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DICT, DE LA CUNYENS, — 1, A

les autorisaient même à l'échanger contre le vêtement ordinaire des pays dans lesquels ils résidaient. Il leur était en outre prescrit d'apporter une douceur et une modération extrêmes dans l’exercice de leur activité politique et spirituelle, de chercher à gagner les hommes en montrant de la condescendance par leurs faiblesses particulières, de bien se garder de laisser apercevoir chez eux la moindre passion ; de tenir secrets leurs projets ainsi que les moyens qu’ils emploieraient pour les faire réussir, et, avec beaucoup de froideur et de réserve apparentes, d’être infatigables à poursuivre l'exécution et la réussite de ce qui serait de nature à provoquer de la résistance si on le livrait à la publicité. La Compagnie fut redevable de ces habiles règles de conduite pour toutes les circonstances de la vie aux principes posés par son second général, le père Lainez, esprit profondément politique, qui sut modifier ce qu'il y avait encore de dur et de monacal dans les règles imposées à l’ordre par son fondateur, règles qu’il rendit plus conformes à l'esprit du temps et au but quela Compagnie se proposait. A l’origine ce but n’avait été autre que de défendre la monarchie spirituelle universelle du pape contre les attaques du protestantisme, fout aussi bien que contre celles des princes ou des évêques. Sous prétexte de n’avoir en vue que la religion et les honneurs à rendre à Dieu (de là leur devise : Ad majorem Dei gloriam), ils travaillaiezt constamment dans ce but; et à cet effet ils cherchaient à «’?toparer de Ja direction des esprits, en fondant des écoles ju, 2 jeunesse eten prêchant et confessant les adultes. A la mertüe Laïnez, arrivée en 1565, cettedirection et la vigueur d’espr qu’elle nécessita avaient déjà si profondément pénétré dans la vie intérieure de l’ordre, que l'exemple de la aévotion minutieuse et monacäle à laquelle s’adonna son successeur François Borgia n'y changea rien, et que les exhortations adressées par les papes Paul IV et Pie V à divers ordres religieux, d’avoir à revenir à l’observance des heures canoniales, demeurèrent non advenues en ce qui est des jésuites. Les papes et les généraux suivants affranchirent en effet l’ordre de toutes les gènes imposées aux autres corporations monastiques; et par les résultats ontenus on ne tarda pas à comprendre ce qu’il y avait eu de prévoyante sagesse et d’habile politique dans les règles données à la Compagnie par Laïinez. Les missions entreprises hors d'Europe par l’ordre eurent un succès vraiment prodigieux, notamment dans les Indes portugaises, où, de 1541 à 1551, François Xavier et les collaborateurs qu’on lui envoya convertirent au christianisme plusieurs centaines de mille individus, à Goa, à Travancore, en Cochinchine, à Malakka, à Ceylan, et même au Japon. D'autres jésuites ne contribuèrent pas moins au Brésilet au Paraguay à civiiser et à subjuguer les indigènes. L'Afrique seule se montra rebelle à leurs efforts; les jésuites n’en abordèrent même point la côte occidentale ; et à l’est ils se virent chassés par les coptes et traités par les Abyssiniens comme coupables du crime de haute trahison. En revanche, ils prirent rapidement un ascendant extrême en Europe, et réussirent à complétement anéantir les traces laissées par la réformation dans quelques pays catholiques. Ils firent en grand, et pour les hautes classes, ce que les barnabites, les somasques , les pères de la doctrine chrétienne et ceux de l’'Oratoire, et enfin les piaristes n'avaient commencé qu’en petit pour l’amélioration des écoles à l’usage des classes inférieures de la société. Claudius Aquaviva, de la famille des ducs d’Atri, leur quatrième général (1581- 1615), fut le créateur de leur pédagogique; son ouvrag

intitulé Ratio et institutio Studiorum Societatis Jesw contient tout le plan d'enseignement suivi dans leurs colléges. Malgré linsuccès des efforts qu’ils avaient £entés à diverses reprises pour s'établir en Angleterre et dans les États protestants du nord de l'Allemagne, le nombre des membres de l'ordre s'élevait déjà en 1618 à 13,112; ils étaient alors répartis en 32 provinces. En 1640, sous le généralat de Vitelleschi, liers de la prospérité inouie de leur

Compagnie, ils en célébrèrent avec une grande pompe le jubilé séculaire.

Mais les joies de cette fôte ne demeurèrent pas sans ombre. En dépit du succès extraordinaire que la Compagnie de Jésus avait eu dans les cours de même que dans le peuple, le clergé et les savants demeurés étrangers à cette société n’avaient pas tardé à découvrir les germes dangereux qu’elle recélait dans son sein. Par ses priviléges elle blessait les droits des universités, des évêques et des curés; et sa conduite mondaine provoquait des plaintes et des attaques passionnées de la part des anciens ordres monastiques , dont l’envie et la jalousie n’étaient pas moins excitées par ses empiétements sur leur domaine que par les succès qu’elle obtenait partout. Enfin, en intervenant dans les affaires de la politique, les membres de la Compagnie finirent par provoquer les défiances et les rancunes des fonctionnaires publics et des magistrats. C’est ainsi que le Portugal avait déjà pu ressentir les suites funestes de leurs intrigues sous les rois Jean JIT et Sébastien, dont ils avaient été les instituteurs ; intrigues qui, à la mort du dernier de ces souverains, avaient beaucoup contribué à faire passer ce royaume sous la domination de l’Espagne.

