HIÉRATIQUE — HIÉROGLYPHES
géré. Ottfried Müller se sert indifféremment des termes archaïstique et hiératique. D’autres, Welcker notamment, ne se servent dans ce sens que du premier de ces termes, et entendent par sculptures hiératiques celles qui sont véritablement d’une antiquité très-reculée.
HIÉROCLES. On fait monter jusqu’à plus de quinze le nombre des personnages de ce nom, la plupart d'une très-équivoque renommée : nous citerons seulement les plus célèbres.
HIÉROCLÈS de Bithynie , juge d’abord à Nicomédie, vivait sous Dioclétien; sophiste déchainé contre les chrétiens, au besoin il eût été leur bourreau. Il opposait aux miracles de Jésus-Christ ceux d’Apollonius de Tyane, et écrivit à ce sujet un livre intitulé Philaletès, ou l'ami de la vérité. Eusèbe et Lactance, dans son traité des Institutions divines, ruinèrent avec les armes de la foi et de la logique les arguments du Bithynien.
HIÉROCLÈS , célèbre philosophe éclectique du commencement du cinquième siècle de notre ère, était chef d’école à Athènes sous Théodose le jeune. L’éloquence de Socrate était sur ses lèvres , l'âme ferme du maître battait dans son sein; il croyait à la préexistence des âmes. Deses nombreux ouvrages Sur La Providence, le Destin et Le libre Arbitre, deses Économiques, de ses Maximes des Philosophes, etc, il ne reste que de courts fragments ; son Commentaire seul sur les vers dorés de Pythagore nous est parvenu en entier,
Des autres personnages de ce nom, nous citerons ici les moins obscurs : HiÉRoCLÈS l’orateur, né à Alabande, en Carie; HiérocLÈs auteur du livre Historiæ, etc., ou Les Amateurs de fables ; HiérocLès philosophe stoicien, né à Hyllarium, en Carie, Hiérociës jurisconsulte, HIÉROCLÈS grammairien du huitième siècle, enfin, un HiérocLès auteur du livre Facetiæ. DENNE-BARON.
HIERODULE (en grec iepéôouhos, de iepéc, sacré, et
Sod)os, esclave), esclave attaché au service des temples. Dans l’antiquité, on désignait par cette expression générique tous les individus attachés à un titre quelconque au service du temple consacré à une divinité, et dans un sens plus restreint ceux-là seuls qui y remplissaient certaines fonctions inférieures, et qui avec leurs decendants étaient à toujours consacrés à ce temple. Le nombre des Aiérodules dans les temples de la Syrie, de la Phénicie et de l’Asie Mineure ne laissait pas que d’être considérable. Dans la Comana de Cappadoce Strabon en rencontra 6,000, et 3,000 à Morimène. C’étaient pour la plupart des esclaves du sexe féminin, qui pour un faible présent, s’étaient livrées au dieu qu’elles servaient; et c'est à elles surtout qu’on appliquait cette qualification de hiérodules. Chez les Grecs l’organisation des biérodules avait quelque chose de plus digne et de plus moral, sauf certaines exceptions, comme à Corinthe et à Samos. Les hiérodules de Vénus Érycine en Sicile étaient surtout célèbres. L’art représente les hiérodules du sexe féminin dansant sur la pointe des pieds, les bras levés en l'air, vêtues d’une robe très-courte et transparente, avec une couronne bizarrement tressée sur la tête, dont les cheveux sont enroulés et ne forment qu’un seul nœud.
