JEU — JEUDI
ussi, pour endormir la vigilauce du préfet de police, le fermier avait-il habitude de faire ce qui s'était constamment pratiqué sous l'Empire, c’est-à-dire de s’arranger de telle façon que M. le préfet trouvât chaque matin un rouleau de 50 napoléons sur sa cheminée sans se douter le moins du monde d’où pouvait lui tomber cette manne dorée, mais sans éprouver non plus la moindre curiosité de le savoir. Pendant tout son règne, Louis XVIII trouva également tous les matins, au même endroit de son appartement que M. le préfet de police, un mystérieux rouleau de pareille valeur ; et l’histoire scandaleuse des petits appartements ne manque pas d'apprendre à qui voudra bien le savoir l'usage qu’en faisait ce monarque.
Les maisons de jeu ont-elles disparu parce quela loi l’a ordonné ? Quoi qu’on en puisse dire, nous n’hésilerons pas à répondre affirmativement. Sans doute il y aet il y aura toujours des maisons de bouillotte à Paris, surtout dans le quartier Bréda; sans doute les cercles ne sont que des maisons de jeu, et on y peut perdre tout autant d'argent que dans les anciennes maisons de roulette, de biribi ou de trente et quarante. Cela est incontestable ; mais comme on n’arrachera jamais les passions du cœur de l’homme, le législateur à fait tout ce qu'il devait , tout ce qu’il pouvait faire, en supprimant d'une part lalcterie, et de l’autre en interdisant les maisons où le premier venu était admis, sans aucune formalité, à jouer l'argent qui trop souvent ne lui appartenait pas. Les tripots tenus par la ferme ouvraient à midi et ne fermaient qu'à minuit! Le commis envoyé en recette était trop souvent tenté d’y entrer, dans l'espoir de doubler en quelques instants à son profit la somme qu'il était allé toucher pour son patron, et quatrevingt-dix-neuf fois sur cent en sortait déshonoré. En vain pendant quinze ans la presse réclama pour que l’ouvertire des maisons de jeu fùt du moins reculée jusqu’à la nuit, c’est-à-dire jusqu'au moment où les affaires s’interrompent, de telle sorte que le commis, le clerc , ne fussent plus exposés à des tentations qui ont enxoyé pent-être deux mille individus au bagne et porté même nombre de malheureux à se brûler la cervelle. Jamais le gouvernement ne consentit à faire droit à ces si justes réclamations ; et c’est là certes un des crimes sociaux qu’on est en droit de reprocher au gouvernement monarchique.
Comme la France, l’Angleterre a ordonné la suppression des maisons de jeu. Le bill ordonnant la fermeture des maisons et des endroits publics où l’on joue, où l’on parie, a eu force de loi à partir du 1° décembre 1853. Néanmoins, une enquête ouverte à Londres au 1% janvier 1854/apprit qu’il existait dix-huit tripots dans le West-End ouverts toute Ja nuit aux joueurs des quartiers aristocratiques. Ces établissements étaient montés avec beaucoup d'élégance; on y servait gratis des soupers splendides ef les yins les plus fins. Les portes étaient bardées de fer, de manière qu'on püt détruire les instruments de jeu tandis que la police cherchait à pénétrer dans la maison. On comptait que deux cents personnes viv aient à Londres de ce honteux métier.
En Allemagne, les maisons de jeu ont existé librement pendant plus de trente ans sur nos frontières, Après la fermelure des jeux de Paris, on les vit se rouvrir, grâce à la cupidité des petits princes du Rhin, à Bade, à Hombourg, à Wiesbaden, à Nauheïm, à Ems ; plus de 100,000 individus les fréquentaient par an. La Belgique avait toléré aussi l'existence d’un salon de jeu à Spa. Tous ces tripots dorés ont été fermés en vertu de lois spéciales, à la fin de 1872, et de vains efforts ont été tentés pour les réinstaller en France. Il ne reste plus d’autre ressource aux joueurs et aux oisifs que d'aller aux prétendus bains de Saxon (canton du Valais) ou de Monaco, où le jeu de hasard tient ses dernières assises.
