‹ Dictionnaire de la conversation et de la leture. Seconde edition. v.11Chapitre 432 sur 522 · JORAM — JORDAN · texte numérisé non relu

JORAM — JORDAN

pour toujours de la domination des Juifs, Ses États furent vers la même époque mis à feu et à sang, par les Arabes et les Perses. En proie à une horrible maladie, il succomba à des convulsions affreuses , qui faisaient de son existence une torture continuelle,

JORDAENS (Jacques), peintre flamand, naquit à Anvers, en mai 1594. Il fut d'abord élève d'Adam van Oorf, dont il épousa la fille, et passa ensuite dans l’école de R ubens; son mariage l’empêcha de visiter l’1falie ; il en témoiena un vif regret toute sa vie. Rubens sut apprécier le mérite de son élève; il s’en fit un ami, et lui donna des avis si utiles, que Jordaens, en imitant la manière de son nouveau maitre, en devint plus parfait. Rubens lui fit faire quelques ouvrages, entre autres une suite de cartons en détrempe, destinés au roi d'Espagne, qui devait les faire exécuter en fapisserie.

La réputation de Jordaens croissait de jour en jour; le roi de Suède lui commanda douze grands tableaux représentant la Passion de Jésus-Christ. Émilie de Salm, veuve du prince Frédéric-Henri de Nassau, lui fit peindre les actions mémorables du prince son époux, en plusieurs tableaux, aussi ingénieux par les allégories qu'expressifs par la couleur et l'harmonie. Il faut pourtant convenir que ses allégories ne sont ni aussi fines ni aussi spirituelles que celles de Rubens, son maître; mais il l’a quelquefois surpassé dans la grande harmonie des couleurs et la perfection du elair-obscur : on peut dire avec raison que le coloris des chairs de Jordaens a la suavité et le velouté d’une pêche; c’est ce que l’on remarque dans les têtes du tableau du Roi boit, qui est an Musée du Louvyre, ainsi que dans celui des Vendeurs chassés du Temple, de la même galerie. On cite encore de cet artiste une Fuite en Égypte, où saint Joseph éclaire la scène avec la lanterne qu'il tient à la main, ef encore celui du Satyre qui voit souffler le chaud et le froid : ces ouvrages sont regardés comme des chefs-d’œuvre.

Le genre d'éducation qu'avait recu Jordaens, les habitudes des hommes de son pays, et leur penchant naturel pour le genre burlesque, l'ont fait tomber souvent dans une aberration de goût et de convenance qui déparent ses plus belles toiles. Le Jugement dernier, du Musée, par exemple, est un amas confus de figures nues des deux sexes, placées sans ordre , dans des attitudes peu décentes, el d’un dessin si négligé, qu'elles repoussent le spectateur au lieu de l’attirer. Dans ce cadre, ce n’est que confusion, et l'œil ne trouve pas ur seul groupe intéressant où il puisse s’arrêter. Un autre tabluau préférable à celui-ci, et dans lequel il y a aussi des écaris de goût, se trouve dans l’abbaye de Saint- Martin, à Tournay. Il représente l’évêque de Todi ( Tuberfun ) avant son élection au siége de saint Pierre, qui eut lieu le 5 juillet 640, après la mort du pape Théodore : le saint prélat, figuré dans une attitude simple, mais noble, chasse le démon du corps d’un possédé. La composition énergique de ce tableau est riche, large, et digne de son sujet, mais seulement dans quelques parties. On admire le personnage de saint Martin. Sa pose a de l'expression dans son ensemble; son visage respectable et sa longue barbe blanche inspirent la vénération ; la chape, d’un tissu d’or, qui le couvre, largement drapée, produit un effet extraordinaire. S'il y a de la confusion dans la disposition du sujet, elle est dans le groupe du possédé et des hommes qui le soutiennent. Tout cela est bien; mais où le mauvais goût de Jordaens reparaît, c’est dans le personnage de distinction, habillé de velours à la manière flamande, qu’il a placé dans le fond du tableau, sur un balcon couvert d’un tapis de Turquie, d’où il observe l’action de saint Martin ; et aussi dans deux vilains valets et un perroquet, qui se détachent sur une fenêtre de la tribune du maître de la maison. Maloré foutes ces incohérences, ce tableau sera toujours un chefd'œuvre de l’art; il a été parfaitement gravé par Pierre de Jode. En définitive, es erreurs dont Jacques Jordaens s’est

généralement rendu coupable dans ses productions n’em-

pêchent pas de rechercher ses tableanx, qui se vendent un grand prix. Ce peintre célèbre amassa une grande fortune, et mourut à Anvers, le 18 octobre 1678, à l’âge de quatrevingt-quatre ans. Ch°* Alexandre LENOIR.

