‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 404 sur 522 · JÉROME BONAPARTE — JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

JÉROME BONAPARTE — JÉRUSALEM

à jeune femme sur le navire américain Erin. Ayant re-

iché à Lisbonne au mois d'avril, Jérôme partit aussitôt on poste pour Turin afin de se justifier auprès de son frère. Mais à la première nouvelle qu’il avait reçue de ce ma- “age, Napoléon, se prévalant de l'état de minorité de son rère, l'avait fait casser. De Lisbonne l’Ærin avait fait voile our Amsterdim; quand ce navire arriva au Texel, Mme Jéôme Bonaparte y apprit que les ordres les plus sévères, venant directement de Paris, s’opposaient à ce qu'on la laissât mettre le pied sur le continent, L'&rin appareilla immédiatement et se rendit en Angleterre avec son intéressante voyageuse, qui s'établit à Camberwell, près de Londres; et un mois après , le 7 juillet 1805, elle y donna le jour à un fils, Jéréme-Napoléon Bonaparte C’est celui-ci qui, en 1861, après la mort de Jérôme, ayant voulu réclamer sa légitimation, vit ses prétentions repoussées par le conseil de famille impérial, par le tribunal civil de la Seine et par la cour d'appel de Paris.

Jérôme Bonaparte, réconcilié avec son frère, fut chargé d’aller réclamer du dey d’Alger deux cent cinquante Génois qu’il retenait en esclavage. Un succès complet couronna cefte mission. Promu à cette époque capitaine de vaisseau, i] n’attendit pas longtemps le grade de contreamiral (9 septembre 1806); mais il cessa bientôt d’en remplir les fonctions pour aller commander un corps de Bavarois et de Wurtembergeoïs, à la tête duquel il envahit la Silésie. Le 14 mars 1807 il passait général de division,

Après les conclusions du traité de paix de Tilsit, il épousa la fille du roi de Wurtemberg, et à cette occasion son frère lui constitua en dot le royaume de Westphalie (8 juillet 1807). Jérôme y fonda plusieurs établissements utiles, dont il puisa l’idée en France; il fit tout ce que pouvait faire un roi condamné à n'être jamais qu’un préfet couronné. Lors de lacampagne de Russie, Napoléon lui donna le commandement d’une division; mais le jeune souverain, qui possédait plutôt la bravoure du soldat que les talents el s”;etout la prudence nécessaire à un général, se laissa sx-prendre à Smolensk. Cet échec subi au début de la campagne irrita vivement contre Jui Napoléon, qui le renvoya à Cassel. En 1813, quand se forma la coalition européenne, Jérôme se vit, lui aussi, dans la nécessité d’évacuer l'Allemasne. En 1814 les deux époux se réfugièrent en Wurtemberg, qu’ils quittèrent bientôt pour aller s’établir en Italie, à Trieste. L'événement du 20 mars les ramena en France, et Jérôme prit alors place à la chambre des pairs en qualité de prince français. Quand Napoléon partit pour sa dernière campagne , il l’emmena avec lui à l’armée et lui confia le commandement d’une division d’irfanterie. Jérôme porta les premiers coups etcombattit avec courage jusqu’au dernier moment. Après le grand désastre de Waterloo, il alla rejoindre sa femme, qui l’attendait dans le Wurtemberg; efen 1816 son beau-père lui conf ra le titre de prince de Montfort. Jérôme refusa ce titre et alla passer l'hiver en Autriche. Puis il habita Trieste, Rome, Florence, Lausanne , où mourut, le 28 novembre 1835, sa noble femme, à la suite d’une hydropisie de poitrine.

Réduit à une modique fortune et obligé de compter avec les nécessités de la vie, l’ex-roi de Westphalie avait con= tracté de nombreuses deltes lor:qu’il entama, en son nom personnel, des nésociations avec le gouvernement de Louis- Philippe pour être réintégré dans ses droits de citoyen français. Autorisé à habiter Paris à titre provisoire, il y vint, à la fin de 1847, avec son second fils, seul survivant, et accueillit avec espoir la révolution de 1848, qui mit fin à la proscription de sa famille, Dès lors il se rapprocha du prince Louis Bonaparte, dont il avaitdurement désapprouvé les folles tentatives, l’accepta pour chef du parti bonaparliste et le seconda de tout son pouvoir. Déjà rentré dans son litre d’officier général, il fut nommé par le nouveau président gouverneur de l’hôtel des Invalides (23 décembre 1848) et maréchal de France (1er janvier 1850), L'un

Gif

des complices du coup d'Etat, il en profita largement. D'abord président du sénat, puis prince françals et déclaré, ainsi que son fils, apte à succéder à Napoléon HI, il reçut un don de 2 millions pour payer ses dettes, et fut pourvu d’une maison militaire, d’une liste civile et des rêésidences du Palais-Royal et de Meudon. Il mourut, le 24 juin 1860, après une courte maladie, au château de Villegenis (Seine-et-Oise).

De son mariage avec la princesse Caroline, il avait eu trois enfants : Jérôéme-Napoléon-Charles , né le 24 août 1814, colonel d’un régiment wurtembergeois, mort le 12 mai 1847, à Florence; Napoléon et Mathilde (voyez Bo- NAPARTE [Famille]).

