JÉROME — JEROME BONAPARTE
ville et soumis à un interrogatoire, cet homme au caractère si emporté faiblit; à la vue du supplice de son maître
il se rétracte, et souscrit aux décisions des pères (23 septembre 1415). Malgré cet acte humiliant, il est reconduit en pre son; etbienqueGer sonintervienne pour qu'on tienne la promesse solennelle qui lui a été faite de le remettre en liberté, après trois cent quarante jours de cachot, il se voit encore une fois traîné devant le concile. A la séance solennelle du 26 mai 1416, il déclare que la crainte du bûcher l’a fait tomber dans un grand crime, celui de rétracter sa doctrine, mais qu'il est bien résolu maintenant de professer jusqu’à la mort les doctrines de Jean Huss et de Wiclef. Forcé de s’expliquer sur les erreurs qu’on lui reproche, il répond à tout avec la même liberté d’esprit que s’il se fût agi d’une simple discussion scolastique sans conséquence. Il combat ses adversaires avee l’arme de l'ironie, et plus d’une fois, dans une circonstance aussi grave , il fait rire aux dépens de ses ennelais. C’est en chantant des cantiques et en récitant l’acte de confession apostolique que, le 30 maï 1416, Jérôme monta sur le bûcher aux mêmes lieux où, onze mois auparavant, son ami avait subi son jugement. Dans l’espoir d’anéantir ainsi à jamais sa mémoire, on jeta ses cendres dans le Rhin. Le courage avec lequel il mourut avait moins de simplicité que la résignation de Jean Huss : « Il tenait quelque chose de la parade des anciens stoïciens, » dit Schæll dans son Histoire moderne. Parmi les mots de Jérôme de Prague qu’on a conservés, il en est un devenu fameux. Placé sur le bûcher et attaché an poteau , il vit un paysan qui, dans son zèle religieux, apportait du bois pour augmenter le feu : « O sainte simplicité, s’écria-t:il, c’est pécher mille fois que de te tromper! » Un écrivain dont le témoignage ne saurait être suspect, le Florentin Pogge, qui fut quarante ans secrétaire de la cour de Rome, a dit : « J'ai été témoin oculaire de cette tragédie, et j'en ai vu tous les actes. Je ne sais si c’est l’obstination ou l’incrédulité qui le faisait agir, mais vous eussiez cru voir la mort de quelqu'un des philosophes de l'antiquité. Mucius Scevola mit la main sur le brasier, Socrate prit le poison avec moins de courage et d’intrépidité. »
JÉRÔME BONAPARTE, prince français, le plus Jeune des frères de Napoléon, né à Ajaccio, le 15 novembre 1784, entra dans la marine par l’ordre du premier consul, après avoir ébauché ses études à Juilly. Lieutenant de frésate en 1802, il reçut le commandement de la corvette l’Epervier, et partit, sous les ordres du général Leclerc, son beau-frère, pour l'expédition de Saint- Domingue. Au mois de mars de l’année suivante, il fut rappelé en France; mais surveillé ét bloqué jusqu'en juillet par les croisières anglaises dans la rade de Port-Royal, il prit la résolution de tenter la voie des États-Unis pour revenir en France. Cet expédient lui réussit, et le 20 août il ahordaït à Norfolk , l’un des ports de la Virginie. Pendant une relâche à New-York, le jeune et brillant officier fut accueilli et fêté partout avec empressement, tant dans cette ville qu’à Philadelphie et à Baltimore, où ileut occasion de rencontrer dans le monde miss Paterson, fille dun riche planteur des environs de la dernière de ces villes, qui réunissait une. beaaté merveilleuse à de remarquablestalents. Une passion mutuelle enflamma bientôt les deux jeunes gens. Le marquis de Casa-lrugo, ambassadeur d’Espagne aux États-Unis, se chargea de demander pour notre lieutenant de frégate, alors âgé de dix-neuf ans au plus, la main de la belle Américaine. Le consul de France à Baltimore signa au contrat; et ce fut le premier évêque catholique qu’il y ait eu aux États-Unis, l'abbé C:roll, qui célébra la cérémonie nuptiale, donnée aux deux époux le 24 décembre 1803. |
Après avoir résidé pendant plus d’un an aux États-Uni: . Jérôme Bonaparte, qui espérait toujours faire reconnaître son mariage par son frère, le premier consul, passé depuis peu empereur des Français et roi d'Italie, se décida à partir pour l'Europe ; et au printemps de 1805 il s'embarqua avec