JOINVILLE
téte d’an volume ‘extraordinaire. I1 avait été deux fois
tingue les nuances entre des mots synonymes : ainsi, le raisonnement réglait déjà l’usage de la langue.
» Joinville, à qui l’abbé de Cheminon avait donné la croix, mit sa terre en gage, indemnisa ses vassaux des torts qu’ils avaient pu éprouver de lui-même ou de ses officiers, entra dans La voie de Dieu par des pèlerinages aux corps saints des chapelles voisines, et s’'embarqua avec neuf chevaliers, ses feudataires, au nombre desquels étaient deux bannerets. Au débarquement sur la plage égyptienne, il conduisait l'avant-garde. Chaque nuit, au canal d’Achmoun, où l'armée se consuma en stériles efforts pour jeter une digue, il gardait les chats-faux, espèce de tours en bois destinées à protéger les travailleurs, et que l'ennemi attaqua bientôt avec le feu grégeois. Ensuite Joinville marcha avec cette avant-garde, que la témérité du comte d'Artois entraina dans la Massoure. Plus tard la galère qu'il monte est abordée par une galère du soudan; et tandis que les infidèles se ruent sur ses gens, il se fait hisser sur le tillac du navire égyptien, où, mis à genoux et jeté deux fois sur le dos pour mourir, il ne doit la vie qu'aux efforts d’un renégat allemand, qui lui fait un rempart de son corps, en s’écriant que Joinville est cousin du roi franc. Quand les mamelucks révoltés eurent massacré leur soudan, Joinville courut de nouveau danger de mort. Mais le chef des révoltés maintint le traité que sa victimeavait consenti avec le roi Louis ; pourtant il s’en fallait de trente mille livres que le premier payement sur la rançon ne fût complet. Joinville offrit d'aller prendre cette somme au trésor des Templiers, et il se disposait à briser le coffre à coups de hache, si le grand-maitre n’eût plié la rigueur de sa règle devant la nécessité des circonstances, la captivité d’un roi et le salut d’une armée.
A Saint-Jean d’Acre, quand l'épidémie eut cessé ses ravages, les croisés se réunirent en conseil de guerre. Joinville fut d'avis de se maintenir dans la Syrie chrétienne, afin de couvrir les villes que menaçait l’infidèle, et le roi suivit ce conseil. Pendant le séjour de Louis en Syrie, Joinville, à la tête de cinquante chevaliers, fit partie de sa maison militaire. On peut s’imaginer avec quel bonheur il revit ensuite son domaine, lui qui, parlant de son départ, disait avec l'accent de la nature : Je ne voulus ongues retourner mes yex vers Joinville, pource que le cuer ne me atlendrisist du biau chastel que je lessoie et de mes deux enfans. I] s’occupa de cicatriser les plaies de son absence, car les officiers des rois de France et de Navarre en avaient abusé pour fouler ses vassaux, et c’est le prétexte dont il excusa son refus de s'engager dans une seconde croisade (1267), où il ne pressentait que des infortunes. En effet, Louis était d’une telle faiblesse que Joinville fut obligé de le porter dans ses bras, depuis l’hôtel du comte d'Auxerre jusqu’à l’abbaye des cordeliers, où il prit congé du roi.
, I passa le reste de sa carrière dans l’uniformité d’une vie calme, à la cour de Thibaut IT,roi de Navarre et comte de Champagne, tandis qu’il était reçu par Louis IX avec une bienveillance qui excita souvent la jalousie des courtisans. Thibaut mit à profit cette faveur du sénéchal qu'il chargea de nésocier son mariage avec Isabelle de F rance et le récompensa du succès en lui cédant ses droits sur le É de Germay. Pendant l’expédition de Philippe III en (1283), Joinville exerça le gouvernement de Champagne Sous Philippe le Bel, nous le voyons ou répondre aux commissaires chargés ées enquêtes pour la canonisation de Louis IX, ou entrer dans une ligue de seigneurs coalisés pour résister à l'établissement d’un impôt sur la province. Enfin, appelé par Louis X, sous l’étendard royal pour une expédition contre les Flamands, il revêtit la cui. rasse à l’âge où la portait Nestor, car il ne devait pas avoir moins de quatre-vingt-douze ans. Les époques de sa naissance et de sa mort ne sont pas bien précisées; mais il Paraît que ce fut vers les années 1220 et 1318.
