JEUX — JEUX FLORAUX
qui ne fussent dédiés à quelque divinité. On les commençait toujours en les solennisant par des sacrifices et autres cérémonies religieuses.
Les jeux publics des Grecs se divisaient en deux espèces : les uns étaient gymniques, les autres scéniques. Les jeux gymniques comprenaient tous les exercices du corps, la course à pied, à cheval, en char, la lutte, le saut, le javelot, le disque, le pugilat, en un mot le pentathle;les jeux scéniques consistaient en pièces de théâtre, tragédies ou comédies,en pièces de poésie ou de chant. Dans tous ces jeux il y avait des juges pour décider de la victoire. Les juges étaient debout pour distribuer le prix des jeux gymniques ; ils étaient assis pour décerner les couronnes des jeux scéniques. Les principaux jeux des Grecs étaient les jeux olympiques, les jeux pythiques, les jeux néméens etlesjeux is é kmigq ue s. Ces jeux solennels étaient célébrés avec éclat, et ils attiraient de très-loin une multitude de spectateurs et de combattants. On n’y donnait pour. tant en récompense qu’une simple couronne d'herbe: d’olivier sauvage aux jeux olympiques, de laurier aux jeux pythiques, d’ache verte aux jeux néméens, et d’ache sèche aux jeux isthmiques. Les Grecs apprenaient ainsi à lutter seulement pour lhonneur ; aucun étranger n’était admis à concourir à ces jeux. Une naissance obscure ou douteuse était un obstacle qui fermait également l'entrée de la carrière aux prétendants. Il y avait quantité d’autres jeux passagers qu'on célébrait dans la Grèce, par exemple aux funérailles. Les prix étaient souvent des armures, des vases, des coupes d’or, des esclaves , etc.
Les jeux romains ne sont pas moins fameux que ceux des Grecs, et ils furent portés à un point incroyable de gran-
deur et de magnificence. On les distingua par le lieu où ils |
étaient célébrés ou par la qualité du dieu à qui on les avait} dédiés. Les premiers étaient compris sous le nom de jeux] circenses et de jeux scéniques, parce que les uns étaient, célébrés dans le cirque, et les autres sur la scène. A l’égard des jeux consacrés aux dieux, on les divisait en jeux sacrés, en jeux votifs, parce qu'ils se faisaient pour .demander quelque grâce aux dieux; en jeux funèbres, et en jeux divertissants. Les rois réglèrent les jeux à Rome tant que dura la royauté; sous la république , les consuls, et les préteurs présidèrent aux jeux circenses, apollinaires & séculaires. Les édiles plébéiens eurent la direction des jeux plébéiens ; le préteur ou les édiles curules, celle des jeux dédiés à Cérès, à Apollon, à Jupiter, à Cybèle, et aux autrès dieux , sous le titre de jeux mégalésiens. Dans ce nombre de spectacles publics, il y en avait que l’on appelait spécialement jeux romains, et que l’on divisait en grands et en érès-grands : ces derniers duraient quatre jours. Les Romains célébraient des jeux non-seulementen l’honteur des divinités qui habitaient le ciel, mais même en l’honpeur des celles qui régnaient dans les enfers , et les jeux institués pour honorer les dieux infernaux étaient connus sous les noms de éaurilia, compitalia, et terentini ludi. Les jeux scéniques consistaient en tragédies, comédies , sélires, qu’on représentait sur le théâtre en l'honneur de Bacchus, de Vénus, d’Apollon, Pour rendre ces divertissemenfs plus agréables, on les faisait précéder de danses de cofde, de scènes de voltige; puis on introduisit sur la scène les mimes et les pantomimes. Les jeux scéniques n’avaient pas d’époque marquée, non plus que ceux que les consuls et les empereurs donnaient au peuple pour gagner sa bienveillance, et qu’on célébrait dans un amphithéâtre environné de loges et de balcons : ils se composaient de combats d'hommes ou d’animaux. Ces jeux étaient appelés agonales, et quand on courait dans le cirque , équestres ou curules. Les premiers étaient consacrés à Mars el à Diane, les autres à Neptuneetau Soleil. On peutencore y ajouter lesnaumachies. Les jeux séculaires se célébraient de cent ans en cent ans, Il y avait en outre les jeux/act{iaques, augustaux et Palatins, qu'on célébrait en l’honneur d'Auguste; les
néroniens, fondés en l’honneur de Néron; puis les jeux :
en l'honneur de Commode, d’Adrien, d’Antinoüs, et de tant d’autres.
