JOSEPH
etde la foi, de même qu’à tout essai deréforme que pourraient tenter les princes et les États, mais, comme Kaunitz, il abhorrait en outre le clergé, qui trop souvent en effet avait abusé de l'esprit religieux de sa mère. IL commença donc par se rendre indépendant de la puissance des papes, en décidant que toute bulle pontificale, pour être valable dans ses États, devait au préalable avoir été revêtue de son approbation, et il ordonna notamment de supprimer de tous les rituels les bulles Unigenitus et In cæœna Domini. Ensuite, dans l’espace de huit jours , il supprima 800 couvents, réduisit le nombre desreligieux de 63,000 à 27,000, et replaça les anciens ordres monastiques sous la juridiction des évêques, auxquels il remit aussi le soin de décider en matières de dispenses pour mariages tous les cas réservés jusqu'alors au pape. En même temps, le 15 octobre 1781, il rendait son célèbre édit de tolérance, qui accordait aux protestants et aux grecs non unis la liberté de leur culte, refusée aux seuls déistes. Il améliora aussi la condition des juifs, et introduisit dans les églises catholiques les psaumes allemands de l'ex-jésuite Denis. Par une entrevue personnelle avec l’empereur, le pape Pie VI espéra réussir à arrêter la marche rapide que l'esprit de réforme prenait en Autriche, et vint en personne à Vienne aux fêtes de Pâques de l’année 1782. Le père commun des fidèles fut sans doute accueilli dans celte capitale avec toutes les marques de respect et de déférence qui lui étaient dus; mais ses représentations furent inutiles, et sa seule consolation fut de s'être convaincu de ses propres yeux qu'il s’en fallait de beaucoup que les populations autrichiennes fussent encore assez müres pour les réformes opérées par leur souverain.
En même temps Joseph IL s’occupait avec soin des intérêts du commerce et de l’industrie. Il créait de nouvelles fabriques, encourageait l’esprit d'entreprise par des avances de fonds et par des récompenses, supprimaïit les monopoles, érigeait Fiume en port franc, établissait un port nouveau à Carlopago en Dalmatie, et assurait à ses sujets la libre navigation du Danube jusqu’à la mer. Il n’accordait pas une protection moins éclairée aux sciences et aux lettres, en fondant des prix en leur faveur. En outre, il créait des bibliothèques, des établissements de bienfaisance, et une foule d’écoles tant dans les villes que dans les campagnes; il fondait Puniversité de Lemberg, l’école de médécine et de chirurgie militaires de Vienne, et modéraïit le système de restriction et de contrainte imposé à la presse en faisant passer la censure
des livres des mains des prêtres dans celles de fonctionnai- |
res laïques , autorisés à laisser un peu plus de liberté à l’ex-
pression de la pensée. Cependant, ce zèle si sincère et si |
actif pour le bien de ses peuples fut méconnu et bien loin d’être secondé, C’est ainsi que l’amélioration de l’organisation judiciaire de l’empire, projetée dès l’année 1766, et qui n’exigea pas moins de neuf années de travaux (de 1767 à 1776), rencontra dans la pratique tant de difficultés que cette grande et utile mesure resta comme non avenue. En Hongrie, ses réformes avaient eu pour suite une redoutable révolte des Vlaques, révolte dont on ne put venir à bout qu’en
pendant leurs chefs Horiah et Kloska et 150 autresindividus |
plus ou moins compromis dans cette levée de boucliers. Le plan, parfaitement judicieux d’ailleurs, qu'avait conçu l’empereur pour arrondir ses États en échangeant les Pays-Bas
contre la Bavière , échoua par suite de la résistance qu'y |
apporta Frédéric 11, lequel organisa à cet effet, en 1785, ce qu'on appela la ligue des princes. Joseph II, en revanche, füt plus heureux, en 1782, dans ses efforts contre les Hollandais, à l'effet d'obtenir la suppression du traité des Barrières. Sans doute en cette circonstance sa conduite ne fut exempte ni de violence ni d’arbitraire; mais en somme il réussit à faire démantelerles fortifications de toutes les places élevées contre les Pays-Bas. La discussion qu’il enpagea aussi, en 1785, avec là Hollande au sujet de l'ouverture de la navigation de l’Escaut lui valut un indemnité de neuf mil- “ons de florins et la cession dé quelques parcelles de territoire.
