‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 402 sur 522 · JÉRÉMIE — JÉROME · texte numérisé non relu

JÉRÉMIE — JÉROME

admirable psaume cxxxvi, Super flumina Babylonis. Des cinq parties qui composent le livre de Jérémie (Sepher Irmeiahu), chacune est divisée en vingt-deux strophes ou périodes, marquées en tête des vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque, Aleph, Beth, Ghimel, Daleth… Encore aujourd'hui les Syriens, les Arabes et les Persans ont conservé cet usage seulement dans les sujets sentencieux et décousus, pour faciliter la mémoire, Généralement ces périodes sont formées en vers, bien que les massorètes (nom hébreu, qui signifie dépositaires de la tradition) aient refusé d’accentuer poétiquement le livre de Jérémie, ainsi que le Cantique des Cantiques, qu'ils relèguent dans la prose : les Juifs sont de leur avis.

Les Lamentations de Jérémie sont composées de cinq chapitres, les Prophéties de cinquante-deux. Les Zamentations n’ont point été écrites à l'occasion de la mort de Josias, roi de Juda, comme quelques-uns le croient : le voyant en fit une particulière sur la perte de ce saint roi, qu’une noble blessure reçue dans une bataille enleva à la Judée, mais elle n’est point parvenue jusqu’à nous : des pleureuses, aux sons des flûtes, en exhalaient d’une voix lente et plaintive les lugubres périodes sur le corps inanimé de ce prince.

C’est à tort que le Dalmate saint Jérôme, élevé aux écoles de Rome, accuse de grossièreté le style des Zamentations ; apprenti de trente-cinq ans d’âge qu’il était dans l'idiome difficile des Juifs, il a peut-être voulu exprimer le décousu, l’abandon, la négligence apparente dans les mots, les phrases et les périodes du fils d’'Helcias : alors il aurait signalé ainsi ce laisser-aller, cette incorrection, caractères auxquels on reconnaît bien vite la véritable douleur.

De froids et sceptiques railleurs ont essayé de ridiculiser le sublime fils d'Helcias en forgeant le mot jérémiades pour désigner les vlaintes froides, ridicules et souvent intéressées qu’on entend souvent proférer par certaines personnes d’une intelligence et d’une instruction également bornées. Le speefacle terrible des vastes empires, des grandes cités, des peuples puissants effacés de la terre, et l'instabilité des choses humaines, dont chacune des nations du globe est menacée, sont des sujets trop graves et trop solennels, ce nous semble, pour qu’il puisse être de bon'goût de les tourner en raillerie. Les Romains, si cruels pourtant, eurent plus derespect pour la majesté du malheur : une de leurs médailles, frappée après la ruine de Jérusalem par Titus, par un touchant souvenir représente cette cité déplorable sous la figure d’une femme abandonnée dans une solitude et pleurant sous un palmier. DENNE-BARON.

JERICHO, jadis une des villes les plus florissantes de la Palestine, à 8 kilomètres à l’ouest du Jourdain, à 24 kilomètres au nord-est de Jérusalem, et séparée de cette cité par une contrée déserte et rocheuse, touchait à l’ouest à de hautes montagnes calcaires, et était située au centre d’une contrée bien arrosée, fertile en palmiers, en roses, en baume et en miel. Du côté du nord-est, elle était la clef du pays; aussi fut-elle la première qu’attaquèrent les Israélites lors de la conquête de la terre de Canaan, sous Josué, Après sept jours de siége, elle fut prise et rasée. Elle fut de nouveau menacée au temps des Juges. Plus tard, le roi Achab la fortifia. 11 paraît aussi qu’elle fut dans la suite le centre d’une école de prophètes. Hérode le Grand, qui en fit sa résidence et y mourut, l’embellit. Sous Vespasien elle fut encore une fois détruite, puis on la rebâtit sous Adrien. Au temps des croisades , elle eut à subir de nouvelles dévastations, et fut enfin complétement détruite. Un misérable village, Richa, a pris sa place.

JÉRICHO (Rose de), nom vulgaire de l’anastatica hierochuntica, de Linné, unique espèce du genre anastica, de la famille des cruciféres. C’est une plante grimpante, dont la fleur, d’un parfum exquis, a une forme admirable, et qui, selon la légende, sortit de terre dans le désert à l'endroit que la Vierge Marie toucha du pied dans sa fuite. Elle fut probablement transplantée de Palestine en Europe au temps des croisades.

