‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 424 sur 522 · JOHNSON — JOIE · texte numérisé non relu

JOHNSON — JOIE

Shepheru, pastorale demeurée inachevée. IL mourut le 16 août 1637 ; on voit son tombeau dans l’abbaye de Westminster.

JOHNSON (Saxuer), l’un des littérateurs les plus dis-

tingués de l'Angleterre, fut en même temps remarquable par l'originalité de sou caractère. Il naquit le 18 septembre 1709, à Lichfield, dans le comté de Stafford. Son père était libraire. Élevé dans une famille attachée à la cause des Stuarts, et où régnaient avec force les idées religieuses, Samuel Johnson poussa le torysme jusqu’au jacobitisme, et la dévotion jusqu’à la bigoterie. La plus grande partie de sa vie s’écoula d’ailleurs dans la pauvreté. Grâce aux bonnes et fortes études préparatoires qu’il lui avait été donné de faire, au collége de sa ville natale d’abord, puis à celui de Siourbridge, il fut choisi à l’âge de dix-neuf ans pour accompagner le fils d'un homme opulent à l’université d'Oxford, dont il put ainsi suivre les cours pendant deux années. Retombé dans le besoin quand il eut perdu cette position, et demeuré sans aucunes ressources après la mort de son père (1731), il entra comme maître d’études à Pécole de Market- Bosworth ( Leicester ). II ne garda pas longtemps cette place, et s’en alla à Manchester, où il publia une traduction des Voyages en Abyssinie de Lobo ; travail qui ne lui valut que 5 liv. st. d'honoraires. Enfin, en 1735, arrivé à l’âge de vingt-buit ans, dans l'espoir d'améliorer ainsi son sort, il épousa une vieille veuve, qui lui apporta en dot une somme de 800 liv. st., avec laquelle il fonda une pension de jeunes gens à Birmingham. N'ayant pu jamais réunir au delà de trois élèves, il se rendit, deux ans plus tard, à Londres avec Garrick, qui était l’un de ses trois uniques pensionnaires, emportant dans ses bagages une tragédie encore inachevée, Irène, sur laquelle il fondait de grandes espérances, et où se trouvent en effet quelques beaux vers, mais qu’il ne put jamais parvenir à faire jouer. Il fut d’abord employé par un journal politique à rendre compte des séances du parlement, Elles m’étaient point alors publiques, et il lui fallait rédiger son compte-rendu sur des notes très-imparfaites, communiquées par les huissiers de la chambre; mais il savait donner de la vie à ces documents recueillis sans intelligence, et ae l’éloquence a des orateurs qui s’étonnaient d’avoir si bien parlé. En même temps il donnait des articles politiques sur les questions et les événements du moment au Gentlemen's Magazine, publiait des notices biographiques, et, de 1743 à 1745 , son Compte-rendu des séances du sénat de Lilliput, satire ingénieuse des délibérations du parlement écrite au point de vue tory. Après son poëme intitulé Zondon (1738), qui est une imitation de la 3° satire de Juyvénal, dans laquelle il flagellait les vices et les ridicules de son siècle, il ît paraître The Lije of Richard Savage (1744), ouvrage qui annowçait un bon prosateur et un observateur rempli de finesse et d'esprit. Ses Miscellaneous Observations on the tragedy of Macbeth (1745) furent moins bien accueillies. A cette époque, pressé par le besoin, il écrivit en vutre des préfaces, des brochures; et la verve mordante qui les dictait attira de plus en plus sur lui l'attention du public. En 1747 on lui proposa de publier un Dictionnaire de la langue anglaise, I mit sept années à terminer cet ouvrage; ©’est peut-être le plus vigoureux travail qui soit sorti d’une tête humaine. Tout en se livrant à ce travail opiniâtre, qui lui fut payé 1,537 liv. st., il publia en outre le Rambler (Rôdeur), journal dans le genre des publicalions que le Spectateur d'Addison avait mis à la mode (1750-1752), et The Vanity of human Wishes, imitalion de la Xe satire de Juvénal.