JERROLD (DoucLas), humoriste et dramaturge anglais, st né en 1803, à Sheerness, près de Rochester. Son père était directeur de la troupe de comédiens qui exploitait cette ville; aussi fut-il dès son berceau initié à tout ce qui se rapporte à la scène. Une vocation déterminée pour la vie du marin lui fit d’abord prendre du service en qualité de midshipman à bord d’un vaisseau de ligne; mais revenu bientôt de ses illusions premières, il renonça à cette carrière, et s’en vint à Londres avec le ferme dessein de s’y faire une position comme écrivain. Ses premiers essais passèrent inaperçus; et il eut longtemps à lutter contre le besoin, sans perdre pour cela courage. Enfin, son drame The Rent Day, tableau de la vie ordinaire tracé de main de maître, lui valut les faveurs de la foule; et dès lors ül fut l’un des auteurs en possession de fournir aux grands et petits théâtres de Londres leurs pièces larmoyantes ou comiques. Lors de la fondation du journal satirique Punch, Jerrold prit une part des plus actives à sa rédaction; et il ne contribua pas peu au succès de cette feuille, dont bientôt le tirage atteignit 70,000 exemplaires. C’est dans le PuncA que furent publiées d’abord ses Caudle Lectures et sa Story of a Feather. Il fut en outre chargé de la rédaction de l’Z/lustraled Magazine, où il publia ses Chronicles of Clovernook, l’un de ses meilleurs ouvrages. Après la mort de ce journal , il en fonda un à lui, sous le titre de Douglas Jerrold’s shilling Magazine, dans lequel il fit paraître, entre

autres, le roman intitulé : Saint Giles’s and saint James’s. Les journaux eurent ésalement les prémices de ses Men of Character (3 vol., 1838) et des /’unchs Letters lo his son. Cela ne l’empéchait pas de continuer à écrire en même temps pour le théâtre; et parmi ses pièces, tou ies accueillies avec le plus grand succès, on peut citer commeayantune valeur réelle : Zlack-eyed Susan, Time

Works Wonders, the Bubbles of a day et Relired from

business (1851). Depuis 1852 il était le rédacteur en chef d'un journal politique, le Zloyd's Weekly newspaper, lors juil est mort le 8 juin 1857, à Londres, d'une affeclion de cœur. — Son fils, William- Blunchard Jenvozp, né en 1826, a aussi embrassé la carrière des lettres: il a publié Imperial Paris (1855), the Children of Lutetia (1864), Old London (1872), et une Vie de son père.

JERSEY. Voyez ILEs NORMANDES.

JERSEY (New-). Voyez NEW-JERSEY.

JÉRUSALEM, la célèbre capitale des rois de Judée, et en cetie qualité le grand centre d'unité politique de Ja nation juive, de même que par son temple elle était le centre de son unité religieuse, n’est plus aujourd’hui qu’une ville aussi mal qu’irrégulièrement construite sur les ruines de son ancienne magnificence. Jadis dépendance du pachalik de Damas, elle est devenue elle-même depuis 1840 la résidence d’un pacha, et compte une population (1851) de 23,354 habitants, dont plus de la moitié sont mahométans, 7,500 ap-