JORDAN (Cawzre), une des notabilités parlementaires de la France, naquit à Lyon, le 11 janvier 1771.Son père était négociant dans cette ville, et beau-frère de Claude Perrier, chez qui se tint la fameuse assemblée de Vi zille. Jordan , qui était alors âgé de dix-huit ans, y assista, Il venait d’achever, au collége de Saint-Irénée, ses études, commencées chez les Oratoriens. 11 vint à Paris en 1790, y suivit les séances de l’Assemblée constituante, ef, commeelle, se berça de l’idée que les réformes projetées pourraient être opérées pacifiquement. Cependant il ne les approuvait pas foutes : ses principes religieux, par exemple, lui faisaient repousser celles qui s'appliquaient à l'Eglise. A Lyon, en 1791, et à Paris l’année suivante, il publiait, en collaboration avec Dégérande, une Lettre à M. Lamouwrette, se disant évêque de Rhône-el-Loire, puis, à Ini seul, l'Histoire de la conversion d'une dame de Paris; et enfin La Loi et la Religion vengées , petits livres dans lesquels l'Église constitutionnelle est vivement critiquée. Mais ce rôle de polémiste littéraire, Jordan fut bientôt forcé de l’échanger contre celui de soldat. La Montagne venait de triompher dans la Convention. Lyon se souleva , et osa déclarer la guerre à la terrible assemblée. 11 fut un des promoteurs, un des soutiens de cette insurrection, et combattit à la journée du 29 mai. Après la réduction de cette ville, il se réfugia en Suisse, et quelques mois après en Angleterre, où il se lia ayec Malouef, Lally-Tollendal et Cazalès, et connut particulièrement Fox, lord Erskine et lord Holland. L'étude qu'il y fit de la constitution anglaise ent quelque influence sur ses opinions politiques, et fut cause, dit-on, qu’il les réforma.

Il rentra en France en 1796, pour y recueillir le dernier soupir de sa inère. Les électeurs de Lyon, lors du renouvellement du second cinquième du Conseil des Cinq Cents, le choisirent pour les représenter à cette assemblée. Le 29 prairial an v, il eut l’occasion, comme rapporteur d’une commission chargée d’examiner les lois sur la police des cultes, d'exposer ses idées sur cefte matière, II propose, au nom de ses collégues, de rendre à toutes les opinions religieuses la liberté de reprendre leur enseignement et de pratiquer leur culte. 11 voulait une tolérance absolue pour tous les cultes, sans protection spéciale ni salaire pour aucun, et l’annulation de la loi qui Supprimait l'usage des cloches. Ce rapport, qui fut malaccueilli, n’eut pour résultat que de faire gratifier Pauteur du sobriquetde Jordan-Cloche. Déjà le Directoire avait trouvé mauvais que Jordan eût pris la défense de Lyon contre certaines insinuations des Directeurs qui tendaient à faire considérer cette ville comme un foyer de désordres et de conspirations ; le 18 fructidor hérita du ressentiment du Directoire, et proscrivit Jordan. Il en fut apparemment peu ému, puisqu'il fallut l’arracher de son lit pour le contraindre à fuir et à se cacher.

Du fond de sa retraite, il écrivit une Adresse à ses commetlants, puis passa en Suisse, où il publia une protestation contre le 18 fructidor, qui fut traduite en plusieurs langues et colportée dans toute l’Europe. Il quitta bientôt la Suisse, où il n’était plus en sûreté, pour aller en Souabe et à Tubingue. A Weimar, il vit les écrivains les plus célèbres de l'Allemagne, Gœthe, Schiller, etc., et y étudia avec ardeur la langue et la littérature allemandes. Ses Études sur Ktlopstock attestent l'étendue de ses connaissances dans l'une et l’autre. Il revint en France en 1800, habita quel que temps la maison de M°* de Staël, à Saint-Ouen, et retourna ensuile à Lyon. Bonaparte y présidait alors la consulte cisalpine où s’agitait la question des destinées de PItalie. Il estimait assez Jordan pour désirer de le gagner à la cause du gouvernement consulaire : il lui fit des propositions danse ce sens. Jordan put en être flatté, mais illes déclina. Son opposition se manifesta bientôt dans un écrit intitulé : Vrai sens du voie national sur le consulat à vie, où on re-