Les jésuites ont joué en France un rôle trop important

pour ne pas nous imposer l'obligation de présenter ici un |

résumé spécial des développements que leur ordre prit successivement parmi nous.

Dès l’an 1540 Ignace de Loyola avait envoyé quelquesuns de ses novices étudier à Paris. Ils demeurèrent d’abord au collége des Trésoriers, puis dans celui des Lombards; mais la guerre s'étant allumée entre Charles-Quint et François 1°, ces novices, la plupart Espagnols ou Ita-

JÉSUITES

tions; qu’ils seraient soumis aux évêques ; qu'ils ne pourraient enseigner publiquement les saintes Écritures sans être: reçus par les facultés de théologie, les universités et les évêques , etc. Le 18 novembre, les lettres patentes et les bulles ayant été présentées au parlement, elles y furent enregistrées, mais avec la clause formelle que si dans la suite on y trouvait quelque chose de dommageable ou de préjudiciable aux droits du roi et aux priviléges ecclésiastiques, il y serait pourvu.

Trois semaines après. François IL mourut, et Charles IX, son frère, lui succéda. Les jésuites trouvèrent auprès de ce

| jeune prince et de sa mère la même protection qu'auprès de

son prédécesseur. Aussi les vit-on présenter bientôt nouvellerequête au parlement pour être reçus et approuvés comme religieux, ou tout au moins en forme de collége. Le parlement, jugeant que cette demande regardait le pouvoir ecclésiastique, les renvoya à l'assemblée générale de l'Éplise gallicane convoquée à Poissy. Lainez, qui avait été promu au généralat des jésuites à la mort d’Ignace, s’y présenta comme leur soutien ; et cette assemblée les admit, non point comme corps religieux, mais comme société, comme collége; leur enjoignant de prendre un autre nom que celui de Jésuites, d’obéir aux évêques, de se soumettre aux universités, de: renoncer à leurs priviléges pour rentrer dans le droit commun, sous peine de voir l’autorisation révoquée immédia-

tement. Les jésuites, ayant fait enregistrer cet acte au par-

liens , furent contraints de sortir du royaume. La paix de | 1544 leur rouvrit les portes de notre pays. Guillaume Du- !

prat, évêque de Clermont, en accueillit un certain nombre à Billom et à Mauriac; puis il en logea quelques-uns à Paris, dans son hôtel de Clermont, rue de la Harpe, et finit par leur léguer 36,000 écus. Ils ne furent d’abord à Paris que de modestes écoliers, jusqu’à ce qu’en 1550, sur la recommandation du pape, ils obtinrent, par l’entremise du cardinal de Lorraine, des lettres patentes de Henri II qui les autorisèrent à bâtir, mais à Paris seulement, et du-produit de leurs aumônes, une maison et un collége selon leur règle.

lement, quittèrent l'hôtel de Clermont et vinrent s'établir dans une maison de la rue Saint-Jacques, appelée la cour de Langres, qu’ils achetèrent des deniers que leur avait légués leur protecteur Guillaume Duprat. Ils firent à ce bâtiment de grandes réparations, et inscrivirent au fronton : Collegium Societatis nominis Jesu.

Mais ils ne pouvaient enseigner publiquement sans l’autorisation de l’université; le recteur Julien de Saint-Germain leur accorda des lettres de scolarité, Ils les tinrent secrètes quelque temps, et ne les firent connaître que le jour de Saint-Remi (1564), en ouvrant publiquement leurs classes. L'université, qui n'avait pas été consultée, defendit aux jésuites de continuer leurs leçons jusqu’à ce qu’ils se fussent

: pourvus d’un autre titre. Ceux-ci prièrent alors l'université

Ces lettres ayant été présentées au parlement, les gens du roi | l voir qui ils étaient. Ils furent donc cités, le 18 février 1564,

eux-mêmes s’opposèrent à leur enregistrement, et prièrent

la cour de faire des remontrances au prince. En 1552, nou- |

velles lettres du même roi, portant itérative jussion d’entériner les premières. L'affaire traîna plus de deux ans. Enfin, le parlement rendit, le 3 août 1554, un arrêt portant qu'avant de passer outre, les lettres du roi et les bulles de pape seraient soumises à l’évêque de Paris et au doyen du la Faculté de théologie. Tous deux se prononcèrent contre les jésuites. Brouet, leur supérieur, envoya copie de cette décision à Ignace, qui les exhorta à souffrir patiemment. L'évêque de Paris Eusfache du Bellai leur interdit alors foutes fonctions; mais eux, pour se soustraire à sa juridiction, se retirèrent dans le quartier Saint-Germain des Prés, sous la protection du prieur de cette abbaye.