Ses travaux littéraires ne le sauvaient pas de cette pauvreté contre laquelle il avait lutté dès son enfance. La misère lui fut une compagne sévère, dont on voit, à la rudesse de sa pensée, à l’amertume de ses saillies, qu’il s'ispira trop souvent. En 1759 sa mère mourut, et manquant d'argent pour payer les frais de sa maladie et de son cercueil, il s’enferma, et écrivit Rasselas, ou le Prince d’Abyssinie, roman où tous les désappointements

du cœur et de la pensée sont soigneusement recueillis et analysés. Mais ce qu’il faut admirer, c’est la sérénité de talent qui domine cette œuvre douloure use, et le charme oriental qu’elle respire.

Cependant, la mauvaise fortune de Johnson se ralentit. Sous le rèune de Georges LIT, lord Bute, premier ministre, lui fil accorder une pension de 300 liv. st., qui le réconcilia avec la politique ministérielle. Dans sa reconnaissance, il prit la plume pour la défend re contre les Américains mécontents, el écrivit ses pam phlets The false Alarm (1770), et Taxalion no tyranny (1775). En 1762 il fit paraître son édition de Shakspeare. On sait à quels commentateurs Shakspeare a élé en proie; jamais le génie n’a été la victime de critiques plus étroits. L'édition de Johnson n’est guère préférable aux autres; mais les préfaces qu’il y ajoute à chaque pièce Are 1 uables. Sa préface générale est un chef-d'œuvre, Sa pensée est toujours forte, élevée, et son style, quoiqu’un peu contraint et forgé sur l’enclume de l’antiquité, ple't par son élrangeté même et sa pompe. Un voyage qu'il cul occasion de faire en Écosse et aux Hébrides, en 1773, lui fournit le sujet de son livre intitulé Journey tothke Western isles of Scotland (1772); el les doutes qu’il y émit sur l'authenticité des poésies d'Ossian l’entr aînèrent dans une polémique violente contre Macpherson.

En "777 des libraires publièrent une collection des poëles anglais. Johnson écrivit leurs biographies; elles sont (toutes admirées, quoique l'esprit de parti s'ytrahisse trop souvent et le rende injuste. Johnson mourut le 15 décembre 1784, à Londres. Il fut enterré à Weslminster, près de Garrick, qui avait été son élève, et qui était toujours resté son ami. Ernest DESCLOZEAUX.

JOHNSON (Axoré), président des États-Unis d’Amérique, est né le 29 décembre 1808, à Raleigh (Caroline du Nord). A l’âge de qualre ans il perdit son pére, qui se noya en voulant relirer de l’eau un de ses amis. À dix ans il fut misen apprentissage chez un tailleur. Jusque là il n'avait fréquenté aucune école, et il ne connaissait mêne pas ses lettres. Ayant entendu réciter par un client deson patron desdiscours politiques, il eut l'ambition d'en faire autant; en prenant sur le temps de son sommeil deux ou trois heures par nuit, il parvint enfin à lire couramment, et à apprendre, sans le secours d'autrui, ces fameux discours qui l'avaient tant impres sionné. Son apprentissage terminé, il alla travailler comme ouvrier dans une localité de la Caroline du Sud; mais ayant eu le chagrin de se voir refuser, à cause de sa pauvreté, la main d’une jeune fille qu’il aimait, il passa dans le Tennessee, à Greenville, et s’y maria peu de temps après. Ce fut sa femme qui lui apprit à écrire et à compter. A vingt ans il tint du choix de ses concitoyens sa première place : d’adjoint il fut élu maire, et en 1833 député à la chambre législative de l'État. En 1843 M. Johnson, qui n'avait pas cessé d’être tailleur, fut envoyé au Congrès, d’où il passa en 1857 au sénat, après avoir occupé deux ans la charge de gouverneur de Tennessee. L'un des fermes chamyjions du parti démocratique, il ne crut pas devoir le suivre jus ;u’à compromettre l'existence de l’Union : aussi quand les senateurs du Sud donnèrent leur démission, il refusa de les imiter, el accepta même du président Lincoln la tâche difficile de gouverner le Tennessee , qui fut un des premiers Elats rebelles soumis par les troupes fédérales. La position qu'il avait prise entre les diflérents partis fut l’objet, dans la suite, d’amères récriminations contre lui. Lors de la réélection d'Abraham Lincoln à la présidence de la république (8 novembre 1864) , André Johnson lui fut donné pour vice-président, et il entra en fonelions au mois de mars 1865. Le mois d’après le président tombait victin.e d’un lâche assassinat, Aux (ermes de la Constitution, Johnson prit immédiatement la direction des affaires (15 avril), et s’installa à la Maison Blanche. Continuant d’abord avec fermeté la politique de son prédé-

