‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 400 sur 522 · JEMMAPES — JE NE SAIS QUOI · texte numérisé non relu

JEMMAPES — JE NE SAIS QUOI

colonnes. 11 se jette sur sa gauche, marchant à pied, malgré son grand âge, à travers des prairies marécageuses, et, s’apercevant bientôt que ses canons ne peuvent le suivre, que les brigades Rosière et Blottefière ont pris un autre chemin, il reste un moment dans une irrésolution qui peut tout compromettre.

Dumouriez , dont le coup d’œil embrassait toutes les opérations de son armée, reconnaît le danger de cette hésitation, et vient soutenir son lieutenant. Resté seul au commandement du centre, le duc de Chartres enlevait pendant ce temps la première ligne des redoutes ennemies , que protégeait le bois de Flanu, tandis que Beurnonville, à la tête de l’avantgarde , s’avançait par la route de Frameries sur la colline de Cuesmes. Le colonel belge Stéphan avait assailli et repoussé la première ligne des Impériaux. Mais le feu des secondes redoutes ayant arrêté un instant la marche de cette colonne, le comte de Haddick avait profité de ce moment de surprise pour jeter sa cavalerie sur ses flancs. Beurnonville s’élança pour la soutenir. Il chargea lui-même les escadrons de Haddick , et, emporté par son courage , il eût péri en soldat dans cette sanglante mêlée , si le lieutenant Labretèche n’eût fondu sur cette nuée de cavaliers qui enveloppaient son général, et ne l’eût ramené sain et sauf, après avoir tué sept ennemis et reçu quarante blessures.

Dampierre a vu les dangers de l'avant-garde, que six bataillons hongrois se disposent encore à envelopper. Il forme ses colonnes sous le feu de la mitraille, et conduit l’aile droite aux retranchements de Cuesmes. Dampierre précède de trente pas les grenadiers qui le suivent. Un seul vétéran est auprès de lui, et ce vieillard prononce en pleurant le nom de son fils. Dampierre l’interroge : « Mon fils, répond

Jolibois , a déserté ses drapeaux, et je viens réparer son |

honneur et le mien. » Dampierre lui promet une sous-lieutenance et marche à la colonne autrichienne ; il la renverse, la pousse sur la seconde ligne des redoutes, et les enlève à la baïonnette. Dumouriez est partout ; il reparait au centre, et veut décider la victoire par un dernier effort. « Soldats,

dit-il, voilà les hauteurs de Jemmapes, et voilà l'ennemi. » |

Il entonne à ces mots l'hymne des Marseillais, s’avance à la tête des colonnes, les lance dans la plaine, et vole à l'aile droite. La précipitation de cette attaque a mis du désordre dans les bataillons du centre ; les escadrons autrichiens s’en aperçoivent et rompent la ligne ; un domestique la rétablit : le jeune Baptiste Renard, valet de Dumouriez, rallie nos bafaillons et les ramène à l'ennemi. Mais le feu de ses batteries redouble, Le général Drouet est blessé à mort, et le découragement se répand et se propage dans nos colonnes. Le duc de Chartres se jette alors dans cette mêlée confuse, il rassure tous ces corps ébranlés et rompus, les salue du nom de bataillon de Jemmapes , et les lance une seconde fois contre les retranchements. Les généraux Stétenhoffen et Desforêts, les deux Frévegille, les colonels Nordmann et Fournier y montent avec le prince , et forcent les Autrichiens à les abandonner. Ferrand a laissé ses canons en arrière, et, n'ayant avec lui que six bataillons, il pénètre en même temps dans le village de Jemmapes. Beurnonville et Dampierre éprouvaient seuls de la résistance. L’artillerie de la place, le feu des redoutes, les charges de la cavalerie ennemie leur présentaient des obstacles terribles ; ranimer leur courage. Un bataillon de volontaires parisiens arrête les escadrons d'Albert de Saxe par sa froide intrépidité. Quatre colonnes reformées par Dampierre , Beurnonville, Kilmaine et Dumouriez fondent simultanément sur l'ennemi. Ses derniers retranchements sont emportés, les Hongrois qui les défendent sont passés au fil de l'épée; le baron de Keim y périt à leur tête, et la journée de Jemmapes ajoutéfune seconde victoire à nos fastes révolutionnaires. Mons, Tournay, Gand, Bruges et Bruxelles nous ouvrent leurs portes : les Belges proclament leur indépendance, se jettent dans les bras de leurs libérateurs , et Dumouriez ; au Comble de la joie, commande enfin dans ces contrées,

dont la conquête était le but constant de ses méditations. VIiENNer , de l’Académie Francaise.