Les jésuites de Paris, repoussés par le parlement, par l’évêque, par la Faculté de théologie, renouvelèrent leurs démarches à l’ayvénement de François II. Les Gnises, quiles protégeaient, portèrent leur requête au conseil privé du roi, déclarant, pour lever les obstacles, qu’ils renonçaient a tout ce qu'il y avait dans leurs priviléges de préjudiciable àl’autorité des évêques, des curés , des colléges , des universités, et de contraire soit aux libertés de l’Église galli- Cane , soit aux traités passés entre les rois et les papes. Le conseil ayant examiné l'affaire, le roi, par lettres du dernier octobre 1560, ordonna au parlement de vérifier sans délai les lettres patentes et d’homologuer les bulles obtenues par les pères de la Compagnie de Jésus. L'évêque de Paris y ajouta six articles, portant en somme qu'ils prendraient un autre nom; qu’ils ne pourraient toucher à leurs constitu«

de les recevoir au nombre de ses enfants, promettant soumission entière à ses lois. Les facultés, après s'être réunies plusieurs fois, résolurent de ne rien déterminer avant de sa-

à comparaître aux Mathurins, devant le recteur et les délégués de l’université. Là, sur la question qui leur fut faite s’ils étaient séculiers, ou réguliers, ou moines, ils soutinrent que l'assemblée n’avait pas le droit de la leur poser, et qu'ils étaient en France, en vertu d’un arrêt du parlement, lales quales.

Déboutés par luniversité, ils eurent recours au pariement. Charles Dumoulin fut le conseil de l'université, Pierre Versoris plaida pour les jésuites. Ceux-ci, pour priver l’université de ses meilleurs avocats, consultèrent, en outre Montholon, Chocart, Chauvelin et Chippart; de sorte qu’il ne lui resta pour défenseur qu’Étienne Pasquier, fort jeune alors, mais homme d’un esprit supérieur. Après de brillantes plaidoiries de part et d'autre, l'avocat général Dumesnil conclut au rejet de la requête présentée par les jésuites. Ils virent bien que le danger était grand, et expédièrent l’un des leurs, Possevin, à Bayonne, où se trouvaient Charles IX et sa mère, Le parlement renvoya les parties à huitaine; le procès fut assoupi, et les jésuites continuèrent à enseigner publiquement.

Antoine Arnaud affirme que la maison des jésuites fut l'infâme repaire où les égorgeurs de la Saint-Barthélemy tinrent leurs conciliabules.

Sous Henri III, nous trouvons deux jésuites fort avant dans les bonnes grâces de ce roi : c’étaient Edmond Auger, son confesseur, et Claude-Matthieu, provincial de Paris. Dans le fort de la ligue, le comité directeur, composé d’abord de cinq membres, puis de dix, siégea longtemps dans la

JÉSUITES

nouvellemaison des jésuites rue Saint-Antoine. Lorsque, après l'assassinat de Henri IN, Henri IV, proclamé roi de France par son armée, fut devenu maître de Paris, la querelle, longtemps assoupie entre le parlement et l’université d’une part et les jésuites de l’autre, se réveilla. L'université rendit un décret dont la conclusion était qu’il fallait citer les jésuites en justice, comme fauteurs de huit ou dix complotstramés contre la vie du roi, et obtenir qu’ils fussent tous chassés sans exception. La cause fut violemment plaidée les 12, 13 et 16 juillet 1594 ; et pourtant le procès resta en suspens.

Un nouveau complot appela bientôt ailleurs l'attention publique : le roi, revenant de Picardie, fut atteint au milieu de ses courtisans, dans l’hôtel de Gabrielle d’Estrées, d’un coup de couteau qui l’atteignit à la mâchoire supérieure, lui fendit la lèvre et lui rompit une dent. L’assassin était Jean Châtel, fils d'un drapier de Paris ; ilavait étudié chez les jésuites sous le père Guéret. Le parlement donna incontinent l’ordre d’arrêter tous les jésuites, et le soir même, à dix heures, leurs colléges furent investis. On trouva dans leurs archives un écrit du père Guignard, l’un d’eux, prêchant la sédition. Guéret, Guignard et les autres jésuites furent conduits au For-l’Évêque, où Jean Châtel avait été écroué ainsi que son père. Par son arrêt du 29 décembre 1594, le parlement condamna Châtel à être rompu vif, et ordonna que tous les jésuites, comme ennemis du roi et de État, videraient Paris et autres lieux dans trois jours, et le royaume sous quinzaine après, sous peine d’être punis comme coupables du crime de lèse-majesté. Le parlement condamna en outre Guignard à être pendu et son corps réduit en cendres, Guéret au bannissement perpétuel, et le père de Jean Châtel à neuf ans d’exil. Il fut ordonné aussi que sa maison serait rasée, et qu’à sa place s’élèverait une pyramide. Ce fut vers la même époque que les jésuites furent bannis de l'Angleterre et de la Flandre, comme accusés d’axoir conspiré contre Élisabeth et les deux princes d’Orange. La surprise est grande en voyant quelques années après Henri IV, dans le but de se ménager ainsi les bonnes grâces du pape, consentir à ce que les jésuites rentrent en France. Sully et De Thou s’y opposèrent vivement, mais le conseil opina pour leur rétablissement par égard pour le pape. On leur affecta seulement certaines villes, en leur interdisant de recevoir des frères étrangers, avec défense de recueillir aucun héritage et confesser ni prêcher sans la permission de l’évêque diocésain,

Ces conditions avaient été débattues avec le pape, qui les avait ratifiées ; mais le général Aquaviva refusait sa sanction. Moins serupuleux, ses frères rentraient en France de toutes parts. Le parlement adressa au roi de très-humbles remontrances ; mais les jésuites obtinrent, par l'entremise du père Cotton, de nouvelles lettres de jussion, en date du 2 janvier 1604, pour que le parlement eût à enregistrer l’édit de leur rappel; et le parlement, n’osant plus reculer, s'exécuta. La pyramide élevée sur les ruines de la maison de Jean Châtel était couverte d'inscriptions contre les jésuites ; ils en demandèrent la démolition : le roi y consentit; le parlement s’y refusa; on passa outre, et la pyramide fut abattue. L’interdiction d’instruire la jeunesse, sous laquelle ils continuaient de demeurer, fut levée en 1609, malgré la vive opposition de l’université.