cesseur, il mit à prix l'arrestation de Jefferson Davis, et lança une proclamation contre les croiseurs confédérés. Mais quand la guerre fut terminée, il!se laissa entraîner à ses vieilles sympathies pour les démocrates, rendit le 31 mai une amnistie parlielle, fit mettre en liberté les personnages marquants du Sud, et insista vivement dans son message du 4 décembre pour effacer les derniers veslizes de la guerre civile. Le parti républicain, qui venait de triompher, se montra blessé des concessions du président : dès lors commença entre les deux pouvoirs, le législatif et l'exécutif, un conflit qui s’envenima chaque jour davantage. Les actes officiels de Johnson donnèrent lieu à des votes de blâme ou de censure; on repoussa les fonctionnaires qu'il avait nommés, on lui imposa le général Grant au ministère de la guerre; son décret d’amnistie fut annulé; on alla bientôt jusqu’à agiter sa mise en accusation. De son côté le président, qui ne ménageail pas ses adversaires dans des discours d’une violence singulière, usait et abusait de son droit de veto contre les projets de loi du Congrès. Il reçut le coup de grâce par le vote d'une loi ({enure of office) qui restreignait son droit de nominalion aux emplois supérieurs, et à la suite duquel le sénat réinstalla au département de la guerre le général Stanton. Le président ayant voulu substituer à ce dernier un de ses partisans, cette tentative fut traitée de coup d'Etat, et il fut aussi trad uit devant le sénat organisé en cour suprême, comme coupable de trahison. Les débats s’ouvrirent le 23 mars 1868 : ils n’apprirent rien de nouveau, et la sentence qui en sortit, rendue à la minorité légale, mit le malheureux Johnson hors de cause (16 mai). Peu à peu les passions politiques se calmèrent; on laissa le président se démener dans son impuissance, et le terme de ses fonctions ayant expiré, on lui donna pour successeur le général Grant (4 mars 1869). Depuis celte époque Johnson est-rentré dans la vie privée. P. Louisy.

JOIGNY, chef-lieu d'arrondissement, dans le département de l’Yonne, sur la rive droite de l’Yonne, avec 6,455 habitants, des tribunaux de première instance et de commerce, un collège, une bibliothèque riche de 9,000 vol., une récolte d'excellents vins rouges fins. Elle possède des fabriques de draps et toiles, des tanneries, lu'leries, briqueteries, etc. On y fait un grand commerce de bois, de vin et de charbon. C’est une station du chemin de fer de Paris à Lyon. Joigny s'élève en amphithéâtre sur la pente d’un coteau. Il est généralement mal bâti et mal percé, mais cependant agréable. On y voil de belles casernes et trois églises golhiques; la voûte de celle de Saint-Jean passe pour un chef-d'œuvre d’architecture. On y passe l’Yonne sur un beau pont. r

On attribue sa fondation à Flavius Jovinus, général de la cavalerie romaine dans les Gàules. Dès le premier siècle, elle eut des comtes particuliers.

JOINT, JOINTURE. Dans les arls mécaniques, on appelle généralement joint ou jointure l'endroit où deux corps très-rapprochés s'unissent. En architecture, les joints sont ces intervalles plus ou moins sensibles qui séparent une pierre d’une pierre, une brique d’une brique , et qui, selon la qualité diverse, la ténacité, la fermeté des matières , sont remplis d’une couche plus ou moins épaisse de mortier de plâtre, de bitume, etc. C’est dans ce sens d'espace existant entre deux choses qu’on dit : Trouver le joint d’une affaire, pour exprimer la meilleure manière de la prendre. En anatomie on donne vulgairement lé nom de jointure aux endroits du corps où les os sont joints ensemble pour l'exécution de différents mouvements. Ce sont proprement des articulations.

Enfin, en termes de manége, jointure, synonyme de jointe va paturon, se dit de la jambe comprise entre le boulet ut la couronne,

JOINVILLE, chef-lieu de canton dans le département es la Haute-Marne, sur la rive gauche de la Marne, avec

Page 1