DICT, DE LA CONVERS. — Te. XI,

JEROBOAM. Il y a eu deux rois d’Israel de ce nom,

JÉROBOAM 1° (974 à 954 av. J.-C.) était fils de Nébath, de la tribu d’Éphraïm ; et dès le règne de Salomon, dont il était l’un des serviteurs, Ahia, un des prophètes qui étaient à la tête des mécontents, le désigna comme celui qui devait être un jour le chef des dix tribus ; aussi dut-il se réfugier en Égypte. Mais après la mort de Salomon, Roboam, au lieu de satisfaire aux justes réclamations des populations,

ayant menacé de les opprimer encore davantage, les dix

tribus se séparèrent de lui, et élurent Jéroboam pour roi, Van 975 av. J -C. Jéroboam fortifia Sichem et Pnouel, et établit sa résidence dans la première de ces villes; mais plus tard il la transféra à Thirsa. Craignant de voir le peuple revenir à Roboam, Jéroboam interdit les pèlerinages au temple de Jérusalem, qui était le grand centre de réunion des tribus, sous prétexte qu’ils étaient onéreux pour le peuple; et il éleva à Dan et à Bethel des sanctuaires particuliers, en ayant soin de faire exposer un veau d’or dans chacun de ces deux endroits. Les prêtres et les lévites légitimes s'étant retirés dans le pays de Juda, Jéroboam les remplaça dans le service divin par des prêtres choisis dans le peuple; acte hardi, qu’il accomplit malgré les sombres avertissements et les menaces des voyants. Il mourut en 954.

JÉROBOAM II (825 à 784 av. J.-C.), était fils et successeur de Joas ou Jéhoas. Heureux dans ses guerres contre les Syriens , il agrandit le royaume d’Israel, et l’éleva à un haut degré de prospérité. Mais comme il se rendit coupable du même péché que Jéroboain 1°", les voyants Osée et Amos lui prédirent que le royaume d’Israel serait détruit par les Assyriens.

JEROME (Saint). Hierongmus Sophronius Eusebius, naquit en 331, ou, suivant d’autres, en 342, à Stridon, sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie. Eusèbe, son père, habitant riche et considéré de cette ville, ne tarda

: pas à remarquer en lui cette aptitude précoce, ces disposi-

tions supérieures, qui devaient servir comme de prolégomènes à l'apparition d’un des génies les plus admirables de. l'Église. Rome avait conservé le sceptre des sciences et des arts ; aussi est-ce là, sous le grammairien Donat, le même auquel nous devons des commentaires estimés sur Virgile et Térence, que Jérôme alla se perfectionner dans l'étude des belles-lettres. Certes à cette époque rien en lui ne laissait pressentir le docteur austère, l’anachorète exténué de macérations, dont la haute piété devait provoquer un jour la vénération du monde chrétien. Comme la plupart des natures excentriques, la sienne était impétueuse, mobile; et Rome, avec le prestige encore debout de ses fêtes mythologiques et toute la poésie de ses souvenirs , Rome, la séduisante paienne,eut bientôt mis à nu tout ce que couvait de passions ce cœur de jeune homme, si énergique dans sa brute virginité; mais l'heure vint enfin du triomphe de la vérité sur l'erreur.

Jérôme se sentit épris d’une vive sympathie pour la religion du Christ, et les catacombes ainsi que les tombeaux des martyrs servirent de premier aliment à sa piété. Des voyages dans les Gaules et dans les contrées du Rhin le mirent en rapport avec plusieurs docteurs de l'Église chrétienne, et de retour à Rome vers 360 il y embrassa le christianisme. Après un assez long séjour à Aquilée, il alla en 373 à Antioche de Syrie, où se décida sa vocation pour la vie ascétique, et il s’enfonça dans le désert de la Syrie. Là, dans cette brûlante solitude, isolé de tont être vivant, le corps déchiré par la discipline et la haire, au milieu de jours sans repos et de nuits sans sommeil, abîmé dans les larmes, les jeûnes, les prières, il se préparait à quitter sa dépouille mortelle; mais le ciel n’avait pas jugé son expiation suffisante, quelque terrible qu’elle fût. Respecté par les lions. du désert, le pieux anachorète dut quatre ans après céder aux hatneuses persécutions de quelques moines qui venaient l’'interrompre au milieu des exercices de sa pénitence, en le traitant de sabellien et d’hérétique.