Lorsque les Romains devinrent maîtres du monde, ils accordèrent des jeux à la plupart des villes qui en demandèrent. Au sortir de charge, les édiles donnaient toujours des jeux publics au peuple romain. Ce fut entre Lucullus, Scaurus, Lentulus, Hortensius, C. Anfonius et Muræna à qui porterait le plus loin la magnificence. L'un avait fait couvrir le ciel des théâtres de voiles azurées, l’autre avait fait couvrir l’amphithéâtre de tuiles de cuivre dorées. Mais César les surpassa tous dans les jeux funèbres qu'il fit célébrer à la mémoire de son père. Non content de donner les vases et toute la fourniture de théâtre en argent, il fit paver larène entière de lames d’argent. « Cet excès de dépense, dit Jaucourt, était proportionné à son excès d’ambition; les édiles qui l'avaient précédé n'aspiraient qu’au consulat, et César aspirait à l'empire. »
[ Les honneurs et les récompenses que les Grecs accordaient aux athiètes qui avaient triomphé de leurs adversaires étaient véritablement extraordinaires : on leur élevait des statues, ils étaient nourris aux frais du public. A Lacédé mone , ils avaient le privilége de combattre à côté du rois. Un certain Exénète d’Agrigente ayant été couronné aux jeux olympiques, trois cents chars, attelés chacun de deux chevaux blancs, allèrent à sa rencontre, pour lui témoigner combien les Agrigentins étaient fiers de le compter au nombre de leurs compatriotes. Cicéron dit quelque part que les Grecs faisaient plus de cas des couronnes olympiques que les Romains des honneurs du triomphe. Souvent l’athlète couronné entrait dans sa ville natale par une brèche que l'on pratiquait exprès. Aux yeux des Grecs , les vainqueurs dans les jeux publics avaient quelque chose de surhumain ; il y a plus, on vit des vainqueurs nourrir pendant le reste de leur vie et sans leur rien faire faire les chevaux auxquels ils devaient leur triomphe. De riches particuliers , des princes, etc., envoyaient des conducteurs habiles et des chevaux bien dressés disputer les prix de la course des chars, et ils se croyaient très-honorés lorsque leurs attelages avaient remporté la victoire. Enfin, il y avait des villes et des rois qui gagnaient à prix d'argent les vainqueurs fameux afin qu’ils déclarassent qu’ils étaient citoyens de la ville ou de la république qui les payaït ; d’autres intriguaient pour gaguer un athlète redoutable , et le décider par des présents à ne pas user de tous ses avantages contre fel ou tel adversaire. Il est vrai de dire que ces fraudes étaient sévèrement punies par la fustigation et les amendes , quand les juges qui présidaient aux jeux en avaient connaissance.
TEYSSÈDRE
JEUX DE LA NATURE. Voyez Nature.
JEUX D’ESPRIT. Cette expression a deux acceptions. Elle s'entend de certains petits jeux qui demandent quelque facilité, quelque agrément d’esprit; et aussi de certaines productions de l'esprit qui n’ont aucune solidité (voyez AMUSEMENTS DE L'ESPRIT ).
JEUX D’'ORGUE. Voyez ORGUE.
JEUX FLORAUX (chez les anciens). Voyez FLo- RAUX (Jeux).
JEUX FLORAUX (Académie des), institution littéraire la plus ancienne, et l’une des plus célèbres de l’Europe, dont origine remonte au commencement du quatorzième siècle, époque où elle fut fondée à Toulouse, sous le nom de Collége du gai Sçavoir. L'histoire de cette institution, destinée dès le principe à perpétuer le goût et le talent de la poésie, offre trois périodes distinctes : la première embrasse les temps antérieurs à Clémence Isaure, et comprend depuis l’année 1323 jusqu’à la fin du quinzième siècle : alors commence la seconde période, marquée par les libéralités de cette femme illustre, dont la munificence ranima les concours poétiques de la gaie science et en assura la durée par ses dernières dispositions ; enfin, cette institution, qui bientôt après la mort de Clémence Isaure avait pris le nom de Jeux Floraux, fut érigée en académie par Louis XIV
ef ce nouveau régime, qui est encore suivi, forme la troisième période.
