‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 425 sur 522 · JOIE — JOINVILLE · texte numérisé non relu

JOIE — JOINVILLE

3,895 habitants, un collége, une importante fabrication de bonneterie de laine, serge, droguets, tiretaine, un commerce de cire. On y trouve des tanneries, des chamoiseries , et les environs produisent une récolte assez abondante de vins. C’est une station du chemin de fer de Blesme à Chaumont.

Joinville doit son nom et son origine à Jovinus, général des armées romaines , qui y fit bâtir une tour en 369. Quelques habitations s’élevèrent bientôt après, et sous la protection de celte tour fortifiée, un château fut construit sur la hauteur, à une époque qui n’est pas bien déterminée. La baronnie de Joinville appartint plus tard à l'historien de saint Louis. La ville, qui s'était formée au pied dela montagne et sur le bord de la Marne, fut prise par Charles-Quint, qui la brüla. Elle fut restaurée, ainsi que le château, par François 1°", en faveur de Claude de Lorraine, duc de Guise, et érigée en principauté par Henri II, en 1558 Cette seigneurie avait passé depuis à la famille d'Orléans. Le château fut démoli en 1790. On voit encore dans le faubourg la maison de plaisance des ducs de Guise.

JOINVILLE (Jean, sire DE), sénéchal de Champagne, était issu d’une ancienne famille. Élevé au service du comte Thibault, le premier de nos trouvères, il apprit à sa cour le biau langaige, en même temps qu'il y remplissait les devoirs de sa charge, et tranchait du couteau devant le comte. La croisade de 1249 lui mérita lamitié intime et familière de Louis IX, dont il écrivit l’histoire, à la prière de la reine Jeanne de Navarre, afin que ce tableau de piété et de valeur fût un modèle au jeune Louis, arrière-petitfâs du saint roi.

Un siècle était révolu depuis que Villehardouïin avait écrit la mémorable expédition qui fit tomber Constantinople aux mains des Latins; et cependant, à sa lecture, il semble qu’une moins courte distance sépare ces deux historiens. La langue de Joinville atteste un progrès notable dans l’esprit de la nation : sa phrase a plus d'élégance et surtout de clarté; les constructions latines y sont plus rares ; son allure est plus française; sa marche, moins abandonnée au caprice, est plus soumise aux règles ; l'orthographe, mieux calquée sur l’étymologie, rapproche davantage les mots de la figure qu’ils ont aujourd’hui; enfin, il y a plus loin de Villehardouin à Joinville que de Joinville à Brantôme, qui tenait la plume sous les fils d'Henri II. Mais Villehardouin ne veut qu’enregistrer des faits militaires, et ne laisse pas entrer dans l’intérieur de ses personnages ; Joinville, au contraire, n'oublie aucun trait qui peut servir à la ressemblance de son tableau, et semble encore s’y poser sur l’escabeau où saint Louis le faisait asseoir à ses pieds, soit pour lui dire : Séneschal, quelle chose est Dieu? — Sire, ce est si bonne chose, que meilleure ne peutesth'e; réponse d’une naïveté sublime; soit pour demander ce qu’il aimerait mieux : avoir la lèpre ou faire un péché mortel ; et Joinville, qui onques ne li menti, répond qu’il aimerait mieux en avoir fait trente que estre mesiaus. Mais son royal ami le corrige en lui rappelant que le péché est la hideuse lèpre de l’âme, et ajoute : Lavez-vous les pieds aux pauvres le jeudi saint ? « Sire, dit Joinville, er malheur, les piez de ces vilains ne laverai-je. — Vraiment, fist le roi, ce fu mal dit ; car vous ne devez avoir en desdaing ce que Dieu fist pour nostre enseignement. » Cependant Joinville accomplit avec soin les observances religieuses contenues au serment de chevalerie. S’il doit l'exemple du courage à ses chevaliers dans la guerre, il sait qu’il doit celui des bonnes mœurs dans la paix. « Mon lit estoit fait en mon paveillon, dit-il, en tel manière que nul ne pooit entrer ens que il ne me veist gésir en mon lit, et ce fesoie-je pour oster toutes mescréances de femmes. » Son courage est ingénu, sans ostentation de jactance; il en a tellement la conscience qu’il ne cherche pas à déguiser les transes qui accompagnent la mort, quand elle vient sans l'ivresse des combats. Comme historien , il n'omet point les causes dans le récit des effets; il recueille des observations sur l’histoire, les opinions, les mœurs, le cérémonial des peuples : ici il décrit un fossile, là il dis

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