois dans l'intérêt du parti révolutionnaire, et, entouré de ses man/eaux rouges, fit son

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