C’est à ce moment que Henri IV succomba sous le poignard de Ravaïillac. On accusa tout aussitôt les jésuites d'avoir été les instigateurs de ce meurtre ; mais c’est là une accusation dont rien n’a démontré la vérité.

La mort tragique de Henri IV ralluma la haïne du parlement contre les jésuites, et le porta à condamner et à brûler tous les livres dans lesquels ils déposaient leurs doctrines. Le premier atteint fut celui de Mariana, accusé de renfermer des maximes régicides. On condamna et on brûla encore les œuvres de Bellarmin, de Becan et de Suarez, comme contenant le même venin. Cela n’empêcha pas, tou-

tefois, la reine Marie de Médicis de leur accorder, le 26

août 1610, des lettres patentes par lesquelles il leur étai® permis de faire des leçons publiques, non-seulement en théologie, mais en toutes sortes de sciences et exercices, au collége de Clermont ; et le parlement, en dépit de l'opposition de l’université, enregistra ces lettres patentes. Non contents de cette victoire, les jésuites voulurent, en 1618, étreagrégés à l’université, et un arrêt du conseil leur accorda encore cette faveur. Cependant la condamnation de plusieurs de leurs livres, obtenue par le parlement, changea bientôt les dispositions de la cour à leurégard, et détermina Louis XKIE à rétablir, en 1631, l’université dans fous ses droits. Ce monarque, pourtant, légua ses dépouilles mortelles aux jésuites, comme Henri IV leur avait légué son cœur.

Sous Louis XIV, le père Héreau fut accusé d'enseigner publiquement qu’il est loisible de déposer les rois. L’université le dénonça à la reine mère, qui défendit au parlement de faire droit à cette requête, et évoqua l'affaire. Le 3 mai 1644 le roi rendit un arrêt qui faisait très-expresses inhibitions aux jésuites de traiter publiquement de pareilles propositions ; ordonnait de plus que le père Héreau demeurerait en arrêt à la maison du collége de Clermont jusqu’à ce qu'autrement sa majesté en eût ordonné.

Quelque nombreuses que fussent les plaintes portées chaque jour contre les jésuites, on s’apercevait que leur influence allait en augmentant. Il fallait un génie puissant pour l'arrêter : Pascal parut. Éloquent et sublime avant Bossuet, ayant, selon la belle pensée d’un écrivain, jeté une ancre dans le ciel, une autre dans les enfers, il frappa des traits les plus piquants, les plus acérés, le plus inattendus, cette Compagnie si célèbre par la force de la raison et la finesse de l'esprit. L'apparition des premières Provinciales fut un grand événement. Les curés de Paris s’assemblèrent, et demandèrent la condamnation des maximes des jésuites si Pas: cal avait fidèlement cité leurs écrits, ou sa mise en accusation s’il avait dénaturé le texte des casuistes. Les jésuites mirent tout en œuvre pour arrêter cet élan. Mais les évêques étaient tout occupés de l’affaire du cardinal de Retz; on se sépara sans avoir avoir rien décidé, et les jésuites triomphants publièrent une Apologie de leurs casuistes, que le pape Alexandre VII condamna formellement.

Les jésuites, malgré le succès des Lettres provinciales, demeurèrent tout-puissants sous le règne de Louis XIV. C’est ainsi que ce monarque choisissait pour son confesseur un de leurs chefs, le père La Chaise. A sa mort, un autre jésuite, le père Le Tellier, obtenait sa confiance, et, comme son prédécesseur, il exerçait une grande influence sur l’esprit du monarque,

Ici se ralentit la lutte si longue et si animée entre l’université et le parlement d’une part et les jésuites de l’autre; mais elle se continua entre eux et les jansénistes, et l’histoire a gardé le souvenir des indignes fureurs dont Port- Royal fut victime.

Nous avons conduit l’histoire de l'Ordre des Jésuites en France jusqu’à la fin du dix-septième siècle; ici il nous faut revenir sur nos pas pour dire quelques mots sur le rôle qu’ils jouèrent pendant ce même siècle dans le reste de l’Europe.

Ils n’avaient pas moins bien réussi en Allemagne que parmi nous, et ils y furent tout-puissants sous les règnes des empereurs Ferdinand II et III, dont ils possédèrent toute la confiance. A l'époque de la guerre de trente ans, ils firent preuve d’une adresse de conduite sans pareille. Ils furent l'âme de la Liga, qui ne faisait rien sans les avoir préala: blement consultés; aussi leur fut-il possible de se faire af: tribuer, en 1629, par la diète del’Empire, les domaines enlevés précédemment soit à l’Église catholique, soit aux ordres monastiques ; et l’on conçoit facilement qu’il dut y avoir là pour eux la source d’un immense accroissement de richesses et partant d’influence. Ce fut le père Lanormain, l’un des membres de la Compagnie de Jésus et confesseur de l’empereur, qui décida la chute de Wallenstein; ce fut lui aussi qui réussit à maintenir la Bavière dans l’alliance de

l'Autriche. En Espagne et en Portugal, dans les petites cours d’Lalie, ils étaient devenus les confesseurs ordinaires non pas seulement des souxerains, maïs encore de leurs conseillers et courtisans : c’est assez dire qu’ils étaient parvenus à y exercer sur la marche de toutes les affaires politiques la plus décisive influence,