: partiennent à la religion chrétienne, et 3,500 professent le

judaïsme. Les Mahométans ne la tiennent pas en moindre

vénération que les juifs et les chrétiens. Les Turcs lui dun-

nent le nom de Kodsi-Schérif, et les Arabes celui d’Æ/-

Kods, qui veut dire la Sainte. Elle est située sur une hau-

leur encaissée à l’est, au sud et à l’ouest par de profondes

vallées, et entourée de belles murailles garnies de tours. A 77e

l'intéreiur, avec ses rues étroites, le plus souvent sales et infectes, dont un petit nombre seulement sont pavées, avec ses maisons pour la plupart basses et irrégulières, surmontées de toits plats et parfois de coupole, elle offre en général un aspect aussi misérable qu’attristant. En revanche, une foule de précieux souvenirs s’y rattachent, rappelés tantôt par des lieux, tantôt par des édifices imposants, que les pèlerins ne manquent jamais d’aller visiter. Sur l’emplacement du eélèbre temple de Salomon, reconstruit par Séroubabel après l'exil de Babylone, puis partiellement modifié et agrandi par Hérode le Grand, s'élève la magnifique mosquée du khalife Omar, désignée d’ordinaire avec ses alentours sous le nom d’Æ7 Haram, et dont l’intérieur, orné avec une magnificence extrême, renferme la pierre noire qui servit, dit-on, d'oreiller à Jacob, et d’escabeau à Mahomet pour monter au ciel. L'église du Saint-Sépulcre, qui renferme aussile GolgothaouCalvaire, construite dans les premières années du quatrième siècle par Hélène, mère de Constantin le Grand, détruite de fond en comble au commencement du onzième siècle par le khalife égyptien Hakim, reconstruite sous le règne de son successeur, ravagée par l'incendie en 1808, reconstruite alors encore une fois, mais dans un plus mauvais style, renferme les lieux sanctifiés par la Passion de Jésus-Christ, ordinairement désignés sous le nom de lieux saints. Ce n’est que la veille de Pâques que l’accès de l’église du Saint-Sépulcre est gratuit; dans tout le reste de l'année, on n’y entre qu’en acquittant une redevance assez élevée. Les Francs sont propriétaires de l’église du Saint-Sauveur, dans le couvent des Franciscains, où les Européens chrétiens de toutes confessions trouvent un accueil hospitalier. Le grand couvent grec sert de demeure à la presque totalité des prêtres grecs ; et outre l’église de ce couvent, les Grecs ont encore treize autres églises à Jérusalem. C’est là aussi que réside depuis 1845 le chef actuei de l’Église grecque, le patriarche de Jérusalem, qui auparavant habitait Constantinople. Un couvent arménien, construit sur la montagne de Sion, passe pour le plus riche qu’il y ait en Orient ; un autre couvent arménien, celui qui est situé près de la prison de Jésus- Cbrist, occupe, dit-on, l'emplacement même de la maison de Caïphe. Les chrétiens coptes, abyssiniens et syriaques ont aussi des couvents et des lieux de réunion, non loin de l’église du Saint-Sépulcre. Un chemin riche en souvenirs, long d'environ 1,000 mètres, et dit Chemin de La Croix, ou encore Via dolorosa, conduit de la Porte Saint-Étienne, à l'est, au Calvaire. La ville a sept portes, dont l’une reste toujours murée, parce que, suivant une ancienne tradition musulmane, c'est par là que les chrétiens feront un jour leur entrée triomphale dans Jérusalem, La ville ne manque pas d’eau, bien que toutes les sources, telles que Siloah, la fontaine de Marie, etc., soient aujourd'hui situées en dehors de son enceinte. A l'intérieur on trouve quelques bains, l'étang des Patriarches (étang d’Hiskias) et de l’eau de source dans l’El Haram ; il existe en outre dans les cours des maisons un grand nombre de citernes où l’on recueille l’eau des pluies. La principale ressource de la grande majorité des habitants consiste dans la vente de reliques, d’amulettes, de crucifix, de chapelets , etc., etc., à l'usage des pèlerins.

Lors de l'entrée des Israélites dans la terre de Canaan, sous les ordres de Josué, vers l'an 1500 av. Jésus-Christ, celte ville s'appelait Jébus; et ses habitants, les Jébuséens, grâce à la forteresse qu’ils avaient construite sur la montagne de Sion, s’en maintinrent en possession jusqu’au moment où David s’en rendit maître et y transféra sa résidence, qui jusque alorsavait été à Hébron. Il lui donna le nom de ville de David. La construction du temple par Salomon en fit la ville de Dieu , la véritable Jérusalem, c'est-à-dire la demeure de la paix. Salomon l’agrandit beaucoup en construisant son temple sur le Moria, montagne située à l’est de Sion, dont la sépare le Tyropæon (c’est-à-dire Vallée des Faiseurs de fromages) ; en outre, il l'embellit en s'y bâtissant un palais, et la fortifia, Quoique son système de défense eût

JÉRUSALEM

encore été éteadu par quelques rois postérieurs, tels que Usias, Jotham, Hiskias et Manassé, elle ne put jamais résister aux attaques dont elle fut l’objet. En l’an 588 avant J.-C, Nabuchodonosor la prit d’assaut et la détruisit; mais au retour de l’exil, à partir de l’an 536 avant J.-C. elle se releva de ses ruines. Par la suite, elle fut successivement prise, en l'an 320 avant J.-C. par le roi d'Égypte Ptolémée Lagus ; en l'an 161, par le Syrien Antiochus Épiphane; en l'an 64, par Pompée, et enfin détruite par Titus, en l'an 70 de l'ère chrétienne. C’est seulement à partir de cette époque qu’on trouve dans l'historien Juif Josèphe des renseignements exacts sur l'emplacement qu’elle occupait et sur ses édifices. Bâtie sur quatre montagnes, Sion, Acra, Moria et Bésetha ; elle se composait de la viZle häute , avec la citadelle de Sion; de la ville basse, au nord de Sion et de Moria, sur le mont Acra; et de la ville neuve, située encore plus au nord. A l'angle nord-ouest du mont Moria , où était situé le temple, Jean Hyrcan avait construit une citadelle appelée Baris , qu'Hérode embellit et fortifia encore davantage, et dont en l'honneur de Marc-Antoine il changea le nom en celui d’Antonia. De cette citadelle on arrivait au temple par des entrées particulières ; ses angles étaient flanqués de tours, et elle était continuellement occupée par une garnison romaine. En fait d’édifices remarquables , il faut encore citer le superbe palais de marbre d’Hérode, qui était situé au nord de la ville haute et entouré d'une muraille de trente coudées d'élévation. A l'angle oriental de la ville haute on trouvait la vaste place Xystus, entourée de portiques et communiquant avec letemple par un pont. Des jardins , des maisons de campagne, des étangs et des cimetières occupaient les environs immédiats de Jérusalem, dont, vers l’an 133 de notre ère, l’empereur Adrien fit une ville toute païenne. Il prétendit en anéantir jusqu’au nom même, en établissant aux lieux où elle s'élevait naguère une colonie romaine avec un temple consacré à Jupiter, dans lequel il était défendu aux Juifs de pénétrer , sous peine de moré. Au commencement du quatrième siècle, Constantin le Grand et sa mère Hélène refrent de Jérusalem une ville ehrétienne; et la tradition veut qu’une éruption de feu souterrain ait empêché plus tard l’empereur Julien d’y rétablir le temple des Juifs. Jérusalem demeura alors sous la souveraineté des empereurs de Byzance , jusqu'au moment où le roi de Perse Cosroës II s’enrendit maître (an de notre ère 614). Quatorze années plus tard, en 698, la ville fut encore restituée, il est vrai, à l’empereur Héraclius; mais dès 637 les Arabes commandés par leur khalife Omar, s’en emparaient ; et de leurs mains elle passa, en 1077, sous la domination des Turcomans.