+ HIEROGLYPHES (du grec tep6s, sacré, et Yaupn, gravure). On appelle ainsi les caractères de l'écriture figurée des Égyptiens, dont la signification , autrefois d’une obscurité proverbiale, n’est devenue peu à peu intelligible que depuis les découvertes de Champollion. Par écriture hiéroglyphique on n'entend désigner, suivant l’étymologie grecque du mot, que l'écriture sacrée incrustée sur les monuments ; et en effet, c'était surtout, pour ne pas dire exclusivement, une écriture monumentale différant de l'écriture cursive en usage pour les livres,
Les Égyptiens employaient quatre écritures différentes , tantôt loutes à la fois, et tantôt l’une après l'autre, à savoir : l'écriture Aicroglyphique ou sacrée, l'écriture Aiératique , l'écriture épislolographique, enchorique ou démotique,
l'écriture copte. Les trois premières étaient des écritures indigènes. Hérodote et Diodore n’en comptent que deux : l'écriture sacrée ( ispx ypéuuara ), et l'écriture populaire (ônuorixé ou non ypéuuwara) ; l'inscription de Rosette et celle de Turin ne font également mention que de deux espèces d’écritures : l'écriture sacrée et l'écriture vulgaire (Eyyéptæ yodpuara). Saint Clément d'Alexandrie est le premier qui distingue trois espèces d’écritures; il nomme l’une l'écriture sacrée sur pierre (yeauuara lepoyhupexé), l’autre l'écriture sacerdotale ( isparix&) et la troisième écriture épistolaire ( Énioroloypapxg). Comme dans l’usage actuel on a emprunté à saint Clément les dénominations de la première et de la seconde de ces écritures, il eût été plus juste de nommer aussi avec lui la troisième écriture épistolographique, pour laquelle on a adopté à peu près généralement aujourd’hui, d’après Hérodote, la dénomination d'écriture démotique, quoique dans la division de cet auteur, l’écriture intermédiaire hiératique, si elle n’était pas complétement omise, devait dn moins être comprise dans l’écriture démotique.
L'écriture hiéroglyphique, appelée dans les inscriptions hiéroglyphiques elles-mêmes écriture des paroles divines, était la plus ancienne; et vraisemblablement c'était à l’originela seule écriture des hiéroglyphes. Les signes, ou caractères, sont plus ou moins des images fidèles d'objets visibles, de toutes espèces. Ces caractères sont ou incrustés dans les monuments, ou gravés en relief sur leur surface ; mais le plus souvent on les trouve combinés dans les grandes sculptures murales, parce que, comme les figures des représentations elles-mêmes, ils ont été exécutés en relief eten creux. L’usage était en outre, quand il s’agissait d’une plus riche ornementation, d'exécuter tous les caratères en couleur sur des murailles polies. Ils sont tracés tantôt de plusieurs couleurs, tantôt d’une seule, ou encore simplement esquissés. L’écriture sacrée était fréquemment employée aussi pour les rouleaux de papyrus, mais uniquement pour les textes sacrés, notamment pour le Livre des morts ou quelques-uns de ses chapitres, qu’on avait coutume de placer à coté du mort dans son tombeau. Les hiéroglyphes y sont généralement de la forme la plus simple , des esquisses, comme il convenait au style des textes. Le goût tout particulier des Égyptiens pour la partie caractéristique du dessin s’y produit encore d'une manière plus frappante que dans les images exécutées,
L'écriture hiératique ou sacerdotale fut sans doute appelée ainsi pour la distinguer de l’écriture épistolographique ou profane, parce qu’à une époque postérieure elle fut employée de préférence par les prêtres seulement et pour la littérature sacerdotale, Précédemment, surtout avant que s’introduisit l'usage de l'écriture épistolographique, elle était aussi la seule écriture employée pour tous les actes écrits de la vie civile; et dès lors elle devait servir nonseulement pour le dialecte sacré, mais encore pour le dialecte populaire. C’est surtout une écriture de livres ; et ce n’est que par exception qu’on la trouve employée sur les monuments. D’après les formes de ses signes ou caractères, c’est essentiellement une abréviation tachygraphique de l'écriture hiéroglyphique ; d’ou il est résulté qu’on a perdu en grande partie la connaissance de la signification des images primitives, quoique la connexion soit évidente , pour peu qu’on compare les divers signes répondant aux hiéroglyphes. Les premiers essais de cette écriture hiératique cursive se trouvent dans les plus anciens monuments de l'antique Égypte qui soient parvenus jusquà nous, à savoir sur les blocs des Pyramides de Gizeh et dans les tombeaux qui les avoisinent,
L'écriture épistolographique ou démotique, provenue directement de l'écriture hiératique , est une abréviation encore plus grande de ces caractères, qui le plus généralement y ont pris une forme toute conventionnelle, et trahissant à peine son origine. On n’en peut suivre l'usage que jusqu’à l’époque des Psammétiques , la 26° dynastie mané-
RIÉROGLYPHES
thonienne, au septième siècle avant J.-C. Les grands changements politiques survenus à celte époque semblent avorr fait eprouver le besoin de rendre autrement susceptible d’être écrite la langue de la vie commune, qui s'était de plus en plus éloignée de l’ancienne langue écrite du dialecte sacré; et comme l'écriture hiératique était exclustvement réservée à l'usage des prêtres et des savants, pour la littérature sacrée et l'antique dialecte dans lequel elle était écrite, on s’habitua à employer cefte écriture, très-simple dans ses signes de même que limitée à un très-petit nombre de signes usuels, pour tous les actes de procédures , contrats, lettres et autres documents écrits. On ne la rencontre guère que sur les rouleaux de papyrus; toutefois, le texte intermcdiaire de l'inscription de Rosette, où on la trouve aussi gravée sur pierre, est une des exceptions les plus connues.
