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ne demandent qu’à essayer leur énergie. C’est trop ‘de làcheté et de mollesse que d’attendrir de jeunes hommes entre le giron de leur nourrice, alors qu’il faut se préparer à la dure æilice de la vie. Combien ont regretté qu’on leur eût tant épargné de souffrances, lorsque les tempêtes des révolutions, les hasards de la guerre et des voyages, les ont jetés dans l’infortune, sur des plages étrangères! Pourq uoi ne pas tourner ces jeux de l'enfance en robustes exercices pour Pavenir, puisqu'elle les supporte avec joie?
Les plus détestables des jeux sont ceux de Aasard, ou de chances de perte, et cependant les plus usités parmi tous les peuples, parce qu’ils intéressent beaucoup la cupidité sans offenser l’amour-propre : ce sont aussi les plus funestes, par leurs résultats sur la sarité comme sur la fortune.
On ne s’étonnera point sans doute de ne pas nous voir déployer ici la faconde des moralistes et tracer l'énergique tableau de ces joueurs attendant avec impatience autour d'un tapis vert leur sort d’une carte ou d’un dé. Les vieilles douairières, dépitées contrele siècle qui les délaisse, viennent s'asseoir à un biribi, à un reversi, à un whist, dans des brelans , avec ces antiques chevaliers de lansquenet dont l'industrie n’a plus pour fonds de cuisine que de savoir
cesse. DAT UN pOUIdIartiice D'un sort injurieux corriger la malice.
Combien de ces Beverleys, pâles, échevelés, la poitrine déchirée de rage, sortent au milieu de la nuit de ces antres infernaux où l’aveugle dieu du hasard vient de leur enlever le pain de leurs enfants, les derniers haillons de leurs femmes, qui les attendent dans la misère et le désespoir! Ils rentrent, et l'aspect de ces infortunés et le remords sanglant de leur conscience redoublant leur fureur, souvent un suicide fatal termine le drame de cette effroyable passion. Cependant, par un attrait inconcevable, la grande majorité du genre humain se montre avide des émotions que lui causent le gain ou la perte; on s’y acharne avec une felle ardeur, que même les anciens Germains, au rapport de Facite, jouaient jusqu’à leur liberté et leur vie. Les dettes les plus onéreuses y deviennent les engagements les plus sacrés. Regnard a dit dans Le Joueur :
11 faut opter des deux, être dupe ou fripon.
Tous ces jeux de hasard n’attirent rien de bon.
J'aime ces jeux galants où l’esprit se déploie :
C’est, monsieur, par exemple, un joli jeu que l’Oie. La santé d’un joueur de profession n’est pas mieux assurée que sa fortune. Le voilà qui s’assied à son fatai banquet pour assouvir la soif de l’or qui s’est allumée en lui. A peine les cartes ou les dés sont-ils remués que la crainte, l’espérance, circulent dans toutes les poitrines avec ia cupidité, le dépit, la fureur. Tâtez 1e pouls des joueurs, il est vif, inégal, fébrile ; à peine s'ils songent aux premiers besoins de la vie : ils passent leurs nuits sans sommeil , et c’est dans ce désordre que toutes les fonctions s’intervertissent ; l'estomac, les viscères abdominaux, languissent durant ces longues séances, le défaut d'exercice fait tout tomber dans l’atonie. La plupart de ces martyrs de leur passion deviennent livides, outre que le branle continu de ces émotions déconcerte singulièrement l'harmonie nécessaire à Ja santé. Le joueur éprouve vingt crève-cœur concentrés par soirée, au milieu des querelles et des disputes ou des occasions de friponnerie. Quelle humeur si douce qui ne saigrisse ! quel calme apparent qui ne soit empoisonné! N'a-t-on pas vu dans ces rages étouffées, après une perte, le sang jaillir avec force du nez ! Qu'on juge des tiraillements affreux qu'éprouve ce cupide avare auquel un coup imprévu arrache son or, si précieusement amassé , si l’on peut s'empêcher de rire de sa laide grimace ! comme les procès, les jeux occasionnent de funestes maladies, par les chagrins et les tempêtes que leurs pertes suscitent sans cesse!