Mus par un sentiment de cupidité, les Turcomans autorisèrent, il est vrai, les pèlerinages aux lieux saints. Mais révolté par les avanies de tous genres qu’on lui faisait supporter, l'esprit religieux provoqua bientôt le mouvement des croisades, qui ent pour résultat la création d’un royaume chrétien de Jérusalem. Lors de la première croisade, Godefroid de Bouillon ayant pris d'assaut Jérusalem, le 15 juillet 1099, en fut le premier proclamé roi (titre qu’il ne porta cependant jamais ); et il fit de cette ville la capitale et le centre d’un nouveau royaume, qui à l’originene comprenait que les anciennes provinces israélites de Judée, de Samarie, et de Galilée, mais qui à l’époque de sa plus grande prospérité, vers le milieu du douzième siècle, était borné à l’ouest par la Méditerranée, au nord par le comté de Tripoli, à l'est par le pays de Damas et par le désert de Syrie, et au sud par l'Arabie pétrée. Indépendamment de ces territoires immédiats, il comprenait encore quelques pays chrétiens voisins, placés à son égard dans des rapports de vasselage, notamment la principauté d'Antioche, le comté deT ripoliet le comté d’Édesse.

Godefroid de Bouillon eut pour successeur son plus jeune frère, Baudouin 1 (1100-1118), qui agrandit considérablement ses États et prit le premier le titre de roi de Jérusalem. Baudouin 11, cousin du précédent, et qui lui suc-

JÉRUSALEM

céda (1118-1131), trouva de puissants appuis, au milieu des luttes acharnées qu’il eut à soutenir contre les Sarrasins, dans l’ordre des Templiers et dans celui des chevaliers de Saint- Jean de Jérusalem, qui jetèrent l’un et l’autre un vif éclat sous son règne. Le gendre et successeur de Baudouin II, le comte Foulques d'Anjou (1131-1142), réussit à maintenir dans la dépendance de sa couronne les États feudataires, qui déjà aspiraient à s’en affranchir. Son fils ainé Baudouin I (1143-1162) parvint au même résultat, rencontra dans son beau-père, l’empereur grec Manuel, un allié puissant pour combattre ses ennemis , tant extérieurs qu’intérieurs, et consolida son royaume en complétant, d’après le modèle des États européens, l’organisation que lui avait donnée le fondateur de la monarchie. Néanmoins, la décadence du royaume de Jérusalem commença déjà sous le règne de son frère, qui futaussi son successeur, Amaury 1‘, mort en 1173. L’usurpateur Gui de Lusignan, prince faible, qui ne put résister à l’énergique sultan Saladin, conduisit la monarchie sur le bord de l’abîme. Salädin prit d'assaut Jérusalem, en 1180, et rasa ses murailles. En 1190, le roi Gui échangea Mcore assez à temps sa vacillante couronne contre celle duroyaume de Chypre, que luicéda Richard Cœur de Lion; et celui-ci céda le royaume de Jérusalem, réduit à ne plus être qu’un royaume nominal, dont toutes les possessions se bornaient à la ville de Tyr, à Henri de Champagne, quatrième époux d’Élisabeth, fille du roi Amaury I*'. Mais ni Henri, qui mourut en 1196, ni ses successeurs Amaury II de Chypreet Jean de Brienne, ne réussirent à récupérer les territoires conquis par les infidèles. Par son mariage avec lolande, fille de ce dernier, mariage que la maison royale de Chypre fit tout pour contrarier, l’empereur Frédéric IT acquit des prétentions à la couronne de Jérusalem; et lors de la quatrième croisade, qui eut lieu en 1229, il réussit effectivement à s'emparer de la ville sainte; mais les infidèles la reprirent en 1244, et depuis lors ils l'ont toujours conservée. Le dernier débris des possessions européennes en Palestine, Ptolémaïs, tomba au pouvoir des Sarrasins en 1292, Cependant, à partir de Frédéric IT, les empereurs VAllemagne et les ducs de Lorraine n’en continuèrent pas moins, en raison de leurs prétendus droits d’hérédité à prendre le titre de rois de Jérusalem. Il en fut de même des rois de Sardaigne, comme héritiers de Gui de Lusignan. Tout récemment encore l’empereur d'Autriche, en sa qualité de représentant de la maison de Lorraine, a ajouté cette qualification à l’interminable kyrielle de ses titres.