grette de le voir attribuer à des manœuvres de police les suffrages favorables au premier consul. Cet écrit était anonyme. Un M. Duchesne , qui en avait livré le manuscrit à limprimeur, fut arrêté. Jordan n’hésita pas alors à s’en avouer l’auteur et à en informer directement le premier consul. Il fit plus, il vint à Paris, se mettre à la disposition de l'autorité , laquelle, soit dédain , soil ménagement calculé, le laissaen repos. Il renonça alors à la politique, et se livra tout entier à la littérature et à la philosophie, jusqu’au moment où la catastrophe de 1814 le ramena sur la scène de la politique.

Envoyé à Dijon par les Lyonnais pour solliciter de l'empereur d'Autriche un allégement aux charges de la guerre et accessoirement, mais en secret, le rétablissement des Bourbons, il repartait, un mois après, pour aller déposer aux pieds de Louis XVIII les hommages de sa ville natale, et le roi lui octroyaità cette occasion des lettres de noblesse. Il resta néanmoins étranger aux affaires pendant tout le temps de la première restauration. Il était avec Monsieur, lorsqu’en 1815, Napoléon marcha sur Lyon, et fut le dernier à se séparer du prince. Durant les cent-jours, il expia ce dévouement par quelques persécutions de la part du peuple. Enfin, la seconde restauration lui ouvrit la carrière des distinctions, des honneurs et des places. {1 débuta par être nommé président du collége électoral de l'Ain, puis député de ce département en 1816. Pendant la session de cette année et celles de 1817 et 1818, il appuya constamment le ministère, soit qu’il proposät des lois libérales, soit qu’il en demandât de restrictives de la presse périodique ou de Ja liberté individuelle. Mais en 1818, un régime de terreur blanche pesant sur la ville de Lyon, Jordan le dénonça à la tribune, signala les excès des cours prévôtales , et ne craignit pas d’attribuer les mouvements séditieux qui s’étaient ma-

nifestés dans le Rhône aux provocations des royalistes |:

déçus dans leurs espérances réactionnaires par la fameuse ordonnance du 5 septembre. Le discours qu’il nrononça à cette occasion lui valut l'honneur d’être élu député à Lyon, en même temps qu'il obtenait pour la seconde fois les suffrages des électeurs de l’Ain.

En 1820, le ministère, qui exploitait l'assassinat du duc de Berry, demandant à la fois la suppression de la liberté de la presse, de la liberté individuelle et le renversement du système électoral fondé en 1817, Jordan ,nommé membre de la commission chargée d'examiner le projet de la loi de censure, refusa de se joindre à la majorité qui l’approuvait, monta à la tribune pour exposer les motifs de sa dissidence, y dévoila avec énergie les fautes, les projets criminels du ministère, et se trouva tout d’un coup placé par ce discours, qui était un véritable manifeste, à la tête de l'opposition. Le 5 juin, quelques députés de la gauche ayant été insultés dans des rassemblements tumultueux qui s'étaient formés autour de l'assemblée, il dénonça ce scandale à la tribune, osa accuser de partialité la force armée, et réclama du ministère des mesures pour assurer l'indépendance et linviolabilité des membres de la chambre. Et lorsque, plus tard, Ja justice fut saisie de la connaissance de ces désordres, il déposa comme témoin devant elle, non sans accuser la faction qui avait brisé la loi électorale de 1817 de tout le mal qui avait été commis. Il fut alors exclu du conseil d’État; mais par pudeur, on lui laissa le titre de conseiller honoraire. Malheureusement pour lui il n'avait pas au service de son énergie morale une de ces constitutions vigoureuses qui protègent la santé contre leseffets ruineux des agitations de l’âme, Au commencement de 1821, ilétait fatigué, épuisé, hors d'état de continuer la lutte, et il mourait au milieu de sa famille et de ses amis , le 19 mai de la même année. Ni comme orateur, ni comme personnage politique, Camille Jordan ne fut un homme supérieur, mais il mérite d’être classé parmi les plus honorables caractères qu'on ait vus figurer depuis cinquante ans dans nos assemblées législatives. Charles Nisan».

| JORDAN : Ronocpux ), l'un des peintres de genre les

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