Ces trois écritures demeurèrent toutes en usage jusque dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Mais lorsque le christianisme se répandit toujours davantage en Egypte, amenant à sa suite la littérature ecclésiastique grecque, on commença aussi à se servir de l’alphabet grec pour les ouvrages chrétiens écrits en langue égyptienne, en y ajoutant, pour les sons pa ticuliers à l'égyptien, six caractères empruntés à l'écriture hiératique. Cette écriture, employée par les Coptes, est appelée écriture cople.
Le déchiffrement de écriture indigène, et notamment de l'écriture hiéroglyphique, a été à bon droit proclamée par Nicbuhr l’une des plus grandes découvertes de notre siècle. Elle a donné naissance à une science vaste et nouvelle, et elle a exercé la plus décisive influence sur les autres branches de l’archéologie, attendu qu'elle nous a mis en état d'acquérir successivement la connaissance de la plus antique civilisation du monde et de celle qui ait duré le plus longtemps. Le domaine de l’histoire scientifique a pu être reporté à plus de 2,000 ans en arrière de l’époque où il s’arrêtait précédemment; et désormais l’histoire d'Égypte, formera le cadre obligé de toutes les autres histoires de Pantiquité. La découverte de l'inscription de Rosette, à l’époque de l'expédition de Bonaparte en Égyple (1799), est le premier fait qui ait pu inspirer l'espoir fondé de parvenir un jour à déchiffrer les hiéroglyphes. Elle contenait un triple texte en caractères hiéroglyphiques, démotiques et grecs. Du dernier de ces textes, il résultait qu’elle contenait un seul et même décret en faveur de Ptolémée Épiphane, rédigé par les prètres égyptiens dans la 9 année du règne de ce prince, l’an 196 av. J.-C., et que les prètres ordonnaient d'exposer dans tous les temples de Ptolémée. Cette pierre, dont on comprit tout aussitôt l’importance, fut d'abord déposée à l’Institut du Caire, puis transportée à Londres avec tous les autres monuments de l’expédition scientifique d'Égypte, que le sort des armes fit tomber aux mains des Anglais ; et elle fait aujourd’hui partie de la collection du British Museum. On s’empressa d’en multiplier les copies, et le texte en fut pour la première fois publié en 1803, par les soins de la Société des Antiquaires de Londres. Mais on ne parvint pas à déchiffrer les hiéroglyphes aussi vite qu'aurait pu le faire espérer l'existence en trois écritures de cette inscription. La difficulté était double. D'abord letexte hiéroglyphique n’était pas complet. Toute la partie supérieure en avait été brisée ; et il a été prouvé depuis que, outre les premières des quatorze lignes hiéroglyphiques, dont pas une seule n’était complète, il en manquait complétement fout autant. En second lieu, ce qui rendait toute comparaison très-difficile, c’est que les divers caractères ou signes n'avaient point, on du moins n’avaient pas toujours de valeur alphabétique, mais exprimaient souvent des mots tout entiers, de sorte qu’il y avait impossibilité de faire marcher de front le travail dé comparaison. Le texte en ecriture aémotique se trouvait en bien meilleur état de conservation: il n’y manquait qu’un coin ; aussi jes savants s’en occupèrent-ils plutôt que du texte hiéroglys phique.