En 1382 les mameloucks circassiens enlevèrent Jérusalem aux Sarrasins. En 1517 le sultan turc Sélim 1% en fit la conquête; et c’est le fils et successeur de ce prince, Soliman II, qui, en 534, entoura la ville de la muraille qui subsiste encore aujourd’hui. Jérusalem demeura alors au pouvoir de la Porte jusqu’en 1833, époque où, de même que la Syrie, elle tomba au pouvoir de Méhémet-Ali, pacha d'Égypte. Celui-ci la conserva jusqu’en 1840; mais alors les trois grandes puissances, l'Angleterre, l'Autriche et la Russie la replacèrent sous l'autorité du sultan. En 1841 l'Angleterre, en cela d'accord avec la Prusse, érigea un évéché protestant à Jérusalem, dont le premier titulaire, désigné par elle, fut l'Anglais Michel Salomon Alexandre; le second évêque, qui a été désigné par la Prusse, fut Samuel Gobat, titulaire actuel. Consultez Châteaubriand, Jtinéraire de Paris à Jérusalem; Lamartine, Voyage en Orient; Williams, The Holy City (Londres, 1849); Wilson, The Lands of the Bible (1847).

[I y a des lieux sur la terre qui semblent avoir leurs destinées : comme certains hommes, ils semblent marqués du sceau d’une glorieuse fatalité. Ce sont les sites où se sont accomplies quelques-unes des grandes phases de l’humamis. Le drame inaugure la scène, et quand les merveilleux personnages ont disparu, l'imagination, qui cherche longtemps leur trace ou leur ombre, s'attache aux lieux qu’ils ont habités, les visite, les décrit, les raconte, quelquelois les

nsacr}, ef ramène sans cesse la pensée des générations

sur tout ce qui reste des plus grandes choses humaines après quelques siècles ; un monticule, comme à Troie; un débris de temple, comme à Athènes; un tombeau, comme à Jérusalem. Mais s’il est donné à la poésie et à l’histoire d’illustrer un site, il n’est donné qu’à la religion de le sanctifier. Quelque curieux de la gloire ou des arts s'embarque de temps en temps pour aller mesurer le temple vide de Thésée, les gigantesques ruines de Palmyre, ou conjecturer le palais de Priam et le tombeau d’Achille, sur les collines de Pergame, à la lueur des feux des bergers de l’Ida. D'innombrables caravanes de pèlerins traversent chaque printemps les flots de la mer de Syrie, ou les déserts de l’Asie Mineure, pour venir s’agenouiller un instant dans la poussière de Jérusalem et emporter un morceau de cette terre ou de ce rocher dont leur foi religieuse a fait l'autel du genre humain régénéré. Le nom même de Jérusalem n’est pas prononcé par eux comme un nom vulgaire. Quelque chose de pieux et de tendre pénètre leur accent quand ils le nomment ; ils inclinent la tête à ce nom : on sent que ce mot est plein pour eux des souvenirs, de retentissements, de mystères. On comprend que Jérusalem est en quelque sorte la patrie commune de leurs âmes. Ils le prononcent comme. on prononce dans l'exil le nom de la patrie. Pour ceux même à qui la foi manque, Jérusalem est encore une foi de leur imagination : leur mère leur en a tant parlé! ils ont tant entendu éclater le nom sonore de Sion dans les hymnes de leur culte natal, sous les voûtes de leurs cathédrales, au fracas des cloches, aux fumées ondoyantes de l’encens , que cette ville s’élève toujours radieuse dans leur mémoire d'hommes faits !

Sort du sein des déserts, brillante de clarté. (Racine)

On n’échappe pas par la critiquela plus froide, à ce prestige des souvenirs de la jeunesse : involontairement on attache de la pensée et de la gloire à ce site; car la gloire n’est autre chose qu’un nom souvent répété. Ce double sentiment m’y a conduit moi-même. On a besoin de voir avec les yeux ce qu’on s’est si souvent dépeint avec l'imagination, à peu près comme les enfants qui veulent gravir la montagne pour atteindre de la main le firmament et les étoiles, qui leur semblent, d’en bas, toucher aux rochers de la cime : pour le voyageur comme pour l'enfant, l'illusion s’évanouit en approchant.

Jérusalem, ou vision de paix, fut fondée par Melchisédech, pontife et roi de Salem, contemporain d'Abraham. Elle s'élève sur le penchant occidental d’un plateau qui couronne le groupe des montagnes de Judée. Refuge d’un peuple faible et pauvre, forteresse contre ses persécuteurs, rien dans son site n’indiquait la capitale future d’une nation. Nul fleuve ne l’arrose, nulle grande vallée n’y débouche, aucune mer Voisine ne lui offre les ressources du commerce : on y arrive par d’étroits sentiers creusés sur les flancs de rochers inaccessibles; son sol est rare et ingrat, son été brûlant, et ses hivers rigoureux ; à peine quelques sources. d’eau fraîche suintent de distance en distance entre les ro-! chers. Cependant David ne crut avoir conquis une patrie à son peuple qu’après l'avoir enlevée de force aux Jébuséens, Pan du monde 2988, 1047 ans avant J.-C. Elle devint le siége de ce petit empire, dont les fastes mystérieux sont devenus les fastes du monde. Salomon y bâtit ce temple qui contint longtemps seul au monde la majestueuse unité de Jéhova. Prise et reprise par les rois de Perse et d'Égypte. par les Romains, elle vit souvent son peuple traîné en cap. tivité; elle vit tomber et se relever son temple, monceau de ruines; son peuple y revenait toujours chercher la ljberté de son culte, et attendre les promesses de Jéhovya.