JEU DE MOTS, espèce d’équivoque dont la finesse fait le prix, et qu’on peut définir une pointe d’esprit fondée sur l'emploi de deux mots qui s'accordent pour le son,
mais qui diffèrent pour le sens, Les jeux de mots trouvaient leur place autrefois dans les devises des armoiries. Ils peuvent, lorsqu'ils sont délicats, se placer dans la conversation , les lettres, les épigrammes, les madrigaux, les impromptus et autres petites pièces de cette nature; mais on les blâmerait avec raison dans les ouvrages d’un genre élevé. Il est certain que ce mauvais goût a paru et s'est éclipsé plusieurs reprises dans divers pays. On le voit surtout reparaître aux époques où l'amour de la frivolité et de la plaisanterie l’emporte sur l’amour du beau et du vrai. Comme modèle du genre on cite le jeu de mots que Voltaire fait dans une pièce adressée à Destouches :
Vous qui fites /e Glorieux, 11 ne tiendrait qu’à vous de l'être.
On dit aussi que Tartuffe ayant été interdit par ordre de Vautorité, acteur chargé d'annoncer le fait au public le fit par ce jeu de mots sanglant : « M. le président ne veut pas qu'on le joue. » Louis XV demandant un jour à M. de Bièvre qu’il fit un calembour sur sa personne , celui-ci Jui répondit par ce jeu de mots spirituel : « Sire, je ne le puis, car un roi n’est pas un sujet. » Nous pourrions multiplier ces citations ; nous nous bornerons à rappeler le jeu de mots que fit Mascaron dans son oraison funèbre d’Henriette de France, reine d'Angleterre, pour montrer l’abus qu’on en peut faire : « Le grand, linvincible, le magnanime Louis , à qui l’antiquité eût donné mille cœurs…., se trouve sans cœur à ce spectacle. » Maintenant que l'esprit court plus que jamais les rues , les faiseurs de jeux de mots ne sont pas rares : certains journaux en débitent chaque jour leur contingent; tous les soirs les théâtres de vaudevilles en laissent couler à pleins bords, avec permission de la censure toutefois ; ils forment le fond des lazzis du saltimbanque et ils trônent même quelquefois sur des scènes plus élevées ; certains hommes politiques haut placés se sont fait remarquer par des jeux de mots, lancés avec autant d’esprit que de finesse. L. Louver.
JEU DE PAUME (Serment du). Le 20 juin 1789, lorsque les députés du tiers état se présentèrent à la salle des réunions des états généraux, ils trouvèrent les portes closes et des gardes françaises dont la consigne était de ne laisser entrer personne. Quelque tumulte éclate : on veut forcer le passage; mais un député indique un autre lieu de réunion, le jeu de paume de la rue Saint-François; fous s’y rendent aussitôt, le peuple s’y précipite, les soldats désertent leurs casernes pour apporter du secours. Les murs de la salle du jeu de paume sont nus et humides ; il ne s’y trouve même pas de siéges, et les représentants demeurent debout. Bailly lit le serment célèbre proposé par Mounier, appuyé par Chapelier, défendu par Barnave, et l’assemblée répète avec lui : « Nous jurons de rester Assemblée nationale jusqu’à ce que la constitution française soit proclamée. » Un seul député, Martin d’Auch, se refuse au serment ; Camus le signale à la colère publique : « Que son opposition soit inscrite, dit Bailly avec calme, elle rendra témoignage de la tiberté des opinions. » Le lendemain les députés des deux ordres privilégiés se rallient à ceux du tiersétat, etlaConstituante poursuit le cours de ses travaux. Le serment du jeu de paume a inspiré à Da vid un de ses plus beaux tableaux. JEUDI, du latin jovedi ou dies Jovis, jour de Jupiter. C’est le cinquième jour de la semaine : l’Église l'appelle la cinquième férie. Le jeudi est un jour excessivement choyé par les écoliers, aux travaux desquels il vient apporter une trêve; c’est pour eux un second dimanche, moins la messé et les offices. Le jeudi gras et le jeudi de la mi-caréne sont spécialement consacrés aux saturnales du carnaval. Proverbialement, on dit à une personue qui veut réalises une chose qui semble impossible, qu’elle le fera la semaine des trois jeudis, Astronomiquement parlant, la semaine des trois jeudis pourrait arriver à égard de deux hommes qui feraient le tour du monde, lun en allant par lorient l'autre par l’occident, et qui en rencontreraient, au milieu de leur 79,
course, un troisième, qui n'aurait pas bougé: tous trois poarraient compter un jeudi en trois jours différents. Ce serait à néanmoins, il faut l’avouer, une théorie que les calculs rendent vraie, mais à laquelle ne manque pas l’impossibilité du proverbe,
JEUDI SAINT. Voyez SEMAINE SAINTE.