Excepté.la ruine du temps, toujours irréparable, on ne
saurait blâmer diverses sortes de récréations. Il en faut pour |
DICT. DE LA CONVERS, ‘== T, XI
dissiper nos préoccupations soucieuses, nos peines secrètes, il y à des distractions nécessaires ; il en est surtout d’utiles et dinstructives, telles que les jeux scéniques, les représentations du théâtre comique ou tragique; lorsque des esprits de plus bas étage préfèrent des tours de bateleurs ou des farces burlesques, il est une foule de jeux de société qui aiguisent agréablement l'intelligence, éveillent la sagacité. C’est surtout après le repas, après des maladies, des chagrins cruels, que la musique et des jeux délassants-excitent une douce hilarité, de salutaires elforts pour rétablir la santé. Tous les jeux de société n’ont peut-être pas cette valeur, et tout le monde ne prend pas en bonne part le nom de jeux innocents qui leur est donné.
Les jeux de combinaisons, d'échecs, de dames, les cassetête, etc., et autres plus ou moins mathématiques, dépendant plus ou moins du travail de l'intelligence, fatiguent sans doute, par la contention d'esprit qu'ils exigent , mais gratifient l’amour-propre de jouissances ou Pintéressent, Montaigne les trouvaitineptes, en ce qu'ils ne sont pas assez jeux. Tous sont silencieux, pensifs, et ont été inventés dans les pays chauds, où les hommes sont habitués à une vie contemplative et sédentaire. Si l’on ne doit pas recommander ces jeux comme des récréations , ne saurait-on en trouver l’utile application? Voyez ce jeune évaporé, qui, courant sans objet çà et là, dissipe sa vie : pourquoi ne tenterait-on pas de le fixer par ce moyen? Qu'il s’éprenne par amour-propre du jeu d'échecs, il faudra bien qu’il y concentre sa réflexion. Aussi les mathématiciens, les esprits studieux, se passionnent-ils quelquefois pour ce genre de récréation, d'autant plus qu’il semble donner une preuve de sagacité et de force de combinaison intellectuelle. Tout au moins, Ces jeux ont la propriété d’accroitre l'effort de l’attention.
Le moyen de se défendre du péril des jeux consiste à écarter l’oisiveté. Quiconque sait s'empétrer d'occupations graves ou profondes tuera bientôt cet ennui contre lequel on invoquait le secours des jeux : Melius non incipient quam desinent. Il est plus difficile de s’en abstenir lors qu’on les a pratiqués que de ne pas les apprendre. Qui a joué jouera, comme le vin rappelle le buveur. Tel est le violent despotisme des habitudes sur les dispositions du système nerveux à la périodicité. Le seul triomphe est, dans la fuite, lorsque l’on est à peu près assuré de sa défaite dans le combat. J.-J. Virey.
JEU (Droit). C’est une convention par laquelle les parties s’engagent à donner à celle d’entre elles qui gagnera une somme ou un objet déterminé. Ce contrat est aléatoire; car la perte ou le gain, indépendants du pouvoir de chacune des parties, sont tout à fait incerfains, et l’événement prévu, placé dans l'avenir, repose sur des chances plus ou moins probables.
Les lois romaines défendaient de jouer de l'argent, et non-seulement elles refusaient toute action pour ce qui avait élé gagné au jeu , mais elles accordaient au perdant le droit de réclamer ce qu'il avait payé pour le prix du jeu. Elles n’exceptaient de la défense que les jeux qui avaient pour objet l'exercice du corps et étaient utiles pour la guerre. Justinien, tout en confirmant ces lois, ordonna que pour les jeux qui étaient permis on ne pourrait jouer plus d’un écu d’or par partie; il voulut encore que dans je cas où le perdant aurait négligé de réclamer la somme qu’il aurait perdue aux jeux défendus, les officiers municipaux pussent en poursuivre la répétition pour l'appliquer à des ouvrages publics concernant l'utilité ou la décoration de la ville,
Les prescriptions des lois romaines ont été souvent r2pnelées et renouvelées, sauf certaines modifications, par les ordonnances des rois de France : ainsi, Charlemagne, dans ses capitulaires , défendit les jeux de hasard , à peine d’être privé de la communion des fidèles, Charles IV, Charles V, Charles VIII, Charles IX, Louis XIII, et Louis XVI se sonb aussi occupés d'arrêter la passion du jeu. Non-seulement ils prohbibèrent les jeux de hasard, mais encore tous ceux
dont les chances sont inégales, et qui présentent des avantages certains à l’une des parties an préjudice des autres. Des amendes sévères furent prononcées, tant contre les joueurs que contre les banquiers.