11 se rendit alors à Jérusalem, puis à Antioche, où il fut

élevé au sacerdoce par Paulin, évêque de cette ville. Le désir de se lier avec saint Grégoire de Nazianze l'ayant aussi appelé, vers 381, à Constantinople, il y séjourna quelque temps, et revint à Rome en qualité de secrétaire du pape Damase. De nouvelles persécutions l’y attendaient. Les conversions illustres opérées par la puissance de sa parole ameutèrent contre lui la tourbe des médiocrités jalouses. Accusé de liaisons criminelles avec quelques dames romaines qu’il instruisait dans les saintes Écritures, parmi lesquelles on cite notamment Marcella et Paula, qu'ont rendues célèbres leurs spirituelles lettres théologiques, Jérôme, après avoir confondu ses calomniateurs, se réfugia, en 386, à Bethléem, où l’accompagna Paula, qui consacra sa fortune à construire dans cette ville un monastère, où il mourut, le 30 septembre 420.

Saint Jérôme écrivit le premier contre Pélage, et terrassa Vigilance et Jovinien; il eut en outre quelques démélés avec saint Augustin, et combattit, au sujet des origénistes, Jean de Jérusalem et Ruffin, autrefois son ami intime. Dans cette querelle et dans plusieurs autres, on lui reproche d’avoir traité ses adversaires avec emportement et hauteur : à cela nous répondrons qu’il était homme avant d'être saint, et que d’ailleurs un excès de tempérament ne fut jamais une erreur de conscience, Aucun père de l’Église n’égala saint Jérôme dans la connaissance de l’hébreu et du chaldéen , ni pour la variété de l’érudition. Son style pur, élégant, quelquefois 4pre et brutal, est toujours étincelant de verve, et souvent de beautés sublimes. Quant à la vigueur de sa dialectique, les luttes nombreuses qu’il eut à soutenir contre les hérésiarques de son siècle sont là pour en témoigner.

Ses principaux ouvrages sont une version latine de l’Écriture sur le texte hébreu, déclarée authentique sous le nom de Vulgate; des traités polémiques contre Helvidius,

Vigilance, Jovinien, Pélage, Ruffin et les partisans d’Ori- :

gène ; des lettres contenant la vie de plusieurs solitaires ; des réflexions morales et des discussions critiques sur la Bible. De toutes les éditions qu’on a faites de ces diverses œuvres, la meilleure et la plus complète est celle que dom Marianay, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, a publiée en 5 volumes in-fol., depuis 1693 jusqu’en 1706. es Charles Dupoux.

JEROME DE PRAGUE, le fidèle compagnon de Jean Huss, qu'il surpassait encore en savoir et en éloquence, mais doué de moins de modération et de prudence, descendait de la famille de Faulfisch, et naquit à Prague. Après avoir successivement étudié aux universités de sa ville natale, de Paris, de Cologne, d'Oxford et de Heïdelberg, il fut reçu en 1399 maître és arts et bachelier en théologie, La renommée de son savoir était si grande, qu’en 1410 le roi Ladislas II de Pologne le consulta sur l’organisation à donner à l’université de Cracovie, et que le roi de Hongrie Sigismond le fit prêcher devant lui à Ofen. Les doctrines de Wiclef, qu’il embrassa alors, lui valurent dela part de l’université de Vienne une courte détention, à laquelle l'intervention de l’université de Prague mit un terme. Jérôme prit part ensuite avec une ardeur extrême à la lutte engagée à Prague par son ami Huss contre les abus existants dans l’Église et l’immoralité du clergé. Mais il alla trop loin, évidemment, en foulant publiquement aux pieds les reliques des saints, en faisant jeter en prison et même noyer dans la Moldau les moines qui ne pensaient pas comme lui. En 1411 il brûla publiquement la bulle qui ordonnait la croisade contre le roi Ladislas de Naples et de Hongrie, ainsi que les indulgences émanant du pape. Quand Huss fut arrêté à Constance, Jérôme accourüt le défendre. Mais comme il ne recevait pas de réponse satisfaisante au sujet d’un sauf-conduit que de le petite ville d'Uberlinden il avait fait demander au concile, il se disposait à s’en retourner à Prague, lorsque, au mois d'avril 1415, avant même l'expiration du délai fixé par le concile, le duc de Sulzbach le fit arrêter, charger de

chaines et conduire à Constance. Emprisonné dans cette !

Page 1