Le dix-huitième siècle devait être un temps de rudes épreuves et de désolation pour la Compagnie, dont divers procès scandaleux ameutèrent de nouveau les adversaires, en même temps qu’ils réveillèrent des haines qui n'étaient

qu’assoupies et qui firent alors explosion avec une nouvelle |

fureur. L'affaire du père Girard et de sa pénitente Madeleine Cadière montra les jésuites abusant de leur ministère de directeurs de consciences pour satisfaire leur lubricité, L’affaire du père Lavalette les présenta à l’état de marchands et, qui pis est, de marchands banqueroutiers. Ce père Lavalette, supérieur général des jésuites aux îles du Vent, faisait dans ce pays de brillantes affaires commerciales, au mépris des canons ecclésiastiques. Une faillite vint couper court à sa fortune. Ses créanciers réclamaient plus d’un milion. On assigna devant les consuls de Marseille non-seulement ie père Lavalette, mais encore le père Sacy, procureur général des missions. Les jésuites prétendirent ne pouvoir être con-

sidérés comme solidaires d’un des leurs, et en appelèrent

au parlement de Paris. De Saint-Fargeau porta la parcle au nom des gens du roi; Gerbier plaida pour les créanciers, et obtint la condamnation des jésuites.

Dans le cours de ce procès, deux mémoires avaient été pabliés, l'un pour les jésuites, l’autre pour la partie adverse; l’un et l’autre discutaient avec trop d'éclat les cons titutions de la société pour qu’à cette occasion un membre du parlement, l’abbé Chauvelin, crût pouvoir se dispenser de présenter quelques observations, Ce magistrat conclut à l'examen de l'institut et de sa doctrine : sur quoi, arrêét du même jour, 17 avril 1761, qui enjoint aux jésuites de remettre dans trois jours au greffe un exemplaire de leurs constitutions. Les supérieurs des trois maisons de Paris se soumettent à cet ordre. Un message de Louis XV demande communication des statuts ; le parlement n’y consent qu'après s’en être procuré un second exemplaire. Cependant, il nomme des commissaires et poursuit son examen. Après de longs débats, trois arrêts sont rendus contre les jésuites : l'un frappe leurs doctrines régicides, l’autre ordonne la destruction de leurs livres, le troisième leur interdit tout enseignement public. Le conseil des ministres, à cette vouvelle, s’assemble, et promulgue des lettres patentes enjoignant au parlement de surseoir pendant un an à l’exécation des arrêts prononcés. Opposition du parlement. Le

che, et la surséance est limitée au 1% avril; on était alors en septembre. Un projet d’édit de réformation de l’ordre fut alors envoyé au général Ricci à Rome, qui fit cette réponse fameuse : Sint ut sunt, aut non sint. Enfin, le parlement reprit le cours de ses débats pendant les mois de mai, juin et jüillet. Arriva la fameuse séance du 6 août 1762, où la cour, toutes les chambres assemblées, à l’unanimité , et après une délibération de seize heures, rendit un arrêt solennel et définitif. On y trouve rapportée la longue liste des jésuites acousés d’avoir professé des maximes corrompues, et celle des généraux et supérieurs qui les auraient encouragées. Cet arrêt, moins sévère que celui du règne de Henri [V, ordonne la dissolution de la Société et la fermeture de ses maisons; mais il ne sévit point contre les membres pris individuellement, il ne les bannit pas, i leur accorde même des pensions viagères sur les biens de la Compagnie, et les admet aux fonctions de l’université, du clergé, de la magistrature, de l'administration, moyennant un serment dont il spécifie la teneur. Presque tous les parlements du royaume s’associèrent à la mesure prise par celui de Paris, Un édit du roi, de novembre 1764, sanctionna toutes ces procédures.

En Espagne, les jésuites furent accusés d’avoir été les

JÉSUITES

fauteurs d’un attentat médité contre la famille royale, et le 2 avril 1767 le monarque promulgua une pragmatique sanction, ayant force de loi, qui les exilait à perpétuité du royaume et ordonnait la confiscation de leurs biens. Cet édit ralluma le zèle du parlement de Paris, qui le 9 mai suivant rendit un nouvel arrêt, expulsant de la France sous quinzaine tous les jésuites qui n'auraient pas prêté serment. Ils avaient été chassés dès 1759 du Portugal, où on les accusait aussi d’avoir cherché à faire assassiner le roi. Cette accusation , basée sur une tentative de meurtre dont le roi Joseph avait failliêtre victime, en 1758, fut soutenue avec une grande passion par le marquis de Pombal, qui réussit à démontrer à peu près leur participation à cet attentat. Les jésuites se firent ainsi successivement chasser de toute l’Europe. Le pape Clément XII les soutenait seul. Il allait céder aux sollicitations de tous les monarques, quand il mourut. Son successeur Clément XIV promulgua enfin, le 21 juillet 1773, la bulle solennelle Dominus ac Redemptor noster, qui prononçait l'abolition de la Société de Jésus dans tous les royaumes de la chrétienté.