JE NE SAIS QUOI. I! y a quelquefois dans les personnes ou les choses un charme invisible, une grâce nas turelle, qu’on n’a pu définir et qu’on a été forcé d'appeler je ne sais quoi. Il me semble que c’est un effet principalement fondé sur la surprise. Nous sommes touchés de ce qu'une personne nous plaît plus qu’elle ne nous à paru d’abord devoir nous plaire; et nous sommes agréablement surpris de ce qu’elle a su vaincre des défauts que nos yeux nous montrent et que le cœur ne voit plus : voilà pourquoi les femmes laides ont souvent des grâces , et qu’il est rare que les belles en aient; car une belle personne fait ordinairement le con. traire de ce que nous avons attendu : elle parvient nous à paraître moins aimable, Après nous avoir surpris en bien, elle nous surprend en mal; mais l’impression du bien est ancienne , celle du mal nouvelle : aussi les belles personnes font-elles rarement les grandes passions, presque toujours réservées à celles qui ont des grâces, c’est-à-dire des agréments que nous n’attendions point et que nous n'avions pas sujet d'attendre. Les grandes parures ont rarement de la grâce', et souvent l'habillement des bergères en a. Nous admirons la majesté des draperies de Paul Véronèse ; mais nous sommes touchés de la simplicité de Raphael et de Ja pureté du Corrége. Paul Véronèse promet beaucoup, et paye ce qu'il promet. Raphael et le Corrége promettent peu et payent beaucoup, et cela nous plaît davantage.

Les grâces se trouvent plus ordinairement dans l'esprit que dans le visage, car un beau visage paraît d’abord, et ne cache presque rien; mais l’esprit ne se montre que peu à peu, que quand il veut et autant qu’il veut ; il peut se cacher pour paraître, et donner cette espèce de surprise qui fait des grâces. Les grâces se trouvent moins dans les traits du visage que dans les manières ; car les manières naissent à chaque instant, et peuvent à tous les moments créer des surprises; en un mot, une femme ne peut guère être belle que d’une façon, mais elle est jolie de cent mille. La loi des deux sexes à établi, parmi les nations policées et sauvages , que les hommes demanderaient et que les femmes ne feraient qu'accorder; de là il arrive que les grâces sont plus particulièrement attachées aux femmes. Comme elles ont tout à défendre, elles ont tout à cacher; la moindre parole, le moindre geste, tout ce qui sans choquer le premier devoir se montre en elles, tout ce qui se met en liberté devient une grâce; et telle est la sagesse de la nature que ce qui ne serait rien sans la loi de la pudeur devient d’un prix infini depuis cette heureuse loi qui fait le bonheur de l’univers.

Comme la gêne et l'affectation ne sauraient nous surprendre, les grâces ne se trouvent ni dans les manières gênées, ni dans les manières affectées, mais dans une certaine liberté ou facilité qui est entre les deux extrémités, et l'âme est agréablement surprise de voir que l’on a évité ces deux écueils. 11 semblerait que les manières naturelles devraient être les plus aisées; ce sont celles qui le sont le moins, car l'éducation, qui nous gêne, nous fait toujours perdre du naturel : or, nous sommes charmés de le voir revenir. Rien ne nous plaît tant dans une parure que lorsqu'elle est dans

. cette négligence ou même dans ce désordre qui nous cache

ais Dumouriez était venu |

tous les soins que la propreté n’a pas exigés et que la seule vanité aurait fait prendre ; et l’on n’a jamais de grâce dane l'esprit que lorsque ce qu’on dit paraît trouvé et non pas recherché. Lorsque vous dites des choses qui vous ont coûté, vous pouvez bien faire voir que vous avez de l'esprit, et non pas des grâces dans l’esprit. Pour le faire voir, il faut que vous ne le voyiez pas vous-même, et que les aulres, à qui d’ailleurs quelque chose de naïf et de simple en vous ne promeltait rien, soient doucement surpris de s’en apercevo:r. Aussi les grâces ne s’acquièrent point ; pour en avoir, il faut être naïf. Mais comment peut-on travailer à être naïf?