Après le Christ, Titus attaqua Jérusalem aux environs de la fête de Pâques, qui avait attiré la population presque entière de la Judée dans ses murs. Après quatre mois de siége et un peuple immense immolé, Titus, le plus doux des hommes, accomplit la prophétique menace du Christ allant au supplice. Il ne laissa pas pierre sur pierre dans la

cité de Salomon. Adrien profana tous les lieux saints que le culte des premiers chrétiens cherchait et vénérait sous ces ruines. Jupiter, Vénus, Adonis, eurent leurs statues officielles sur le Calvaire et à Bethléem ; mais ces dieux des vainqueurs étaient morts, quoique debout; et de la crèche de Bethléem, et du tombeau inconnu d’un supplicié, la religion nouvelle, avec la force invincible du verbe divin et d’une morale réparatrice, grandissait sous leurs pieds, et devait bientôt chasser des temples de Rome elle-même tous ces fantômes de la Divinité, effacés par des symboles plus purs. Lorsque Constantin eut embrassé le christianisme, la ville hébraïque disparut devant une ville toute chrétienne ; chaque scène du drame de la rédemption fut attestée par un monument et par un autel : Jérusalem ne fut plus que le vestibule du sacré tombeau.

Jérusalem subit encore plusieurs fois les colères des saccageurs du monde. Adrien, pour disperser les Juifs, non content de profaner la ville, fit vendre le peuple à l’encan, à différentes foires, au prix des chevaux. Par une amère ironie des vainqueurs ou par une amère ironie de la fortune, ces foires d'hommes se tenaient dans le vallon de Membré, lieu vénéré des Hébreux, où Abraham avait planté ses tentes et reçu les anges. On appelait ces foires les foires du Thérébenthe, du nom d’un arbre séculaire qu’on y voyait encore du temps de saint Jérôme, et que la tradition faisait remonter aux premiers jours de la création. L'empereur fit frapper une médaille pour éterniser cette honte, que ce peuple barbare et contempteur de l’humanité prenait pour de la gloire.

Un phénomène historique , inouï dans les fastes du monde, fut le mouvement qui entraîna les peuples et les rois d’Occident vers ce rocher stérile de la Palestine pour reconquérir un tombeau : ce fut le plus grand effort matériel du christianisme : il reprit Jérusalem, mais il ne put la garder. Les rois, depuis Godefroid de Bouillon, ne régnèrent que quatre-vingt-huit ans sur ces ruines. Saladin, roi de Syrie et d'Égypte, les chassa en 1187; depuis cette époque l’islamisme triompha sur ce berceau du christianisme, Mais Vislamisme lui-même, pénétré de la sainteté de la morale évangélique, ne profana point le tombeau de celui qu’il considère comme le grand prophète et comme l’envoyé de Dieu; les chrétiens continuèrent à honorer et à visiter les lieux saints, sous la tolérance des musulmans. Les pèlerinages ne souffrirent point d’interruption ni d’obstacles ; seulement les possesseurs du tombeau du Christ firent payer un léger tribut à ses adorateurs, Les choses sont encore ainsi aujourd’hui, Quand Ibrahim-Pacha devint maître de la Judée, cet impôt sur les chrétiens fut même supprimé : le conquérant égyptien rougit de recevoir du pauvre pèlerin d'Occident, qui a traversé la terre et la mer pour baiser le rocher sacré, le denier de sa foi; il ne voulut pas imposer la foi ni taxer la prière.

Les descriptions du tombeau du Christ sont partout, C’est une petite coupole enfermée dans une grande, et dans laquelle un fragment de rocher recouvert de plaques de marbre blanc indique à la vénération du voyageur la place vraie ou vraisemblable du sépulcre. Celui qui adore le Christ en sort écrasé du mystère et anéanti de contemplation et de reconnaissance ; celui qui comprend seulement le christianisme en sort écrasé aussi de la toute-puissance d’une idée qui a renouvelé le monde, qui a vécu dix-huit cents ans, et qui semble porter encore en elle la vie morale de olas d’une nation et de plus d’un siècle, Ce tombeau, de qualque point de vue qu’on le considère, estla borne qui sépare deux mondes intellectuels : faut-il s'étonner que des armées se le soient disputé, que lé croyant le vénère, et que le philosophe le respecte ?

L'aspect de Jérusalem, au sommet de la colline des Oliviers, est trompeur comme l'aspect de toutes les villes de ‘Orient. Posée sur un plateau légèrement incliné, comme sur une base élevée, entourée de hautes murailles en gros blocs qui soutenaient les lerrasses du temple de Salomon,

JÉRUSALEM

flanquée de ses tours crénelées, qui s’élèvent de cent pas en cent pas au-dessus de ses murs, avec ses piscines, ses portes hautes et voûtées , ses minarets, qui se perdent comme des végétations pétrifiées dans le bleu profond de son ciel ; étalant aux yeux ses terrasses de maisons où les femmes et les enfants sont assis sous des tentes de couleur, faisant pyramider devant vous la triple mosquée d'Omar, qui couvre à peu près l’espace jadis occupé par le temple de Salomon.

