‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 411 sur 522 · JEU · texte numérisé non relu

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qui tient constamment la banque à de chances en sa faveur, et ils jouèrent contre tout ‘venant ce que celui-ci consentait à risquer. Le Palais-Royal devint le centre de cette industrie nouvelle, qui rayonna bientôt jusqu'aux extrémités de la grande ville, et qui s'établit également dans la plupart des villes de province de quelque importance. Sous le Directoire, le mal prit des proportions vraiment effrayantes, et l’un des premiers soins du gouvernement consulaire fut de réglementer l'exploitation d’une des passions lés plus générales et les plus funestes de Phumanité, Le nombre des maisons de jeu fut en conséquence réduit à neuf, et les entrepreneurs furent astreints à payer à l'autorité une redevance qui figura bientôt pour des sommes importantes dans le budget de la police secrète.

Les frères Perrin, de Lyon, les premiers qui prirent rézulièrement à ferme les jeux de la ville de Paris, se retirèrent avec une fortune colossale, vers 1810, et ils eurent pour successeur Boursault-Malherbe, qui, pour en obtenir l'entreprise, consentit à la ville un bail bien autrement avartageux. L’occupation de Paris en 1814 eten 1815 valut à la ferme des jeux de Paris un surcroît énorme de recettes, et le fameux Blucher, entre autres, ne perdit pas moins de 1,500,000 francs au seul n° 154 du Palais-Royal. Le maréchal puisait avec trop d'abandon dans notre trésor public pour ne pas facilement réparer une telle brèche faite à sa fortune.

En 1817, le bail de Boursault expira, et pour la première fois ilfut mis en adjudication publique. Les frères Chalabre, les comtes de Chalabre, des gentilshommes à seize quartiers, ma foi1 l’obtinrent au prix de cinq millions, qu'ils s’engagèrent à verser annuellement dans les caisses de la ville de Paris; et leur exploitation ne fut pas moins heureuse que celles de leurs prédécesseurs. Le dernier fermier fut un nommé Benazet, qui y gagna aussi une fortune immense, et qui est encore fermier des jeux à Baden, outre Rhin.

L'histoire des maisons de jeu de Paris ne peut être écrite que par le bourreau ; nous nous garderons donc bien d’empiéter sur ses droits en racontant tous les crimes provoqués par cette exécrable institution. La conscience publique en fit enfin justice, et en 1836 la chambre des députés décida que le bail du sieur Benazet ne serait pas renouvelé à l’époque de son expiration. Ce fut le 31 décembre 1837, à minuit, que le veto de la loï arrêta la bille fatale de la roulette, et brisa les râteaux des ignobles croupiers. Dix minutes encore auparavant, les tables étaient surchargées de monceaux d’or et de billets de banque, et le croupier, au moment de lancer la bille ou d’agiter les dés, criait de sa voix fatale : Le jeu est fait !rien ne va plus! On comptait alors sept maisons de jeu à Paris : quatre étaient situées au Palais-Royal, où elles portaient les numéros à jamais fameux de 36, 113, 127 et 154 ; une sur le boulevart, au coin de la rue Favart ; et deux autres, rue de Richelieu. Ces deux dernières étaient connues l’une sous le nom de Frascati et l’autre sous celui de Cercle des étrangers. Les femmes étaient admises à Frascati : inutile de dire quelle espèce de femmes ce pouvait être. Au Cercle des étrangers, on n'était admis que sur présentation réelle; et ce tripot restait exclnsivement affecté à la bonne compagnie et notamment aux étrangers de distinction. Les honneurs en étaient faits par le marquis de Cussy, longtemps préfet du palais de

minée , et s’élançant à la rencontre du prince, elle lui dit | l'empereur.

Une des clauses du cahier des charges de la ferme imposait à l’adjudicataire l'obligation de n’admettre dans ses différents tripots que des personnes présentées. C'était là une condition inexécutable, mais qu'on insérait dans le bail à l'instar de ces clauses de nullité que les Polonais mettent toujours par précaution dans leurs actes de mariage pour se réserver, à défaut du divorce interdit par la lof catholique, la facilité de les faire casser quand bon leur semble, ce qui fait que le diable n'y perd jamais rien. Si la police avait tenu rigoureusement la main à l'observation de cette clause, la ferme des jeux n’eût pas pu exister huit jours;

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