A ce moment la Compagnie comptait 24 maisons professes, 669 colléges , 176 séminaires, 61 noviciats, 335 résidences et 273 missions, tant chez les idolâtres que dans les pays protestants, et se composait en tout de 22,589 membres, dont moitié ayant reçu l’ordre de la prêtrise. Seuls, Frédéric If, roi de Prusse, et Catherine II, impératrice de Russie, protégèrent les jésuites dans leur malheur, les gardant dans leurs États sous un nom simulé, et avec un costume un peu différent.

Pie VI, successeur de Clément XIV, se montra mieux

| disposé en faveur de la Compagnie de Jésus, qui, en dépit

de toutes les mesures prises par l'autorité séculière, était luin d'être anéantie. Les ex-jésuites étaient restés dans leurs provinces respectives comme simples prêtres, la plupart du temps entourés d’une grande considération personnelle et remplissant d'importantes fonctions, soit dans l’Église, soit dans l’enseignement. En 1780 on en comptait environ 9,000 en dehors de l’Italie ; et il est vraisemblable que tous continuaient à correspondre en secret avec leurs anciens chefs. On les a accusés d’avoir élé pour quelque chose dans les menées des rosecroix d'abord, et ensuite dans celles des illuminés. Un essai qu’ils tentèrent, en 1787, pour se re-

| constituer sous la dénomination de Vicentins échoua. Quant

aux Pères de la Foi, ordre religieux que, sous la protection de Parchiduchesse Mariane, Paccanari , Tyrolien fanatique et ancien soldat du pape, composa pour la plus grande partie avec des ex-jésuites et que, assisté par le pape, il mit en ac-

1 | tivité à Rome avec une règle modifiée comme nouvelle Société monarque persiste dans son opinion. Enfin, on se rappro- |

de Jésus, ils ne furent jamais reconnus par les supérieurs occultes des véritables jésuites comme l'équivalent de leur Compagnie; et partout, en Italie comme en France, on les plaça sous la surveillance spéciale de la police. L'abbé de Broglie, qui alla fonder un collége des Pères de la Foi à Londres, faillit y mourir de faim; et son entreprise aboutit à une banqueroute.

La protection dont Pie VII entoura les jésuites fnt plus efficace. 11 confirma enfin , en 1801, l’existence de leur Compagnie dans la Petite-Russie et en Lithuanie, où, sous la direction du vicaire général Daniel Gruber, elle continua de subsister, limitée dans son activité aux fonctions sacerdotales et à celles de l’enseignement. A la chute de Napoléon, quand le saint-père, longtemps prisonnier en France, eut revu ses États, il signala son entrée à Rome par le rétablissement des jésuites. La bulle So/licitudo omnium, en date du 7 août 1814, autorisa leur association en Russie, à Naples et dans toute la chrétienté. Dès le 11 novembre de la même année ils faisaient solennellement la réouverture de leur noviciat à Rome. En 1824 ils y rentraient en possession du Collegium romanum; et leur nombre s’accrut tellement dans cette ville, qu'en 1829 il leur fallut se bâtir un couvent en dehors de son enceinte, Leur général, le père Fortis, étant mort cette année-là, l'influence du cardinal secrétaire d'État Al

JESUITÉES — JÉSUS

bani détermina l'élection du père Roothaan, né à Amsterdam , que la Compagnie appela à le remplacer.

Voyons quel était pendant ce temps-là dans le reste de l'Europe le sort des jésuites :

Le 1‘ janvier 1816 l’empereur Alexandre les expulsait de Russie; et Jean VI de Portugal signifia au pape que son intention était de maintenir Parrêt qui les avait chassés de son royaume. Tandis que Ferdinand VII d'Espagne s’empressait de les rétablir dans ses États, l’empereur d’Autriche leur refusait l'accès des siens; mais le Piémont leur ouvrit ses portes, et autant en firent Naples et Modène. En France, bumbles missionnaires, ils se répandent d’abord dans les départements pour y prêcher l'Évangile. La foule accourt à à leur voix. Quelques ecclésiastiques, quelques administrateurs, s'opposent seuls, mais en vain, à leurs projets ; quelques plumes éloquentes essayent de les combattre. Des désordres éclatent sur plusieurs points; le service divin est interrompu dans plusieurs églises; des hommes plus ou moins coupables sont arrêtés. Des provinces, les missionnaires rentrent dans Paris. Bientôt ils créent de nouveaux établissements à Montmorillon, à Poitiers, à Vannes, à Bordeaux, à Toulouse, à Besançon, à Saint-Acheul, à Mont- Rouge, à Ares, à Forcalquier, à Soissons, Les jésuites existaient de fait en France, et y comptaient déjà plus de 600 élèves, sans que leur nom eût encore été officiellement prononcé. La révolution de Juillet vint apporter un temps d'arrêt au développement de leur ordre ; mais le gouvernement de Louis-Philippe ne se trouva pas plus tôt consolidé qu'ils reprirent leur œuvre avec plus d’ardeur que jamais ; et nous n’apprendrons rien à personne en ajoutant que par les égards affectueux qu’il leur témoigne, le pouvoir actuel semble avoir en vue de leur ôter tout motif de regretter Le don temps de la Restauration.

En Belgique, où la révolution de septembre 1830 fut en grande partie leur œuvre, les jésuites se sont de plus en plus répandus. Depuis la séparation effectuée entre cet État et le royaume des Pays-Bas, il leur a été possible de fonder à Malines, dès 1834 , une université dont tout le personnel enseignant se compose de membres de leur ordre; et c’est pour faire contre-poids à cette institution que, dans la même année, s’ouvrit à Bruxelles une université libre.