Toutes ces dispositions ont été à peu près reproduites
partant notre Code Civil actuel que par notre Code Pénal. |
Notre loi civile n’accorde ancune action pour une dette de jeu; mais, à la différence des lois romaines, elle déclare que le perdant ne peut répéter ce qu'il a volontairement payé, à moins qu'il n’y ait eu de la part du gagnant: dols supercherie ou escroquerie. Elle est revenue, toutefois, à la distinction établie par la législation romaine ; aussi admetelle une action en faveur des jeux propres à exercer au fait des armes, comme les courses à pied ou à cheval, les tourses en chariot, le jeu de paume et autres jeux de inême nature, qui tiennent à l'adresse et à l'exercice du corps : seulement les tribunaux ont le droit de rejeter la demande quand la somme leur paraît excessive.
Quant aux mineurs, soit qu’ils aient souscrit une obligation pour dette de jeu, soit qu’ils aient payé volontairement,
ils ‘rouvent dans leur minorité même, comme la femme |
mariée dans la puissance maritale, une garantie contre les engagements qu’ils ne peuvent valablement contracter.
Le Code Civil a tracé les règles que les juges doivent suivre pour les obligations contractées au jeu; le Code Pénal contient des dispositions répressives du jeu. Aïnsi, les peines d’un emprisonnement de deux à six mois et d’une amende de 100 à 6,000 fr. sont prononcées, soit contre ceux qui auront tenu une maison de jeu de hasard ef y auront admis le public, soit contre ceux qui auront établi des jeux de hasard dans les rues, chemins et places publics; la loi
prononce en outre la confiscation de tous les appareils em- |
ployés au service des jeux ; des fonds, effets, lots ou denrées exposés ou proposés aux joueurs. LE. pe CnaBror. JEU (Maisons de). Les tripots furent longtemps en France et ailleurs des lieux que ne fréquentaient que les grands seigneurs et les chevaliers d’industrie, et sous ce rapport les salons de Versailles n'étaient pas eux-mêmesexempts de tout mélange, Qu'on se rappelle les aveux du brillant chevalier de Grammont. Comme aujourd’hui, ces tripots étaient d'ordinaire tenus par des femmes sur le retour et d’un passé équivoque, dès lors n'ayant guère le droit d’être difficiles en fait de présentation et d'admission dans leurs salons. L'usage était de laisser à la fin, de la soirée, sous les flimbeaux. placés à chaque table de jeu quelques pièces argent ou d’or, suivant la compagnie qui s’y réunissait ; et cette contribution volontaire payée par les joueurs défrayait en général fort grassement la personne qui leur accor@ait l'hospitalité. Vers la fin du règne de Louis XV et sous celui de Louis XVI, quelques-uns de ces tripots privilégiés acquirent une certaine célébrité; et, par exemple, le salon de la belle madame de Sainte-Amaranthe, dont Sar-
tines avait épousé la fille, n’était guère autre chose qu'une |
mason de jeu, dont elle faisait d’ailleurs les honneurs avec beaucoup de tact et de dignité. Le duc d’Orléans s’y présenta un soir, vêtu à l'anglaise et en bottes à retroussis, au lieu d’y venir avec le frac, les bas de soie et les souliers à boucles de rigueur, Madame de Sainte-Amaranthe ne lui laissa pas le temps de venir la saluer; elle quitta brusquene: la moelleuse bergère qu’elle occupait près de la che-
sèchement, et comme elle eût pu faire à un jeune souslieutenant ; « Monseigneur, on ne vient pas en bottes chez moi ! » Le duc d'Orléans comprit la leçon, ne se le fit pas dire deux fois, et s’éloigna sans dire mot, pour revenir une demi-heure après en tenue irréprochable et son cordon bleu sous suu frac,
Quand vint 89, la bourgeoisie voulut se donner les émotions qui avaient en quelque sorte été jusque alors le privi= lége de l'aristocratie, et des maisons de jeu à son usage s'organisèrent de tous côtés. Bientôt les industriels fondateurs de ces établissements comprirent combien celui