Le sénéchal avait la taille élevée, le corps robuste et la
PICT, DE LA CONVERS, — T. xl,
village Aragon
marié : d'abord avec Alix de Grandpré, dont les enfants mâles s’éteignirent sans postérité masculine; ensuite avec Alix de Risnel, et cetle union produisit deux branches. La cadette, représentée par Jean de Joinville, grand-connétable de Sicile, s'établit au royaume de Naples; l’autre, continuée en Champagne par Ancel ou Anceau, finit dans son fils Henri, qui eut deux filles de son union avec Marie de Luxembourg. L’ainée, mariée à Ferry de Lorraine, fut la quatrième aïeule de François, duc de Guise, en la personne duquel Henri EI érigea (1552) la baronnie de Joinville en principauté.
Une première édition de ce naïf historien fut mise au jour à Poitiers, en 1547, par Antoine-Pierre de Rieux, et dédiée à François I"; mais comme l'éditeur en avait trouvé le style vieux et rude, il eut la malheureuse idée de lui donner les formes de son époque, et d'ajouter aux événements qui lui paraissaient incomplets. Claude Mesnard donna une nouvelle édition également in-4° ( Angers, 1617), où le texte fut restauré en plusieurs endroits à l'aide de quelque pièces originales. En 1668, Du Cange publia son édition savante, réimprimée dans la Collection universelle des Mémoires particuliers relatifs à l’histoire de France. Mais, après de vains efforts pour découvrir un texte original, Du Cange s'était vu réduit à prendre, ici dans. Rieux, et là dans Mesnard, ce qui lui semblait porter le éhet du langage que Joinville avait dû écrire et parler. Enfin un manuscrit contemporain, supposé sinon pur, du moins très-peu altéré, et qui sans doute avait passé des comtes de Flandre aux mains du prince de Saxe, fut acheté par la Bibliothèque royale, et confié à l'impression sous Ja surveillance de Caperonnier (Paris, in-folio, 1761).
Hippolyte FAUCHE.
JOINVILLE ( FrANÇois - FERDINAND - PaiLiPpe - LOUIS - Marie D'ORLÉANS, prince pe), né à Neuilly-sur-Seine , le 14 août 1818, est le troisième des fils de l’ex-roi des Français Louis-Philippe. Une révolution, provoquée pat les fautes accumulées de son père, a exilé ce jeune prince d’une patrie qu’il avait toujours bien servie, et dans laquelle son nom restera longtemps encore entouré d’une certaine auréole de popularité justement acquise par des manières franches et loyales et par quelques actes qui prouvaient qu'avant d’être prince M. de Joinville voulait être Français. De bonne beure sa famille le destina à la marine. Il entrait dans la politique de Louis-Philippe de placer à la tête de chacune des grandes divisions de notre force militaire l’un des princes ses enfants. M. d'Orléans et M. de Nemours appartenaient déjà à l’armée de terre ; M. de Joinville dut faire l'apprentissage du pénible métier de marin, encore bien qu’une grave infirmité naturelle , une surdité des plus prononcées, le rendit peut-être moins propre à ce service qu’à tout autre. Dès 1834 on l’envoya faire, comme élève de première classe, son apprentissage de la mer dans une promenade vers Madère et les Açores. En 1836 il passa lieutenant de vaisseau, et à bord de la frégate /’Zphigénic parcourut les côtes de la Grèce, de la Karamanie et de la Syrie. En novembre 1837 il fut envoyé dans les mers du Brésil, ct il ne revenait ea France qu’au bout d’une année d'absence. It y avait à peine un mois qu’il était de retour en France, lorsque nos relations avec le Mexique prirent un caractère tel que le gouvernement dut se décider à envoyer une division navale dans les eaux de la Véra-Cruz, à l'effet d'exiger et d’obtenir les satisfactions dues à l’honneur de notre pavillon. Le commandement en fut confié à l'amiral Bau din, qui eut sous ses ordres le prince de Joinville, promu au grade de capitaine de vaisseau, et qui dans cette expédition, commanda la frégate Za Créole. Le siége a la prise Saint-Jean d’Ulloa fournirent au jeune prince l'occasion de se distinguer par sa froide intrépidité, Au mois de juin 1839 il alla rejoindre, dans le Levant, à bord du vaisseau le Jupiter, lescadre de l'amiral Lalande, dont il venait d’être nommé chéf d'état-major; vers la fin de ce
. même été il fut appelé au commandement de la frégate Za
Belle: Poule, à bord de laquelle, l'année suivante, il fit une campagne à jamais célèbre.