En Angleterre, où ils ont fait beaucoup parler d’eux dans ces derniers temps, ils possèdent depuis les premières années de ce siècle, à Stonyhurst, près de Preston, dans le Lancashire, et à Hodderhouse, des colléges de leur ordre. Depuis 1825 ils ont fondé en Irlande, pays essentiellement catholique, divers maisons et colléges.

Aux États-Unis de l'Amérique du Nord, ils ont un établissement d'instruction publique à Georgestown, et leur noinbre y augmente de jour en jour. Dans les États de l'Amérique du Sud, les révolutions politiques ont eu pour suite de les faire persécuter et chasser à peu près partout.

Dès 1818 la Suisse avait vu le canton de Fribourg rétablir un ancien collége que la Compagnie y avait autrefois possédé. Plus tard, les jésuites réussirent aussi à s'établir dans le canton de Schwytz et surtout dans celui de Lucerne ( automne 1844), où leur apparition provoqua au sein de la Confédération helvétique une crise décisive. Les expéditions de volontaires entreprises contre eux eticontre le gouvernement de Lucerne, qu’ils dominaient, échouèrent à la vérité ; mais il en résulta que l’'irritation des esprits devint de plus en plus vive et plus générale contre eux en Suisse ; etla création du Sonderbun-d, leur œuvre, provoqua enfin un mouvement qui mit fin à leur pouvoir dans ce pays. La destruction du Sonderbund (1847) eut pour corollaire lexpulsion de la Compagnie du sol suisse, quoique son influence soit toujours restée toute-puissante dans les cantons catholiques, et surtout dans le canton de Fribourg.

Avant 1848, les jésuites étaient tolérés en Bavière sous le nom de Rédemptoristes, et ils avaient également réussi à fonder, sous le même nom, un grand nombre de maisons d'éducation en Autriche. Dans les autres États allemands, ils

n'étaient pointofficiellement tolérés, et leurs menées secrètes ont dû ne pas peu contribuer aux troubles et aux embarras religieux dont certains d’entre ces États ont été le théâtre. La tempête politique de 1848 fut un temps de rudes épreuves pour la Compagnie de Jésus. Le pape Pie IX, sans prononcer formellement la dissolution de l'ordre, se vit forcé de le chasser de Rome, et autant en advint dans le reste de l'Italie, de même qu’en Autriche ; mais les Jésuites y sont bien vite revenus à la suite de la réaction politique, nonseulement à Rome, mais en Belgique, en Espagne, en France et en Autriche; ils acquirent même plus d’influence que jamais; c’est à eux notamment qu'il faut attribuer la proclamation de la fameuse encyclique suivie du Syllabus et des dogmes de lImmaculée Conception de la Vierge et de l’infaillibilité du pape. Un décret du 25 juillet 1872 les expulsa du territoire d'Allemagne Dans cette année la société comptait 22 provinces, et plus de 8,000 membres, ainsi répartis : France, 2,600; Italie, 1,700; Espagne, 744; Allemagne, 738; Autriche, 456; etc. Elle avait à sa disposition 1,644 missionnaires, dont 815 dans l’Amérique du Nord, 352 en Asie et #59 en Afrique. | Depuis son origine, ordre n’a encore eu que vingt-deux généraux, y compris ie général actuel, le père Berckx. Ces vingt-deux généraux sont : Ignace de Loyola, espagnol, mort en 1559; Jacques Lainez, espagnol, mort en 1568; François de Borgia, espagnol, mort en 1572; Everard Mercurian, belge, mort en 1580; Claude Aquaviva, napolitain, mort en 1615; Mutius Vitelleschi, romain, mort en 1643; Vincent Caraffa, napolitain, mort en 1649; François Piccolo-

. Mini, florentin, mort en 1651; Alexandre Gotifredo, ro-

main, mort en 1652; Goswin Nickel, allemand, mort en 1664; Jean-Paul Oliva, génois, mort en 1681 ; Charles de Noyelle, belge, mort en 1686; Thyrse Gonzalès, espagnol, mort en 1705; Michel-Ange Tamburini, de Modène, mort en 1730; François Retz, de Bohême, mort en 1750 ; Ignace Visconti, milanais, mort en 1755; Louis Centurioni, génois, morl en 1757; Laurent Ricci, florentin, mort en 1775; Thaddée Brozozowski, polonais, élu en 1805, mort en 1820; Louis Fortis, de Vérone, mort en {829 ; Jean Roothaan, d'Amsterdam, mort en 1853; Pierre Berckx, belge, élu le 2 juillet 1853.

JÉSUS, mot hébreu répondant à ceux de secours, sauveur, rédempteur. C'était chez les Juifs un nom d'homme assez fréquent au commencement de l’ère chrétienne.

JESUS DE NAZARETH , comme le fondateur du christianisme, et comme l'idéal de la perfection humaine d’après l’image de Dieu, est déjà le plus remarquable, le plus sublime et le plus vénérable des mortels, abstraction faite de la dignité quiluiest attribuée comme Christ. Indépendamment de quelques passages peu importants d’ailleurs, qu’on trouve à son sujet dans les historiens latins, Tacite, Suétone et Pline, ainsi que d’un très-honorable témoignage rendu sur lui par l'historien juif Josèphe, les sources historiques à consulter pour sa biographie sont surtout les quatre Évangiles.

