JOSEPH BONAPARTE — JOSÈPHE
après l’abdication de Napoléon, la chambre des représentants avait solennellement reconnu les droits sous le nom de Napoléon II. À la fin de 1832, le comte de Survilliers quitta l'Amérique pour se rendre à Londres, et résida alors pendant quelque temps en Angleterre. Au mois de mai 1841; il alla à Gênes, où il eut une entrevue avec ses deux frères Louis et Jérôme; et plus tard, il se rendit à Florence, qu’il habila jusqu’à sa mort, arrivée le 28 juillet 1844.
IL s'était marié, le 1er août 1794, à Marseille, avec Marie-Julie CLauy, née le 26 décembre 1777, et morte le 7 avril 1845, à Florence. De cette union naquirent deux filles : Zénaïde, née à Paris le 8 juillet 1801, femme du prince de Canino; et Charlotte, née en 1802, morte en 1839, veuve du frère aîné de Napoléon III. On a attribué au roi Joseph le roman intitulé Moyna (Paris, 1799; nouv. édition, 1814). Consultez Ducasse, Mémoires et Correspondance du roi Joseph (10 vol.; Paris, 1853-1854).
JOSEPHE (Fravius), historien juif, né à Jérusalem, Van 37 après J.-C., tenait par son père Matathias à la famille des premiers sacrificateurs de sa nation, et par sa mère à l’'illustre sang des Machabées. Sans qu’on sache s’il poussa fort loin sa carrière, il est certain qu'il vécut au mcins sous neuf empereurs, depuis Caligula, durant le règne duquel il vint au monde, jusqu'à Domitien, qui le combla de faveurs, ainsi que Josèphe le raconte lui-même dans sa propre biographie. Il reçut une éducation savante, et s’attacha à la secte des pharisiens, la seule qui chez les Juifs eût part au gouvernement. À vingt-six ans, il fit le voyage de Rome; de retour dans sa patrie, il trouva les Juifs sur le point de se révolter contre les procurateurs impériaux. Trois partis principaux existaient à Jérusalem : les amis de la famille d’Hérode et des Romains ; le parti modéré, qui s’efforçait de les combattre, mais seulement pour obtenir des conditions avantageuses; les zélateurs ou exaltés, qui voulaient, contre l’empire, une guerre d’exterminalion. Dans le conseil général d’insurrection qui s’ouvrit au sein de cette métropole, le parti modéré obtint l’avantage, et fit nommer pour gouverneur civil de Jérusalem le grand-pontife Ananus. L'historien Josèphe obtint le commandement de la haute et basse Galilée. Ce fut en cette qualité qu’il eut à combattre une partie des troupes que l’empereur Néron avait envoyées en Palestine sous Vespasien, le meilleur de ses capifaines. Enfermé dans Jotapat avec une garnison valeureuse, il résista quarante-cinq jours à tous les efforts d’un corps de Romains commandé par Titus en personne. La garnison s’ensevelit sous les ruines de la place.
Josèphe, devenu captif de Vespasien, lui prédit sa grandeur future, et J.-C. Vossius observe à ce sujet que notre historien, qui, comme tout le peuple juif, attendait à cette époque le Messie, était peut-être de bonne foi en appliquant au suecesseur présumé de Néron les prophéties annonçant le Sauveur. Quoi qu'il en soit, il s’insinua bientôt dans la faveur de Vespasien et de son fils, ce qui excita contre lui l’indignation de ses compatriotes. Ainsi s'expliquent les souvenirs peu honorables que, malgré ses talents de militaire et d'écrivain, il a laissés parmi ceux de sa religion, qui même aujourd hui ne le lui ont point pardonné. On en voit la preuve dans le savant ouvrage de M. Salvador sur les Znstilutions de Moïse. « La renommée toujours prompte à répandre les mauvaises nouvelles, dit Josèphe lui-même, avec une étrange franchise, pofta aussitôt à Jérusalem le malheur de Jotapat. On assurait que Josèphe était mort en combattant. Toute la ville en était si affligée qu’on s’imposa pendant trente jours un deuil extraordinaire. Mais dès qu’on sut comment les choses s'étaient passées, qu’il était tombé vivant au pouvoir des Romains, et que leur général, loin de le traiter en captif, lui rendait des honneurs, cet amour extrême se convertit en une haïne violente; on lui prodigua les noms de lâche, de traître, et un cri universel répéta les imprécations contre lui. »