Les plus anciens monuments du CoZlége du qai Sçavoir sont deux manuscrits en langue romane, contenant des traités sur les règles de la versification , sur la grammaire et sur les figures de rhétorique, le tout précédé d’un préliminaire historique , dont l’objet est de faire connaître en quel temps, à quelle occasion, et par quels moyens cette poétique fut composée , et enfin publiée en 1356. Parmi les pièces que renferment ces manuscrits se trouve une lettre circulaire en vers, datée de 1323, et qui servit de programme au premier concours ouvert par le collége de la gaie science ; en voici la traduction abrégée : « La très-gaie compagnie des sept poëtes de Toulouse, aux honorables seigneurs, amis et compagnons qui possèdent la science d’où naît la joie, le plaisir, le bon sens, le mérite et la politesse, salut et vie joyeuse. — Nos désirs les plus ardents sont de nous réjouir en récitant nos chants poétiques. Puisque vous avez le savoir en partage, et que vous possédez l’art de la gaie science, venez nous faire connaître vos talents. Nous sept, qui avons succédé au corps des poëtes qui sont passés (les troubadours), nous avons à notre disposition un jardin merveilleux et beau, où nous allons tous les dimanches lire des ouvrages nouveaux, et en nous communiquant nos Jumières mutuelles , nous en corrigeons les défauts. Pour accélérer les progrès de la science, nous vous annonçons que le premier jour de mai prochain nous nous assemblerons dans ce charmant verger. Rien n’égalera notre joie si vous vous y rendez aussi. Ceux qui nous remettront des ouvrages seront favorablement accueillis, et l’auteur du meilleur poëme recevra en signe d'honneur une violette d’or fin. Nous vous lirons, de notre côté, des pièces de poésie que nous soumeltrons à votre critique ; car nous nous faisons gloire de nous rendre à la raison. Nous vous requérons de venir au jour assigné, si bien fournis de vers harmonieux et de bon sens que le siècle en devienne plus gai... et que le mérite soit justement honoré.—Ces lettres ont été données au faubourg des Augustines , dans notre verger, au pied d’un laurier, le mardi après la fête de la Toussaint, l'an de l’incarnation 1323. »
Cette invitation eut tout le succès désirabie. Au jour indiqué, le 1% mai 1324, des poëtes arrivèrent de tous côtés, et se pere au concours ouvert dans le jardin de la gaie Science, Le manuscrit qui nous a conservé la mémoire de cette solennité littéraire nous a transmis le nom des sept troubadours qui les y avaient appelés, ainsi que celui du poëte de Castelnaudary, Armand Vidal, auquel üs décernèrent publiquement la violette d’or. Les capitouls, qui assistaient à ce triomphe, en furent dans un tel enchantement que le conseil de ville décida que dorénavant, d’aqui en avant , ce noble prix, qui excitait une si grande émulation, serait payé du revenu de la ville. Ces concours se succédèrent d’année en année; ils devinrent bientôt si nombreux que, pour ne pas décourager les concurrents, on se crut obligé d’instituer deux autres prix, l’églantine et le souci d'argent. Ces deux nouvelles fleurs se décernaient déjà en 1355, comme le témoigne la lettre par laquelle furent publiés les statuts des jeux ou Zeis d'amors : le souci était donné à la meilleure danse, et l’églantine était le prix du sirvente ou de la pastourelle. Enfin, outre ces trois prix ordinaires, on donnait aussi quelquefois un œillet d'argent pour encourager les premiers essais des poëtes.
Les statuts publiés en 1355 comprennent les devoirs des membres de la zompagnie du gai savoir appelés mainteneurs, les conditions du concours et la réception des nouveaux membres. On remarque dans l’énumération des règles qui doivent guider les juges dans l'appréciation des pièces , que les Aiatus avec la même voyelle sont de plus grandes fautes qu'avec des voyelles différentes. Quant aux concurrents, on voit que les juifs, les Sarrazins , les blasphémateurs , les excommuniés, les hommes de mauvaise vie, étaient exclus du concours, : L