Les parents de Jésus (voyez GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST), Joseph, charpentier de son état, et Marie, tous deux de de la race de David, étaient pauvres et habitaient Nazareth de là son nom de Jésus de Nazareth. Marie mit au monde son fils, qu’elle conçut par l'opération du Saint-Esprit, à Bethléem, où elle s'était rendue avec son mari pour se faire taxer. Sa naissance fut annoncée par des anges à des bergers dans les champs. Ils vinrent saluer la venue du Messie, et le trouvèrent dans une crèche. On ne saurait déterminer avee une certitude historique complète l’année et le jour où cet événement s’accomplit. D’ordinaire on suppute l’année de la naissance de Jésus d’après le règne de l’empereur Auguste. Comme celui-ci, suivant l'opinion généralement admise, mourut quatorze ans après la venue du Christ, et qu’il régna en tout quarante-quatre ans, on fait dater la naissance de Jésus de la trentième année du règne de ce prince. Le calcul basé sur la fondation de Rome (an 750 av. J.-C.)

est beaucoup moins satisfaisant. Autrefois on fixait le 6 de janvier (J'éte de l’Épiphanie) comme le jour où cette naissance avait eu lien ; mais à partir du quatrième siècle on la reporta au 25 décembre (fé£e de Noël). Huit jours après étre venu au monde, Jésus subit la circoncision et reçut son nom. Ensuite, quand les jours de purification voulus par la loi furent écoulés, Marie l’emmena à Jérusalem pour le présenter dans le temple au Seigneur et offrir à Dieu ie sacrifice qui lui était dû. C’est à que Siméon prit l'enfant Jésus dans ses bras et le reconnut pour le Sauveur du monde. Tandis qu’il séjournait encore à Bethléem, des sages y arrivèrent d'Orient pour l’adorer. Une étoile les y avait conduits. À ce moment déjà de graves dangers menacèrent la vie de Jésus. Le roi Hérode, redoutant que le Messiesqui venait de naître lui enlevât son trône, avait chargé les sages de lui faire savoir s'ils avaient découvert le nouveau roi. Avertis par un songe, les parents de Jésus s’enfuirent avec leur enfant en Égypte, et Hérode ne recevant point des sages les renseignements qu’il en attendait, fit massacrer tous les enfants de Bethléem âgés de moins de deux ans. Après la mort d’Hérode, les fugitifs revinrent d'Égypte à Nazareth. Le récit de saint Luc, suivant lequel l'enfant, alors âgé de douze ans, séjourna pendant quelque temps dans le temple de Jérusalei, où il avait accompagné ses parents pour célébrer la fète de Pâques, témoigne de ses remarquables dispositions et de ses sentiments profondément religieux. On a fait bien des suppositions sur la manière dont il avait pu acquérir chez un peuple ignorant, et à une époque de ténèbres, la science par laquelle il s'élevait au-dessus de tous les autres hommes ; mais elles n’expliquent point le fait en lui même. Aussi bien, on peut à cet égard se contenter du témoignage de Jésus, qui nous apprend lui-même que ses facultés intellectuelles, sa force et sa doctrine lui venaient de Dieu, et il importe beaucoup plus assurément de savoir quels furent ses actes ici bas. Ses parents, l’ayant cherché après lavoir égaré en s’en revenant à Nazareth, le trouvèrent dans le temple au milieu des docteurs, qu'il frappait de surprise par sa sagesse. On manque de toute espèce de renseignements historiques sur le temps qui s’écoula entre la douzième et la trentième année de sa vie, On a cherché à remplir de diverses façons cette période de l'existence de Jésus. Tantôt on veut qu’il soit allé en Egypte et qu’il s’y soit formé parmi les Esséniens; tantôt on le fait dans le même but vivre chezles Nazaréens, ou encore parmiles Sadducéens. Tout ce que nous apprend à cet égard la Bible , c’est que son apparition publique cominença à l’époque où, sur les bords du Jourdain, Jean bapüsait et annonçait la venue prochaine du règne de Dieu en exhortant les hommes à faire pénitence. Saint Luc rapporte que Jésus était alors dans satrentième année, Saint Jean l'évangéliste disant que Jésus vint à trois reprises célébrer la fête de Pâques à Jérusalem , on en a conclu que la vie publique du Christ n'avait duré que trois années. Ces présomptions s'appuient sur ce fait, que Jésus vint à Jérusalem à l'occasion de chaque fête de Pâques, et que saint Jean a rendu compte de chacun de ces voyages. Mais ce sont là des suppositions manquant de certitude, et on peut admettre que la vie publique de Jésus dura bien au-delà de trois années. Jésus, lui aussi, se fit baptiser sur les bords du Jourdain par saint Jean-Baptiste, A cette occasion Jean, considérant une colombe venue du ciel planer sur Jésus comme le symbole de l'Esprit de Dieu qui descendait sur lui, le reconnut et le désigna pour le Messie prédit par les prophètes. Jésus en avait la persuasion intime, de même qu’il était convaineu que c'était lui qui fonderait leroyaume de Dieu. Cette conviction n'était rien moins que du fanatisme; ce n'étaient point en effet des sentiments obcurset confus qui le dominaient, mais des pensées claires et lucides. Loin de mépriser la parole écrite de la révélation, il l’honorait, Il ne cherchait pas à s'entourer de l'apparence extérieure de la piété, et blâämait, au contraire, une semblable conduite, I ne se faisail point une morale à son usage particulier, et ne recourait pas non plus à la violence pour atteindre con but. Il

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