‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 41 sur 522 · HEYNE — HIATUS · texte numérisé non relu

HEYNE — HIATUS

Cependant, Heyne ne tarda pas à se faireconnaître. En 1755 il donna sa première édition de Tibulle, qui ne fut pas estimée sans doute autant qu’elle aurait dû l’être, surtout à raison des trésors d’érudition comparée qu’elle renfermait ; mais cette publication lui attira l’attention de Hemsterhuys et de l’école dont ce savant Hollandais était le chef. L'année suivante il prouva par son édition d’£pictèle qu'il n’était pas moins familiarisé avec les lettres grecques qu'avec la littérature romaine. La philosophie des stoïciens ne lui fut pas inutile : elle le prépara à subir avec constance les malheurs qui accompagnèrent la guerre de sept ans. Cette guerre ravagea Dresde, priva Heyne de sa place, deson traitement et farit à la fois toutes sesressources. Aussi dut-il s’estimer heureux d'obtenir alors l'emploi de mentor d’un jeune homme qu’on envoyait suivre les cours de l’université de Wittenberg.

Ce moment difficile une fois passé, Heyne avait pu venir reprendre ses occupations ordinaires à Dresde, quand la guerre l’obligea une seconde fois à fuir; mais il ne rentra à Dresde que pour y tout perdre dans le bombardement et l'incendie de cette ville. C’est l'instant qu'il choisit pour se marier; heureusement pour le jeune ménage, un riche seigneur de la Lusace prit alors pour régisseur Heyne, qui passa chez Ini sept années à s’occuper de l'administration de ses domaines, bien plus que de travaux littéraires. Mais le guerre et ses calamités vinrent encore le chasser de cet asile et le laisser à peu près sans ressource. Heyne revint à Dresde, et, sur l'invitation de Lippert, qui publiait alors sa Dactyliothèque, il se chargea d'écrire le texte latin du troisième volume. Le célèbre Gessner, qui avait longtemps occupé la chaire d’éloquence et de poésie à l’université de Gættingue, mourut. Le gouvernement hanovrien lui cherchait un successeur. Rubnkenius, auquel on s'était adressé, refusa de quitter la Hollande, et témoigna un vif étonnement de ce qu’on allàt si loin chercher un successeur à Gessner, quand on avait près de soi le savant éditeur de Tibulle et d’Épictète. Cene fut pas sans peine qu’on parvint à découvrir Ja modeste retraite de Heyne, qui prit possession de la chaire en juin 1763. Il ne tarda pas à être nommé bibliothécaire et conseiller, Ses opuscules académiques prouvent avec quelle ardeur, avec quelle supériorité il se livrait à l’enseignement. Les leçons de Heyne étincelaient d'éclairs de génie, et sa profonde érudition aftirait de nombreux étudiants à Vuniversité. 11 ne cessa pas un seul instant de prendre part aux travaux de la Société des Sciences de Gœættingue, dont il était membre, et contribua pour la plus forte part au succès des Annales savantes de Gœtltinque. Ses principaux ouvrages sont les éditions de Tibulle, de Virgile, de Pindare, d’Apollodore. Y consacra dix-huit ans à la publication d’ Homère. Nul n’a tiré plus de parti de la mythologie, nul ne l’a mieux associée à l’histoire. C’est sous son administration que l’université de Gœttingue parvint au plus haut degré de splendeur : il laissa la bibliothèque riche de plus de 200,000 volumes; et lorsque l’armée française s’empara du Hanovre, une simple réclamation de Heyne fit en quelque sorte excepter Gœættingue de la conquête. La fin de sa carrière ne fut pas exempte de chagrins littéraires : les Lettres mythologiques de Voss sont des modèles d'amertume et d’outrage, et l'édition de l’Zliade attira sur le patriarche de Ja philologie les censures les plus irrespectueuses. Il mourut d’apoplexie, le 14 juillet 1812. P. DE GOLBÉRY.