A peu de temps de là, aux termes du traité qu’il venait de conclure avec la Russie, il déclara la guerre à la Turquie, le 10 février 1788. Les premières opératiors en furent heureuses, mais la suite de la campagne ne répondit point à ses débuts. Surprise à Lugos (20 septembre 1788), son armée fut forcée de battre en retraite. Les maladies et les combats l’avaient diminuée de 70,000 hommes. Au mois de décembre de cette même année Joseph IT rentrait à Vienne,
| malade et douloureusement affecté par ces revers. Que si,
dâns la campagne de l’année suivante, Loudon et le prince Josias de Saxe-Cobourg, en s’emparant de Belgrade et en remportant les victoires de Fockschany et de Martinestie, rétablirent l'honneur des armes autrichiennes, l'empereur eut encore à subir de rudes épreuves d’un autre côté.
Désaffectionnés par les nombreuses atteintes portées à leurs priviléges et à leurs franchises, les habitants des Pays- Bas, sous la direction de l’avocat Van der No ot, du chanoine van £Eupen et de l'officier Van der Mersch, proclamèrent leur indépendance, et expulsèrent les troupes impériales de toutes leurs provinces. Le Luxembourg seul continua de rester sous la domination de l’empereur. Les Hongrois paraissaient à la veille d’imiter l’exemple des Flamands; et des troubles graves,provoqués surtout par le clergé et lanoblesse, profondément irrités des réformes opérées par l’empereur, éclatèrent sur divers points de la Bohême et du Tyrol. C’est dans ces critiques circonstances que Joseph II, en janvier 1790 , se vit réduit à déclarer nulles et non avenues les réformes opérées par lui jusque alors en Hongrie; et de ses nombreux édits réformateurs , le seul qui demeura en vigueur fut l’édit de tolérance. Des pareilles déclarations furent adressées en outre aux populations des Pays-Bas, de la Bohêmeet du Tyrol. Les Belges n’en persistèrent pas moins dans leur révolte, et les Hongrois témoignèrent de la joie la plus irrévérencieuse en apprenant les concessions qu'ils avaient arrachées à l’empereur.
Le chagrin d’avoir vu méconnaître ses bienfaisantes intentions et les humiliantes épreuves par lesquelles il venait de passer accélérèrent la fin de l’empereur, malade depuis longtemps. 11 mourut le 20 février 1790. Joseph II était un bel homme, de taille moyenne, d’un tempérament très-vif, au front élevé, aux yeux bleus et expressifs. Animé des intentions les plus nobles et les plus pures, son unique tort fut d’avoir voulu procéder à ses réformes-avec trop de précipitation,; de s'être attaqué aussi impitoyablement aux constitutions et aux priviléges particuliers des diverses nations soumises à ses lois, qu’aux droits et aux franchises des individus ; enfin, d’avoir voulu introduire tout à coup dans ses États des institutions , meilleures sans doute, mais pour lesquelles ses peuples n'étaient point encore mürs. Son infatigable activité, la noble simplicité de ses manières, sa rigoureuse économie, la bonté et l’aménité de son caractère, qui lui faisaient indistinctement accueillir tous ceux de ses sujets qui sollicitaient de lui une audience, qui le portaient à secourir toutes les infortunes qu’on lui signalait, et la conscience scrupuleuse qu'il apportait dans l'exercice de teus ses devoirs de souverain, faisaient de lui le modèle d’un prince accompli. Il eut pour successeur sur le trône d'Autriche son frère Léopold II. En 1807 son neveu François IL lui fit ériger à Vienne une statue en bronze, œuvre du sculpteur Zauner, et sur le piédestal de laquelle on lit cette courte mais frappante inscription : Josepho Secundo, qui saluti publicæ vixit non diu, sed totus. Un de sea courtisans , un arislocrate, comme on dirait aujourd’hui, émettait un jour devant lui le vœu de voir les magistrats municipaux de Vienne rendre un arrêté qui interdirait à la plèbe la promenade du Prater, ce rendez-vous favori de la population de la capitale des États autrichiens, pour la réserver uniquement à l'usage des gens comme il faut. « Alors, dit l’empereur, s’il me fallait ne me promener qu'avec mes égaux, vous me condamneriez donc à errer pendant le restant de mes jours au milieu des tombeaux de mes an-