En 1843 M. de Joinville épousa la princesse Françoise, sœur de l’empereur du Brésil , et qui lui apporta en mariag: une fortune immense. Quand éclata la révolution de Février, il se trouvait avec sa femme à Alger, où il avait accompagné son frère le due d’Aumale, appelé au commandement général de AI gérie : c'était, dit-on, un exil véritable, qu'il s'était attiré à canse de la franchise avec laquelle il avait blâmé l'opiniâtr eté de son père à accorder les moindres réformes.
A la nouvelle des événements dont Paris était le théâtre, il ’embarqua pour l'Angleterre, où il alla rejoindre à Clar: Mont la famille royale. A part une protestation adressêe au président de la Constituante, contre le décret de bannissement qui frappait la branche cadette, il vécut dans la retraite et ne se mêla en rien aux discussions politiques. En 1861, au moment où Ja guerre civile venait d’éclater aux États-Unis, il y conduisit son fils et ses deux neveux, et fit entrer le premier dans l’école navale américaine, À peine nos premiers revers sur le Rhio furent-ils connus, que M. de Joinville offrit ses services à l’empereur, n'importe à quel titre; sa deman de fut repoussée. Dès qu'il apprit la chute de l'empire, il accourut à Paris et fut obligé, surles représentations du gouvernement provisoire, de s'éloigner. Quand on forma la première armée de la Loire, il alla demander au général d’Aurelle de lui accorder, sous un nom d'emprunt (colonel Lutheroth}, une place dans les rangs des trounes. N'ayant pu l'obtenir, il s’adressa plus tard au général Chanzy, qui en accueillant sa demande en informa le gouvernement. Des ordres furent donnés de l’éloigner : arrêté pour la forme (13 janvier 1871), le prince fut conduit à Saint-Malo, où il s'embarqua pour lAugleterre. Aux élections générales du 8 février, il fut nommé représentant dans la Manche et dans la Haute-Marne, et opta pour ce dernier département. Il a été réintégré sur le cadre des vice-amiraux. M. de Joinville a publié, sous le voile de l’anonyme, dans la Revue des deux mondes , plusieurs articles réimprimés à part (Études sur la marine, 1859, in-8), et d’autres sur la campagne du Potomac (1863) et sur la bataille de Sadowa.
Le prince de Joinville a deux enfants : Françoise-Marie-Amélie, née le 14 août 184%, mariée en 1863 au duc de Chartres, son cousin germain; Pierre, duc DE PENruIÈvRE, né le 4 noyembre 1845, autorisé le 10 novembre 1871 à monter un des bâtiments de la flotte avec le grade de lieutenant de vaisseau,
JOMARD (Eowe-François), célèbre archéologue, membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, est né à Versailles, le 20 novembre 1777. Admis l’un des premiers à l’École Polytechnique, lors de la fondation de cette institution en 1795, il fit partie en 1798 de l’expédition d'Égypte. Quoique chargé de travaux topographiques aussi importants que difficiles il trouva envore assez de temps pour dessiner et décrire des monuments antiques de cette contrée. Revenu en France en 1809, il fut envoyé en Bayière pour y diriger des travaux topographiques entrepris le long des frontières de Bohème, dans le haut Palatinat. L'année suivante on le rappela à Paris pour y prendre part à la rédaction de la Description de l'Égypte. En 1818 l'Institut l’admit dans son sein, et depuis lors on trouve
son nom attaché à toutes les grandes publications dont l’Afrique a été l’objet, par exemple, au Voyage à l’oasis de Thèbes de Caïllaud, aux voyages de Beaufort et de Pacho, à l'Histoire de l'Égypte par Mangin (Paris, 1823), au Dictionnaire Wolof de Dard; tous ouvrages qu’il a enrichis de notices et d'observations. C’est encore lui qui à publié le Voyage à l'oasis de Syouah (Paris, 1823) d'après les matériaux recueillis par Drovetti, ainsi que le Voyage de René Caillée. En 1839,M de Salvandy, alors ministre de l'instruction publique, ke nomma conservateur du département des cartes et plans dela Bibliothèque royale,