C’est une splendide apparition de la cité de Jéhova. La lumière limpide et réverbérée de son atmosphère l'inonde comme d’une gloire céleste ; on dirait d’une ville pleine encore de son peuple, et ce n’est qu’un éclatant tombeau, les portes sont silencieuses, les routes désertes, les rues vides, les voix mortes; le juif en haïllons se traine humblement entre le musulman qui le méprise et le chrétien qui l’insulte. Attaché cependant par la racine de sa foi à ce sol si ingrat pour lui, ce peuple, tant honni, est le plus vivant exemple d'un patriotisme invincible que l’humanité ait jamais offert. Il va errer par toute la terre, mais ses regards sont toujours tournés vers Sion; il revient mourir dans ses murs, et il meurt content s’il peut penser qu’un peu de terre d’Abraham recouvrira ses os. Je rencontrais à chaque instant des vieillards conduits par leurs enfants, montés sur des mules ou sur des ânes , paraissant accablés par la maladie et par les années; et quand je leur demandais : Où allezvous? d’où venez-vous? Nous venons, me disaient-ils, de Venise, de Varsovie, de Vienne, de Turin, et nous allons mourir à Jérusalem ou à Saphad, pour que nos ossements reposent auprès de ceux de nos pères; car il n’y a plus de patrie pour nous que sous la terre, et celle-là du moins les musulmans et les chrétiens ne nous la disputent pas.

L'intérieur de Jérusalem est triste, muet et morne. M. de Châteaubriand l’a admirablement décrit avec toute la mélancolie et la solennité de son génie : lui seul, après les prophètes, a eu des mots pour exprimer cette inexprimable désolation des lieux. La population indigène, mélange de Juifs, d’Arabes, de Turcs, d'Égyptiens, est pauvre et inactive; tout semble dormir dans cette ville de la mort. Les pèlerins seuls, arrivant et partant sans cesse, marchent dans les rues sombres et dans les bazars infects ; mais ils marchent recueillis et le front baissé, sans bruit, sans parole, comme des hommes remplis de la pensée qui les amène, et foulant ce sol des miracles avec le silence et le respect qu'on apporte dans un sanctuaire. C’est la ville du monde d’où s'élève le moins de rumeurs; c'est comme un vaste temple : il n'en sort que des soupirs et des prières. Souvent, en me promenant le soir autour de ses murailles, je me demandais s’il y avait encore là un peuple, et j'entendais tout à coup le sourd bourdonnement des offices de la nuit qui résonnait gravement dans l'air, s’échappant des voûtes des églises ou des couvents des moines grecs, entremélé du son de la cloche des monastères et du chan: des prêtres latins. L’éternel soupir du Calvaire semble sortir de cette terre où tomba le sang du Juste. Son âme, ex s’exhalant dans Je sein de son père céleste, a laissé dans ces lieux comme un éternel écho de la prière. Aux lieux où prophétisèrent les voyants, où chanta David, où pria le Christ, on n’éprouve qu'un besoin, qu'une pensée : contempler, adorer et prier.

Le paysage qui entoure Jérusalem est un cadre solennel et grave, comme les pensées que cette ville suscite en vous. Du sommet de la citadelle de Sion, où est le tom. beau du poëte roi, l’œil descend d’abord sur la sombre et ardue vallée de Josaphat : au fond de ce ravin, un peu sur la droite, quelques bouquets d’arbustes , un peu moins gris que le reste, secouent la poussière de leurs feuilles sur ie filet d'eau qui s'échappe de la fontaine de Siloé; en face, est une noire muraille de rochers à pic; quelques grolles crousées dans ce roc vif furent autrefois des tombeaux, el sont aujourd’hui les demeures de quelques misérables familles arabes. En suivant la pente de celte vallée, qui roule en s’élargissant , le regard passe entre les cônes mullipliés des

JÉRUSALEM

montagnes sombres et nues de Jéricho et de Saint-Sabas. Au delà, à un horizon de sept ou huit lieues, vous voyez resplendir la mer Morte, éclatante et lourde comme du plomb nouvellement fondu : elle est encadrée enfin elle-même par Ja chaîne bleue des montagnes d’Arabie, que ne passa pas Moïse. Tout est silence, immobilité, désert, dans ce paysage : men n’y distrait la pensée; le voyageur n’y entend que le bruit de ses pas; aucun nuage même n'y traverse le ciel.

Les grands aigles des pics décharnés de la Judée y tournoient seuls sur votre tête, et font courir par moments Pombre de leurs ailes grises sur le flanc rapide des coteaux ; de loin en loin, vous apercevez un figuier aride que le vent a poudré de sable , et qui semble pétrifié dans le roc, quelques chacals au poil fauve, qui se glissent entre les monticules de pierres roulantes en poussant de lamentables hurlements ; vous rencontrez de distance en distance une pauvre femme montée sur un äne et portant sur ses bras des enfants décharnés et brûlés du soleil, quelque berger arabe gardant ses chèvres noires au pied des collines pierreuses, ou quelque bedouin de Jérémie ou de Jéricho sur la jument du désert, marchant au pas, sa longue lance élevée dans sa main droite comme une toise, et semblant arpenter ces ruines, comme le génie de la destruction. Voilà tout ce qui couvre maintenant les voies pleines du peuple de Sion.