Le premier qui tenta cette opération fut Syivestre £e
DICT. DE LA GONVENS. — T. 3
à ea
Sacy, qui communiqua dans sa ZLeltre au citoyen Chaptal (alors ministre de l'intérieur ), publiée dès 1802, les résultats de la comparaison qu'il avait faite des textes grec et enchorique. Il estimait que l'écriture biéroglyphique était entièrement idéographique ou écriture de mots; que l’écriture hiératique, qu’il avait bien reconnue dans d’autres inscriptions, constituait une écriture syllabique ou alphabétique ; enfin, que lécriture enchorique était complétement alphabétique, sans que d’ailleurs il lui fût possible d'en lire Les divers caractères. Mais il constata que les trois écritures devaient se lire de droite à gauche, et il sépara parfaitement du texte courant un certain nombre de groupes contenant les noms de Ptolémée, César, Arsinoé, Alexandre, etc.
Le‘diplomate suédois Akerblad, dans sa Zeltre au citoyen Sylvestre de Sacy, sur l’inscriplion égyptienne de Roselte, fit faire un second et plus important progrès à l’art de déchiffrer les hiéroglyphes. JI ne s’en tint pas à séparer les groupes entiers, mais il les réalisa et détermina la valeur phonétique des divers signes dans les noms de Ptolémée, Arsinoé, Alexandre, Bérénice et six autres encore. L'alphabet qu’il en constitua était au total exact. IL avait en outre positivement reconnu dans le texte hiéroglyphique divers noms de nombre En réalité, c’est donc lui qui le premier parvint à déchiffrer les caractères égyptiens. Mais l’œuvre en resta là.
L’Analyse de l'inscription de Rosetle, publiée en 1804 par le comte Panin, manqua complétement le but que l’auteur avait eu en vue, parce qu'il partit de cette fausse supposition que l'inscription hiéroglyphique s'était conservée en entier, et parce qu'en conséquence il compara la première ligne du texte grec avec la première ligne encore subsistante du texte hiéroglyphique. 11 l'interprétait donc de telle façon, qu’au lieu du nom de Ptolémée, par exemple, il lisait ces mots : Afin qu'ilsoit connu. Les tentatives faites par Sickler, Bailey, Spohn, etc., ne furent guère plus heureuses. L’essai publié seulement en 1808 par Quatremère de Quincy seus le titre de Recherches critiques et historiques sur la langue et la littérature de l'Égypte, où il prouvait que la langue copte est tout à fait la même que l’ancienne langue égyptienne, fut un travail autrement smportant. De 1809 à 1813 avait paru la vaste Description de l'Égypte , ce glorieux fruit de l’expédition de Bonaparte; mais elle demeura un portrait sans lumière, sans ombre et sans perspective, parce que les innombrables inscriptions qui lui servaient de commentaire et pouvaient expliquer le tout dans son ordre historique demeuraient encore inintelligibles.
C'est en 1819 que l'attention fut pour la première fois attirée de nouveau sur ces importantes recherches par un article du célèbre physicien Young, qui parut dans un supplément à la première partie du 4e volume de l'Encyclopædia Brilannica. Dans cet important article Égypte , la découverte d’Akerblad était appliquée du texte démotique au texte hiératique. On y prouvait de la manière la plus ingénieuse, au moyen de l'écriture hiératique placée entre lies deux, que les divers signes dans les figures hiéroglyphiques de noins répondaient aux signes déjà connus des groupes de noms en écriture démotique. Le D° Young obtint ainsi un petit alphabet hiéroglyphique, à l’aide duquel il essaya d’expliquer une suite de.figures hiéroglyphiques de rois toutes différentes, Cette tentative lui réussit en général; mais elle fut si défectueuse dans les applications particulières, qu’il lisait plusieurs figures d’une manière tout à fait erronée, par exemple Arsinoé au lieu d’Autocrator, Évergète au lieu de César, etc.