Une des plus belles fictions d'Homère, c’est celle de cette

ceinture qui donnait à Vénus l’art de plaire. Rien n’est plus propre à faire sentir cette magie et ce pouvoir des grâces, qui semblent être données à une personne par un pouvoir invisible, et qui sont distinguées de la beauté même. Or, cette ceinture ne pouvait être donnée qu’à Vénus; elle ne pouvait convenir à la beauté majestueuse de Junon, car sa najesté demande une certaine gravité, c’est-à-dire une Contrainte opposée à l’ingénuité des grâces; elle ne pouvait convenir à la beauté fière de Pallas, car la fierté est opposée à la douceur des grâces, et d’ailleurs peut souvent être soupçonnée d’affectation. MONTESQUIEU.

JENNER (Épouarp), célèbre à jamais par la découverte et l'application de la vaccine, naquit le 17 mai 1755. à Berkeley, dans le comté de Glocester, étudia d’absr chez un chirurgien de Sudbury, près de Bristol, et se cendit ensuite à Londres pour y continuer ses études ; il ne tarda pas à y faire la connaissance de J. Hunter, auquel il dut d’être choisi pour classer les objets d’histoire naturelle recueillis dans le premier voyage de Cook autour du monde. 11 s'établit ensuite comme chirurgien dans sa ville natale, où, tout en s’occupant de sa clientèle, devenue promptement . considérable, il s’adonna avec le plus grand zèle à l'étude de l’histoire naturelle. Frappé déjà depuis longtemps de ce que lui avait dit une paysanne au sujet de la force préservative que pouvaient avoir contre la petite vérole les boutons qui , dans les épizooties si fréquentes dans son pays, se déclaraient au pis des vaches, il donna suite aux observations qu’il fut ainsi conduit à faire depuis l’année 1775 ; et grâce à une persévérance soutenue, il en vint, en 1788, à ne plus douter de l'efficacité du cow-pox contre la petite vérole. Une épizootie qui se déclara à cette époque lui fournit l’occasion de mettre en pratique sa découverte. Le 14 mai 1796 il inocula à un jeune garçon, appelé James Phipps, un bouton pris à la main d’une fille de ferme, Sara Nelmes, et il eut la joie de voir que la petite vérole inoculée plus fard à ce jeune garçon resta sans effet sur lui. On refusa d'accueillir et d'imprimer dans les Philosophical Transactions un mémoire qu’il écrivit à ce sujet; et il publia alors sa découverte dans un écrit intitulé : Znquiry into the causes and effects ofthe variolæ vaccinæ (Londres, 1798). La plus grande faveur accueillit cette admirable découverte, qui se propagea promptement en Europe et en Amérique. Jenner fut salué comme le bienfaiteur de humanité ; mais aussi il ne manqua ni de détracteurs ni d’envieux. Il reçut en 1802 10,000 , et en 1807 20,000 liv. sterl., comme récompense nationale; en 1805, il avait obtenu le droit de cité dans la ville de Londres. Pour propager cette nouvelle découverte, ses amis fondèrent le Royal Jennerian Society, dont lui-même fut président, et qui reçut plus tard une autre direction. 11 passa ses dernières années tantôt à Cheltenham, dont il était maire, tantôt à Berkeley, où il mourut, le 26 janvier 1823.

Tandis que Jenner se faisait, par sa découverte et par la persévérance avec laquelle il en poursuivait le développement, un nom immortel dans l'histoire du monde, il méritait et laissait dans son entourage, par son active humanité, d'aussi beaux souvenirs. Les loisirs que lui procurèrent ses beaux travaux scientifiques, il les passa dans la solitude ou les consacra aux beaux-arts, principalement à la musique et à la poésie. Il nous faut encore citer parmi les écrits dans lesquels il consigna ses dernières observations sur l’objet de ses principales études : Further Observations on the voriolæ vaccinæ or cow-pox (Londres, 1799); Continuation of facts and observations of the cow-pox (Londres, 1800); On the varielies and modifications of the vaccine pustule occasional by an herpetic state 0j the skin (Cheltenham, 1819); et On the influence of artificial eruptions in certain diseases, elc. (Londres, 1822). ;

JEPHTÉ, juge et général d'armée en Israel, fils de Galaad et d’une courtisane, fut expulsé de la maison paternelle par ses frères consanguins, et s’en alla alors dans le

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