| cètresi »
JOSÈPH ou JOSEPH-EMMANUEL, roi de Portugal, fils de Jean V, auquel il succéda en 1750, était né en 1718. Prince indolent, sceptique et voluptueux, il n’eut d'autre mérite que de choisir un ministre habile, à qui il confia toute l'autorité, Sébastien Carvalho, depuis marquis de Pombal. Les principaux événements de son règne sont le tremblement de terre qui engloutit les deux tiers de Lisbonne, la conspiration de 1658 contre la vie du roi vengée dans le sang de la famille entière de Tavora, l'expulsion des jésuites et la confiscation de leurs biens, qui en fut la suite, l’édit qui abolissait toute distinction entre les anciens et les nouveaux chrétiens, enfin la guerre avec l'Espagne en 1761. Joseph mourut le 24 février 1777. Il avait le goût des sciences et des lettres, et en favorisa les progrès. Avec l’aide de son grand ministre il accomplit la régénération intellectuelle du Portugal,
JOSEPH BONAPARTE, frère aîné de Napoléon, né à Corte, le 7 janvier 1768, et destiné au barreau par sa famille, commença ses études à l’université de Pise. En
1793 il suivit ses frères à Marseille, où il ne‘tarda pas à épouser Mlle Marie-Julie Clar y, fille d’un riche négociant de cette ville. Le crédit du conventionnel Salicetti, dont il fut quelque temps le secrétaire, lui fit obtenir à cette époque une place de commissaire des guerres à l’armée d’Italie, et trois ans après, en 1796, il fut, comme son frère Lucien, député au Conseil des Cinq Cents par le département de Liamone. L'ambassade de Parme puis celle de Rome furent la même année confiées à son zèle. Dans cette dernière ville, il sut tenir au pape un langage si digne et si persuasif à la fois, qu'il réussit à faire prévaloir auprès de lui l’influence de la France sur celle des autres puissances de l’Europe. Mais ces résultats diplomatiques déplurent aux cardinaux du saint-père, qui animèrent si bien contre l'ambassadeur français l'esprit national et fanatique de la populace romaine, qu’un jour des flots de furieux se précipitèrent, la menace à la bouche, sur le palais de l'ambassade. Dans ce moment critique, Joseph garda pourtant tout son courage et toute sa présence d’esprit : accompagné du général français Duphot, il se présenta sans armes hardiment en présence des agitateurs. Duphot tomba victime de la fureur populaire; quant à Joseph, échappé comme par miracle au danger qui le menaçait, il s'empressa de quitter Rome secrètement pour revenir à Paris. Le gouvernement français s'émut justement à la nouvelle de cette violation infâme du droit des gens; il importait à notre honneur, à notre dignité, de venger l’infortuné Duphot, et la guerre fut déclarée au pape. Nos troupes soumirent sans peine ses États, et la honte d’une invasion fut le châtiment de ce crime,
Joseph, rentré au conseil des Cinq Cents, s’occupa avec Lucien des préparatifs du 18 brumaire. Une place au Conseil d’État fut le prix de son zèle. Dans le commencement du consulat, il fut aussi chargé de conclure un traité de paix et de commerce avec les ministres plénipotentiaires des États-Unis d'Amérique. C’est à lui que furent confiées les missions diplomatiques les plus brillantes et les plus honorables; car les deux traités de paix que la France conclut eu 1802, le premier avec l'Allemagne, le second avec l’Angleterre, portent sa signature. Il reçut successivement la croix de grand-officier de la Légion d'Honneur et les titres de membre du sénat, de prince impérial, et enfin de grandélecteur de l'empire. Malgré toutes les hautes dignités dont il fut revêtu, il conserva toujours la même simplicité. Napoléon, qui fondait alors une cour, et qui faisait régner dans son palais impérial l'étiquette la plus sévère, vit avec déplaisir cette simplicité; il la lui reprocha souvent, mais en vain : Joseph ne voulut jamais renoncer à ses habitudes,
Quand le roi de Naples eut trahi ses devoirs et ses promesses envers nous, Napoléon mit Joseph à la tête de l’expédition qui devait châtier ce parjure, et lui donna pour lieutenants les maréchaux Masséna et Gouvion-Saint- Cyr. L'expédition fut heureuse, et, sans grande effusion