JEÛNE. Hygiéniquement le mot jeûne (en latin jejunium) signifie abstinence de nourriture; mais en théologie cette expression, bien que représentant la même idée, désigne plutôt labstinence, commandée par la religion, de certaine nourriture, à certaines heures. Si nous recherchons l’origine de cette pratique, nous trouverons qu’elle se perd dans la nuit de l’antiquité. Elle est en effet très-naturelle: l’affiiction est tellement exclusive que ceux qui s’y livrent n’ont d'ordinaire pas même la pensée de réparer leurs forces au moyen des aliments, et se livrent à une complète abstinence : les hommes auront donc cru donner à la Divinité une marque sincère d’affliction et de mortification en lui adressant leurs prières en état de jeûne. Cette explication seule peut faire comprendre la rigueur apportée par tous les peuples à l’observation de cette coutume et son universalité. Chinois, Indiens, Phéniciens, Égyptiens, Israélites, Grecs, Romains, toutes les nations de l'antiquité honoraïent les dieux par des jeûnes. Les Égyptiens, par exemple, jeûnaient solennellement en l’honneur d’Isis, et faisaient toujours précéder leurs sacrifices par des jeûnes dans le but de purifier ceux qui devaient y assis- ‘er; chez les Grecs , qui leur avaient emprunté beaucoup de r'atiques liturgiques, observation des mystères d’Éleusis, celle des Thesmophories, étaient précédées de jeûnes excessivement sévères, surtout pour les femmes, qui devaient passer une journée entière sans prendre la moindrenourriture : un jeûne de dix jours était imposé à ceux qui voulaient se faire initier aux mystères de Cybèle, et ies autres divinités païennes exigeaient également un jeûne, souvent continu, de la part de leurs prêtres ou prêtresses, et des mortels fervents qui venaient les consulter ou se purifier de quelque manière que ce fût. A Rome il y avait des jeûnes publics institués en l’honneur de Cérès et se renouvelant de cinq en cinq années.
Les Juifs observaient du temps de la captivité, et observent encore, quatre grands jeûnes en mémoire des ca- Jamités qu’ils ont eu à endurer; les anniversaires auxquels on les célèbre sont : 1° le 10 du dixième mois, jour où Nabuchodonosor assiégea Jérusalem pour la première fois ; 2° le 9 du quatrième mois, jour de la prise de la ville ; 3° le 10 du cinquième mois, jour où Nabuzardan brûla ville et le temple; 4° le 3 du septième mois, jour où Guédalia fut tué, mort qui entraîna la dispersion et l'expulsion du peuple de Dieu du pays et l’achèvement de sa destruction. 11 y avait en outre pour les scrupuleux observateurs de la loi deux jeñnes par semaine, indépendamment de ceux des vieilles et nouvelles
Junes. On connaît la sévérité qui présidait à ces abstinences : !
elles duraïent depuis avant le coucher du soleil jusqu’au
lendemain , lorsque les étoiles apparaissaient à l'horizon, et |
l'on ne mangeaït que le soir du pain trempé dans l’eau etdu sel pour tout assaisonnement ; quelquefois, cependant , on y joignait quelques légumes et des herbes amères.
Outre les règles particulières établies par chaque peuple relativement à l'usage dont nous nous entretenons ici, règles
que des volumes entiers suffiraient difficilement à contenir, |
ils ont tous eu de grands jeûnes solennels dans les moments
de calamités publiques ou demalheurs à conjurer et à éloigner |
de leur patrie: ce n’est qu'an progrès de l'épicurisme et de l'indifférence qu'on doit attribuer le relâchement arrivé chez les nations modernes dans cet usage antique el S0lennel, Contentons-nous de dire que le monde du dix-neuvième siècle compte, lui aussi, le jeûne au nombre de ses pratiques religieuses les plus efficaces, Le catholicisme à le caréme, jeûne de quarante jours, ordonné en commémoration des jours d’abstinence passés par Jésus-Christ dans le désert, Les Quatre Temps, les Vigiles, sont égale-