Champollion, qui dès 1807 avait fait une étude toute particulière de l'Égypte, connaissait sans aucun doute l’article du D' Young; et il semble que ce soit ce travail qui l'ait porté à faire de nouvelles tentatives pour arriver à déchiffrer les biéroglyphes. En 1891 il fit paraître une prochure d’une rareté extrême, parce qu'il la mit à quelque temps de là presque tout entière au pilon. Elle était intitu-
HIEROGLYPHES
lée : De l'écriture hiératique des anciens Égyptiens, et | c'est dans sa Grammaire Égyptienne, publiée seulement
il y prouvait que si l'écriture hiéroglyphique, comme cela avait été généralement admis jusque alofs, même par Young, à l’exception des noms propres, n’était qu’une écriture idéographique de mots, il fallait en dire autant de l'écriture hiératique, puisque les papyrus de morts qu’il avait examinés correspondaïent signe pour signe dans les deux écritures, tandis qu'auparavant il semblait plus vraisemblable aux savants que cette dernière écriture pouvait être syllabique. Mais les progrès les plus décisifs dans le déchiffrement des hiéroglyphes n'eut lieu que l’année suivante, en 1822, à la suite de la publication de sa fameuse Zettre à M. Dacier, dans laquelle, au moyen de l'analyse d’une suite de noms de rois, il dressait un alphabet hiéroglyphique presque parfait, quoique encore un peu restreint, s'appliquant de la manière la plus évidente partout où revenaient les mêmes signes. Quoique ce brillant ré-
sultat ne parût à certains égards qu’une rectification et |
une extension de la découverte si ingénieuse du D° Young, qui déjà avait en partie attribué aux signes isolés la même signification, il en différait cependant essentiellement, parce que Champollion y suivait une voie tout autre, aussi simple et directe, par conséquent aussi sûre et aussi féconde que celle de son prédécesseur était difficile et ingénieuse, mais par cela même peu sûre et n’atteignant que partiellement son but. Champollion fut secondé dans cette occasion par une circonstance particulièrement favorable. En 1815 Banks avait déterré dans l’île de Philæ un obélisque qu’en 1821 il fit transporter avec son piédestal en Angleterre, et qu'il fit dresser dans son domaine de Kingston-Hall, comté de Dorset. La même année il publia les inscriptions hiéroglyphiques de cet obélisque et l’inscription grecque de la base qui en dépendait. Cette dernière contenait une lettre du prêtre d’Isis de Philæ à Ptolémée Evergète II, à Cléopâtre sa sœur, et à Cléopâtre son épouse, Il était donc naturel de supposer l'existence des mêmes noms dans les inscriptions hiéroglyphiques. Or, quoiqu’on supposât à tort qu’il existait un rapport entre l'inscription grecque et l’inscription hiéroglyphique, ayant trait toutes deux , il est vrai, au même roi, mais appartenant à des années différentes de son règne, il existait cependant en réalité sur l’obélisque, outre le nom de Ptolémée, déjà lu
dans l'inscription de Rosette, la figure de Cléopâtre; et !
Banks inscrivit déjà lui-même ces noms à côté de la figure exacte sur l’exemplaire qu’il envoya à Champollion. Celuici basa alors sur la même présomption son analyse comparative des deux noms. Il se rencontra par hasard et fort heureusement que les deux noms PTOLEmaios et ÆLEO- PATrA contenaient cinq lettres pareïlles, et qu’en outre l’a se répétait dans le deuxième nom. La démonstration était si simple, qu’il ne pouvait pas rester le plus léger doute sur l’exactitude de la leçon lue, bien qu’il restât encore à triompher de quelques objections. Ces deux noms fournis-
saient donc un alphabet de onze signes phonétiques, qui ! s’augmentèrent bientôt considérablement par des applica- |
tions ultérieures de ce même alphabet aux noms d’Alexandre, de Bérénice et de beaucoup d’autres. Ainsi se trouva fixée et bientôt reconnue par les érudits les plus éminents, tels que Sylvestre de Sacy, Nicbubhr, G. de Humboldt, la base de toutes les découvertes qui devaient se succéder rapidement sur ce terrain.