Telle est cependant la ville dont le nom est dans toutes les bouches , dont l'histoire est dans tous les esprits, dont les poésies sacrées se chantent à toutesles heures de la nuit et du jour, dans toutes les langues du monde. Voilà les collines dont les croisés emportaient la terre sur leurs navires pour en recouvrir le sol des cathédrales qu’ils élevaient dans leur patrie. Ce n’est ni l'importance des événements historiques, ni la fécondité du sol, ni la beauté de la nature, qui attirent sur ce point du globeles regards du genre humain ; mais c’est sur ces collines que brilla l'éclair au milieu des ténèbres du monde ancien, c’est sur ce sol que le Christ imprima la trace de ses pieds, c’est dans ces murs qu'il donna son sang à Dieu pour l'humanité, et qu’il s’écria, dans sa prophétique certitude du triomphe de sa doctrine : « J'ai vaincu le monde. » Le lieu de cette grande victoire de l’unité de Dieu sur le polythéisme, de la fraternité sur l'esclavage, de la charité sur léooïsme, devait rester à jamais présent et cher aux générations. De là cette éternelle célébrité de Jérusalem. Un de ses plus obscurs enfants, celui dont eile ne savait même pas le nom, celui qui s’appelait lui-même le rebut du monde, meurt sur une croix infâme dans un de ses faubourgs; et c’est à lui qu’elle doit son nom, sa mémoire, son immortalité.

LAMARTINE, de l’Académie Française. ]

JÉRUSALEM (Assises de). V. 0yez ASSISES DE JÉRUSALEM. |

JÉRUSALEM (Ordre de Saint-Jean-de-). Voyez JEAN- DE-JÉRUSALEM (Ordre de Saint-).

JEÉSABEL. Voyez JÉZABEL.

JESI (Sauvez), l'un des graveurs les plus célèbres de notre siècle, naquit à Milan, vers 1789, et fut l'élève de Longhi.Son premier grand ouvrage fut Ze Renvoi d’Agar, d'après le tableau du Guerchin qui se trouve dans la Brera, à Milan. Vinrent bientôt après un Saint Jean et un Saint Etienne, d’après les toiles de fra Bartolommeo existant dans la cathédrale de Lucques. Mais Jesi s’appliqua alors avec tant de soin à l'étude de Raphael, qu’il est à bon droit rangé parmi les meilleurs interprètes de ce maître, J1 publia d’abord (1834) son portrait du pape Léon X, avec ceux des deux cardinaux Rossi et Giulio de’ Medici, de la galerie Pitti. Cette planche, exécutée dans des dimensions peu communes, occupa cinq années de sa vie. Le dessin seul en était déjà un chef-d'œuvre et étonnait par la reproduction fidèle du caractère des têtes. En 1842, Jesi se rendit à Paris avec sa planche, pour en diriger l’impression. A cette occasion l’indélicatesse d’un marchand d'objets d’art de Liége faillit lui coûter la vie. Dans l'espoir d’avoir ainsi la planche à meilleur marché, ce misérable brocanteur s’arrangea de façon à la maculer; et à cette vue notre artiste, au désespoir et

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dans une attaque passagère d’aliénation mentale, essaya de se briser la tête contre une table de marbre. On le guérit par bonheur, et à Paris justice complète fut rendue à son œuvre, qui le place au premier rang parmi les graveurs. Il fut alors nommé membre correspondant de l’Institut (classe des Beaux-Arts) et reçut la décoration de la Légion d'Honneur. En 1846 il entreprit de graver une fresque représentant une cène, qu’on venait de découvrir dans l’église San-Onofrio à Florence, et au sujet de laquelle s’était établie une vive dis-

| cussion, demeurée indécise d’ailleurs, sur la question &e

savoir s’il fallait ou non attribuer ce tableau à Raphael. Le dessin en fut achevé en 1849, et, par suite de la prédilection que le graveur avait toujours professée pour ce grand maître, qu'il tenait pour le véritable auteur de la fresque, ce travail présente à un haut degré les caractères qui conviennent aux dessins de Raphael, Tout en s’occupant de la partie technique de cette planche, il publia sa Vierge à La Vigne, l'une des productions les plus gracieuses et les plus remarquables de la gravure moderne. Jesi mourut à Florence, le 17 janvier 1853, avant d’avoir pu terminer la grande planche dont nous venons de parler. La sûreté du burin et la correction du dessin sont les principales qualités de ce maitre,

JESO ou JESSO. Voyez JapoN.

JESSE ou JESE, synonyme de chevane, espèce de poisson du genre able, établi par G. Cuvier dans le grand genre cyprin de Linné. C’est le cyprinus jeses de Blæk. Cet able, qui est plus grand que toutes les autres espèces du même genre, pèse jusqu’à cinq kilogrammes. Il nage très-vivement dans les eaux des fleuves rapides de l’Europe, et parliculièrement dans le Danube. Sa chair est molle et d’un assez bon goût. La fécondité de la femelle est très-grande. Elle produit, dans les mois de mars et d'avril, jusqu’à 92,720 œufs.

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