Au reste, si les modernes ont accusé Josèphe d’avoir servi es Romains contre sa patrie, ils ne l'ont fait que sur des
documents fournis par lui-même. « Après la prise de Jérusalem, dit-il dans sa vie, Vespasien me traita très-honora blement, et j’épousai par son ordre une des captives..…..s. Titus m’envoya ensuite, avec Cerealis et mille chevaux, à Thécua , pour voir sice lieu serait propre à y établir un camp... Lorsque Titus eut arrangé les affaires de la Judée, et que le pays fut tranquille , il remplaça les terres que j’avais autour de Jérusalem par d’autres, situées en des lieux éloignés ; et quand il retourna à Rome, il me fit l'honneur de me recevoir sur son vaisseau. Vespasien continua à me traiter de la manière la plus favorable ; il me fit loger dans le palais qu’il habitait avant d’être arrivé à l'empire, il me donna le titre de citoyen romain, il m'accorda une pension, et ne cessa jamais de me combler de bienfaits, ce qui m’a attiré une grande haine de la part des hommes de ma nation. » Quel rôle encore lui avaif-on vu jouer au siége de Jérusalem, où il avait accompagné Titus ? D’après l’ordre de ce jeune prince, il se plaçait sur une hauteur voisine des remparts, et de là il haranyuait ses concitoyens pour les engager à se rendre. Il nous apprend encore les bienfaits qu'il reçut de Domitien, devenu empereur : « Ila affranchi, dit-il, toutes les terres que je possède dans la Judée, et limpératrice Domitia a foujours pris plaisir à m’obliger. :
Comme historien, Josèphe a laissé quatre ouvrages. Le plus intéressant estson Histoire de la Destruction de Jérusalem, livre d’abord rédigé en hébreu, et traduit en grec par l’auteur lui-même pour le présenter à Vespasien. Cette production, quieut un grand succès à Rome, et valut à Josèphe l'érection d’une statue, est un chef-d'œuvre de narration. L'intérêt y croit de scène en scène jusqu’au déouement, qu’on attend avec effroi comme celui d’une tragédie. Quelque confiance que semble mériter un historien témoin oculaire et même acteur de ce qu’il raconte, M. Salvador pense qu’il faut lire le livre de Josèphe « avec une grande défiance pour ce qui regarde les zélateurs, qu'il s'efforce de rendre d’autant plus odieux que leurs principaux chefs s'étaient déclarés ses ennemis personnels, » C’est encore pour les Romains que Josèphe composa, en vingt livres, et seulement en grec, les Antiquités Judaïques, histoire complète des Juifs depuis la création du monde jusqu’à la douzième année du règne de Néron, ouvrage qui a l'avantage de remplir une lacune de quatre siècles entre les derniers livres de l’Ancien Testament et ceux du Nouveau, Le but, éminemment patriotique, de Josèphe était de faire connaître sa nation aux Grecs et aux Romains et de détruire le mépris qu’ils avaient pour elle. Il se sert indifféremment des livres de l'Ancien Testament et des traditions des Juifs, et les combine avec une liberté faite pour déplaire également aux croyants du judaïsme et à ceux du christianisme. Aussi regrettet-on souvent dans cet ouvrage, si précieux d’ailleurs, le naturel, la noble simplicité, le pathétique , qui ren: dent si attayante la lecture du Pentateuque. Tantôt il ajoute foi aux miracles, tantôt il les dépouille du merveilleux, et passe, dit M. Salvador, par oscillations de la plus haute philosophie à la plus excessive crédulité. Eusèbe et quelques écrivains du christianisme naissant ont prodigué leurs éloges aux Antiquités Judaïques, parce qu’on y trouve un passage assez favorable à la nouvelle religion du Christ. Henri de Valois, Huet, Vossius, etc., ont défendu ce passage, dont saint Justin, Tertullien, saint Jean Chrysostome, etc., ne se sont pas prévalus dans leurs disputes avec les Juifs. Il est généralement reconnu aujourd'hui que ce passage a été inséré après coup, par une de ces fraudes pieuses dont on s’est trop souvent servi en faveur d’une religion qui dédaigne ces misérables secours.