Mais même dans sa Zeltre à M. Dacier Champollion avait si peu reconnu le véritable organisme de tout le système des hiéroglyphes, qu’il partageait toujours avec Young et autres l'opinion erronnée que la signification phonétique des hiéroglyphes isolés se bornaïit uniquement aux noms propres, et que le reste du texte courant se composait de signes purement idéographiques. 11 n’abandonna cette idée que dans son ouvrage suivant, son Précis du système hicroglyphique (Paris, 1824), où il démontra que l'alphabet trouvé au moyen des noms pouvait s'appliquer à tous ies autres groupes où se trouvaient les mêmes signes. Mais
| en 1836, après sa mort, que se trouvent les derniers et les
plus complets résultats de ses recherches philologiques. Dans cet ouvrage il entreprit d'exposer tout le système de
| l'écriture hiéroglyphique et les traits principaux de la langue | qui y est déposée, en donnant pour preuves des exemples | nombreux tirés des inscriptions les plus diverses de toutes | les époques.
Dans sa Lettre à M. Rosellini sur l'alphabet hiéroglyphique, insérée au tome IX° des Annales de l’Institut archéologique (Rome, 1837), Lepsius fit faire un progrès de plus à l'intelligence exacte et méthodique du système d'écriture égyptienne, en divisant en diverses classes lalphabet phonétique qui dans la Grammaire de Champollion se compose de 234 signes, et en ne reconnaissant qu’un
| nombre de 34 hiéroglyphes pour constituer la partie pu-
rement et exclusivement phonétique. La première partie de l'ouvrage de Bunsen intitulé : Za place qwoccupe l'Égypte dans l'histoire du monde (Hambourg, 1845) contient encore un aperçu plus général de la matière coordonnée suivant les principes acquis. La partie lexicologique de la connaissance des hiéroglyphes a aussi été notablement enrichie par les ouvrages de Rosellini, de Salvolini, de Leemans, de Hincks, et tout récemment par les traductions de textes plus étendus qu’ont données Birch et de Rougé.
Les recherches sur l'écriture hiératique se rattachent pour la plupart à l'écriture hiéroglyphique. Mais depuis Silvestre de Sacy et Akerblad les déchiffrements démotiques ont été avancés surtout par Young, qui a donné une large base pour toutes les recherches ultérieures sur ce terrain de l’hiéroglyphique, plus éloigné par le temps, le dialecte et les sources. Il faut surtout citer à cet égard sa traduction interlinéaire de l'inscription de Rosette et de plusieurs pa: pyrus démotiques dans la Hiéroglyphics collected by the ÆEgyptian Society (Londres, 1823) et dans ses Rudiments of an Egyptian Dictionary, publiés d’abord comme annexe à la grammaire copte de Tattam (1830), puis separément (1831). Après les diverses dissertations de Champollion, de Salvolini, de Lepsius, de De Sauley, il faut encore mentionner l’importante publication faite par Leemans, dans les Monuments £gytiens de Leyde (Leyde, 1839), d’un grand papyrus démotique contenant une foule de devises grecques. Dans ces derniers temps ces différents travaux onttrouvé un habile exploitateur dans Brugsch, qui a déjà publié sur ce sujet plusieurs ouvrages, parmi lesquels on doit plus spécialement citer les dissertations intitulées Scriptura Ægyptiorum demotica (Berlin, 1848), Numerorum démoticorum Doctrina (1849), el Collection de Documents demotiques (t. 1°, 1850). N'oublions pas non plus de dire que la science hiéroglyphique fondée par Champollion a de tout temps rencontré des adversaires, et parfois de très- | violents contradicteurs, parmi lesquels il faut nommer surtout Klaproth, Palin, Janelli, Williams, Goulianof, Secchi, Seyffarth et Uhleman, dont les modes de déchiffrement ont aussi peu de rapports entre eux qu'avec le système de Champollion, sauf celui du dernier de ces auteurs, qui adopte complétement le système de Seyffarth.
Toute écriture a pour point de départ une écriture d'images ou d'idées, et, dans les degrés ultérieurs de son développement, se rapproche toujours davantage de l'écriture phonétique purement alphabétique. La langue mexicaine d’images pouvant à peine être qualifiée d'écriture, dans le sens rigoureux de ce mot, l'écriture chinoise d’une part, et les écri- tures européennes de l’autre, nous représentent de la manière la plus complète les deux points extrêmes de tout le développement de l'écriture. Les écritures syllabiques en forment le degré intermédiaire le plus important. L'écriture égyptienne se distingue de toutes les autres par cette circonstance que dans son remarquable organisme elle contient tous les degrés à la fois dans des rapports à peu près égaux. Son point de départ fut une écriture idéographique de mots,