HEYTESBURY (Wizziam A’COURT , baron), diplonale anglais, né en 1779, estle fils desir William PIERCE ASE A'Courr, qui en sa qualité de propriétairedu bourg pourri de Heytesbury, s'était envoyé lui-même siéger à la chambre des communes, qui fut créé baronet en 1795, et mourut en 1517. A partir de 1814 il prit part, sous le nom de sir William A'Court, à diverses négociations importantes. Après avoir été pendant quelque temps ministre à Naples , il fut envoyé en Espagne, où, après la révolution de 1820, il représenta l’Angleterre pendant toute la durée du gouvernement des cortès ; et ses efforts pour déterminer les chefs du parti dominant à consentir à quelque peu modifier la cons-

titution furent inutiles. En 1824, il fut nommé ambassadeur

à Lisbonne, à l'effet d’y combattre l'influence, alors prépondérante, de la France, et à laquelle, secondé par le ministre Palmella, il réussit bientôt à substituer complétement dans le conseil l'influence anglaise. C’est d'après ses avis que les ministres décidèrent le vieux roi malade à établir une régence. Quand l’infante Isabelle eut pris les rênes de la régence et que dom Pedro eut accordé nne constitution au - Portugal, l'ambassadeur d’Angleterre joua un rôle fort im- “ portant dans les luttes des différents partis; et il témoigna si manifestement ses sympathies pour les doctrines absolutistes, que sa conduite fut aussi sévèrement qualifiée par les « whigs en Angleterre que par les partisans de la constitution en Portugal. C’est ainsi qu’il s’etforça de faire nommer au commandement en chef de toute l’armée portugaise le maréchal lord Beresford, tory pur sang ; et cette intrigue n’échoua que par suite de l’opposition qu’elle rencontra de la part du ministre de la guerre, Saldanha, et aussi de la haine toute particulière que le peuple avait vouée à Beresford. Quand, au mois de décembre 1826, le gouvernement anglais se décida à envoyer une armée auxiliaire en Portugal, à l'effet de protéger la régence contre les partisans de dom Miguel, commandés par Abrantès et Chavès, une mésintelligence patente éclata entre le général Clinton, commandant ce corps, etl’envoyé d'Angleterre, à qui on reprocha d’avoir activement secondé les efforts faits par le parti absolutiste pour porter la régente, femme d’un esprit faible et médiocre, à se méfier des desseins des libéraux, et d’avoir surtout travaillé contre Saldanha, dont le renvoi du ministère eut effectivement lieu en 1827. A la suite de la violente agitation que cette mesure provoqua à Lisbonne, l'hôtel habité par sir William A’Court fut l’objet de menaçantes démonstrations populaires. Quand,

à la mort de Canning, le parti tory eut repris la haute main dans les affaires, A’Court semble avoir poussé encore plus loin que jamais ses intrigues secrètes en faveur des adversaires de la constitution. Toutefois , il fut nommé ambassadeur en Russie, en 1828, avant que la question du retour de dom Miguel eut été décidée ; et à cette occasion il reçut le titre de lord Heytesbury. Le conflit survenu entre la Russie et la Porte donnait alors une importance toute particulière au poste de Saint-Pétersbourg ; et s’il ne put réussir

à empêcher les hostilités d’éclater entre les deux puissances, du moins il sut gagner l’amitié personnelle de l’empereur Nicolas. Aussi, malgré toutes les récriminations du parti whig, conserva-t-il son ambassade sous le ministère Grey, jusqu’en 1833, époque de son rappel. Nommé en 1835 gouverneur général des Indes, la courte durée du cabinet de sir Robert Peel fut cause qu’il n’alla point remplir ces fonctions. Plus tard, il obtint la sinécure de gouverneur de l'ile de Wight; et en 1844 il fut envoyéavec le titre de viceroi en Irlande, qu’il administra pendant deux années au milieu des dangers et des difficultés de tous genres créés par une horrible famine. La retraite de Peel, en 1846, amena aussi la sienne; et depuis lors il a cessé d'être question de lui dans le monde politique. Il est mort en 1860,

BIARBAS. Voyez IARBAs.

HIATUS , mot latin qui a passé dans notre langue, et qui signilie ouverture, solution de continuité, lacune. Ainsi, dans les anciens auteurs, il exprime un passage que le temps n’a point respecté. Mais il n’est guère employé que comme terme de grammaire et de prosodie. 11 désigne le concours de deux voyelles, d'où résulte un bâillement désagréable, antipathique à l’harmonie. Les Grecs l’évitaient avec soin : témoin Démosthène et Théophraste ; Cicéron l'évitait aussi. Il est fort rare dans Massillon. Mais Thucydide et Platon ne se sont pas montrés si serupuleux. C'était done une question indécise chez les anciens. Dans notre langue, on évite autant que possible, même en prose, l'hiatus d'un mot à un autre, et il n’est jamais toléré en poésie, Aussi Boileau a-t-il dit :

Gardez qu'une voyelle, à courir trop hâtée, Ne soit d’une voyelle en son chemin heurtée,

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