Les autres écrits de Josèphe sont : 1° sa Vie de Flavius Josèphe, écrite par lui-même, et complétant son histoire de la Guerre de Judée; 2 l'Antiquité du peuple Juif, contre Appion : c’est une apologie des Antiquités Judaiques, offrant à l’érudition une source de précieuses recherches. On lui attribue sur les Machabées un livre, dont l’authenticité est contestée, et de plus un fragment Sur la
Cause de l'univers. Tous ces ouvrages ont été traduits en latin par Ruffin d’Aquilée ou plutôt par Cassiodore : il y en à des versions dans toutes les langues modernes. Plusieurs savants allemands ont édité et commenté cet auteur, entre autres Sigismond Havercamp; en France, nous possédons sur lui depuis 1841 un travail d'élégante critique de M. Philarète Chasles. Charles Du Rozoin.
JOSEPHINE (Mane-Josepn-Rose TASCHER DE LA PAGERIE), impératrice des Français, première femme de Napoléon, naquit le 23 juin 1763, à la Martinique, où son père rernplissait les fonctions de capitaine de port. Sa falille était originaire du Blaisois; sa mère, qui refusa d’a- Yoir sa part dans ses grandeurs inespérées, ne mourut qu'en 1807. Joséphine de la Pagerie, bien que n’ayant reçu que l'éducation, fort insuffisante, en usage dans les colonies, brilla de bonne heure par les grâces de l'esprit autant que par lés qualités du cœur. Elle vint en France à l’âge de seize ans, et épousa, le 13 décembre 1779, le vicomte Alexandre dé Beauharnais, major en second d’un régiment d’infanterie. Les fruits de cette union, assez peu heureuse d’ailleurs, furent £ugène, créé plus tard prince, et en dernier lieu duc de Leuchtenberg, et Hor/£ense, qui épousa le roi de Hollande Louis Bonaparte, et fut la mère de Napoléon IIf.
La révolution compta d’abord le vicomte de Beauharnais |
parmi ses partisans. On le vit se réunir au tiers état et voter pendant toute la durée de la Constituante avec la majorité de cette assemblée. Cette circonstance explique les liaisons que plus tard Joséphine conserva avec certains hommes influents du parti révolutionnaire. Le mouvement dépassa vite le vicomte de Beauharnais: après avoir combattu avec courage comme général, il mourut sur l’'échafaud, le 23 juillet 1794.
La position de Joséphine était aussi des plus déplorables : jétée dans la prison des Carmes, par suite des démarches qu’elle avail faites pour obtenir la mise en liberté de son mari, elle allait être traduite devant le redoutable tribunal révolutionnaire, el les deux enfants que lui avait laissés son mari etaient réduits à une détresse si pressante, qu'Eugène Beauharnais, qui devait être un jour vice-roi d’Ilalie, entra comme apprenti chez un menuisier. La journée du 9 thermidor sauva la vie à Joséphine. Pendant sa détention, elle avait fait la connaissance de M Cabarrus, devenue plus tard la femme de Tallien et ensuite princesse de Chimay. L'intervention de celle-ci auprès de Tallien valut à tous ses co-détenus leur mise en liberté. M"* de Beauharnais eut ainsi occasion de faire la connaissance de son libérateur, qui lui fit rendre ceux des biens de son mari que l’État n'avait point encore vendus, et qui devint dès lors son ami et son protecteur. C’est dans les salons de Barras que Bonaparte, général encore obscur et inconnu, rencontra M"* de Beauharnais et conçut pour elle la passion la plus vive, ainsi qu’en témoignent les lettres ardentes que, séparé d'elle par la guerre, il trouvait encore le temps de lui écriré. Bonaparte demanda la main de la belle veuve, âgée de six années plus que lui, et l’obtint, La cérémonie civile eut lieu le 9 mars 1796; mais les époux ne reçurent, dit-on, la bénédiction de l'Église ,pour leur union qu'en 1804, trois jours avant le couronnement. Elle leur fut donnée, ajoutet-on, à la demande du pape, par le cardinal Fesch. Douze jours après son mariage, Bonaparte fut nommé général en chef de l’armée d'Italie, et Joséphine n’eut plus dès lors qu’à partager sa fortune. I} quitta Paris le 22 mars 1796, et au milieu de ses prodigieux triomphes il oublia si peu sa femme, qu'il fallut que son aide de camp Junot la lui amenât à Milan, au mois de juin 1797. Elle jouit des applaudissements accordés partout au vainqueur de l'Italie et des distinctions dont:le Directoire ’salua son retour dans la capitale. Bonaparte entreprit bientôt la conquête d'Égypte, et une nouvelle séparation s'ensuivit pour les deux époux. Joséphine, que lon eut beaucoup de peine à empêcher de suivre son mari, s'établit alors à la Malmaison : elle eut beaucoup à souffrir de la part d’un très-proche parent de son mari; on s'occupa